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Publié le 16 Avril 2020

Vésuve Pompéi Herculanum Stabiae Lectoure

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Histoire

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Publié le 11 Mars 2020

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Le Grand Turc,

le curé de Saint-Esprit

et la Révolution française.

 

Dans l'élan de la victoire de Saladin sur les croisés, l'impérialisme ottoman, exalté par le fanatisme religieux, allait menacer la chrétienté. Mehmed II prenait Constantinople en 1453, abattant l'empire byzantin, jusque-là rempart de l'Occident, et donnait ainsi une capitale à l'Islam, qualifié dès lors de "Grand Turc", et ce n'était pas une formule de théâtre. L'expansion musulmane durerait encore plus d'un siècle, jusqu'à la victoire des marines alliées sur Soliman le magnifique, à Lépante (1571), précédée quelques années plus tôt par l'héroïque résistance des Hospitaliers lors du siège de Malte (1565).

Après la perte du dernier bastion de Saint-Jean d'Acre en 1291, les Hospitaliers s'étaient réfugiés d'abord à Rhodes, puis à Malte (1522), d'où l'évolution du nom de l'Ordre, enfin à Rome (1831) d'où ils poursuivent, encore aujourd'hui, leur mission humanitaire.

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Le châtelet du palais des Grands maîtres à Rhodes

 

LECTOURE, LE 16 MAI 1313. Par décision du pape Clément V, oncle du Vicomte de Lomagne et d'Auvilar*, l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem prend possession du domaine des templiers déchus.

L'histoire des Etats latins et des croisades, abondamment romancée, conduit souvent à confondre Templiers et Hospitaliers dans une seule et même imagerie, héroïque et terrible, de la chevalerie médiévale aventurée en Orient. Or les deux ordres diffèrent fondamentalement. Les Templiers étaient essentiellement des nobles faits moines-chevaliers, de nombreux champenois à l'origine, soldats de métier, voués à la protection des pèlerins en route vers Jérusalem et de fait, à la conquête de la Terre sainte. A l'inverse, les Hospitaliers eux, à l'origine, sont des frères soignants. Des chevaliers les rejoindront pour répondre aux nécessités de la lutte permanente contre les musulmans, pour la protection des hospices où s'exerçait leur fonction fondatrice. C'est dans les années 1070, avant même les Croisades, que des marchands et des moines d'Amalfi (un port au sud de Naples) fondèrent avec l'accord même du calife Al-Mustansir un "hospital" en Terre Sainte. Ce terme générique comprend aussi bien l'hôpital tel qu'on l'entend mais aussi la maison d'hôtes, l'auberge et l'hospice. Certes les deux ordres de moines-chevaliers ont combattu côte à côte, mais avec des vues et des méthodes divergentes, sans doute en raison précisément de leur différence originelle, allant parfois même jusqu'à s'opposer. Les historiens décelant ici quelque cause des batailles perdues qui, mises bout-à-bout, conduiront à l'échec de l'Occident croisé.

Après leur défaite en Palestine, les Hospitaliers avaient bien besoin de prendre possession du domaine templier qui leur était transféré par le pape gascon. Car leur mission en Orient et en Méditerranée se poursuivait et générait d'énormes besoins financiers. Philippe le Bel faisait payer cher sa restitution du patrimoine templier à la papauté, mais finalement le nombre de commanderies de l'Ordre passait d'environ 60 à 120, qui verseraient chaque année une responsion, c'est à dire une contribution au budget général, chacune en fonction de sa taille et de ses bénéfices. Le domaine de Lectoure sera rattaché à la commanderie de La Cavalerie, près d'Ayguetinte et de Castéra-Verduzan. La commanderie est un hôpital ou un domaine de rapport et parfois les deux. Le grand hôpital de Jérusalem pouvait recevoir dit-on, jusqu'à 1000 malades. Quelques hôpitaux de l'Ordre en Occident ont eu une grande capacité d’accueil, de plusieurs dizaines de lits, mais le grand nombre de petits hospices disséminés loin des villes, dans le lectourois par exemple, Gimbrède et Arbrin, près de La Romieu, sur le chemin de Saint-Jacques, n'offraient que quelques lits. Une bénédiction cependant dans ces temps de misère.

L'Ordre deviendra aussi puissant que le Temple avant sa chute, à la différence qu'il saura s'adapter, se rendre incontournable et attirer à lui les fils de la noblesse d'Europe en mal d'horizons.

GASCOGNE, MAI 1597. A peine âgé de 11 ans, Jean-Bertrand de Luppé quitte le château familial du Garrané (actuelle commune de Seissan dans le sud du Gers) pour servir dans l'ordre de Malte.

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Le Grand maître et le jeune page, par Le Caravage

Admis page au Chapitre provincial de Toulouse, il rejoindra Malte en 1600 et y reviendra quatre fois pour des séjours de durées variables. Il servira sur les frégates et les galères de la Religion, le nom donné à la marine de l'Ordre. En effet, la guerre contre les ottomans se déroule sous la forme d'une perpétuelle course poursuite d'un port à l'autre où, tour à tour, les deux adversaires mènent des actions éclair : effet de surprise, canonnade, abordage, pillage et destruction, butin, enlèvement d'esclaves, fuite. Revenu indemne et auréolé de prestige de ces caravanes, Jean-Bertrand de Luppé deviendra Grand prieur de

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Le siège de Malte, d'après Pérez d'Aleccio.

Saint Gilles, l'une des deux divisions, avec Toulouse, de l'Ordre pour la langue de Provence (c'est à dire les langues occitanes, car à l'époque on ne connaît pas les nations). Il fera alors réaliser une série de 14 tableaux racontant le siège de Malte, qu'il n'a pas vécu cependant, reproduction des fresques de Matteo Pérez d'Aleccio (1582) ornant les murs de la salle du Conseil de l'Ordre à La Valette, capitale de Malte. Le château de Lacassagne à Saint-Avit, à proximité de Lectoure, qui n'a pas appartenu à l'Ordre, conserve cet exceptionnel témoignage illustré. Une bande dessinée historique avant l'heure.

Mais à Lectoure, on est bien loin des pirates barbaresques.

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LA MÉTAIRIE DE SAINT-JEAN DE SOMMEVILLE

Le domaine de l'Hôpital à Lectoure nous est relativement bien connu puisque les archives municipales conservent un registre des terres et des bâtiments que l'Ordre gérait, ou sur lesquels il percevait la dîme en 1782. Les biens provenaient de l'héritage templier complété au fil des générations par les donations charitables. Les donataires, nobles et riches bourgeois, étaient encouragés à se défaire d'une partie ou de la totalité de leur patrimoine, de leur vivant ou à leur mort, peut-être pour lutter contre le lointain mahométan mais plus prosaïquement pour espérer s'assurer d'une place au paradis. Achetant et vendant alternativement en fonction des opportunités, prélevant sa part des bénéfices des exploitants, percevant ses loyers, l'Ordre gère son domaine en bon père de famille selon la formule juridique, mais en fait moins pour préserver le capital collectif que pour générer les revenus dont on a grand besoin pour mener les deux missions fondamentales, la charité et la guerre.

 

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Emplacement du quartier de l'Ordre à Lectoure - Pour agrandir : clic droit puis [Afficher l'image].

En ville, l'Ordre possède le quartier situé à l’extrémité du promontoire, côté midi, entre la rue Crabère et la rue Constantin devenue depuis Rue Narbonne-Pelet. Les parcelles sont occupées par des locataires bénéficiant d'un bail à long terme, dit emphytéotique.

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Pour agrandir le plan : clic droit et [afficher l'image]

Dans la plaine, le domaine s'organise autour du lieu-dit Saint-Jean de Sommeville**, sur le chemin dit mouliau menant de Lagarde-Fimarcon au moulin de La Mothe. En 1767, frère Léon de Montazet, chevalier, seigneur du Nomdieu en Lot-et-Garonne, nouveau commandeur de La Cavalerie d'Ayguetinte à laquelle le domaine hospitalier de Lectoure est rattaché, et qui procède à une remise en ordre énergique de l'affaire dont il prend les rênes, découvre une métairie délabrée. A la place, il fera bâtir une ferme que l'on peut qualifier de modèle. Les prairies naturelles sont ensemencées en foin. D'importantes plantations de fruitiers sont engagées, figuiers, noyers, poiriers, cerisiers et pruniers, dont la production est destinée à être commercialisée. Une chambre est réservée à un homme d'affaires qui viendra à la fois surveiller les travaux agricoles, prélever la dîme et les revenus directs sur la métairie elle-même comme sur les autres biens redevables, en ville et dans la vallée du Gers. Une organisation agricole et administrative visant au meilleur rapport.

La nouvelle métairie de St Jean de Sommeville

 

LA DÎME, LA PORTION CONGRUE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Seigneur et maître à Malte, battant monnaie, l'Ordre souverain étend son immense domaine sur toute l'Europe. Et y jouit de grands privilèges, ce qui fera dire qu'il est un Etat dans l'Etat. En particulier, l'Hôpital prélève, à son profit, la dîme sur les productions agricoles des occupants de son domaine. Gros manque à gagner donc pour l'évêque du lieu et les curés qui y exercent. Le Temple avait déjà été critiqué sur ce point et avait poussé le clergé séculier du côté de ses accusateurs. Cet avantage se justifiait à l'origine lorsque les moines investissaient et mettaient en culture des domaines isolés, constitués de terres pauvres et difficiles. Lorsque nul vicaire ne venait à eux, il était logique de leur permettre de s'organiser librement, culte, cimetière et finances pour ce faire.

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L'église de Lagarde-Fimarcon, au couchant du domaine hospitalier.

Mais ailleurs, le clergé séculier perdait gros à voir le domaine hospitalier drainer une partie de l'impôt d'église. Il s'agissait de lutter contre l'infidèle et de dispenser la charité certes, mais bien loin de chez nous. Et si parfois l'Eglise avait du mal à percevoir la dîme, les paysans inventant maintes manœuvres pour diminuer l'estimation de la récolte, l'assiette de l'impôt, l'Ordre de son côté, doté d'une solide organisation administrative, contrôlait de près les opérations et devait atteindre un résultat plus conforme. De nombreux procès sont menés pour conduire l'Ordre à réserver tout de même une partie de la dîme au clergé local. C'est ce que l'on désigne par la "portion congrue", que les évêques, les abbayes et l'Hôpital, gros décimateurs, devaient reverser aux curés des paroisses environnantes pour leur permettre de mener une vie digne. Mais l'inflation rognerait bien vite ce petit revenu fixé par décret royal et de "suffisante", au fil du temps la congrue deviendrait "ridicule", ce que l'expression a retenu aujourd'hui. Avant la Révolution, l'Ordre de Malte respectait cette règle à Lectoure et la dîme était partagée avec l'évêque, les curés des paroisses de Saint-Esprit et de Lagarde-Fimarcon, et le prieur de Saint André, une chapelle située sur la route de Nérac, au nord du dîmaire, aujourd'hui disparue.

On sait que le clergé rural a souvent vécu dans des conditions relativement misérables. Les historiens considèrent d'ailleurs qu'il y a là l'une des origines de la Réforme protestante, les prédicateurs calvinistes trouvant écho auprès du peuple mal servi par un clergé indigent aussi bien qu'auprès de la petite noblesse et de la bourgeoisie ouvertes aux idées des Lumières. Cette tare de l'Ancien Régime est une des causes de fond des guerres de religion dont la Gascogne et Lectoure en particulier ont eu à souffrir profondément.

Ayant conservé un fonctionnement féodal, choisi par la jeunesse aristocratique pour acquérir une formation réputée et y espérer une carrière militaire glorieuse, honoré sous les ors de l'Eglise catholique, l'Ordre de Malte ne sera pas épargné par les saccages protestants. Par la Révolution non plus.

Le 4 août 1789, l'Assemblée constituante supprimait les privilèges parmi lesquels la dîme. On considère que Malte perdait radicalement la moitié de son revenu. Mais l'Histoire accélère. Le 30 juillet 1791, les ordres de chevalerie sont dissous et le 19 septembre de la même année leurs biens mis sous séquestres. A Lectoure comme ailleurs, les locataires de l'Ordre et surtout les bourgeois feront l'acquisition des biens nationaux du domaine hospitalier. Les frères ne connaîtront pas collectivement le sort tragique des Templiers en 1314 mais ils disparaîtront également dans la tourmente. Car, s'ils n'appartenaient pas à la noblesse, ils n'étaient pas suspects à priori, mais religieux tout de même... Quant aux frères d'extraction noble, évidemment ils auront doublement raison d'émigrer pour échapper à la guillotine. C'est la fin d'un monde.

 

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Le débarquement de Bonaparte à Malte. Le lectourois Jean Lannes est dans la chaloupe.

En juin 1798, l'armada française en route vers l'Egypte se présente devant le port de La Valette, capitale de Malte. L'île étant considérée comme stratégique pour l'expédition, Bonaparte a reçu du Directoire l'autorisation d'en prendre possession. L'Ordre n'est plus que l'ombre de lui-même et le Grand maître doit capituler sans vraiment combattre. Sur le vaisseau amiral, Bonaparte reçoit la reddition des chevaliers. Il emportera ce qu'il restait du trésor de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem estimé à 3 millions de francs en or et argent, ainsi que 1500 canons, 3500 fusils, 2 frégates, 4 galères... Aux côtés du vainqueur, un général de 29 ans, qui sera bientôt à la tête de la Grande Armée, Jean Lannes, le lectourois.

Et la mission charitable de l'Ordre me direz-vous ?

