la vie des gens d'ici

Publié le 10 Juin 2022

Castéra-Lectourois - Mairie - gers - Lomagne

 

Il y a des jardins de roi et des folies de reine, ou de surintendant audacieux, Amboise, le hameau de Marie-Antoinette ou Vaux-le-Vicomte, des jardins d'artiste, Giverny, Arnaga, le charme, la rigueur, des jardins de pauvre, de curé, de bonne-femme, les jardins ouvriers, celui qui sentait bon le métropolitain, la Chaussée-d'Antin... Et puis il y a le Castéra-Lectourois qui n'est pas un village gersois mais bien un jardin. Qui sert de village. Pour respecter le règlement cependant, on y trouve une mairie, une église, un monument aux morts, tous trois s'élevant du mieux possible au-dessus des parterres, des pergolas et des frondaisons pour faire valoir a minima leurs fonctions officielles.

Il y a longtemps, comme son nom l'indique, le Castéra-Lectourois fut une citadelle campée sur son éperon de calcaire, bordée de remparts austères, revêche et obtuse. Citadelle éphémère à l'échelle de l'histoire botanique, de l'origine des fleurs, des arbres et des oiseaux. Car tout passe et depuis, la nature reprend ses droits. Aidée par l'habitant qui a remisé sa science de la bataille et qui habille la ruine de volutes gracieuses, qui installe lianes et potées sous ses fenêtres, qui brode des roses, des chèvrefeuilles et des acanthes aux archères devenues moucharabiés ou cimaises.

N.B. Les photos peuvent être agrandies, en fonction de votre navigateur, par un clic droit et [ouvrir l'image dans un nouvel onglet].

Castéra - architecture médiévale - pierre de ronsard
castéra-lectourois impasse

 

Comme dans tout jardin, la signalisation est minimaliste mais amplement suffisante au promeneur qui va selon son goût, la couleur, le parfum, le hasard. Minimaliste en particulier l'interdiction de stationner, probablement pour le principe, qui oserait ? Le chemin de ronde n'est pas surveillé et l’allumeur de réverbères sait bien que les roses ne font pas exprès de piquer. Elles sont d'ailleurs chez elles ici. L'or de la pierre leur va si bien, leur ombre aussi y fait des bouquets. La grand-rue s'étire et certaines portes ne s'ouvrent pas, sans doute afin que dure le plaisir de l'attente après avoir frappé au carreau.

Castéra lectourois - signalisation
Castéra lectourois - stationnement
castéra lectourois - éclairage public
castéra lectourois - rose - rosier - pierre calcaire de lectoure
castéra lectourois - grand-rue
castéra lectourois - rosier

 

Comme une plante rare héritée du jardin d'un aïeul et à laquelle on tient tel un bijou fragile ou comme un viel almanach écorné, l'église dédiée à sainte Madeleine a fait l'objet de soins attentionnés. Le socle de calcaire du Castéra ayant tendance à se déliter, donnant le meilleur terreau. Citadelle et chaire éphémères. D'impressionnants tirants boulonnés sur le clocher sont festonnés d'églantines et surveillés de près par des compagnies de pigeons qui font du jardin-village une volière à ciel ouvert. A l'opposé du balcon rocheux, dans un parc offrant l'un des plus jolis cadres sur la vallée du Gers, Marie à l'enfant et Madeleine, dressant au monde une croix de dentelle bronze, sont joliment revêtues d'un négligé de lichen. L'ange du monument aux morts aussi qui accroche sa mémoire de fleurs de pierre aux rayons du soleil.

castéra-lectourois - église marie-madeleine - clocher
castéra-lectourois - rénovation église
castéra-lectourois - croix de mission
castéra-lectourois - Vierge marie - Marie-Madeleine
castéra-lectourois - monument aux morts

 

Chaque versant du jardin a son thème. Au sud, le Castéra-Lectourois prend des couleurs de Méditerranée. Cactus, lavande et agave s'exposent avec exubérance en terrasses rocailleuses, contrastant avec la réserve de la grand-rue. Derrière son mur d'enceinte que l'on dépasse aisément sur la pointe des pieds, maison-jardin dans le jardin-village, une mi-bourgeoise, mi-gasconne hésite entre ombre et lumière, entre bonne compagnie et secret, entre citadelle et faubourg, faubourg qui s'étire inévitablement au-delà vers le monde. Puis le paysage rejoint le jardin, la vallée le balcon, une fleur de pierre orne le mur d'un cimetière et l'on reposera heureusement au panorama de Gascogne. Enfin, au nord, aujourd'hui, le jardinier du village monte à l'assaut des remparts où la nature, sauvage et obstinée, ne renonce pas. Au jardin-village, chaque jour de travail minutieux compte.

                                                          Alinéas

 

castéra lectourois - jardin de rocaille
castéra lectourois - jardin méditerranée - exotique
castéra lectourois - maison  gasconne - maison bourgeoise
castéra lectourois - grangette
castéra lectourois - cimetierre - croix celte
catéra lectourois - jardinier communal

 

 

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Publié le 23 Mars 2022

 

Ce n'est pas une formule littéraire. Mais bien une évidence, une réalité dont la ville, ses habitants et ses gestionnaires, sont tout à fait conscients, il suffit de se le redire. Lectoure ne serait pas Lectoure sans ses ruisseaux, sans le Gers et sans notre vallée de Foissin, autrefois nommée le Saint-Jourdain ou encore les Ruisseaux, le riu correge, le ruisseau des corroyeurs. Le magnifique panorama à 180° qu'offre Lectoure, depuis les remparts ou de loin, naît de son histoire géologique et hydrologique.

Depuis le sud vers le nord, l'abbaye de Saint Gény, la ville gallo-romaine de Pradoulin, la zone industrielle, le chemin de fer, l'usine de traitement d'eau potable, l'agriculture, les moulins, l'artisanat médiéval... l"Histoire de la ville ne se résume pas en un tête-à-tête entre l'évêque et le vicomte de Lomagne, rue Nationale ou à l'abri des remparts.

On vit dans la vallée, on y travaille. Lectoure doit réapprendre ses vallées, les protéger pour se protéger elle-même.

Voici une sélection des photos projetées pendant la première des "Rencontres aux Ruisseaux" organisée par l'association des Amis de la vallée des Ruisseaux du 11 mars dernier.

