Petite galerie commentée des fruits sauvages (indigènes et naturalisés) de la vallée de Foissin à Lectoure.

Publié le 9 Septembre 2017

 

« La valeur des fruits sauvages ne tient pas à leur simple possession ou à leur consommation, mais plutôt à leur vision et à leur jouissance. Le sens premier du mot « fruit » le suggère. Il provient du latin « fructus », qui signifie « ce que l’on utilise ou ce dont on jouit ». Si ce n’était pas le cas, alors une cueillette de myrtilles dans la nature et faire son marché seraient des expériences pratiquement équivalentes.

Bien sûr, c’est l’esprit avec lequel vous faites une action qui la rend intéressante, qu’il s’agisse de balayer votre chambre ou d’arracher des navets.

 Les pêches sont sans aucun doute très belles et très goûteuses, mais les récolter pour les vendre à l’étal au marché  n’est pas du tout aussi intéressant pour l'esprit que la cueillette des myrtilles sauvages pour notre propre usage. »

 

H.D. THOREAU - Wild fruits

 

Le MYROBOLAN ou PRUNE-CERISE. Le premier fruit sauvage de l'été. Rouge ou jaune, délicieux en clafoutis, aubaine pour les compagnies d'oiseaux et de gamins en maraude.  L'arbuste est précieux comme porte-greffe pour le prunier et l'abricotier autour du Lectourois car il est particulièrement adapté aux terrains argilo-calcaires de Lomagne gorgés d'humidité l'hiver et crevassés pendant les étés trop secs. Par croisement avec la prune il a donné.... la mirabelle, qui ne veut pas dire "regardez-moi, je suis belle" mais remontant à la racine grecque, "myrrhe ou noix odorante". En perdant son Y, mirobolant adjective un caractère incroyable, extraordinaire. Pas mal pour une petite drupe sauvageonne.

 

La MÛRE. C'est un peu notre myrtille à nous. Si l'été est trop chaud, elle finira " tot cramat". Mais cette année, il devrait y avoir quelques bonnes tartes sur la table de notre Mamie des jardins*. A l'opposé de sa mauvaise réputation, la ronce dotée de ses épines est le meilleur auxiliaire de la forêt naissante. Sans sa protection, les jeunes chênes, frênes, aulnes et autres fragiles géants des forêts de Gascogne ne verraient pas le soleil : à peine germés et dressant timidement leurs tendres tiges, ils seraient la proie des chevreuils.

 

La NOISETTE. Arbre vénérable, rescapé de l'ère secondaire, le noisetier accompagne le genre humain depuis 70 millions d'années ! Sait-il l'écureuil prévoyant que ce fruit, parfaitement conçu pour être conservé en vue de l'hiver, est un trésor en oméga 3 ? Le bois de cet arbre, souple et résistant, fournit une matière précieuse en vannerie, tonnellerie et pour la fabrication des manches d'outils agricoles. Plus qu'intéressante la coudre, au pied de la citadelle : indispensable.

 

La FIGUE. Notre ancêtre celte-ibère a dû faire une drôle de bobine quand le conquérant romain lui a offert sa première manne de figue. Car voilà le plus bel exemple d'un fruit (faux fruit pour les puristes), d'origine méditerranéenne, parfaitement acclimaté. Qui n'a pas le sien dans son jardin en Gascogne ? Nous en recensons au moins quatre variétés entre la source du ruisseau sur la crête de Foissin et le Gers, violettes, blanches et celle-ci, une salviotte sans doute, nichée au beau milieu d'un chaos légendaire. Confitures, tartes, fruits secs, un des rares fruits sauvages abondants et enfin, une eau de vie au parfum envoutant avant même d'y tremper les lèvres.

 

La PRUNA de CAN, PRUNE de CHIEN. Laissez-la mûrir le plus longtemps possible. Bien accrochée à sa branche elle deviendra un délice gorgé de sucre au petit goût de réglisse. L'arbuste, haut dressé tout au long du chemin qui grimpe vers les rochers de Cardès, est alors la scène d'un ballet fantasque où se chamaillent geais, merles et corneilles.