Pendant près de 500 ans, Lectoure a payé ses loyers et versé la dîme à l'Hôpital, mais n'a pas bénéficié des soins de ses frères soignants. Heureusement d'autres institutions se dévoueront, en particulier l'Ordre du Saint-Esprit, car la ville est d'importance, place forte, évêché, enfin étape majeure sur le chemin jacquaire. Et ici comme ailleurs par ces temps bouleversés, il n'a pas manqué de travail, peste, lèpre, petite vérole, typhus et tant d'autres plaies...

 ALINEAS

(A suivre)

 

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Lien vers le site officiel de l'Ordre de Malte

 

* Retrouver l'histoire des Templiers à Lectoure sur ce carnet :

** Le nom d'Antoine de Sommeville a été relevé à Rhodes par Borel d'Hauterive, Annuaire de la noblesse de France. Il est possible que le nom de la métairie de Lectoure ait été choisi par ce chevalier, un membre de sa famille ou en sa mémoire. Ceci rectifie mon hypothèse d'un nom remontant aux Templiers ( voir ici ), mais sans l'écarter totalement. Sommeville est une commune de Haute-Marne et plusieurs hameaux de ce département, de la Marne, de la Seine-et-Marne et de l'Yonne portent ce nom.

 

SOURCES

- Un bon résumé sur L'Ordre de Saint-Jean - Rhodes - Malte : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_de_Saint-Jean_de_J%C3%A9rusalem

- Les caravanes de Jean-Bertrand de Luppé : https://books.google.fr/books?id=uUEBAAAAQAAJ&pg=RA1-PA77&hl=fr&source=gbs_selected_pages&cad=3#v=onepage&q&f=false

- La salle des chevaliers de Malte du château de Lacassagne :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Lacassagne

- La métairie de Saint-Jean de Sommeville, Pierre Féral in Sites et Monuments du Lectourois, collectif

- Un exemple de dispute entre l'Ordre et le bas clergé : https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1959_num_14_4_2876

- La Révolution française, Bonaparte et l'Ordre de Malte : https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_fran%C3%A7aise_de_Malte

 

ILLUSTRATIONS

- L'entrée de Mehmed II dans Constantinople, par Benjamin Constant (1876), Musée des Augustins de Toulouse.

- Le Palais des Grands Maîtres de Rhodes, Wikipédia.

- Le Grand Maître Alof de Wignacourt, par le Caravage, 1607, Musée du Louvre. Le gascon Jean-Bertrand de Luppé aurait pu poser pour être ce page qui nous regarde si intensément, puisqu'il a 14 ans lorsqu'il arrive à Malte pour la première fois, soit six ans avant l'exécution de ce tableau célèbre. Il y reviendra une deuxième fois en 1606, sous les ordres du Grand Maître Wignacourt, et a donc certainement croisé le grand peintre, mauvais garçon admis dans l'Ordre par la seule grâce de son talent.

- Le siège de Malte (détail), d'après Matteo Pérez d'Aleccio, château de Lacassagne - Saint-Avit.

- Une galère de l'Ordre de Malte, Lorenzo Castro (vers 1680).

- Photo aérienne, IGN.

- Photos du dîmaire de l'Ordre de Malte conservé aux archives municipales de Lectoure, Michel Salanié.

- Plan des dîmaires de l'Ordre : base carte IGN, réal. M. Salanié

- Carte postale de l'église de Lagarde-Fimarcon, collection particulière

- Débarquement de Bonaparte à Malte, illustration Gudin-Motte-Grenier, Greenwich National Maritime Museum.

- Photo action humanitaire, Ordre de Malte.

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 6 Septembre 2019

Histoire - Lectoure - Moyen-Âge - Carte du Pays lectourois - cartographie -topographie - toponymie - moulin - chemin - église

Le document qui a servi à l’établissement de la carte que nous évoquons aujourd'hui date de 1491. Soit dix-huit ans après le désastre de la prise de Lectoure par l’armée de Louis XI et la destruction systématique de ses remparts, de son château, et par-dessus tout le massacre de ses habitants.

Une carte ne dit rien des gens qui habitent le territoire. Ni de la misère des temps, ni des prémices d’une renaissance. A moins de rapprocher cette représentation graphique d’autres sources historiques, communications de contemporains, récits, actes officiels, contes et mémoire populaires, vestiges... Ils sont bien là, les chemins du quotidien, les lieux de culte et de travail, l’habitat et la population, travailleurs, religieux, nobles, lectourois de la fin du Moyen-Âge, derrière cette simple représentation à plat du territoire.

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La page de garde du livre terrier de 1491

Nous ne connaissons pas la genèse de ce travail. Une inspiration géniale et un travail de fourmi c'est sûr. La carte a été exécutée par Eugène Camoreyt, bibliothécaire de Lectoure en 1874, à partir du "livre terrier" de 1491. Un précieux document, conservé aux archives municipales, rédigé par les notaires lectourois du Moyen-Âge, à l'initiative des consuls, Guilhez de Pitrac en tête, qui a donné son nom à la salle forte qui domine la ville au nord-est, pour permettre aux propriétaires de faire valoir leurs droits (origine de propriété, limites physiques, occupation par un tiers…), et à la commune ou au seigneur de prélever l’impôt. Evidemment. Or, à cette époque pour décrire les confins d’une propriété, il fallait la situer par rapport à ses mitoyens et à la topographie, chemin, ruisseau, caractéristique du relief : telle maison se trouve à telle distance de telle autre ou de tel chemin, dans telle direction… A son tour la maison voisine se trouve à telle distance, au bord du ruisseau de... etc…

Sur une carte vierge sur laquelle il a tracé les repères présents de tout temps, rivière, ruisseaux, axes principaux et relief, Eugène Camoreyt a reporté les noms de lieux indiqués dans le livre terrier. De cette façon, progressivement, en partant des toponymes connus, comme un puzzle, le chercheur va composer une représentation plane, inédite, de « l’enclos de la ville et juridiction de Lectoure » selon la formule de 1491, décrivant un territoire à une époque où la cartographie était inconnue. Car les géographes Cassini n'ont développé la triangulation géodésique, nécessaire à une cartographie scientifique, qu'à la fin du 18ième siècle seulement, et, dans la foulée, l’administration napoléonienne le cadastre. Il faut donc considérer qu’Eugène Camoreyt a réalisé, avec trois siècles de recul certes, la plus ancienne représentation cartographique de Lectoure, depuis, au nord, au pied du Castéra-Lectourois, la Hillère (sans son moulin semble-t-il), jusqu’au sud, l’église de Pomarède (disparue depuis), et à l’ouest, depuis la maison forte du Mirail (où il doit bien y avoir quelques pieds de vigne) jusqu’à l’est, la grande forêt du Gajan que les consuls de la ville gèrent avec rigueur pour le bien collectif, charpente, menuiserie et bois de chauffage avec le reste.

Il faut être prudent cependant pour s’appuyer sur ce document car il comporte certaines erreurs dues au difficile décryptage d’une graphie ancienne mélangeant vieux gascon, formules latines et jargon juridique, ou à la méthode même de Camoreyt qui travaillait sans doute seul et surtout, avec les outils de l’époque. Les distances sont parfois également pour le moins perfectibles. Vive Google Maps et son satellite ! On pourrait imaginer reprendre, corriger et compléter ce travail à la lumière des recherches historiques dans notre ville sur les cent dernières années. Des volontaires ?

Si une carte n'est pas le territoire qu'elle représente*, ce document est néanmoins très émouvant car il nous transporte cinq cents ans en arrière. Prenons quelques exemples dans les domaines abordés deux fois par mois sur ce carnet.

 

CHEMINS

Les chemins sont nombreux, où peinent les charrois incessants à dos de mulet, en particulier ceux qui desservent la citadelle et sa bourgeoisie. Encaillassés et le plus souvent boueux, pentus, bordés de ronciers épais, ils vont au plus court.

Et puis il y a le grand chemin. Les jacquets passent à Lectoure depuis l'origine du pèlerinage au 11ième siècle. Ou plutôt contournent-ils notre ville. Les hôpitaux qui leurs sont ouverts sont installés hors les murs : la Peyronelle, à quatre kilomètres à l'est, Saint Jacques au faubourg. Comme l'indique la carte de Camoreyt, ce que nous appelons aujourd'hui Boulevard du Nord, notre périph' motorisé à sens unique et d'est en ouest, se nomme à l'époque La Peyragrana, La Pèlerine en route vers l’extrême Occident. Car le pèlerin n'est pas le bienvenu en ville. S'il est pénitent, c'est qu'il a fauté... un criminel peut-être ? Ou bien est-il porteur d'une maladie...  Sans compter les faux pèlerins, les "coquillards".

- Passe ton chemin l'étranger !

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MOULINS

Les moulins sont essentiels. Premiers industriels, les meuniers exercent le seul métier ayant recours à la force des éléments pour accélérer et amplifier le travail. Il en faut une dizaine autour de la citadelle pour fournir 5000 habitants en bonne farine.

Certain moulin que nous aimerions voir sur la carte n'y est pas, et il faudra chercher à comprendre pourquoi. Mais on en trouve un qui, au contraire, y est représenté et qui a disparu aujourd'hui bel et bien, à St Gény où sont indiqués deux moulins alors que nous n'en connaissons qu'un. Le bras secondaire du Gers qui apparaît sur la carte de Camoreyt, peut-être creusé par l'homme, est devenu de nos jours un vague fossé quasiment à sec à peine visible sur la photo satellite. En 1491, il y avait là le Moulin-Neuf. Voilà un candidat supplémentaire au recensement des moulins organisé actuellement par la Société Archéologique du Gers.

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LA VIE DES GENS D'ICI

On ne dira jamais assez l'importance de la foi religieuse dans la vie quotidienne de nos anciens. Camoreyt situe sur le territoire, cinq églises rurales. Trois d'entre elles subsistent aujourd'hui sous forme de toponymes: Saint Bars, Pomarède et Saint Orens. Deux échappent à la cartographie IGN: Saint Germain, qui serait à proximité de Lesquère, et Saint André, au nord de la commune, près de Milloc, que voici sur cette vue de détail.

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Modestes bâtiments, parfois simples oratoires, ces églises permettaient à quelque seigneur ou à une petite communauté de trouver refuge, spirituellement et éventuellement physiquement face à un agresseur dont on espérait qu'il y respecterait, intra muros, la paix de Dieu. Consacrées, offrant quelque maigre prébende à un chanoine de la cathédrale, elles pouvaient enfin être associées à un cimetière dont parfois émerge aujourd'hui un vestige de caveau dans un espace redevenu profane et parfois cultivé.

 

Enfin, nous ne revenons pas sur l’indice qui nous fait situer le domaine templier de Lectoure à l’emplacement actuel du Couloumé (voir ici le templier de Lectoure), indice que nous devons donc également à Eugène Camoreyt et partant, au terrier de 1491.

 

Ce registre a été rédigé à une période charnière. Quarante ans plus tôt, la fin de la guerre de cent ans et le départ des anglais de Guyenne et Gascogne après précisément 300 ans de présence. Charnière également à Lectoure bien sûr, puisqu’après le désastre de 1473, la ville se reconstruira et redeviendra une cité importante des royaumes de Navarre et de France, soixante-dix ans avant un nouveau déchirement, national et religieux celui-là. Enfin, évidemment, les historiens situent en 1492, date de la découverte de l’Amérique, la fin du Moyen-Âge.

Ainsi, la carte de Camoreyt est-elle l’image du pays de Lectoure entrant dans l’époque moderne.

                                                     ALINEAS

                                 _____carnetdalineas@gmail.com_____

                                                                       

* Pour le roman qui allait devenir son Goncourt, Michel Houellebecq a disputé le titre de notre alinéa à Michel Lévy. Houellebecq et Lévy étant tous deux inspirés par le philosophe Alfred Korzybski : « La carte n’est pas le territoire qu’elle représente ». Je ne vois pas de raison de me priver de poursuivre cette glorieuse joute. Si, grâce à ce sésame littéraire, ce cyber-carnet pouvait atteindre une diffusion plus conforme à mes fols espoirs…

Ce titre emprunté s’est imposé en imaginant concrètement la vie derrière la cartographie établie par le lectourois Eugène Camoreyt (1841-1905), auquel l’Histoire de notre ville doit beaucoup.

Il faut lire l’article de Wikipédia consacré au musée qui porte son nom et rend aussi hommage à cet obscur passionné.

Voir ici Eugène Camoreyt sur Wikipédia

 

ILLUSTRATIONS:

- Les Très riches heures du Duc de Berry, Musée Condé, Chantilly.

- Livre terrier de Lectoure 1491,  Service Archives municipales, Mairie de Lectoure

 

COMMENTAIRE D'UN LECTEUR:

- J'ai une objection sur "La Peyragrana, La Pèlerine" : peyra grana peut très bien s'analyser en "pierre grande", c'est exactement comme ça en gascon ; alors que pélerine serait plutôt peregrina. Et il y a bien "Peyrahariera" (pierre "farinière")...

Réponse: Merci beaucoup. L'objection est évidemment recevable et je regrette de ne pas l'avoir anticipée. Malheureusement, je ne maîtrise pas le gascon. Je dois y travailler... Sur le chemin de St Jacques nous avons trop tendance à focaliser et à tout ramener à ce pèlerin. Cependant, peut-il encore y avoir doute, débat, voire coexistence ? Avant de vouloir dire "étranger" comme on le voit un peu partout, l'étymologie latine de pèlerin donne: "per agra" cad "à travers champ" car le pèlerin ne va pas de ville en ville par la route mais il coupe au plus court à travers champ, évitant ainsi les contrôles, les péages... aujourd'hui encore.

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 12 Juillet 2019

Avant-Propos. Depuis deux ans, nous vous racontons la chute des moines-soldats de l’ordre du Temple, vue depuis Lectoure.  Nos informations ne sont pas inédites mais elles se trouvaient dispersées dans de nombreux ouvrages et travaux d’historiens. Il fallait les rassembler pour faire apparaître la place de notre ville dans cette affaire mystérieuse et dramatique.