                                                                           Alinéas

 

Toujours dans la vallée de Foissin :

Les petits fruits sauvages

La faune

L'arrivée du chemin de Compostelle à Lectoure

 

 

Tous droits réservés © Alinéas

 

ruches froid gascogne
Le Rucher de Lectoure sous le givre

 

vaches bovins gascogne chemin de saint jacques
Dernier élevage, à Lauzère

 

La maison aux volets bleus

 

neige lectoure gascogne lomagne froid
Hiver 2012, -18°

 

cheval blanc lomagne gascogne
Sur le chemin de la fontaine Saint-Michel

 

marcheurs proximité ville village randonnée randonneurs promenade
Le poumon de Lectoure

 

chateau gascogne chêne
La chartreuse du Couloumé

 

ligne électrique paysage gascogne
Au pied du cimetière Saint-Esprit

 

tunnel plastique jardin légume fruits rouge gascogne lomagne
Maraîcher à Brescon

 

GR 65 lectoure groupe
Pélerins

 

balle de foin gascogne lectoure prairie
Les foins

 

chemin fontaine saint michel gîte
Maison d'hôtes à la Mouline de Belin

 

paysage bocage lectoure gers gascogne lomagne
Les hameaux, les moulines et la vallée du Gers

 

tracteur sécheresse
Terreforts argilo-calcaires

 

Maisonette aujourd'hui disparue

 

Chemin de Compostelle

 

Usine à gaz

 

coquelicot lectoure cathédrale
Point de vue, entre La chapelle et Le plan

 

peuplier vallée du Gers
Ancien moulin de Repassac, prise d'eau potable de ville

 

puit à roue poulie cour de ferme
Prise d'eau potable individuelle et ancienne

 

lecoure rempart
Vu d'en bas, vert et gris

 

lectoure promontoire belvédère
Vu d'en haut, rue Montebello

 

Tendre sinuosité entrre aulnes, bambous et peuplier noir

 

orage gers gascogne lomagne ruisseau
Fin de journée orageuse sur la ville

 

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Publié le 23 Décembre 2021

Rédigé par ALINEAS

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Publié le 7 Septembre 2021

Jean-François Bladé - Lectoure - Majoral du Félibrige - Contes et légendes de Gascogne

 

 

Lectoure, tout le monde connaît Bladé. Ou devrait le connaître car cet enfant du pays est l'un des illustres lectourois, civil celui-ci, réputé dans le monde entier pour avoir collecté les légendes et les contes de Gascogne, qui font partie de notre patrimoine ancestral. Si la langue gasconne peine à survivre, des personnages comme l'Homme Vert, le Prince des Sept Vaches d'Or ou encore le Roi des Corbeaux sont toujours aujourd'hui étudiés sur les cinq continents par des chercheurs spécialistes de sciences aussi variées et sérieuses que l'ethnographie, la recherche littéraire ou la folkloristique.

Jean-François Bladé a sa place dans sa ville, en plein mitan de la Rue Nationale, mieux située que la rue et la fontaine Pey de Garros dont nous avons dit ce que nous pensions ici, et surtout mieux tenue et accueillante aux piétons, lectourois et visiteurs. Ce genre d'endroit est suffisamment rare dans cette agglomération à l'étroit dans ses remparts pour ne pas le faire remarquer et s'en féliciter. Et pourtant, à l'installation de ce jardin il y a quelques années, j'avoue avoir fait partie des râleurs, si,si, qui regrettaient qu'on leur supprime une dizaine de places de parking où l'on s'enfournait joyeusement le temps d'une course, pour en ressortir tout aussi acrobatiquement en marche arrière, sous le regard incrédule des touristes bousculés au passage. Un parking pour les gens d'ici quoi ! Mais les temps changent.

Place Bladé - Rue Nationale - Lectoure - Jardin public - Services municipaux - Commune de Lectoure - Mairie de Lectoure - Cantonnier

 

Au contraire, il faut aujourd'hui féliciter la municipalité et ses agents de service pour un remarquable travail de fleurissement en plein cœur de ville. Je me suis laissé dire, qu'en bon gascon, Bladé ne refusait pas les compliments et les honneurs. Il fut élu, il faut le rappeler, Majoral du Félibrige, célèbre association de sauvegarde et de promotion de la culture occitane, inspirée par le grand poète provençal Frédéric Mistral. Si nous ne le connaissons qu'en sépia, en langue ancienne et au travers d'aventures quelque peu surannées, je suis sûr qu'il apprécierait la diversité des variétés florales originaires du monde entier et l'agencement recherché des formes végétales qui n'a rien de traditionnel ou de légendaire. Un jardin d'aujourd'hui.

Bladé aimait les petites gens, les travailleurs de la terre, les besogneux. Ça tombe bien, il faut du savoir-faire paysan, de la minutie et de la constance pour obtenir un joli résultat comme celui-ci. Si, d'après Fernand Raynaud, le cantonnier est réputé pour être "heu-reux", avec lui, dans son paradis fleuri, Bladé doit l'être aussi, c'est sûr. D'ailleurs pour preuve, je crois bien avoir lu sur le mur du jardin, par le jeu d'ombre fugace d'un nuage probablement guidé par le souffle du poète, ces quelques vers d'une chanson populaire qu'il nous a transmise, et que certaine passante d'aujourd'hui pourrait bien prendre pour elle :

Le jardinier, le poète, la passante...

Le jardin de la place Bladé n'est pas une exposition savante ou un musée et le jardinier municipal n'a pas disposé d'étiquettes pour identifier ses fleurs. Alors moi non plus. Je respecte ce jeu d'apparente désinvolture qui convient si bien à la flânerie.

                                                                      ALINEAS

 

 

On me pardonnera : mes photos ne sont pas toutes d'une très grande définition. Impressionnistes peut-être ? Elles peuvent néanmoins être agrandies, en fonction de votre navigateur, par un clic droit puis [ouvrir l'image dans un nouvel onglet].

© Michel Salanié

L'extrait du poème est tiré de Poésies populaires de la Gascogne, Ed. Maisonneuve, 1882.