Ce travail nous a conduit bien au-delà du domaine templier de Lectoure ; au cœur même de l'Histoire de France. L’enchaînement des évènements nous apparaît, aujourd’hui, clairement désigner le pape Clément comme l'initiateur du démantèlement du domaine templier. Les supplices infligés aux moines-soldats et la suppression de l’Ordre n'ont été que les conséquences ultimes de ce dépouillement en règle. Beaucoup d’auteurs considèrent Philippe le Bel comme le principal coupable et accordent à Clément V l’excuse de la faiblesse de caractère et celle du pouvoir spirituel. Les faits que nous rapportons tendent à prouver qu’il faut en réalité, inverser l’ordre des responsabilités de ces deux acteurs du drame, pour le moins sur le plan de la chronologie.

Il ne sera pas inutile, pour une bonne compréhension de ce dernier volet, de relire les précédents alinéas :

1. Les Templiers de Lectoure - 2. Le pape Clément V à Lectoure - 3. Les Templiers, le pape Clément et l'Evêché de Lectoure

 

 

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« …nous tiendrons table ouverte, et les plus grosses faims seront satisfaites. C’est encore la méthode la plus commode pour régner… » Eugène Rougon dans Les Rougon-Macquart – La curée. Emile Zola 1871.

 

 

A quoi pense-t-il, le cardinal Arnaud d’Aux de Lescout, alors que les flammes du bûcher des Templiers s’élèvent dans le ciel de Paris, ce 18 mars 1314 ? A ce qu’il va pouvoir dire au pape Clément V lorsqu’il retournera à Avignon pour rendre compte de sa mission ? Ou à sa chère collégiale de La Romieu dont la construction exige de gros moyens financiers ?

 

 

 

Arnaud d'Aux, le maître de La Romieu

Au service de son cousin Clément V depuis son accession au trône de Saint Pierre, Arnaud d'Aux était à ses côtés et prenait des notes, lorsque, sous le coup de l’arrestation des Templiers (13 octobre 1307) le pape interrogeait lui-même son camérier, le templier Giacomo da Montecucco, et le livrait à la police de Philippe le Bel, ce qui nous conduit à soupçonner déjà le pape et son entourage dès l'instant où l’affaire éclate au grand jour. Nommé cardinal, Arnaud d’Aux a également joué un rôle déterminant pendant le concile de Vienne (1311-1312) qui a supprimé l’ordre du Temple. Il est l’un de ceux qui depuis des années militent pour la fusion des deux ordres de moines-soldats, Templiers et Hospitaliers, et de facto, et surtout, pour la fin de leurs privilèges qui privaient le clergé séculier d’importants revenus. Il est soupçonné par certains d’avoir été le principal artisan de la chute du Temple.

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Après la mort de Clément, il tiendra les rênes de la papauté en tant que camerlingue, c’est-à-dire ministre des finances, pendant les deux longues années qu’il faudra aux cardinaux pour élire un successeur. Arnaud d’Aux espérait-il être celui-là ? Le conclave finira par se mettre d’accord sur le choix du cadurcien Jean Duèze, pape sous le nom de Jean XXII, écartant ainsi Arnaud d’Aux mais également Arnaud de Pellegrue, Béranger Frédol l’Ancien, Raymond-Guilhem de Fargues, et Bernard de Garves de Sainte-Livrade, tous parents de Clément V et papabiles

Cependant, couvert de bénéfices, d'Aux saura se rendre indispensable et restera au service de Jean XXII jusqu'à sa mort, à Avignon, en 1320 ou 1321. Il avait obtenu des moines bénédictins de Saint Victor à Marseille, établis là depuis le 12ième siècle, qu'ils abandonnent leur monastère de La Romieu, sa ville natale, et y construisit en un temps record semble t-il, la surprenante collégiale que l'on visite à quelques kilomètres à l'ouest de Lectoure, où il est enterré.

Mais restons encore un instant devant ce sinistre bûcher de l'île aux juifs. Le pape avait missionné son cousin cardinal auprès du tribunal parisien pour auditionner les dignitaires templiers, et les absoudre puisqu’ils avaient reconnu leurs fautes, sous la torture et les humiliations depuis sept longues années, il faut le rappeler, réduisant ces fiers personnages à de misérables loques. Or, la veille, comme les autres légats du pape, les juges et le public rassemblé sur le parvis de Notre-Dame, Arnaud d’Aux est abasourdi par le revirement de Jacques de Molay, le Grand Maître de l’Ordre, suivi en cela par Geoffroy de Charnay, son précepteur en Normandie, tous deux trouvant la force de défendre leur honneur et celui de l’Ordre, criant leur innocence et la pureté de la règle et de la cérémonie initiatique du Temple.

Philippe le Bel qui ne pouvait courir le risque de voir le procès reprendre, fit sur le champ, condamner les deux hommes du crime de relaps, c’est-à-dire de retour dans l’hérésie. Crime ultime, puni du supplice du bûcher. Sans que le cardinal d’Aux ne puisse, ou ne veuille s’opposer.

Le pape avait échoué dans son rôle de protecteur d’un ordre qui relevait de sa seule juridiction. Echoué ou trahi.

 

La fin du Temple 

L’odeur qui se dégageait du brasier et le craquement sinistre des bois consumés ramenèrent Arnaud d’Aux à l’évènement. C’en était fini de l’ordre du Temple. Deux cents ans d’une histoire hors du commun. Celle de l’Eglise en Occident allait pouvoir reprendre son cours glorieux. In excelsis deo et in terra pax. Les Templiers ne sont pas les premiers soldats, ni les derniers, qui auront payé, cher, les défaites des guerres provoquées par les princes eux-mêmes.

Pendant quatre ans, entre leur arrestation spectaculaire et le concile de Vienne qui les a jugés définitivement, l’immense domaine des chevaliers Templiers de France est passé sous le séquestre de Philippe le Bel, qui en a prélevé, sans vergogne, les bénéfices, agricoles et ecclésiastiques.

Mais depuis longtemps, avant même leur arrestation, le sort de l’ordre du Temple était réglé. La perte des Etats chrétiens d’Orient ne justifiait plus le maintien de deux ordres de moines-soldats. Si l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, l'ordre de l’Hôpital, pouvait faire valoir l’intérêt de la poursuite de sa mission charitable, le Temple, lui, essentiellement combattant, avait trop d’ennemis. Philippe le Bel n’était que le plus puissant d’entre eux et serait le bras armé d’une conspiration de fait. Mais les chiens de la meute ont été nombreux à se jeter à la curée.

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A Vienne, en mai 1312, Clément décrétait donc la dissolution de l’ordre du Temple et le transfert de ses possessions, du moins ce qu'il en restait, aux Hospitaliers. C’est ce qui sera fait dans tout le royaume de France, à Lectoure également où nous essayons de retrouver les limites du domaine des Templiers, tombé jusque-là dans l’oubli.

Au printemps 1313, en route pour son refuge du Groseau, le pape se vit refuser l’hospitalité par la ville de Valence qui savait les frais que l’hébergement de sa nombreuse suite occasionnait. Une échauffourée éclata entre les habitants et l’escorte du pape. Un valentinois fut tué. La population en colère rechercha le garde gascon responsable dans les maisons bourgeoises réquisitionnées pour abriter les dignitaires. L’évêque de Lectoure, Guillaume de Bordes, membre de la cour de Clément, ne dut son salut qu’à une fuite précipitée par le toit. Voilà une scène à la Fellini, qui pourrait faire sourire si elle ne traduisait pas l’ambiance de fin de règne de cette période, tranchant avec la joie des foules qui avaient accueilli, en 1305, sur son trajet entre Bordeaux et Toulouse, le pape gascon fraîchement élu.

 

Le vicomte de Lomagne et ses cousins

Au mois de mars 1314, malade, Clément décide de quitter Avignon pour la Gascogne où il espère peut-être retrouver la santé, ou bien mourir pour être enseveli dans le fief familial. Mais il n’ira pas loin. A peine passé le Rhône, à Roquemaure, son état se dégrade et il rend l’âme le 20 avril. La suite ne sera pas glorieuse.

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En effet, au mois d’août, les trois neveux de Clément, Bertrand de Got, homonyme de son oncle, Vicomte de Lomagne et d’Auvillar, Raymond Guilhem de Budos, Recteur du Comtat Venaissin et Arnaud-Bernard de Preissac, furieux de voir les cardinaux italiens et français se liguer pour éviter l’élection d’un nouveau pape qui devait être évidemment, à leur sens, l’un de leurs parents, mettent le feu au palais de Carpentras où se tient le conclave et passent la ville à sac. Il semble qu’ils se soient également opposés les uns aux autres, chacun ayant son champion. Les cardinaux, effrayés par ce déchaînement de violence, se disperseront et il faudra deux ans pour les réunir à nouveau et pouvoir aboutir à l’élection du successeur de Clément, qui ne sera pas gascon.

A la tête de ses troupes, Bertrand de Got prend alors la route de la Gascogne, escortant la dépouille de Clément et surtout son trésor, estimé à 800 000 florins. Le funèbre convoi mettra plusieurs semaines à parvenir à Uzeste, lieu choisi par Clément pour y être enseveli. Bertrand de Got, Vicomte de Lomagne et d’Auvillar, et donc seigneur de Lectoure, mais établi principalement à Duras, est en charge de l’exécution du testament du défunt pape. On estime qu’il aura respecté ses engagements, sauf celui de partir en croisade ce qui n’était pas la moindre des promesses, en distribuant à ses cousins la part du trésor qui leur revient. Cependant en 1322, sous la pression de Jean XXII et craignant surtout le jugement divin, le vicomte de Lomagne devra revenir à Avignon pour restituer 150 000 florins, la somme estimée appartenir à l’institution papale et non au trésor privé de Clément. Une répartition tout de même nettement en faveur des intérêts particuliers de sa famille. C’est cette fortune qui a contribué, dit-on, à la construction des châteaux du bordelais que l’on qualifie aujourd’hui de "clémentins" : Villandraut, Budos, Roquetaillade, Fargues.

 

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En Lomagne, le château de Manlèche, sur la commune de Pergain-Taillac, ayant appartenu à la famille de Got, revendique également la filiation de Clément, en tout cas pour la construction initiale, l'actuel bâtiment étant d'époque Renaissance. Par contre, on ne sait pas dire si le château de Lectoure a bénéficié des largesses posthumes du trésor du pape ou bien s’il était réduit à l’état de forteresse secondaire et abandonné aux corneilles avant qu’il n’entre dans la Maison d’Armagnac.

Car, Bertrand de Got meurt en 1324 et sa fille unique Régine, épouse Jean 1er, comte d’Armagnac, Fézensaguet et Rodez. Elle décède à son tour l’année suivante. La Maison de Got en Lomagne par la grâce de Philippe le Bel et Clément V, est éteinte*. Lectoure devient la capitale d’Armagnac, qui fera sa fortune, puis son malheur.

 

Le clan des de Bordes

On peut supposer que l’évêque de Lectoure, Guillaume de Bordes, n’ayant plus la protection de Clément, faisait partie du mouvement de repli des trois neveux depuis Avignon vers leurs fiefs en Gascogne, à moins qu’Arnaud d’Aux ne l’ait gardé à son service. Mais il ne semble pas réputé pour ses grandes qualités. C’est son frère, Bertrand, décédé en 1311, évêque d’Albi, puis cardinal, camérier en remplacement du Templier da Montecucco, qui avait les faveurs de Clément, et sans doute les justifiait-il car il obtint nombre de revenus ecclésiastiques, bénéfices, charges… Son nom apparaît dans pas moins de 80 bulles papales dispensant généreusement les avantages ! A son tour, il fait bénéficier de faveurs ses parents et ses relations. Grâce à lui, son frère, Guillaume, sera nommé évêque de Lectoure en 1307 ou 1308, alors qu’il n’en a pas l’âge requis par la règle canonique. Il se rattrapera en le restant jusqu’en 1330.

Nous ne savons pas si les de Bordes sont liés à Clément V par les liens du sang à quelque degré mais c'est probable. La famille de Bordes était installée à Astaffort, sur le Gers, à une quinzaine de kilomètres au nord de Lectoure. Les avantages qu'ils retirent de leur position à la cour papale au détriment des templiers sont la preuve que Clément avait initié le dépeçage de l'Ordre.

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En effet, un neveu, ou bien est-ce un troisième frère des deux ecclésiastiques, Pierre de Bordes**, laïc lui, bénéficie en juin 1307, d’une donation, par Bernard de Trèbes, commandeur du Temple d’Agen et Gimbrède, de la moitié du moulin de Roques, à Astaffort sur le Gers, l’autre moitié lui étant cédée par le prieur de Layrac. Pour bien faire, cette libéralité est confirmée par une bulle de Clément V, qui aurait pu éviter de se faire remarquer. Juin 1307 soit quatre mois avant l’arrestation des Templiers ! C’est-à-dire que le démembrement du domaine immobilier et agricole du Temple avait débuté avant même que Philippe le Bel ne décide d’intervenir. Et du fait même de l’entourage direct de Clément.

Pierre de Bordes aura en outre le droit de construire une chapelle à proximité de l’église Saint-Félix d’Astaffort***, pour sa sépulture car sa piété est grande dit-on, mais bénéficiant avant tout des aumônes du voisinage encouragées par les indulgences accordées par Clément. 17 mois de remise de pénitences, "ça vaut le coup"! Comment justifier de tels bénéfices : « Pour services rendus » dira la bulle, sans plus de précision.

L’exemple d’Astaffort n’est pas unique. Toujours en 1307, en juillet cette fois, Bernard de Laroque, dernier commandeur du Temple en Provence, témoigne sa gratitude des  « bons services », là encore, rendus à son Ordre par Bertrand de Bordes, en lui concédant les revenus de la commanderie templière de Golfech, de Moret (peut-être l'Hôpital) près Condom (Gers), de Bonnefont, limitrophe du Nomdieu (Lot-et-Garonne), de Lomiès, banlieue de Nérac, les agriers et les terrages que la maison de Gimbrède, diocèse de Lectoure, avait dans le lieu et le district de Roulhac et dans  les paroisses de Lieux et de Martissans, diocèse d'Agen, pour en jouir sa vie durant, sous le cens annuel de 20 sous arnaudins payables au commandeur de la maison d'Agen, à la fête de saint Michel****. Au total, et encore n'avons-nous pas engagé de recherche approfondie, voilà un exceptionnel tableau de chasse pour la famille de Bordes.

Sans vouloir avancer sans preuve une conspiration beaucoup plus coupable, si cela est possible, et chercher un sens à la formule « pour services rendus », il faut rappeler que les dénonciations qui ont provoqué l’arrestation décrétée par Philippe le Bel émanait d’anciens Templiers écartés pour mauvais comportement par leurs Maisons dans la région d’Agen précisément, Argentens semble t-il. Ce sera vraiment le point à creuser pour de futures investigations.


La curée était lancée. Clément et son entourage avaient donné le signal. Philippe le Bel ne ferait que prendre exemple, peut-être pour ne pas être en reste, mais plus systématiquement et violemment. Clément, les dignitaires de la cour papale à tous les niveaux, leurs parents, leurs proches, leurs hommes de main, étaient déjà occupés à se disputer la bête, avant que Philippe ne l’achève.

La logique, Guillaume étant évêque, était alors que l'on imagine également la mainmise du clan de Bordes sur le domaine templier de Lectoure. Qu'en a t-il été ?

 

Le domaine templier de Lectoure

Nous savons que les Hospitaliers prirent possession de ce domaine le 16 mai 1313. Pourquoi a-il échappé à la rapacité des frères de Bordes ou d'autres clients de la cour papale ? Choisirent-ils de rester "raisonnables" ou discrets ?

Ceci peut s'expliquer par le statut particulier de la ville. La répartition du pouvoir entre l’évêque de Lectoure, Guillaume, et le roi d’Angleterre, Edouard 1er, paréage respecté pendant une dizaine d’années encore, a peut-être protégé l’intégrité du domaine du Temple de Lectoure. En 1309 le Sénéchal de Gascogne s'était plaint de la mainmise du roi de France sur les domaines Templiers de l'Agenais. Le cardinal d'Aux lui, était l'obligé du roi d'Angleterre en tant que membre de son conseil d'Aquitaine et pensionné par l'évêque de Winchester. Il ne fallait pas rajouter une cause, douteuse qui plus est, à la longue liste des litiges entre les deux puissances qui se faisaient face en Gascogne.

Et de fait, les voisins du royaume de France ne commirent pas le crime auquel Philippe le Bel voulait les associer. Nombre de Templiers purent s’échapper, depuis la Gascogne en particulier, vers l’Aquitaine anglaise, puis jusqu'à la maison du Temple de Londres, et le plus grand nombre vers la péninsule ibérique. En Aragon, l’Ordre de Montesa reprit les biens et les hommes du Temple et mena la lutte contre les musulmans jusqu’à la chute définitive d’Al Andalous et du royaume nasride de Grenade, en 1492. Au Portugal ce fut l’Ordre du Christ qui succéda au Temple et qui, placé directement sous l’autorité du roi Henri II dit "Le navigateur", arbora la croix rouge pattée sur la voilure des caravelles de Christophe Colomb naviguant plein ouest pour découvrir un nouveau monde.

A Lectoure, la Vallée de la Bataille, le Saint Jourdain et les vestiges du domaine de Naplouse tomberont dans l'oubli. Reste la Croix-Rouge.

                                                                        ALINEAS

 

A suivre. Les possessions de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, ordre de Malte, à Lectoure.

 

 

PS. Le silence des historiens de la Gascogne sur l’affaire des templiers est étonnant. Parmi les plus illustres, l’abbé de Montlezun n’en dit que quelques mots. Par contre il est très sévère à l’encontre de Clément V, certes pour son favoritisme clanique mais plus encore pour avoir déserté la Ville éternelle et provoqué ainsi le grand schisme d’Occident. Jules Carsalade du Pont, lui, le premier président de la Société archéologique du Gers et également ecclésiastique, a brièvement rapporté en 1894 le passage de Clément V en Gascogne (1308), sans même mentionner l’arrestation des Templiers à la même période. Méconnaissance de l’affaire ou bien mur du silence ?

 

*En 1280, la branche aînée de la maison de Lomagne, issue de la maison de Gascogne, s'éteint avec Vezian III, et la Lomagne passe à sa dernière sœur, Philippa de Lomagne, mariée à Hélie VII, comte de Périgord. En novembre 1301, après la mort de son épouse, Hélie VII cède les vicomtés de Lomagne et d'Auvillar à Philippe IV le Bel, roi de France. Ce dernier en investit son second fils, qui y renonce en 1305 et Philippe le Bel les confie la même année à Arnaud-Garsie de Got, frère du pape Clément V. Source Wikipédia.

**Pierre de Bordes sera fait, en outre, seigneur de Launac, près de L'Isle-Jourdain, par Philippe le Bel en 1311.

***Cette chapelle existe toujours. Elle est adjacente à l’église Sainte-Geneviève, devenue, à la place de Saint-Félix, l’église paroissiale dont il est dit dans la documentation de la commune qu’elle fut construite sur les ruines du château de la famille de Bordes.

****http://www.templiers.net/hospitaliers-saint-jean/etudes/index.php?page=Commanderie-de-Gimbrede

 

SOURCES:

Pour l'essentiel elles ont déjà été citées à l'appui des alinéas précédents.

- Concernant la collégiale de La Romieu :

https://www.la-romieu.fr/ensemble-collegial.aspx

- Concernant la famille des Bordes:

http://www.templiers.net/hospitaliers-saint-jean/etudes/index.php?page=Commanderie-de-Gimbrede

https://en.wikipedia.org/wiki/Bertrand_des_Bordes

- Concernant la réaction du roi d'Angleterre à la mainmise de Philippe le Bel sur le domaine templier:

http://www.templiers.net/departements/index.php?page=47

 

ILLUSTRATIONS:

- Cardinal Arnaud d'Aux. Vitrail de la collégiale de La Romieu. M. Salanié

- Jacques de Molay sur le bûcher, copie d'écran Voyageurs du temps.

- La collégiale de La Romieu, wikipedia.org.

- Mise à sac d'une ville par les Grandes Compagnies. Chroniques de Jehan Froissart (1337-1405) BN. Le rapprochement entre les Grandes Compagnies et l'armée gasconne des neveux de Clément V est justifié. A la différence qu'il ne s'agit pas pour la seconde d'un chômage technique mais d'une véritable mise à la retraite anticipée. 

- Cartes postales Manlèche et Astaffort : collection particulière.

- Santa Maria de Colombo, Madère.

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Histoire

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Publié le 17 Février 2019

AVANT-PROPOS

Il est aujourd'hui quasiment impossible de parler sérieusement des Templiers. Immédiatement votre auditoire sourira. "Ah, oui ! la malédiction lancée, sur son bûcher, par le Grand Maître ? La cérémonie initiatique occulte ? Vous avez trouvé le trésor de l'Ordre du Temple ? Le Graal peut-être ? ". Eh bien non ! très franchement, j'ai peu de goût pour une littérature de hall de gare où l'ésotérisme torture l'Histoire*. En outre, j'avoue que je ne connaissais pas du tout le rôle historique de l'ordre des moines-soldats, et très mal l'époque des croisades.

Non, tout simplement, nous avons fait incidemment, il y a quelques temps, la découverte de l'emplacement probable du domaine des Templiers à Lectoure. La question qui s'est immédiatement imposée : comment se fait-il que le souvenir de cet Ordre, ici à Lectoure, ait pratiquement disparu, y compris chez les historiens ?  Nous invoquons souvent pour expliquer notre ignorance,  l'absence d'archives antérieures à 1473, à la suite de la terrible destruction de notre ville par les armées de Louis XI. Mais, sans tomber dans le complotisme, n'y a t-il pas eu la volonté d'étouffer l'affaire ?

Voilà un sujet complexe, que l'on ne traite pas à la légère. Nous utiliserons le conditionnel lorsqu'il s'imposera. Et nous invitons les historiens, spécialistes de cette époque, à investiguer et à s'approprier le sujet.

Après les deux alinéas qui ont porté successivement sur la découverte de l'emplacement du domaine des templiers (voir ici) puis sur le passage à Lectoure du pape Clément V (voir ici), l'essai de recherche sur l'origine du toponyme Naplouse restant accessoire (voir ici cependant), nous vous proposons le quatrième volet de cette enquête.

 

 

Résumer, en quelques lignes, une histoire qui a fait couler tant d'encre est une gageure. Essayons tout de même. Sous l'influence des rois de France et d'Angleterre, Philippe le Bel et Édouard 1er, Bertrand de Got, gascon, archevêque de Bordeaux, est élu pape sous le nom de Clément V en 1305. A la même époque, les croisés ayant été repoussés de Terre Sainte par Saladin et ses successeurs jusqu'à la chute de Saint-Jean d'Acre en 1291, les moines chevaliers Templiers et Hospitaliers voient leur rôle et leur influence limités. Une fusion des deux ordres est envisagée. Philippe le Bel sera prompt à saisir l'occasion qui se présente. A la recherche de moyens financiers, après avoir ponctionné les juifs et les marchands lombards, il accuse les Templiers d'hérésie et les fait arrêter le 13 octobre 1307, lors d'une incroyable opération policière sur l'ensemble du royaume, mettant  la main sur leur colossal domaine immobilier et probablement quelque or conservé à la maison du Temple de Paris. Le pape, dont dépend l'Ordre juridiquement, est mis devant le fait accompli et ne peut que réclamer un jugement par des tribunaux ecclésiastiques, afin de soustraire les Templiers à l'Inquisition, ce qu'il n'obtiendra que très difficilement et tardivement. En effet, à cette époque, l'hérésie est la pire des accusations. Elle peut être invectivée par n'importe qui. La machine inquisitoriale se met alors en branle. De nombreux Templiers mourront sous la torture. Certains avoueront sous la dictée pour obtenir le pardon et la vie sauve. Quelques-uns, pour préserver leur honneur et celui de l'Ordre, reviendront sur ces aveux. Mais alors la sanction sera pire. Relaps, c'est-à-dire retombés dans l'hérésie après l'avoir abjurée, ils seront jugés de façon expéditive et exécutés. Lorsque Clément obtiendra enfin le transfert des frères survivants et la mise en place d'une procédure sous son autorité, il sera trop tard. Le Temple ne se relèvera pas. Clément V prononce la suppression de l'Ordre en 1312 lors du concile de Vienne en présence de Philippe le Bel. Ce que celui-ci n'avait pas prévu était que tous les biens des Templiers, ou ce qu'il en restait, seraient affectés à l'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem.

Les Templiers sur le bûcher

En général, les historiens estiment aujourd'hui que la papauté n'avait pas les moyens de s'opposer à Philippe le Bel. Par ailleurs, Clément pouvait être sincèrement troublé par les accusations portées contre l'Ordre qui aurait institué un rituel initiatique contestable sur le plan des institutions religieuses, en particulier en contradiction avec la règle de saint Benoît à laquelle il était soumis. Mais pour des hommes confrontés à de durs combats, en milieu hostile, souvent prisonniers et à la merci des musulmans, la cérémonie initiatique n'était-elle pas une nécessaire mise en condition, une préparation psychologique ? Il est probable que des tribunaux ecclésiastiques donnant la parole à la défense, ce que l'Inquisition ne permettait pas, auraient été compréhensifs sur ce point. Pour le reste, comme dans toute société, des pratiques déviantes avaient pu apparaître ici ou là. Mais il est inimaginable que l'Ordre en tant que tel, que tout portait au service de l’Église et de la reconquête des lieux saints de la chrétienté, et qui avait fait ses preuves sur le champ de bataille, ait pu se corrompre lui-même à ce point. L'hérésie, la vente de biens spirituels, de sacrements, la sodomie, le crachat sur les insignes de la religion, tous les maux dont l'Ordre a été accusé ne sont probablement que médisance, fantasme et calomnie.

Alors, pourquoi Clément V, lorsqu'il a été mis en situation de le faire,  n'a t-il pas absous les Templiers ? Probablement parce que lui-même n'était pas totalement innocent.

Lorsqu'il s'est opposé à Philippe le Bel, en effet, Clément a été la cible d'une campagne de communication particulièrement violente menée par l'homme de main du roi, Guillaume de Nogaret et ses affidés (on estime aujourd'hui que Philippe le Bel a inventé les fakes, les fausses informations si fréquentes et si gravement influentes dans notre société largement soumise aux réseaux sur internet) dénonçant la nomination des parents et amis du pape à des fonctions ecclésiastiques très rémunératrices, ce que l'on désigne sous le terme de simonie. " Que prenne garde le pape, il est simoniaque, il donne par affection de sang les bénéfices de la Sainte Eglise de Dieu à ses proches parents... On pourrait croire que c'est à prix d'or qu'il protège les Templiers, coupables et confessés, contre le zèle catholique du roi de France. Moïse, l'ami de Dieu, nous enseigne la conduite qu'il faut tenir vis-à-vis des Templiers quand il dit : Que chacun prenne son glaive et tue son plus proche voisin." Amalgames, menaces, invocations suprêmes, tout y est.