 

Le lecteur remarquera à droite, l'abeille en approche amoureuse de ce dahlia généreusement offert et ensoleillé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 27 Juillet 2021

village des brocanteurs lectoure antiquaires

 

 

e ne sais pas vous, autochtone ou bien visiteur d'un jour, en marchant rue Nationale ou dans quelque ruelle dévalant la citadelle, j'ai toujours l'impression qu'on m'observe. Non, je ne veux pas évoquer ces fameuses caméras de surveillance urbaine qui, signe des temps, sont arrivées jusque dans notre petit pays pourtant encore tranquille, comme la 5G sur le chemin de saint-Jacques ou le mur du son d'un bombardier à l'entraînement, résonant effrayant au fond du vallon de saint-Jourdain. Non, je ne dirai rien non plus de la ménagère qui épie le passant en soulevant un coin de son rideau de macramé, ni du commerçant derrière son comptoir qui espère, par-dessus ses lunettes, que le chaland se décidera à enjamber son pas-de-porte. D'ailleurs, ce n'est pas nécessairement désagréable, ce regard quelque peu inquisiteur, qui oblige à se bien tenir, à sourire et à saluer, quelle que soit notre humeur ou notre destination du moment. Autrefois, au moindre regard de rencontre, l'on inclinait la tête, ou l'on soulevait le couvre-chef, c'est-à-dire chez nous le béret, les dames étant dispensées. Finalement, échanger un regard comme échanger un mot, c'est déjà faire un premier geste de civilité.

Mais, certains regards dont je veux vous parler, sculptés dans la pierre, le bois, les matières synthétiques aujourd'hui, peints sur toile, ou imprimés et plastifiés ce sera probablement moins durable, sont peu prégnants et l'on a tendance à ne pas les considérer. A tort. Peut-être parce qu'ils sont posés là, un peu bêtement, sur une façade ou sur un piédestal, ad vitam, sous la pluie et le soleil ardent, et qu'il n'y a aucun espoir d'engager le dialogue. Non, ce n'est pas que décoratif. Il doit bien y avoir quelque chose à en tirer. Qu'a voulu dire l'auteur de cette exhibition gratuite ? Quel est le message ?  Il y aura sans doute bien des erreurs d'interprétation. Des refus de collaborer même. Mais déjà, si nos regards se croisent, si, en secret pour ne pas passer pour un fada, on veut bien dire un petit bonjour à ce qui n'est pas tout à fait un objet inanimé, adresser un petit compliment, faites l'expérience, la balade s'en trouvera toute égayée.

Contrairement à ce que l'on prétend parfois, les portes ne sont pas faites pour s'enfermer chez soi, mais bien pour en sortir. Il en va de même des statues. Elles ne sont pas mortes mais nous racontent l'histoire de cette ville, et expriment son caractère. Ce carnet d'alinéas l'a déjà suggéré, trop timidement sans doute, Lectoure s'honorerait à ériger un monument célébrant ses deux plus méritants enfants, Pey de Garros et Jean-François Bladé, qui ont marqué profondément la culture gasconne et porté le nom de leur ville dans les hauts lieux intellectuels. Allez, en attendant un renouveau de la statuaire officielle, je vous emmène. Le Village des brocanteurs est une mine, évidemment c'est tentant. Mais à tous seigneurs, tout honneur, déjà vus mais incontournables, Jean Lannes, qui regarde sans doute vers le soleil d'Austerlitz et notre vaillant jacquet qui s'en retourne tout neuf, guéri et pardonné, vers Le Puy-en-Velay.

                                                                                                   Alinéas

 

Maréchal Jean Lannes lectoure statue
"Pygmée, devenu géant" dixit Napoléon

 

jacquet - pèlerin - lectoure - croix rouge - GR65
Jacquet figurant probablement sur un grand nombre de carnets de pèlerinage.

 

village des brocanteurs - lectoure - art asiatique - cambodge - boudha
Pour voyager exotique : le village de brocanteurs !

 

sculpture - style colonial - nègre - petit noir
Style colonial, ne nécessitant pas repentance

 

village dees brocanteurs - lectoure
Tombée de son piedestal dans le bassin, il fallait la pêcher celle-ci !

 

vierge Marie - lectoure - rue des frères Danzas
Vierge sous protection... anti pigeons probablement.

 

thème voyage - conquètes - Lectoure - navigateur Amérigo Vespucci
Amerigo Vespucci, perdu dans un océan de verdure.

 

maison de la photographie lectoure - été photographique
La maison de la photographie et du géranium réunis.

 

anne-laure Pérès - Lectoure
Anne-Laure se lâche à la sortie de la classe.

 

monument aux morts lectoure - victoire - Carlo Sarrabezolles
La Victoire a été décapée depuis. Mais le lichen lui allait si bien.

 

cul de lampe - cathédrale saint gervais saint protais - lectoure - clocher
Un cul-de-lampe haut perché sur le clocher, perspective de génie pour sembler à hauteur de paroissien.

 

saint gervais - saint protais - lectoure
Saint Gervais, martyr. A moins que ce ne soit son frère, Protais.

 

musée Camoreyt - lectoure - mosaïque gallo-romaine - lactora
Le dieu Oceanus en mosaïque gallo-romaine. Mériterait le grand prix de la BD.

 

salle des illustres - lectoure - général Banel
Pierre Banel, à la tête des soldats de la 1ère République.

 

Prosper Lasseran - Paul Lasseran - sculpteur Lectoure
Linteau sculpté par Prosper Lasseran. Un petit air de satyre, non ?

 

caryatides lectoure
La maison des caryatides. Du haut de cette facade, 25 paires d'yeux vous contemplent...

 

triface - lectoure - rue de Marès
Un tri-face qui aurait très bien pu coiffer un n°9 ter...

 

CREDITS :

La photo du dieu Oceanus, prise dans le musée Camoreyt, est empruntée à Wikipédia - Morbure (alias Jean-Claude Pertuzé).

Toutes les autres photos : © Michel Salanié

La photo-titre de cette chronique est un cadrage serré de la sculpture monumentale trônant devant le Village des brocanteurs.

 

Nous aurions pu légender plus en détail ces œuvres, date, artiste, localisation... mais nous voulions simplement vous offrir une petite balade photographique, sans prétention.

 

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Publié le 22 Février 2021

LA CHUTE DE LECTOURE

Oups, sorry, I mean "Lectoure has fallen !"

 

franglais

 

Ça y est c'est fini. Lectoure est tombé. Non, ce ne sont plus les cohortes de César, ni les hordes wisigothes. Louis XI n'y est pour rien, ni le maréchal de Monluc. Non, Lectoure est tombé de l'intérieur. Ne vous fatiguez plus, rendez-vous. C'est la cinquième colonne, l'ennemi était dans nos murs.