Malheureusement, quant au favoritisme, les ennemis de Clément n'avaient pas tort. Pendant son règne, Clément V a nommé 23 cardinaux dont une grande majorité de français et gascons, ce qui conduira à l'élection de son successeur, le cadurcien Jean Duèze, qui installera durablement la papauté à Avignon, mais surtout nombre de ses parents. Liste établie par wikipédia :

Le , à Lyon, le nouveau pontife désigne ses premiers cardinaux. Il remet leurs chapeaux à cinq de ses neveux : Bérenger Frédol le Vieux, Arnaud Frangier de Chanteloup, Arnaud de Pellegrue, Raymond de Got et Guillaume Ruffat de Fargues. Sont aussi de la promotion : Pierre de La Chapelle-Taillefert, Pierre Arnaud, Thomas Jorz, dit Anglicus, confesseur d’Édouard II, Nicolas Caignet de Fréauville, confesseur de Philippe le Bel et Étienne de Suisy, vice-chancelier du roi de France.

Le , il procède à sa seconde nomination de cardinaux. Ils sont au nombre de cinq : Arnaud de Faugères (ou Falguières), Bertrand des Bordes, Arnaud Nouvel, Raymond-Guilhem de Fargues, son neveu, et Bernard Jarre (ou Garve) de Sainte-Livrade, son parent.

Le , pour la troisième fois, il désigne ses cardinaux. Entrent dans le Sacré et Antique Collège : Guillaume de Mandagout, Arnaud d’Aux de Lescout, Jacques Arnaud Duèze, le futur Jean XXII, Béranger Frédol le Jeune, petit-cousin du pape, Michel de Bec-Crespin, Guillaume-Pierre Gaudin, Vital du Four et Raymond Pierre.

Sachant que Arnaud de Chanteloup et Arnaud d'Aux, oui, le bâtisseur de la collégiale de La Romieu, à 15 km de Lectoure ( il jouera un rôle très important durant le concile de Vienne qui supprimera l'Ordre du Temple et sera le camerlingue, ministre des finances, de Jean XXII ) sont également ses parents, cela fait, si mon compte est bon, 10 parents sur 23 cardinaux ! Dont huit portraiturés dans notre galerie de famille.

On n'ose pas imaginer ce que cela doit donner si l'on étudie les nominations d’évêques, de chanoines, d'abbés... Les membres laïcs de la maison de Got sont également généreusement dotés de revenus religieux (!) en Italie particulièrement, à Spolète, Citta del Castello, Ancône... Il y faudrait une thèse.

A la décharge de Clément, à l'époque, les garçons de noble lignée qui n'héritent pas du titre et du domaine familial, et ne souhaitent pas choisir le métier des armes, entrent naturellement en religion, et l'on va chercher alors les candidats au cardinalat où ils se trouvent... Il fallait bien également contrebalancer l'influence de l'église italienne, c'est de bonne politique.

L'église catholique mettra longtemps à se corriger de ce dérèglement, dont Clément semble avoir marqué l'apogée. Son règne est relativement bref. Il ne quitte Avignon que pour voyager durant de longs mois, en France et en Gascogne où, naturellement il rencontre ses parents, proches ou opportuns. Les chroniqueurs et les historiens nous disent que les audiences de Clément consistaient en un défilé interminable de solliciteurs et qualifient ce pape d’influençable. C'est certain.

Une magnifique illustration où Clément décide à l'endroit de solliciteurs, introduits par des cardinaux qui posent une main protectrice sur leur épaule. On ne peut pas mieux dire. Portrait officiel ou caricature pamphlétaire ?

 

Et Lectoure me direz-vous ? J'y viens.

En 1307 ou 1308, Clément nomme évêque de Lectoure Guillaume des Bordes qui occupera la charge jusqu'en 1330. Mais en réalité, Guillaume suivra la cour de Clément puis celle de Jean XXII et passera peu de temps dans notre ville, déléguant la bonne gestion de ses affaires à un vicaire.

A la même époque, un des chanoines de la cathédrale de Lectoure est ... son frère, Bertrand des Bordes, qui ne réside pas plus à Lectoure puisqu'il est camérier** du pape, c'est à dire le plus proche serviteur du pontife. Bertrand des Bordes deviendra évêque d'Albi***et fera partie de la deuxième promotion de cardinaux nommé par Clément.

Mais ce n'est pas tout.

On découvre que Bertrand des Bordes a succédé à ce poste de camérier à... Giacomo da Montecucco, maître de l'ordre du Temple de la Province de Lombardie, arrêté puis emprisonné par la police de Philippe le Bel à Poitiers en 1307 ! Le dernier des Templiers à avoir servi un pape****.

Bertrand des Bordes, chanoine de Lectoure, camérier du pape, cardinal d'Albi, pièce maîtresse de l'affaire des Templiers.

 

Voilà une découverte troublante.

- Comment les deux frères des Bordes sont-ils devenus des proches de Clément ?

- Quelle a été l'attitude de ces deux "lectourois" pendant le procès fait aux moines-chevaliers par la justice du roi de France et l'Inquisition ?

- Ont-ils bénéficié des largesses du pape, outre leurs nominations à des charges de hauts rang et revenu ?

- Quel a été leur rôle dans la transmission des biens de la maison du Temple à Lectoure ?

- Étaient-ils du voyage dans notre ville avec Clément en novembre 1308 ?

Nous ne pouvons pas raisonnablement ambitionner de répondre un jour avec certitude à ces questions mais, visiblement, il y a encore du grain à moudre dans cet infernal moulin de l'affaire des Templiers.

                                                                             (A suivre)

                                                                             ALINEAS

 

* La magnifique saga de Maurice Druon, devenue culte tant en librairie qu'à la télévision, Les rois maudits, n'est évidemment pas visée par notre flèche. Disons simplement que Clément V y est maudit une fois de plus, dans les premières éditions, à plusieurs siècles d'intervalle, puisque l'académicien, ça arrive à tout le monde, fait erreur en le confondant avec son successeur, Jean XXII, en imaginant sa dépouille mortelle en route vers Cahors, sa ville d'origine. Même pas gascon. En fait, Clément lui, sera enseveli à Uzeste, en Gironde.

** Il y a parfois confusion, suivant les époques et les auteurs, entre camerlingue, terme attribué progressivement au responsable des finances de la cour du pape, et camérier, chambrier ou cubiculari,  chargé du service personnel du pape, parfois considéré comme son garde du corps, surtout si la fonction est occupée par un militaire. Un certain nombre de Templiers ont occupé ce poste avant la suppression de l'Ordre.

*** Bertrand, lui non plus, ne s'assoira pas souvent sur la cathèdre du magnifique vaisseau de brique rose qui domine le Tarn, en plein chantier à cette époque. Entre 1301 et 1308, dans le contexte des derniers sursauts du catharisme, on sait que Philippe le Bel prélève les revenus du diocèse d'Albi à la place de l'évêque, Bernard de Castanet ! A la nomination de Bertrand des Bordes, le différent financier semble avoir été résolu. Que faut-il en conclure ?

**** Après s'être laissé convaincre par Clément de ne pas fuir, da Montecucco comprendra que le pape est dans l'incapacité de protéger l'Ordre, et, craignant pour sa vie, s'échappera avec quelques compagnons de sa prison de Poitiers en février 1308. Il parviendra à regagner l'Italie et intègrera ultérieurement, semble t-il, l'ordre des Hospitaliers.

 

SOURCES :

. Clément V, le pape gascon et les Templiers, Monique Dollin du Fresnel, Ed. Sud Ouest 2014.

. Le personnel de la cour de Clément V, Bernard Guillemain, Mélanges de l'école française de Rome 1951, p. 139-181, disponible sur Persée.

. Les Templiers, ces inconnus, Laurent DAILLIEZ, Librairie académique Perrin 1972

. La persécution des Templiers, Alain Demurger, Payot 2015.

. Sur Clément V : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cl%C3%A9ment_V

. Sur le procès : https://fr.wikipedia.org/wiki/Proc%C3%A8s_de_l%27ordre_du_Temple

. Liste des évêques de Lectoure : https://fr.wikipedia.org/wiki/Liste_des_%C3%A9v%C3%AAques_de_Lectoure

 

ILLUSTRATIONS :

. L'illustration qui porte le titre de cet alinéa ne représente pas Clément V mais Innocent IV, dirigeant le concile de Lyon en 1245 qui prononcera l'excommunication de l'empereur Frédéric II. Archives Nathan.

. Les Templiers sur le bûcher, Chroniques de France, British library.

. La galerie de portraits de famille a été composée à partir des articles wikipédia consacrés à chaque cardinal. Idem portrait de Bertrand des Bordes.

. Miniature Clément V en audience, Librairie Palatine de Rome.

 

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Publié le 9 Novembre 2018

LE RIRE DU POILU

Les cérémonies de commémoration de l'armistice de 1918 marquent une victoire militaire et devraient en avoir l'esprit sinon la forme mais elles apparaissent plutôt aujourd'hui comme une triste litanie. Sans doute la proximité de la Fête des morts. Et puis évidemment, il y a là, au cœur de nos villes et de nos villages, gravé sur la pierre de nos monuments aux morts, inévitable, le décompte dramatique de l'hécatombe. Comme un sinistre et obsédant héritage.

Mais le 11 novembre 1918, à Lectoure comme ailleurs, les français ont bien fêté une belle victoire. Les cloches ont sonné joyeusement. Il faut se figurer le bonheur, les rires, les chants, les drapeaux, rue Nationale, sur le parvis de la cathédrale, dans la cour de l'Hôtel de Ville.
Il y a eu, dans les heures qui ont suivi le cessez-le-feu, un exemple unique dans l'Histoire de France, de liesse générale, rassemblant toutes les classes sociales. Le soulagement bien sûr sur le sort des hommes qui en reviendront*, mais aussi une grande fierté, la récompense de quatre ans de sacrifices, le dessus pris sur la barbarie**.

Avant cette heureuse délivrance, dans la grisaille du temps de guerre, l'humour, la caricature, la légèreté de l'âme française - qui nous est parfois reprochée -, sont omniprésents. Les chansonniers, la carte postale (les réseaux sociaux de l'époque), la presse, utilisent abondamment l'humour, souvent grinçant même s'il peut nous paraître aujourd'hui primaire ou suranné. Le rire a permis aux troupes et à la population civile d'y croire, de tenir, de continuer à vivre en quelque sorte, malgré tout.

Et si la capacité des français de rire de tout et surtout d'eux-mêmes avait fait partie de l'arsenal du futur vainqueur ?

 

Cette glorieuse équipe rugbystique du Midi de la France a fière allure. Nous sommes dans les premiers mois de la guerre. Il y a là bien sûr, beaucoup de forfanterie, c'est également bien français. Les évènements corrigent souvent ces visions simplistes et dont le sens devient vite obsolète, comme tous les commentaires "à chaud" sur l'actualité. Joffre, avec son physique de 3ième ligne, se verra retirer le commandement en chef et n'aura pas eu la capacité de renvoyer aussi rapidement la baudruche teutonne derrière la ligne de ses vingt-deux mètres. Foch lui, se place et attend son heure, qui sera la bonne. De Castelnau, trop aristocrate au goût d'une Troisième République très rad-soc, sera un certain temps laissé sur le banc. Quant aux deux anciens, ils ne seront pas de la fête. Gallieni, mourra, malade, en 1916.

Enfin notre amiral, Auguste Boué de Lapeyrère.

Dépassé par le jeu rapide des cuirassés de la Royal Navy, mis à la retraite, le vieux marin apprendra la nouvelle de l'armistice sur le plancher des vaches. Était-il ce jour-là à Lectoure ? On peut l'imaginer, son téléphone Marty ultra moderne en mains, en liaison avec ses anciens collaborateurs, ému sans doute, dans son domaine de Tulle, havre de paix au bord du Gers, face à la vieille citadelle gasconne, préservée du conflit.

Une très intéressante illustration encore aujourd'hui, malgré les rectificatifs de l'Histoire.

Après les chefs de guerre, passons directement au poilu. Il est sympathique et jovial. Entre les gradés, les civils, les planqués qui sont croqués sévèrement, il a toute l'affection du public et donc des illustrateurs. S'il est moqué, ce n'est jamais méchant. Il fait l'objet d'un véritable culte. Il est l'image de la France qui veut en rire, envers et contre tout.

Les illustrateurs sont d'ailleurs souvent mobilisés et sous l'uniforme, en même temps qu'ils collaborent avec la presse. Ce qui donne à beaucoup de ces illustrations un réalisme tangible. "Ça ne s'invente pas" !

Indépendamment des grades et de l'origine sociale, il y a une réelle fraternisation d'arme. La hiérarchie, à tout niveau, sait ce qu'elle doit à l'humour pour le maintien du moral des troupes. Les souvenirs de nos grands-pères, dans leurs lettres, leurs carnets, la presse, fourmillent d'anecdotes drôles et loufoques. Tout y est sujet à caricature : les petits travers, le règlement, la cuisine surtout. Et la française ! Si la femme, mère, épouse, belle inconnue peut être sujette à plaisanterie voire à gaudriole - l'époque n'est pas toujours fine -, elle est surtout le symbole de paix, du retour à la maison, l'expression du rêve de repos et de réconfort du poilu.

Bien sûr, la censure veille. C'est une loi de la guerre. Mais beaucoup moins qu'on pourrait le croire. Et pour une raison en particulier, c'est que l'opinion de l'époque est très sensible aux principes de liberté. Celle de la presse en particulier, qui a fait l'objet de violents débats sous le second Empire. Elle a été consacrée en 1881 et la presse connaît depuis, son âge d'or. On n'écrit plus, ni ne dessine comme cela aujourd'hui. Georges Clémenceau qui devient Président du Conseil (l'équivalent de notre Premier ministre) en 1917 a, pendant des années, été le journaliste virulent de L'Aurore, de L'homme libre, devenu, à cause de la censure précisément, L'homme enchaîné. Arrivé au pouvoir pour serrer les rangs, il ne peut toutefois pas se dédire et la presse restera relativement libre de ses propos, mais dans le cadre de l'Union sacrée. Il y a un consensus très large pour soutenir l'armée dans son ultime effort, et l'humour est admis pourvu qu'il concoure au moral des troupes et du pays dans son ensemble.