Remarquez, il fallait s'y attendre. Nous avions relevé les signes avant-coureurs de notre sabordage. En effet, dans un charmant petit village du fin fond des Landes, nous découvrions récemment une rutilante enseigne "Barber Shop" ! Bon... peut-être un coiffeur anglais ? Plus loin, dans un magnifique paysage du piémont pyrénéen, un producteur de viande bovine, pourtant de génération en génération, certes un élevage de race Charolaise et non de Gasconnes, qui, pour ouvrir son propre restaurant, une cuisine de qualité paraît-il, labellisée "Table du Gers" - à qui peut-on se fier ? -, choisissait la gracieuse enseigne "Betty Beef" ! Vous connectez? Poo-poo-pee-doo. Cette fois, l'affaire était grave. Ce n'était plus le résultat de l'attrait de notre région pour les européens du nord, Britanniques, mais également Belges, Hollandais, deux ou trois Allemands, un demi Suisse... Non ce n'était pas une immigration, amicale et bienvenue vous en conviendrez, mais bien une désertion, une défection dans nos rangs. Le franglais. La gangrène.

A Lectoure, à l'abri derrière nos remparts, nous pensions pouvoir résister encore. Car nous avions bien fait l'objet d'incursions plus ou moins meurtrières, mais restées à portée de nos bombardes, et l'envahisseur avait été repoussé. A l'est, une rumeur de McDonald's avortée. Au sud, au pied de la citadelle, ce fut DuckPrint, un canard qui ne se laisserait pas engraisser comme il est pourtant de bon ton chez nous, mais un canard qui imprime des PopLove, qui sont des faire-part de mariage "made in ze pays du canard". Car l'arme fatale de l'ennemi de l'intérieur, c'est l'humour. Si vous résistez, c'est que vraiment, vous n'êtes pas un marrant, un vieux gribou comme moi, pas évolué, un grave, un has been quoi ! Mais, cette fois-ci encore, l'attaque était contenue outre Gers. Dormez tranquilles bonnes gens, depuis toujours les obstacles naturels protègent la fière citadelle.

AAAleeerte !!!

A présent l'ennemi monte à l'assaut du Bastion. La fin approche. Devant le kiosque à musique façon Belle Époque, sous les marronniers replantés chèrement après la dernière tempête, un certain Klaus en 2009, à la Taverne de nos promenades jadis endimanchées devenue "Bastion'alds" (sans doute le syndrome Betty Beef !) on matraque fort à coup de bast'fish, bast'chicken, happy bastion pour les enfants avec en prime (c'est du français hein, pas comme le prime time à la télé) un Yakabook, publication d'un éditeur lectourois qui professe être "passionné de littérature", ce qui n'était pas évident au premier abord. Quel jargonas* ! C'est clair, le mal est profond. C'est une pandémie.

En effet, cerise sur la croustade, ou sur le cheese cake si vous préférez, l'association des commerçants de notre bonne ville, l'ACAL, vient d'annoncer la mise en service prochaine de sa plateforme type "Market Place", vous suivez ? Et lui a donné le nom très étudié de "shop in Lectoure". Click and Collect et tout le toutim. Je ne sais plus si je dois mettre des guillemets ou un caractère typographique italique. La Dépêche du Midi qui rapporte l'évènement de première importance dans votre actualité, s'est d'ailleurs affranchie de cette règle totalement ringarde. Qu'importe désormais, any way. Je rêve, j'hallucine. I don't believe it ! On est cuits. Game over. Nos illustres Pey de Garros, Jean Lannes et Jean-François Bladé doivent se retourner dans leurs tombes. Tout ça pour ça ! A vous donner envie d'aller siroter un petit-rouge-provenant-de-divers-pays-de-l'Union-européenne et son Croque-monsieur-pain-de-mie dans un bistrot typique, reconstitué à l'ancienne dans la galerie marchande climatisée la plus proche.

Alors, comme je n'ai pas vocation à me provoquer un ulcère psycho-somato-linguistique, à mon tour je dépose les armes, je me rends. Peace and love. We are all friends. Mieux, je collabore. Je me mets illico au service des commerçants lectourois toutes obédiences confondues, qui auraient besoin d'un coup de main pour revisiter, comme on dit aujourd'hui, leurs raisons sociales devenues par le fait, quelque peu poorish. Pour le Bleu de Lectoure, ça ne sera pas difficile : devant-derrière, blue pour bleu, on ne va pas en faire un second Azincourt. Le melon aussi, c'est kif-kif : "Ze melon of Lectoure". Pour la charcuterie Mazzonetto, c'est plus compliqué. Je proposerais "BBQ'n pork - Italian & Gascon". Et notre village de brocanteurs ? Alors là, très original, je vous le fais out of the box! Retour au bon vieux temps d'une Gascogne libérée du joug français : j'ai imaginé "The Black Prince castle - Antique village". Le château du Prince Noir. Funny, isn't it ? C'est vrai, quoi ! Le fils d'Edouard III, notre bon roi d'Angleterre** Aquitaine comprise et coseigneur de Lectoure, n'a pas eu le temps de faire étape chez nous dans son aimable chevauchée dévastatrice, alors ce serait comme un hommage posthume. Ça devrait plaire. So hype.

                                                            Alinéas

Post-scriptum (c'est du latin). Pour prévenir certaine réplique trop facile, je précise que j'aime les États-Unis et le Royaume-Uni où j'ai voyagé et espère pouvoir retourner. Que j'adore le fish and ships, les fudges et le whisky, modérément celui-ci bien sûr. Que nous avons des amis et parents anglophones qui font l'effort de parler et d'écrire le français et qui y réussissent. Que j'ai pratiqué l'anglais pendant plusieurs années professionnellement dans un secteur d'activité où il est l'idiome de référence. Et aujourd'hui encore dans mon quotidien lorsqu'il y trouve sa place en particulier lorsque le français ne possède pas le terme équivalent. Que je considère hautement la langue de Shakespeare et de Bob Dylan. Qu'il est normal et bon enfin, que le français évolue et s'enrichisse.

Seul m'attriste le jargonas franglais, signe de notre appauvrissement culturel.

                                                         Michel Salanié

 

 

* En argot occitan, le suffixe as est augmentatif et péjoratif.

** Remarquez bien qu'à l'époque, tout ce beau monde Plantagenêt parlait le français.

Illustration

Édouard III devant Berwick. Miniature de Loyset Liédet, Chroniques de Froissart, BNF, Fr.2643.

 

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Publié le 26 Janvier 2021

Lectoure - cimetière saint gervais - croix rouge - neige - températures - climat gascogne

Nous venons de vivre une petite période de froid. Rien de bien méchant. Il paraît que cela permet de combattre la vermine dans les champs et les jardins. Il y aura 9 ans dans quelques jours, ce fut plus rude. Et surprenant.

Le 1er février 2012, Lectoure se réveillait sous la neige, et surtout avec des températures exceptionnellement basses. Qui plus est, le phénomène allait durer deux semaines. La France et une bonne partie de l'Europe étaient au cœur d'une bulle d'air glaciale, stabilisée par un anticyclone venu de Sibérie. Les nuits oscillaient autour de -15 degrés et les jours restaient négatifs. On essaya bien de déneiger les routes et les trottoirs mais l'effet fut contraire au but recherché... Une patinoire. Pas une voiture sur le chemin de la fontaine Saint Michel !  La cheminée allumée sans discontinuer pour soulager la pompe à chaleur. Une procession de bouillottes renouvelées plusieurs fois par jour pour protéger le compteur d'eau logé à l'extérieur. Et puis, il n'y a plus eu qu'à patienter en priant sainte Lucie, patronne des électriciens.

Mais pour l’ambiance, c'était magique ! Monter faire les courses avec les après-ski dans un paysage de rêve. La sortie du cinéma désert dans la rue Nationale déserte aussi, à peine éclairée par des lampadaires ballotant dans le grésil soulevé par un blizzard fantasque. Le retour à la maison en longeant le cimetière pas plus impressionné quant à lui, dans une nuit étonnamment lumineuse. Le crissement de la neige damée sous les pas pour seul repère sonore, dans un silence de cathédrale. Et des paysages à couper le souffle. Comme ça ne revient pas souvent, on serait presque un peu nostalgique. Oui, je vous entends : "Pas de blague, nous avons bien assez d'une épidémie, d'un confinement, d'un réchauffement climatique ponctué d'orages, de grêle et de crues épouvantables !". Je suis d'accord. Et puis ce n'est pas pratique pour ceux qui travaillent. Il n'empêche, je regrette de ne pas avoir eu le courage d'arpenter les rues et les chemins pour mieux mémoriser cet instant, mon dieu, plutôt bref. Et pas anormal sur l'échelle des temps géologiques.

Alors voici quelques vues insolites qui confirment que nous sommes tout petits et que la nature dans ses excès peut être belle. Comme un éclair dans des nuées tourmentées, comme une mer déchaînée, comme un grand vent dans un sous-bois. Brrrr !

                                                                     Alinéas

 

vacquier - bacqué - manirac - lectoure - neige - paysage hivernal gascogne
En descendant de Baqué vers Manirac

 

gasconne sous la neige
Au Diné

 

chateau de baqué - chartreuse de vacquier - lectoure - pruniers sous la neige - citadelle de lectoure
Les pruniers de Baqué

 

chevreuil - neige - lectoure - faune gascogne
La faune au ralenti

 

moulin - neige - mouline de bazin - moulin hydraulique gascogne
La Mouline de Bazin

 

ruisseau de bournaca lectoure - neige - paysage hivernal - navère
Bournaca

 

fontaine sous la neige - fontaine gascogne - fontaine qui chante lectoure
La fontaine de rajocan

 

ruisseau de saint jourdain - lectoure - Les ruisseaux - mouline de belin - paysage hivernal
La Mouline de Belin et le vallon de Foissin

 

lectoure - cathédrale - citadelle - remparts - neige - panorama - promontoire
La ville pétrifiée

 

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Publié le 16 Novembre 2020

Berrac village gersois clocher mur

 

es visiteurs sont surpris par le calme qui règne à Berrac. "Quel silence !" entend-on dire avec une certaine inquiétude toutefois. C'est tellement inhabituel aujourd'hui. Est-ce bien normal ?

Détrompez-vous ! Ce petit pays n'en finit pas de s'épancher alentour. Allons, prêtez l'oreille. L'eau qui sourd de nos sources murmure le long des fossés et court jusqu'à la rivière dire les joies et les peines des gens d'ici et de toujours. Descendu des Pyrénées, le vent, lui, souffle dans les greniers et les cheminées les légendes de Gascogne, l'Histoire, la grande et la petite, le souvenir de la vie simple de nos anciens.

Et puis, il y a les cloches de Saint Marcel.

Exposées à tous les temps, à la pluie, à la grêle qui les fait tintiner en chœur avec les rangées de tuiles qui offrent leur dos rond à l'averse. Mais alors, personne n'est là pour profiter du conciliabule fantastique, sauf parfois quelque égaré heureux, à l'abri sous le porche, de ceux qui savent profiter de ces moments uniques où la nature parle aux hommes.

Cependant, dédaignant le désordre des éléments, ces cloches ont eu leurs riches heures, bien sûr. Et leurs jours. Si vous les avez entendues, claires et généreuses, vous savez que Berrac donne de la voix aux moments essentiels de la vie et de la mort. Ce village est l'un des derniers de France à avoir "son" sonneur, autrefois personnage porteur de nouvelles officielles au même titre que le garde-champêtre, le facteur, ou, pour les on-dit, le colporteur. Aujourd'hui, toujours auxiliaire des temps forts religieux, le sonneur de Berrac reste l'un des acteurs de la vie sociale du village. Le maire, Philippe Augustin, n'hésite pas à mettre cloches et sonneur à contribution lors des manifestations de mémoire. Les 11 novembre 2018 et 2019 à 11 heures, les cloches ont été mises "en volée"  par les enfants du village pendant 11 minutes pour marquer l'anniversaire de la fin de la Grande Guerre et honorer les morts du village. Lors de la commémoration en costume d'époque, le 14 octobre 2018, on a sonné le tocsin. Tout récemment, lors de la dernière cérémonie au carré militaire du petit cimetière, le glas a résonné trois minutes.