Évidemment, la caricature qui se risque à apparaître défaitiste sera censurée.

 

Ce Carnet d'Alinéas se doit également, de faire une place à l'humour régionaliste.

Au début de la guerre, les régiments sont constitués par régions. Les officiers ne parlant pas toujours la langue maternelle de la troupe, ceci provoquera des difficultés de commandement qu'il faudra résoudre. Certains de ces "pays" sauront y trouver matière à rire. Par exemple Pierre Dantoine, de Carcassonne, dont l'idiome n'est pas le gascon mais le languedocien. Il n'y a que la Garonne entre lui et nos poilus lectourois. Ça nous parle non ?

 

 

Le vendéen Clémenceau, on y revient inévitablement, jacobin, chef de guerre impitoyable et finalement "Père la Victoire", l'homme politique le plus admiré à la date de l'Armistice, en France et à un degré que nous ne pouvons pas imaginer de nos jours, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en Italie, en Asie... fut sans doute, pour les illustrateurs de ses partisans et de ses détracteurs, le personnage le plus sujet à caricature.

Il passa beaucoup de temps à inspecter les premières lignes, au contact du poilu qu'il affectionnait.

Je veux raconter ici une anecdote rapportée par mon grand-père, qui connut l'époque et les lieux. Alors que le ministre coiffé de son célèbre galurin, visitait, comme à son habitude, une tranchée, il s'adressa à un poilu, resté assis sur une caisse de munitions, pour lui demander s'il avait quelque chose à lui dire, une requête à faire...

- ... Je vous écoute mon brave.

Pas de réponse. Clémenceau reformule sa question. Le troufion, mutique, reste accroché à sa bouffarde, sombre, le regard au lointain. L'officier assistant à l'inspection, gêné, se fâche et exige du soldat qu'il réponde. Alors, l'homme se tourne calmement vers Clémenceau et dit:

- D'abord, je ne réponds pas aux civils !

Clémenceau, sa moustache qu'il avait fort broussailleuse laissant deviner un sourire complice, fit signe à l'officier de ne surtout pas sanctionner l'homme. Au delà de la drôlerie de la réplique qui venait de lui être adressée, il pouvait être satisfait. Ses instructions de méfiance dans les communications, pour cause d'espionnage, étaient appliquées par le poilu lui-même... et à la lettre. En outre, l'humour, parfois ravageur, était parmi les principales armes du chef d'une France qui gagnerait la bataille bientôt. 

                                                     ALINEAS

The old Tiger, aux USA en 1920 pour réclamer l'application du traité de Versailles

* Je ne suis pas assez documenté à ce jour sur les Lectourois qui ont été mobilisés. Ceux qui sont montés au front et ceux qui y sont Morts pour la France. Je voudrai y revenir.

Il faudra aussi consacrer un alinéa spécifique aux tirailleurs sénégalais du 141ième BTS, cantonnés à Lectoure et qui furent, quelques semaines avant l'Armistice, touchés par une épidémie de grippe espagnole. 73 d'entre eux sont enterrés au carré militaire de notre ville et honorés dignement chaque année.

** On ne peut oublier la cause essentielle de la guerre. Au delà des faiblesses et des fautes des dirigeants politiques français et de l'impréparation militaire, cette guerre est à mettre intégralement au passif de l'invraisemblable esprit de domination germanique pendant 70 ans. La France saura, heureusement, se réconcilier avec ses voisins d'outre-Rhin. Mais il faudra pour cela, laisser passer, dans l'intervalle, une nouvelle agression, à peine deux décennies plus tard, tout aussi sauvage, et qui n'a été moins sanglante - relativement ! - pour la France, qu'en proportion de son effondrement militaire. Effondrement dû au désarmement, dont la responsabilité incombe aux gouvernements de l'entre-deux guerres qui n'ont pas compris que la Der des Der ne le serait pas. Mais ceci est une autre histoire et ne fera rire personne.

CREDITS / SOURCES

- Pierre Falké, sapeur au 10ième Génie, Le blessé.

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pierre_Falk%C3%A9

Sur la revue Le Rire, devenue Le Rire Rouge pendant la guerre et présentant une jolie brochette de collaborateurs comme Toulouse-Lautrec, Sem, et Duchamp, excusez du peu, voir: https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Rire

28 années du Rire consultables ici: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34432899t/date

- X (?), Collection humoristique de l'âne, photo Provost, La grande équipe du midi.

- Ch-Léo 1916, GMT, Anatomie du poilu, carte postale de la série Le langage des tranchées.

http://geopolis.francetvinfo.fr/la-carte-postale-media-de-masse-de-la-grande-guerre-43245

http://www.caricaturesetcaricature.com/article-la-grande-guerre-des-cartes-postales-exposition-120103486.html

- Pierre Dantoine, Le sergent et le colombin

https://www.crid1418.org/espace_pedagogique/documents/icono/dantoine.html

http://www.tintamarre.eu/produit/la-grande-guerre-vue-par-dantoine/

- Georges Clémenceau, dit Le tigre.  Wikimedia Commons.

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Publié le 8 Juillet 2018

AU CENTRE DU MONDE,

QUELQUES JOURS.

 

Dans les derniers jours du mois de novembre 1308, depuis le pont-levis du château jusque dans l’enchevêtrement insalubre des carrelots de la citadelle, une rumeur se propage à Lectoure. Gents d’armes, artisans, moines, nones et petit peuple, sans plus tenir compte des profondes différences qui les séparent habituellement, se lancent et commentent avec force invention de détails la grande nouvelle : « Le Pape arrive !»

Le 29 novembre, un cavalier en livrée rouge et or, les couleurs des armoiries du pontife, aperçu chevauchant au triple galop sur la route de Nérac, est annoncé au son de la trompe depuis le chemin de ronde du château vicomtal. L’homme a traversé le Gers et, descendu de sa monture couverte d’écume, a escaladé à pied la côte de Pébéret. Franchissant la porte ouverte dans le rempart du nord et immédiatement introduit dans le château, le coursier a transmis son message au vicomte : « Clément est à Lavardac. Il sera ici demain. »

L’évènement est extraordinaire certes, mais on s’y attendait. Car le pape de toute la chrétienté, Bertrand de Got, qui a choisi pour nom de règne Clément, a pour frère ainé Arnaud-Garcie de Got, Vicomte de Lomagne et d’Auvillar, établi à Lectoure depuis un an. Déjà en 1305, lorsque Bertrand, alors archevêque de Bordeaux, né à Villandraut près de Bazas, dans l’actuel département de la Gironde, est élu, à Pérouse en Italie, au siège de Saint Pierre par un conclave partagé entre cardinaux pro-français et pro-italiens incapables de désigner un des leurs, c’est un évènement considérable en Guyenne et en Gascogne.

Le retour de Clément vers Avignon

Bien que vassale du royaume de France, la région de Guyenne, toute proche de Lectoure, est possession anglaise par le fait du remariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt et sera au cœur de la guerre de cent ans qui débutera quelques années après l’histoire que nous vous racontons aujourd’hui. Tirée par les échanges maritimes avec Londres, par le commerce du vin en particulier, Bordeaux est riche et son archevêque également de ce fait, car à cette époque les hautes fonctions d’église sont très rémunératrices. S’il n’est pas cardinal, l’Archevêque Bertrand de Got est reconnu comme juriste émérite, fin diplomate, sollicité par les deux royaumes, de France et d’Angleterre, pour régler pacifiquement leurs différends. Il y a là probablement une des explications à son élection. Depuis plusieurs années, la papauté est sous la pression des souverains d’Europe qui s’opposent à la toute-puissance de l’Eglise. Philippe le Bel en particulier, pour des raisons financières essentiellement, affrontera Boniface VIII, jusqu’à envoyer son ministre et homme de main Guillaume de Nogaret défier le vieux pontife dans sa retraite d’Anagni qui mourra peu après cet affront. Après un pape éphémère, Benoît XI, le dernier conclave a pensé trouver en Bertrand de Got un pape neutre et compétent, mais Philippe qui a validé ce choix tentera de mettre le nouvel occupant du siège pontifical sous sa coupe.

Rome et l’Italie étant dans une situation politique et sociale particulièrement instable, Clément est sacré à Lyon puis élit domicile à Avignon, où le siège de la papauté restera 70 ans (sans compter le grand schisme d’Occident), sur ses terres certes mais à portée de main du roi de fer. On reprochera à Clément V cette proximité qui ressemble à de la soumission mais que pouvait faire ce souverain sans capitaines et sans armes ? Son frère Arnaud-Garcie doit d’ailleurs sa récente accession à la vicomté de Lomagne et d’Auvillar à Philippe le Bel. Si Clément n’est pas dépendant, la maison de Got est pour le moins vassale.

  

Mais à Lectoure et dans toute la Gascogne, on est loin de ces manœuvres entre grands de ce monde. Sur le chemin de notre pape, c’est du délire. On se bouscule, on veut voir ce demi dieu, le vicaire du Christ sur terre. Dans ces temps de misère, de guerre quasi permanente, de pauvreté et de maladie, il faut bien comprendre l’importance, dans toutes les couches sociales, de la croyance profonde en un au-delà meilleur. Les sacrements, la parole biblique, les décrets du Saint Père et de ses évêques dictent les moindres agissements de la vie quotidienne des individus, des familles, des villes et des campagnes. Ce jour-là, chaque Lectourois pense approcher les portes du paradis.

Clément parcourt les quarante kilomètres qui séparent Lavardac de Lectoure dans la journée, ce qui, sur les chemins de l’époque, est une performance. Le pape n’est donc pas monté sur une mule, ni allongé paresseusement dans un chariot tiré par une paire de bœufs, mais certainement à cheval, accompagné de quelques gardes du corps, bon cavalier comme un seigneur doit l’être à cette époque pour faire avancer ses affaires. L’histoire ne dit pas si les Lectourois ont attendu le pape toute la journée du vendredi 30 (jour de marché ?), mais probablement le lendemain et, à coup sûr, le dimanche 2 décembre Lectoure fut envahie par la foule venue des environs, mêlée aux habitants de la ville, tous se bousculant pour s’approcher du château et de l’église cathédrale où le pontife célébrera la messe devant l’assemblée de la noblesse de Lomagne, ban et arrière-ban, des consuls de la ville et des syndics des corporations, dans leurs plus beaux atours et sous une forêt de bannières chamarrées.

Mais ce n’est pas tout. Dans les heures qui suivirent son arrivée en petit équipage, la cour du pape au grand complet était entrée en un long défilé à sa suite dans la citadelle. Et ce fut là un ballet fantastique pour l’installation de tout ce monde, nobles et clercs dans les bâtiments religieux et bourgeois réquisitionnés, soldats et intendance partout où subsistait quelque espace disponible, sans contestation possible bien sûr. Imaginez, plus de 400 personnes, chevaliers, damoiseaux, sergents et cavaliers dits « gascons », chapelains, clercs, notaires, secrétaires, valets, cuisiniers, bouteillers, porteurs d’eau, palefreniers, blanchisseurs… Dans une ville surpeuplée à l’époque. Et dans la vallée, les chevaux, les bœufs et les porcs appartenant à cette capitale de la Chrétienté en marche, parqués sous la surveillance de petits pâtres. Les poissonniers qui font partie de l’effectif pour assurer l’approvisionnement du pape et de ses proches en poisson frais sont probablement restés au bord du Gers bien sûr où ils auront chassé de leurs postes attitrés les pêcheurs à la ligne indigènes…

La seule illustration de Lectoure d'époque. Qui pourrait représenter le passage de Clément V ?

 

En effet en ces temps, la papauté est constamment itinérante car il faut, pour être aimé et obéi, appréhender les problèmes, se montrer au peuple, contrôler le fonctionnement des diocèses et des abbayes, prélever son dû. Le trajet des papes nous est connu par l’étude de leurs bulles, c’est-à-dire de leurs décrets, sur lesquelles le lieu de publication est mentionné. On mesure la charge matérielle et financière supportée par les villes, les seigneuries et les abbayes d’avoir à loger et surtout nourrir tout ce monde. Au point que certains actes de rébellion auront conduit à l’excommunication de prieurs remplissant sérieusement leur fonction de gestionnaires et donc imprudemment économes ! Mettons-nous à la place du moine cellérier, sur le pas de porte du réfectoire, en voyant arriver la troupe de ces « hôtes » !

Cet important effectif que l’on ne déplace pas aisément est probablement resté à Lectoure jusqu’au 15 décembre.

Le moulin de Sainte-Rose, sur l'Arratz.

Clément lui, s’échappera le 4 décembre pour se rendre en petit comité et sous escorte, sans doute pour s’isoler et se recueillir, au prieuré de Sainte-Rose, à Miradoux, discrète exploitation agricole, une grange dit-on alors, et un moulin, sur le bord de l’Arrats, propriété de l’abbaye de Deffès située à Bon-Encontre, près d’Agen, où jeune clerc il a été formé, dans les années 1280, par les moines de Grandmont, un ordre auquel il reste profondément attaché. Il reviendra à Lectoure les 6 et 7 puis retournera à Sainte Rose, passera également à Agen et Auvillar, avant de quitter le 16 décembre et définitivement la Gascogne pour se diriger, à regret dit-on, vers Avignon, via l’abbaye de Grandselve, Toulouse et Saint-Bertrand-de-Comminges.