Berrac village gersois sonneur campanaire

 

Mot français d'origine celte, en gascon la cloche se dit campana, d'où, pour l'officiant, lo campané. Ici une précision : le sonneur de Berrac ne peut pas être appelé "carillonneur", car un carillon comporte nécessairement 4 cloches, offrant différentes notes qui permettent d'exécuter certaines mélodies quelque peu élaborées. Qu'importe, ne sonnons pas plus haut que notre clocher. A Berrac, c'est un clocher-mur, parfois dit clocher gascon, ça tombe bien. Il est charmant, ne domine pas le paysage mais l'agrémente, y participe délicatement, laissant apparaître, en ombres chinoises, les deux sœurs d'airain qui, selon la circonstance et le geste du campanaire, joueuses ou pleureuses, balancent leurs jupes dans les nuages.

berrac village gersois cloches sonneries angelus glas tocsin

 

Il y a une riche imagerie populaire autour du sonneur, successivement moine jovial soulevé dans les airs au bout de sa corde, bedeau austère et solitaire dans la pénombre, jusqu'à notre Quasimodo national grimpant aux tours de Notre-Dame, dans un opéra flamboyant et dramatique. Rien de tout cela à Berrac. Jean-Louis Castaing, c'est le nom de notre campanaire, a les pieds bien sur terre. D'ailleurs, ici on est sonneur "de famille". Jean-Louis a succédé à son frère, Jacques, en 1999, lequel avait pris la suite de sa mère Marcelle. Irène Palazo, l'arrière-grand-mère étant, pense-t-on, à l'origine de cette belle lignée au service de l'église.

berrac sonneur campanaire

Forgeron de formation, Jean-Louis Castaing est également cantonnier (oups ! employé municipal), chasseur pendant le temps qui lui reste... autrement dit, une figure locale. Lorsque la cérémonie qu'il sert est heureuse, Jean-Louis aime à faire aux enfants la joie de sonner eux-mêmes à la volée, provoquant rires et bons mots. Mais attention, les sonneries sont tout à fait codifiées et notre homme a reçu en héritage les partitions des différents moments liturgiques qu'il respecte à la lettre, ou plutôt à la percussion. Vous restituer ici ces différentes sonneries serait peu littéraire et je suggère plutôt à quelque berracais de les enregistrer à l'occasion, car Jean-Louis les exécute par cœur, comme une tradition acquise et mémorisée, à l'oreille. En quelque sorte, un patrimoine sonore. Prenons seulement l'exemple de l'Angélus : Jean-Louis sonne 15 fois la petite cloche, 9 fois la grosse, puis 15 fois à nouveau la petite. Mais chaque sonneur a sa recette. Ou bien est-ce l'évêque qui met ainsi sa patte sur son territoire canonique ? Il me semble qu'ailleurs, l'angélus est beaucoup plus sobre. Sans doute l'aveu carillonné de notre faconde gasconne.

A Pâques, le clocher cathédral a la priorité. Du vendredi saint au dimanche, pour marquer le deuil de la chrétienté en attente de la résurrection, les cloches sont muettes. Et les églises paroissiales doivent attendre que la cathédrale ait marqué le Gloria à la fin de la grand-messe pascale pour sonner à leur tour. Mais, depuis Berrac, entend-on les cloches de Saint-Gervais donner le la ? Je ne le crois pas, aussi notre campanaire peut-il s'affranchir sans risque de remontrance de cette préséance bien pointilleuse.

berrac village gersois angelus

 

Il paraît que les sonneurs sont souvent sourds, et Jean-Louis l'est un peu moins que moi. Aurais-je manqué ma vocation ? S'ils ne le sont pas de naissance, ils peuvent le devenir. Certes, mais le sonneur n'a pas besoin d'une oreille musicale. Chaque cloche donnant sa note toutefois. A ce propos, quelque mélomane, lomagnol ou de passage, saura-t-il nous dire quelles sont nos deux notes berracaises ? Le sonneur a surtout besoin de ses deux épaules en bon état, d'un coup de poignet adroit et du temps de présence adéquat, ce qui n'est pas rien. Bien qu'aujourd'hui ce soit service réduit. Car les messes se font rares, le pauvre curé de Lectoure devant desservir 21 communes. Alors il reste les mariages... parfois, les sépultures... parfois également, et les fêtes dites carillonnées. Et c'est alors une grande émotion d'entendre vibrer le bourg et la campagne à l'unisson. Un peu comme si le sonneur tenait le rôle de rassembleur, de catalyseur pour dire savamment. Oui, les cloches du village sont l'expression d'une certaine forme d'unité. Et de village en village, d'unité du pays de France.

 

berrac village gersois eglise saint marcel

 

En effet, ce pays est couvert de milliers d'églises, surmontées d'élans de foi et de pierre dressés vers le ciel, voulant à l'origine marquer, par leur élévation, la primauté du spirituel sur le temporel. De surcroît portant haut les instruments permettant d'appeler les fidèles à la prière. La France naissant, la cloche a remplacé la trompette du héraut antique dont le souffle ne pouvait suffire à la tâche. Suivant l'exemple des monastères, en 801, Charlemagne ordonnait que les églises de l'Empire sonnent les heures. Puis très vite, le concile d'Aix-la-Chapelle de 817 ajouta qu'elles devaient se doter de deux cloches, pour pouvoir varier les sonneries. Ce que Berrac fit mais bien plus tard, lorsque l'église paroissiale fut construite sur les ruines de la chapelle seigneuriale, à l'angle du rempart du château primitif. Car entre-temps vinrent les hordes vikings. Pendant deux siècles, la Gascogne vécut dans le silence, qui sied à la soumission. Les puissants guerriers à la rousse chevelure furent les premiers à piller les églises et à emporter les cloches pour les fondre et forger de nouveaux instruments, rutilants et sonores également, mais dans la bataille. Les armées qui leur succédèrent, jusqu'au vingtième siècle de sinistre mémoire, suivront souvent leur exemple impie.

Puis, après les temps barbares, au cœur du Moyen-Âge, la foi profonde des peuples donnait à l'église, déclarant tant bien que mal la Paix de Dieu, un essor considérable. Elle allait occuper pendant plusieurs siècles le rôle de métronome de la vie sociale. Et les cloches, la fonction de porte-parole. Ponctuant les heures de prière mais également de travail, les sacrements, les évènements marquants du royaume et de la papauté, les guerres, les incendies... Tintement, volée, glas, tocsin. Le campanaire ne quittait plus son poste.

berrac sortie de la messe

 

On croyait aussi autrefois que le son des cloches pouvait dévier l'impact de l'orage, de la grêle et de la foudre. Et si le campanaire échouait dans cette mission de sûreté publique, il subissait évidemment l’opprobre de la population, abattue par le désastre et cherchant un bouc-émissaire. Les mécréants lui reprochent de faire du bruit à tout bout de champ, les croyants de bégayer parfois sa partition. Exposée, la fonction comporte donc des risques, que Jean-Louis Castaing évoque dans un sourire philosophe.