Pendant ces deux semaines passées dans notre ville et en Lomagne, outre la famille, la gestion de son riche patrimoine, les souvenirs de jeunesse, le repos et la prière, Clément V aura rempli les tâches de son métier de pape. Car il est le plus grand prince d’Occident. Entouré, à Lectoure comme tout au long de ses déplacements, de cardinaux, de prélats de tous ordres et congrégations, de juristes, de financiers, il règne et légifère tant au plan matériel que spirituel. Dans la troupe de ses suivants, chacun ayant sa fonction bien définie, les nombreux coursiers, triés sur le volet et dotés des chevaux les plus endurants, partent chaque jour dans toutes les directions porter les ordres de sa Sainteté en Europe et au-delà.

La cour papale itinérante de Clément: un défilé de solliciteurs...

Clément V par exemple, en excommuniant cette année même l’un des prétendants au trône d’Ecosse, soutient le roi d’Angleterre qui impose difficilement sa suzeraineté sur les Îles Britanniques. Quelques jours à peine avant son arrivée à Lectoure, Henri de Luxembourg est élu Roi des Romains avec le soutien secret de Clément qui veut faire barrage au frère de Philippe le Bel, Charles de Valois, candidat au titre d’Empereur romain germanique. En Espagne et au Portugal Clément promeut l’alliance entre les royaumes chrétiens pour mener la reconquête de la péninsule ibérique. Les musulmans seront repoussés vers Grenade, dernier réduit d’Al Andalous. Les ambassades de Clément atteindront même l’Extrême-Orient.

Oui, pendant ces deux semaines du mois de décembre 1308, Lectoure est bien au centre du monde.

Enfin, il y a le procès fait à l’Ordre des Templiers. Durant l’été qui a précédé la venue du pape à Lectoure, Clément V et Philippe le Bel ont négocié le sort à réserver aux moines-soldats que le roi de France a fait emprisonner le 13 octobre 1307. Clément a pu auditionner lui-même quelques frères et, convaincu de leur innocence des crimes dont l’Inquisition manipulée par Philippe les accuse, il exige que leur jugement revienne aux tribunaux d’église. Sans succès. Dans cette affaire, le face à face entre le pape et le roi de France durera plusieurs années encore et empoisonnera la vie de Clément V et la mémoire de son pontificat.

 

En décembre 1308 à Lectoure, que restait-t-il du domaine templier de Naplouse que nous avons révélé ici ? Depuis le promontoire rocheux que les Lectourois appellent aujourd’hui la Croix Rouge, Clément a certainement posé le regard sur le ruisseau de Saint Jourdain et sur la Vallée de la Bataille.

(A suivre)

                                                                 ALINEAS

 

 

SOURCES:

. Clément V, le pape gascon et les Templiers, Monique Dollin du Fresnel, Ed. Sud Ouest 2014.

. Itinéraire de Clément V en Gascogne, Jules Carsalade du Pont, Revue de Gascogne 1894, p. 210-212.

. Le personnel de la cour de Clément V, Bernard Guillemain, Mélanges de l'école française de Rome 1951, p. 139-181, disponible sur Persée.

 

ILLUSTRATIONS:

. Armoiries de Clément V : Echando una mano, Wikipédia.

. Portrait de Clément V par Henri Serrur (1794-1865), Collection Palais des Papes Avignon.

. Carte et photo de la Croix rouge, M. Salanié.

. Photo Moulin de Sainte-Rose, MM Geoffroy.

. Les deux gravures sur Lectoure (Reprod. Morburre) et la cour itinérante de Clément V sont disponibles sur Wikipédia.

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Publié le 26 Mai 2018

UN CLOCHER

DU TONNERRE !

 

Nous avons maintes fois raconté à nos hôtes comment, pour ce que nous en savons, notre cathédrale Saint-Gervais-Saint-Protais a perdu sa flèche: un orage comme on les mitonne chez nous au point que la foudre brisa en même temps dans les caves de l'évêché plusieurs milliers de bouteilles de vin - ah misère ! -, suivi d'un devis de travaux de rénovation à engager aussi impressionnant que cette sacrée (!) fissure dans l'appareillage de pierre. " Alors ? " . " On rase ! ".

Et dans la foulée de ce guillotinage du patrimoine - les faits se sont déroulés peu de temps avant la Révolution, sans lien de cause à effet - sur le papier cette fois, le siège de notre évêché millénaire fut rayé de la carte d’une simple biffure napoléonienne... Toute une histoire lectouroise.

A quoi pouvait bien ressembler cette fameuse flèche ? Car si l'enchaînement des évènements est à peu près connu, peut-on se figurer la beauté de cette construction audacieuse, à la gloire du bon dieu de Gascogne comme, n'hésitons pas à oser le rapprochement, à Chartres, Salisbury, au Mont-Saint-Michel, à la Sagrada Familia… ? J’en oublie et des plus fines.

88 mètres, soit près du double de notre clocher résiduel, et le ciel pour manteau d’un bleu… de Lectoure, un lever de soleil sur fond de Pyrénées pour décor fantastique, avec les étoiles du grand chemin pour guirlandes... Quel regret d'avoir loupé ça !

Alors, vous en avez rêvé, Alinéas l’a fait.

Avant nous, Pertuzé l’avait dessinée. Mais franchement, il n'y va pas avec le dos de la cuillère à gasconnade le pourvoyeur de contes populaires, le vieux Cazaux. 7 fois le clocher, Gargantua ! soit 560 mètres ! Alors évidemment la perspective privilégie le gabarit du géant blado-rabelaisien au détriment du monument historique reconstitué à l'arrière-plan par notre BDéiste, fin connaisseur, illustrateur et raconteur de l'histoire de sa ville au demeurant.

Bon d’accord, mes truquages* eux, ne sont pas terribles, terribles. Faits à bisto de nas et en deux ou trois coups de mulot. Alors à vous, à vos photoshop ! Je m’engage à publier les meilleurs.

 

Et à l’heure de l’image de synthèse, je suggère même une animation en 3D, panoramique, plongée, contre-plongée, zoom avant dans la rue Nationale façon drone… Pour un étudiant en infographie, il y aura là un sujet en or… De cet or qui veine le calcaire de Lectoure et chante au soleil sur les murs de la ville.

 

Si, sous les coups de boutoir du vent de l'Histoire, ce clocher a certainement perdu, avec sa flèche, de sa grâce, il dresse tout de même aujourd'hui, à la ronde, toujours un beau caractère.

 

                                                                             

                                                                        ALINEAS

 

29.05.2018

CORRECTIF - PLUS POINTU !

Pertuzé n'a pas fait que la dessiner. Sur ce photomontage il a intégré les détails suivants connus par des écrits: balustrade gothique, dernier étage de la tour plus haut et petit pyramidon au sommet de la tourelle de l'escalier. Superbe. Merci à lui.

Photomontage Pertuzé sur une photo Wikimédia Commons

 

* Il est difficile aujourd'hui d'éviter le terme "fake" aussi désagréable, à une oreille française s'entend, que celui de "blog". Dans les domaines historique ou architectural nous avons à notre disposition les termes " reconstitution "," restitution ", "montage". J'avais un faible pour " vue d'artiste " usité en publicité, mais je ne me permettrais pas.

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Le détail de la planche de Jean-Claude Pertuzé est extrait de son album Contes de Gascogne de Bladé aux éditions Les Humanoïdes Associés.

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Vue aérienne : Mongolfières de Gascogne https://www.montgolfieres-gascogne.fr/lectoure2.html

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La flèche qui nous a servi à bricoler ces vues est celle de l'église de Plieux dont on dit qu'elle est cousine de la nôtre.

 

 

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Publié le 2 Décembre 2017

LE NOM DE NAPLOUSE

 

Au 12ième siècle, à Lectoure, à l’emplacement de l’actuel quartier du Couloumé, sont installés les templiers. Les moines exploitent un domaine donné à l’ordre  par quelque seigneur bienfaiteur. Ce ne sont pas des chevaliers, des soldats comme leurs frères combattant en Orient, mais des confrères, des moines de métier, agriculteurs ou artisans. Avec leurs serfs, ils travaillent à faire fructifier le domaine qui s’étend, on l’imagine, sur les coteaux qui s’étirent vers l’est, aux portes de la ville sur les versants de l’actuelle vallée de Foissin et, en direction de l’ouest, au-delà du Gers.

Chaque année le représentant du Précepteur de la province de Gascogne passe à Lectoure, prélever le respountchoun, l’excédent des ressources qui, ajouté à celui de l’ensemble des maisons d’Occident de l'ordre, contribuera au financement des énormes besoins du Temple en guerre dans le royaume de Jérusalem. Cette organisation économique et financière a tissé un incroyable réseau sur toute l’Europe occidentale, forgeant la puissance de l’ordre qui, hospitalier et militaire en Orient, a inventé la fonction de banquier d’affaire du Pape, des rois et de la grande noblesse en occident.

 

Nous avons révélé [ici] qu’un templier revenu d’Orient a séjourné à Lectoure. Ce devait être un personnage désigné par sa hiérarchie à titre de récompense ou bien pour prendre en charge et développer le domaine. Nous ne connaissons pas son identité  mais le fait qu’il ait baptisé la maison de Lectoure "Naplouse" nous conduit logiquement à faire la relation avec la seigneurie de ce nom, fief du royaume latin de Jérusalem.

 

La ville de Naplouse est située à environ 50 km au nord-est de Jérusalem. Elle est conquise par les croisés à la fin du 11ième siècle.

D’abord partie intégrante de la seigneurie d’Oultre-Jourdain, elle en est détachée pour être érigée en fief directement vassal de Jérusalem en 1106 avec à sa tête Guy de Milly, issu d’une famille originaire de Picardie. Son fils, Philippe, né à Naplouse, porte de ce fait le nom de cette seigneurie, qu’il cèdera en 1161 au roi Baudouin 1er en échange des terres de Montréal. Devenu veuf en 1168, Philippe de Naplouse entre au Temple et il en deviendra le 7ième grand maître en 1169. Mais, lors d’un voyage à Constantinople aux côtés du roi Amaury 1er en 1171, sans que

Une ambassade d'Amaury 1er auprès de l'empereur de Constantinople, Alexis Comnène.

l’on en sache la raison, il démissionne. C’est un cas unique pour un maître de l’ordre. On ne lui connait pas d’échec militaire ou politique, il faut donc imaginer une raison personnelle à cette démission. Certains commentateurs ont avancé qu’il rentrera, comme c’est la pratique pour les chevaliers retraités, dans un monastère cistercien pour y finir ses jours. Ce serait extraordinaire, mais on peut admettre que Philippe de Naplouse a très bien pu aboutir à Lectoure*.

 

 

Autre piste, le nom de Naplouse est également porté par un personnage qui joue un rôle majeur dans l’Histoire du royaume de Jérusalem, Balian d’Ibelin. Son père s’est vu attribuer la seigneurie d’Ibelin, située au bord de la Méditerranée à une cinquantaine de kilomètres de Jérusalem, et dont le château occupe une position forte, entre Ascalon et Jaffa, situation défensive essentielle face aux avancées des musulmans d’Egypte menaçant le royaume latin. Balian d’Ibelin épouse en 1177

 

Balian d'Ibelin sous les traits d'Orlando Bloom et la belle Eva Green dans le rôle de Sibylle de Jérusalem, une reconstitution très romancée: "Le royaume des cieux" de Ridley Scott.

Marie Comnène, nièce de l’empereur de Constantinople, veuve du roi Amaury 1er qui conserve dans son douaire la ville de Naplouse. Balian qui se distingue la même année à la bataille de Montgisard, la victoire de l’enfant-roi lépreux Baudouin IV sur Saladin, est désigné dès lors par les chroniqueurs sous le nom de Balian de Naplouse. Balian sera à nouveau en première ligne en 1187, cette fois-ci lors de la défaite des cornes de Hattin, et un des rares chevaliers à échapper au désastre. Il assure la défense de Jérusalem, qui tombera toutefois rapidement et définitivement. Le royaume latin voit son emprise considérablement réduite autour des réduits de méditerranée, Beyrouth, Tripoli, Tyr, Saint-Jean-d’Acre. Balian meurt en 1193. Ses enfants portent le nom d’Ibelin, que l’on retrouvera dans la noblesse française, par exemple au sein de la maison de Montfort-l’Amaury et de Castres**.

 

Revenons à Lectoure. Balian de Naplouse est mort en Terre sainte et n’est pas templier. Alors? Comme nous, vous aurez remarqué évidemment, la proximité de son premier patronyme, Ibelin, avec le nom du moulin située au pied de l’implantation de la maison templière de Lectoure***, la mouline de Belin. Par ailleurs, « notre » templier peut très bien appartenir à la nombreuse parenté des Ibelin et des Naplouse, ou bien avoir été un de leurs proches. Balian de Naplouse s’est évidemment très souvent trouvé côte à côte au combat avec les templiers.

 

On remarquera en outre la proximité des deux personnages que nous évoquons : Philippe de Naplouse est proche d’Amaury 1er. Marie Comnène, l’épouse d’Amaury, devenue veuve, épouse Balian d’Ibelin. Philippe est aussi l’oncle de Balian par les femmes. Il ne faut donc peut-être pas choisir entre les deux pistes, mais les suivre en parallèle.

Enfin, au-delà de ces deux seigneurs de Naplouse, célébrés par les chroniqueurs de l’époque et dont l’Histoire a gardé la trace, nous n'écartons pas la possibilité de retrouver le templier de Lectoure parmi leurs suivants, nobles de petite extraction, modestes moines-chevaliers, simples sergens de pied, qui ont formé le gros de l’effectif croisé.

Les rares d’entre eux qui ont échappé à l’hécatombe sur les champs de bataille et sur le chemin du retour ont dû, comme  les vieux soldats de tout temps, ressasser leurs souvenirs. S’ils ne rejoignaient pas leurs familles, pour eux le Temple devenait un refuge et certaines commanderies se faisaient une spécialité de les accueillir, maisons de retraite en quelque sorte. Si ce n’est pas la signature d’un seigneur, le nom de Naplouse à Lectoure peut être la marque d’une aventure collective.