Petite contribution à la dernière affaire du débat public sur le genre : sachez que le glas est différent s'il s'agit du décès d'un homme ou d'une femme. Y aura t-il une sonnerie inclusive ?

L'association Berrac Village Gersois fait procéder actuellement à des prises de vues par drone et par les membres d'un club d'escalade (!) car il n'y a pas d'escalier pour aller y voir de près, afin de déchiffrer les mentions inscrites sur la jupe des deux demoiselles. Les premiers clichés ont révélé qu'elles ont été fondues par l'entreprise Vinel à Toulouse et baptisées le 13 décembre 1926 en présence des abbés Bourgeat et Gelas. Bientôt centenaires. Finalement, il est tout à fait probable que l'arrière-grand-mère de Jean-Louis Castaing les ait inaugurées.

Enfin, on ne connait pas à Berrac d'histoire de messe noire, de celles qui font sonner les cloches la nuit, lugubres, sans campanaire et sans officiant dûment ordonné, laissant flotter sur place, au petit matin, quelque fumet diabolique. Notre conteur gascon, Jean-François Bladé, a préféré chanter les amoureux. Que le sonneur dérange, évidemment. Evitant toutefois ainsi in extremis, que les novios ne fassent sonner le baptême avant le mariage...

                                                                                       Alinéas

 

AVERTISSEMENT AUX ÂMES CHASTES : le juron osé qui apparaît dans ce poème (!) est un peu surprenant dans la bouche d'une jeune fille, mais il était populaire à l'époque, et en général, outrepassait l'intention.

lou campané jean françois Bladé

 

PS

SOURCES :

- Sur les différentes sonneries : http://tchorski.morkitu.org/1/sonneries.htm

- Le règlement des cloches : https://www.abbaye-saint-hilaire-vaucluse.com/Sonneurs_sonneries_et_reglements.html

- Le musée européen d'art campanaire de l'Isle-Jourdain (32) à visiter absolument ! https://fr.wikipedia.org/wiki/Mus%C3%A9e_europ%C3%A9en_d%27art_campanaire

 

ILLUSTRATIONS :

- Photos Michel Salanié

- L'angélus, Jean-François Millet

- Sortie de l'église : photo Mairie de Berrac

- Carte postale ancienne, collection particulière.

 

 

 

 

 

 

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Publié le 26 Octobre 2020

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Je me suis souvent demandé d'où vient cette émotion qui me trouble, vous aussi peut-être, à l'écoute de la sonnerie aux morts. Ce roulement de tambour, cette trompette au tempo lentement cadencé, et puis le silence auquel se mêlent les bruits de la ville, un cri d'enfant, le vent. Cela n'a rien à voir avec le caractère martial de notre hymne national ou l'appel mobilisateur du chant des partisans. Non, quelque chose de plus profond, de plus philosophique oserais-je. L'absence de paroles permet toutes les lectures. Seule résonne l'annonce : "Aux morts !". Bien sûr, ce sont eux que la sonnerie honore. Certains que l'on connaissait, ou ceux discrètement inscrits sur cette impressionnante litanie des monuments commémoratifs, pour résister à l'oubli. Et parmi eux le soldat inconnu, représentant glorieux de tous les morts pour la France. Mais voilà que je ressens naître en moi, à ce moment-là, une forte communauté d'esprit avec tous les vivants, participants à la cérémonie, proches et étrangers, vieux et jeunes. Avec les absents même, ceux qui n'ont pas pu ou pas pensé à venir, avec les indifférents et les esprits forts. Enfin, je m'aperçois que de la compagnie des morts et des vivants, je me tourne vers l'avenir, inquiétant ou espéré, celui de nos enfants, celui de notre pays, celui de l'humanité. La force évocatrice de la musique est bien connue et a donné lieu à de très savantes considérations psychologiques qu'il n'est pas mon propos de développer. Mais oui, je crois à présent que la sonnerie aux morts relie le souvenir que nous avons des luttes de nos anciens, avec notre futur. Avec l'avenir. Celui que je ne connaîtrai pas et qui se construit aujourd'hui.

                                                                  Alinéas

"Qu'ils le sachent, nos enfants, Combien d'entre nous sont tombés, Pour la liberté !"

Texte originel du chant des partisans en russe

 

LE SOUVENIR FRANÇAIS

Le Souvenir français est une association nationale qui a pour vocation de conserver la mémoire de ceux et celles qui sont morts pour la France (MPLF) au cours de son Histoire, en entretenant leurs tombes ainsi que les monuments élevés à leur gloire. Reconnue d’utilité publique, patronnée par le Président de la République, l’association porte la flamme du souvenir en transmettant aux générations successives, l’amour de la patrie et le sens du devoir. Ouverte à tous, elle observe une stricte neutralité politique, confessionnelle et philosophique.

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Sur les cantons de Fleurance et de Lectoure, sous l'impulsion constante et bienveillante de son président, le Comité de Lomagne du Souvenir français mène ses actions en partenariat avec les collectivités locales et leurs élus, avec les établissements scolaires à l’initiative des enseignants, enfin avec toutes les associations, en particulier celles regroupant les anciens combattants et résistants, mémoires vivantes des derniers conflits.

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SON ACTION SUR LE TERRAIN

En matière de préservation du patrimoine mémoriel, l’équipe du Comité visite les cimetières en fonction des signalement de tombes de MPLF en déshérence qui lui sont adressés, propose des rénovations et participe à la surveillance des travaux pour les plus importants (carré des Tirailleurs Sénégalais, tombe de regroupement et mur du Souvenir à Lectoure) et lors de la restauration de monuments ou de tombes individuelles. Des projets de regroupement à Saint-Clar et à Fleurance sont en cours, que le Comité promeut.

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Chaque année, en octobre-novembre, le Comité pavoise, dans les cimetières communaux de Lomagne gersoise, plus de 30 tombes au profit desquelles il est intervenu.

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Enfin, la quête annuelle de la Toussaint est destinée à permettre le financement des opérations de rénovation et d’entretien du patrimoine mémoriel. Sur la voie publique et aux portes des cimetières, les quêteurs, grands et petits, ont alors l’occasion de dialoguer pour expliquer l’œuvre du Souvenir Français.

Donnez !

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Comité de Lomagne du Souvenir Français - eric.boss.sf@gmail.com

Photos © Souvenir Français - Comité de Lomagne

 

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Publié le 23 Juillet 2020

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Je ne devrais pas avoir trop de mal à vous convaincre : Lectoure a du charme. Mieux, des charmes. Parmi lesquels celui de présenter à quelque distance, un profil photogénique dont les communicants de tous acabits usent pour illustrer leurs supports, logos, plaquettes, publicités, articles de presse et autres médiums. Organismes publics, clubs et associations, dans tous les secteurs d'activité, agriculture, art, tourisme, politique, sport... Lectoure se prête sans rechigner à ce rôle de ville-sandwich et d'estampille.

La silhouette est élancée et harmonieuse. Les traits révèlent un caractère bien trempé. Malgré l'âge, l'énergie transparaît. De la noblesse. Du chien boun diu ! Ajoutez à cela une écharpe de verdure pour être à la mode, un ciel bleu, quoique le noir d'un orage gascon lui donnera un air fantastique, un peu de rouge brique aux pommettes et le ton doré de sa pierre pour briller en public. Comme les top-modèles, la ville plaît et elle le sait.

Les plus anciens d'entre vous se souviennent de la campagne de l'élection présidentielle de 1981 où un certain candidat, qui finalement l'emportera, s'affichait sur fond d'un petit village typique de la France profonde, avec un slogan dédaignant les sempiternelles et ennuyeuses considérations de niveau d'emploi, d'impôts ou de relations internationales : "La force tranquille". Le publicitaire de génie, autoproclamé "fils de pub", Jacques Séguéla redonnait au clocher la place centrale dans la symbolique nationale. La suite des évènements sera autre chose.

Vous remarquerez que les villes bénéficiant, comme Lectoure, d'un relief avantageux font de ce caractère physique une signature : exemple Saint Bertrand-de-Comminges. Les autres devront choisir un seul monument, forcément réducteur même s'il est prestigieux, exemple Cahors, ou bien inventer un symbole supposé signifiant mais qui appellera un slogan d’accompagnement explicatif, exemple Biarritz.

 

Quant aux villes des Etats-Unis, toutes signent de l'ombre chinoise de leurs sky lines. Après un certain 11 septembre, New York a dû supprimer les twin towers. Reste la Liberté, ce qui n'est pas rien.

 

Mieux qu'un symbole donc, seul le logo de type "profil" a valeur de portrait, de photo d'identité, relativement fidèle et durable. La silhouette de Lectoure regroupe tout ce que l'on recherche et qui est nécessaire à la vie collective : une Histoire, un patrimoine, un élan, une relation sociale, une population rassemblée... Notre faubourg, les zones industrielles et commerciales, la campagne environnante sont évidemment induites. Chacun se reconnaît dans ce portrait du cœur de ville. Certes, la cathédrale joue un rôle majeur dans la composition. Elle superpose son profil caractéristique à la silhouette d'ensemble de la ville. Comme le nez de Cyrano, le cigare de Fidel Castro ou... les yeux de Lætitia Casta.

Allez, à tout seigneur tout honneur, je me dois de commencer par la ville elle-même. C'est simple, mémorisable, efficace. Il y manque peut-être une ouverture, un élan. Mais je ne voudrais pas provoquer un nouveau tsunami. Vous n'imaginez pas la difficulté qu'il y a à concevoir un logo et plus encore, à tenter de le rajeunir. Celui ci vieillit bien. Ne touchons à rien.

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Remontons un peu le temps. En 2009, le concert du bicentenaire de la mort du Maréchal Lannes offrait à l'équipe organisatrice l'occasion de choisir un fantastique cliché nocturne signé Pierre-Paul Feyte.

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L'Office de Tourisme de Gascogne-Lomagne, que la nouvelle législation de l'inter-communalité nous a conduit à partager avec les villes voisines, sait ce qu'il peut demander à ce paysage grandiose : faire d'une simple escapade, tout une aventure. Passons sur le bloc-marque affublé de façon injustifiable d'un horrible anglicisme...

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Le melon, on n'y coupe pas ! Il est une valeur sûre. Association réciproque d'images de marque. Notre fruit de l'été donne à Lectoure une saveur tout à fait spéciale. Le marché, la terrasse des bistrots, la gastronomie... Depuis la madeleine de Proust on sait que la mémoire d'un goût est puissamment évocatrice de sentiment, particulièrement d'affection.

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Depuis le coteau de la Mouline de Belin, les abeilles du Rucher de Lectoure jouissent également du panorama. Au point, lorsqu'elles sont en surnombre, de venir essaimer en ville, obligeant alors l'apiculteur à jouer les pompiers pour ramener ses ouailles à la campagne. Le miel de Laurent Duluc distille le parfum des vallons qui servent d'écrin à notre top-modèle.

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Une petite mention pour les meublés de Josette, que je ne connais pas, qui offrent à la fois, en inversant le point de vue, le profil de la cathédrale et la campagne environnante. Limité au cadre d'une fenêtre, mais plutôt réussi.

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Et notre palme du "Profil de pub" est attribuée à ... Lectoure à Voix Haute. Le logo de l'association tout d'abord, qui joue avec finesse sur la silhouette de la ville chapeautant la bulle façon BD. Une composition cependant moins lisible en réduction.

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L'affiche du festival 2020 ensuite, évidemment bousculé par ce fichu virus, mais joliment illustrée, de façon romantique et moderne à la fois. Une illustration très léchée et efficace pour suggérer le cadre privilégié de cet évènement culturel de qualité.

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Enfin, on ne pourra pas reprocher aux deux grandes marques lectouroises de ne pas avoir adopté notre profil de pub. Lip n'est pas né ici et communique très bien au tic-tac de ces trois lettres qui donnent l'heure au monde entier. Quant au Bleu de Lectoure, il habille également largement outre-Gascogne, d'un chic naturel dont la ville se voit attribuer en retour, à titre gracieux, la notoriété. Merci le Bleu.

                                                                        Alinéas                                                     
  

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PS.

Oups, un oubli ! Illustration empruntée au profil Facebook d'Arnauld Cabelguenne, pharmacie de la Mélisse. Pour un message d'importance. Superbe.

 

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