 

Voilà deux portraits rapidement tracés de personnages historiques. Deux pistes de recherche que nous poursuivrons.

 

Le troisième volet de notre évocation des templiers portera sur le très fameux procès de l’ordre, vu de Lectoure.

 

On me reconnaîtra la prudence d’émettre des réserves, d’utiliser le conditionnel et de poser quelques points d’interrogation. Cependant, l’évidence de la présence d’un templier revenu d’Orient dans notre ville me conduit à exposer tout de même devant vous l’état de ces investigations au fur et à mesure de leur avancement car elles témoignent, modestement, et seront peut être utiles à quelque spécialiste. L’Histoire a besoin de faits mais elle est aussi parfois, à défaut, recomposée à partir de simples indices. Peut être ne sommes nous pas très loin de la vérité. Espérons que de nouveaux éléments apparaîtront et permettront de mieux cerner la réalité. Sinon le mystère perdurera, qui a son charme également.

 

Depuis la croix rouge, le couloumé et la vallée de la bataille, sous la brume.

Mystère n’est pas ignorance. Il ne faut pas laisser l’oubli s’imposer définitivement. Sous les fondations du château du Couloumé, sous quelque ondulation du coteau dominant la vallée de la bataille et le ruisseau de Saint-Jourdain, la maison du templier de Naplouse fait partie de l’Histoire de Lectoure.

                                                                     Alinéas

 

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Naplouse est aujourd’hui une ville de Palestine de 125 000 habitants. Après les troupes de Saladin qui ont succédé aux croisés, la ville a été soumise par les mamelouks puis les ottomans pendant 5 siècles.

 

De nos jours, la proximité de l’état d’Israël, la création de colonies juives à la suite de la guerre de six jours, les intifadas et la répression israélienne, le saccage en 2015 par les palestiniens du tombeau de Joseph, lieu de pèlerinage pour les juifs orthodoxes… Naplouse ne connaît pas la paix.

L’Histoire du royaume latin de Jérusalem que je redécouvre en menant les recherches pour rédiger cet alinéa est d’une incroyable actualité. Bien sûr l’Occident et l’Islam, les pays arabes mais également les relations entre les nations européennes et proche orientales, la Turquie, l’Arménie, Chypre, Israël…..

 

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* On ne connaît pas l’origine précise de la famille de Milly en France. Si elle est effectivement Picarde, sans trop se hasarder à des rapprochements toponymiques, mais uniquement pour mémoire, il faut souligner la proximité de « Somonville », de la ferme templière de Saint-Jean-de-Somonville à Lectoure sur la route de Nérac avec deux communes de la Manche, Omonville-la Petite et Omonville-la Rogue.

 ** De nombreuses autres familles ayant des liens avec Lectoure à certaine époque, Armagnac, Périgord-Talleyrand, Lomagne, ont envoyé leurs fils en Terre sainte et il serait intéressant de les recenser. Passionnant sujet de recherche.

 *** La disparition de la voyelle « i » en tête d’Ibelin est due à un phénomène phonétique d’affaiblissement fréquent au passage du latin au français et à l’apparition de la particule « de ».

 

DOCUMENTATION :

- Carte de Michel Balard

Croisades et Orient latin, ed. Armand Colin

- Philippe de Milly :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_de_Milly

- Balian d'Ibelin :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Balian_d%27Ibelin_(mort_en_1193)

 

ILLUSTRATIONS :

- Moine moissonnant, enluminure 12ième s. Bibliothèque municipale de Dijon

- Délégation d'Amaury 1er auprès d'Alexis Comnène, Guillaume de Tyr, BNF

- Chevalier chargeant à la bataille de La Bocquée, Commanderie templière de Cressac (Charente)

- Photo Couloumé M. Salanié

- Naplouse X

 

 

 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Histoire

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Publié le 12 Mai 2017

 

Les vieux papiers de Lectoure recèlent encore la trace de quelques trésors qu’il y a plaisir à chasser. Pas celui que l’on prête aux Templiers, volatilisé dans les infâmes fumées des bûchers de Philippe le Bel mettant fin à deux siècles d’une incroyable et tragique aventure, mais précisément, le trésor d'une Histoire oubliée.

 

Un érudit lectourois, anonyme à ce jour que je remercie cependant à l’occasion de cet alinéa, a relevé minutieusement dans les archives des notaires de notre ville au Moyen Âge les noms de lieux de l’époque, de nombreux étant toujours utilisés, d’autres ayant été remplacés, certains totalement inexpliqués et sujets potentiels à recherches passionnantes.

 

Nous sommes encore par exemple quelques-uns à nommer couramment « Saint Jourdain », par affection ou romantisme, le ruisseau de Foissin qui longe le promontoire de Lectoure au nord. Par ailleurs, nous savons que la petite vallée que creuse le ruisseau a longtemps été désignée par « Coma batalhera », Vallon de la Bataille, sans que l’on puisse dire à quel combat cela rapporterait, les historiens ne connaissant pas d’affrontement organisé de deux armées (définition admise du terme « bataille ») aux pieds de notre ville, même si elle fut on le sait, maintes fois assiégée, disputée, investie.

Et c’est là que la scène de notre alinéa voit son décor mis en place. Ces deux noms de lieux voisinent sur la carte reconstituée par notre érudit, à l’endroit de l’actuel château du Couloumé, avec un troisième toponyme, mystérieux au premier abord : « Napeloza », Naplouse.

 

Il n’y a plus de doute. Ces trois toponymes, Saint Jourdain, Vallon de la bataille et Naplouse sont très certainement le témoignage de l’implantation, sur ces lieux mêmes, d’un établissement de l’Ordre des Templiers. Ce n’est pas être grand clerc que faire le rapprochement mais il a fallu attendre chez nous un éclair de lucidité un peu poussif, j’en suis presque honteux…

 

Remontons le temps. Depuis 1120, date de sa fondation lors du concile …de Naplouse (!), les Pauvres Chevaliers du Christ, par la suite dénommés Chevaliers du Temple de Salomon et enfin plus brièvement Templiers, bénéficient partout en Occident de donations de domaines nobles dont ils tireront les revenus nécessaires à l’exécution de leurs missions de protection des pèlerins qui se rendent sur le tombeau du Christ et de libération de la Terre sainte de l’emprise des Mahométans. En quelques années, le Temple deviendra immensément riche et ce fut là aussi, deux siècles plus tard, sans doute l’une des raisons de sa chute brutale. Mais ceci est une autre histoire.

 

Nous savons que les Templiers avaient des possessions à Lectoure bien qu'à notre connaissance il n’ait jamais été précisé où, sauf la métairie de Saint-Jean-de-Somonville sur la route de Lagarde-Fimarcon. A la suite du procès des Templiers et de la bulle du pape Clément V « Vox in excelso » proclamant la suppression de l’Ordre, « Davin de Roaix, Capitoul, curateur et garde des biens du Temple dans la sénéchaussée de Toulouse, arrive le 16 mai 1313 avec une délégation du Sénéchal pour mettre les Hospitaliers en possession des biens qui leur avaient été adjugés. En présence de Guillaume de Larochan, bailli de Lectoure pour le roi d'Angleterre et des consuls de la ville, devant la porte de l'ancienne maison du Temple, il en donne l'investiture à Bernard de Saint-Maurice, précepteur de Castelsarrasin et procureur de Raymond d'Olargues, lieutenant du Grand-Maître de l’Ordre de l'Hôpital, futur Ordre de Malte, dans le Grand-Prieuré de Saint-Gilles »*. Car après une longue transaction entre le Roi et le Pape, l’ensemble des biens du Temple avait été attribué à l’Ordre des Hospitaliers. Pendant les grandes épidémies de peste, le site accueillera les pestiférés mis à l’écart de la ville et soignés tant bien que mal par quelques courageux. Le château du Coloumé que nous connaissons aujourd’hui, posé à la limite du faubourg et regardant vers le vallon au pied des remparts du nord, recèle peut-être quelques traces de ce passé exceptionnel.

 

Remontons à présent encore un peu plus le cours de l’Histoire.

 

Nous ne savons pas quel donateur avait, à l'origine, doté le Temple d’un domaine à Lectoure, peut être pour s’assurer d’une absolution totale, promise par les prélats prêchant la croisade à une époque où la crainte des feux de l’enfer était infiniment plus que ce que nous pouvons imaginer aujourd’hui. Autre hypothèse, le domaine pouvait être la propriété d’un chevalier remettant à l’Ordre en formulant ses vœux -obéissance, chasteté et pauvreté-, l’ensemble de ses biens dans ce monde, argent, meubles et terres. Une fois donné, le domaine était organisé sur le modèle de la seigneurie et géré comme une pacifique exploitation agricole de rapport. Avec en leur sein des frères dits « de métier », paisibles agriculteurs, artisans, gestionnaires, non combattants, les Maisons devaient dégager les revenus dont avait considérablement besoin l’Ordre combattant dans les royaumes francs d’Orient.

 

Mais précisément et pour en revenir à nos trois toponymes, il semble évident qu’ils ont été attribués à ces lieux non pas par un frère de métier mais par un véritable chevalier Templier, retraité, rapatrié à l’arrière en quelques sortes. Un moine-soldat que l’on présenterait aujourd’hui comme un ancien combattant, un grognard avant l’Empire. Etait-ce une gueule cassée, un blessé, lassé des terribles combats, victoires et défaites alternant, dont peu de chevaliers revenaient ? L’Histoire nous donne l’exemple de certains de ces moines-soldats, jetant l’éponge, ayant choisi de revenir en Occident où ils pouvaient être accueillis pour finir leurs jours dans quelque abbaye ou Maison de l’Ordre. Notre homme était-il Lectourois d’origine ? Etait-il le donateur du domaine, de retour sur ses bases arrière, "at home"?

 

Dans tous les cas, il ne doit pas avoir été grand bâtisseur ou d’une longévité suffisante pour mettre en valeur et développer la Maison du Temple de Lectoure car celle-ci nous serait alors parvenue plus imposante, comme il y en a tant d’autres en France et dans tous les pays d’Europe, monumentales, mystérieuses, solennelles, sûrement belles. A proximité de Lectoure, la commanderie d’Ayguetinte, la chapelle d’Arbin, le moulin de Roques à Astaffort, Gimbrède évidemment, La Chapelle en Tarn-et-Garonne et en Lot-et-Garonne l'imposant Temple-sur-Lot.

 

Notre Templier ne fera pas parler de lui. Cependant on imagine un caractère bien trempé, un personnage portant sur ses épaules fatiguées, son Histoire et celle de l’Occident. Une figure pour le moins convaincante au point de marquer ainsi les lieux.

 

Il faudra plusieurs alinéas pour donner de plus amples informations sur les Templiers à Lectoure : pourquoi « Naplouse » ?, la période du procès, l’héritage des Hospitaliers… La trace est ténue mais on ne devra pas la perdre. Disons déjà que l’on ne peut prétendre à ce stade, puisque la question vient immédiatement, que notre moulin ait été construit par l’Ordre mais ce n’est pas à écarter.

Et la bataille me direz-vous ? Quelle bataille hantait les souvenirs du Templier de Lectoure ? Si l’on s’en tient à la proximité avec la seigneurie de Naplouse, l’une des places fortes et fief du royaume de Jérusalem, il peut s’agir de la bataille célèbre, perdue pour les latins, des Cornes de Hattin, également à proximité… du Jourdain. Le désastre d’Hattin (1187) a marqué le début de la reconquête de la Palestine par Saladin, la perte de Jérusalem intervenant la même année. Notre mystérieux chevalier serait donc sujet à cauchemar et non à rêves glorieux.

 

L’épopée et la fin dramatique du Temple ont suscité une littérature considérable, plus ou moins historique ou franchement romanesque, pas toujours de qualité. Le procès des pratiques du rituel initiatique des frères n’est pas clos. La recherche du supposé trésor bat toujours son plein. On retrouve l’Ordre dans toutes les conspirations, cathare, franc-maçonne, rosicrucienne… La filmographie est également particulièrement riche où le preux chevalier tient une place évidemment de premier plan. Il y a des traitres, des mercenaires, des renégats et certains ennemis peuvent même êtres sympathiques. Le western en cotte de maille. Enfin sur le web, le Moyen Âge ayant la cote (encore une), les jeux de rôle virtuels fleurissent.

La chevalerie, le mystère de la règle des moines-soldats, l’exotisme de l’Orient, tout concourt à faire revivre les Templiers. A Lectoure, il en est un qui repose à jamais.

Alinéas

 


*Source Grand-Prieuré de Toulouse, M.A. Du Bourg (1883)

PS. Les toponymes rapportant aux Templiers sont très fréquents mais ils semblent peu souvent relatifs à des sites orientaux. Un cas rare, à quelques kilomètres au sud de Nérac, le moulin de Nazareth aurait été doté par le seigneur du même nom, fief de la principauté de Galilée et de Tibériade, et attribué à la commanderie templière d’Argentens. Sans oublier notre ville voisine de L'isle-Jourdain.

Illustrations: Montage titre M. Salanié - Prise de Jérusalem par Gustave Doré - Le château du Couloumé et son parc M. Salanié - x - Le dernier croisé K.F. Lessing - Le Temple-sur-Lot x - La bataille d'Hattin Sébastien Mamerot - Kingdom of heaven - Vitrail Ecosse.

Documentation: les ouvrages sur ce sujet sont particulièrement nombreux. Pour faire simple, nous vous recommandons "Les Templiers" dans la collection In Situ des Editions MSM. Riche, argumenté, et magnifiquement illustré.

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