 

La CORME. En forme de petite poire ou de petite pomme, en grappe encore dans l'arbre je suis bien trop âpre. Il faudra repasser à l'automne et me disputer à terre, blette, au campagnol et au blaireau. D'un goût subtil, je suis particulièrement riche en vitamine C, très précieuse autrefois à l'entrée d'un long hiver frugal. Pour celui qui en aura la patience, ma confiture est incomparable. Le bois de mon arbre est plus dense que celui du chêne. Dans les moulins, les dents rapportées sur couronne en fonte de l'engrenage multiplicateur étaient faites en cormier.

 

Le SUREAU NOIR ou SAMBUCO. Tartes et confitures seront banales sauf à récolter les grappes de fruit avant totale maturité. Quelques grains encore roses et fermes donneront en effet un agréable petit goût acidulé. Le sureau noir était utilisé  dans les moulins du Saint Jourdain en teinturerie pour habiller élégamment la clientèle de Lectoure à forte proportion noble, bourgeoise et ecclésiastique,  Le sureau peut donner des teintures variant du violine au bleu jean (anachronisme assumé) en passant par un joli gris souris. Ces variantes sont déterminées par l'état de fermentation des baies récoltées ou de la décoction réalisée. Au printemps, la floraison du sureau noir embaume à concurrence de celle du tilleul. La limonade et le cocktail de la Mouline de Belin à base de ses gracieuses ombelles blanches ont leurs inconditionnels.

 

Le CYNORHODON. Le fruit (faux-fruit lui aussi) de l'églantier ou rosa canina (encore un chien!). Rosa canina est le porte-greffe à l'origine d'un grand nombre de rosiers améliorés par les pépiniéristes et les passionnés. Magnifiques ponctuations des haies au printemps, joyeuses lucioles orangées pendant les petits matins brumeux d'automne, voilà une fleur qui se dépense. Le fruit est très riche en vitamine C, 20 fois plus que les agrumes. Faut pas aller chercher dans les pays exotiques ! Il donne une confiture délicieusement onctueuse. Et quand nous étions garnements, matière à gratte-cul...

 

La NOIX. On ne s'imagine pas l'importance du noyer dans l'économie depuis l'antiquité. Aujourd'hui, son petit fruit au goût très particulier est simplement une gourmandise. Il est vrai que quelques cerneaux sur une tartine de confiture de figue, huummm... Mais autrefois, il était utilisé par plusieurs industries, tannerie, ébénisterie et huilerie. Des générations et des générations de nos ancêtres se sont éclairées à la flammèche du calel, petite lampe à l'huile, précieuse non pas magique, qui pourrait être le symbole d'une civilisation agreste pas si lointaine, Il y a trois générations à peine. Alors, le ruisseau de Saint Jourdain était bordé de noyers qui rejettent de souche encore dès que l'on arrête de broyer systématiquement la végétation poussant sur les berges.

 

La POMME. La graine qui a donné naissance à ce joli pommier abouti au bord du ruisseau à Lafon-chaude a probablement roulé-boulé d'un jardin de ville blotti contre les remparts. Malus sylvestris, la pomme originelle a définitivement disparu de Gascogne avec les futaies de l'immense forêt de Saint-Mamet qui couvrait sans discontinuer, au premier millénaire de notre ère, les coteaux nord de Lectoure jusqu'à Sainte-Mère, Castet-Arrouy et au delà. L'Orient et l'Empire romain ont imposé leurs riches sélections variétales. Si Eve a effectivement  craqué pour une pomme sauvage, vue l'antiquité de l'évènement, le fruit à l'origine de la "faute" était bien plus malingre que ces tentatrices rotondités.

 

L'ÉPINE NOIRE. Délicieux petit fruit à condition de laisser passer les premiers gels. Le buisson aux puissantes épines était reproduit et entretenu par les éleveurs lomagnols, avant l'invention du grillage métallique, pour clôturer les pacages. Si sa drupe, comme tous les fruits, peut donner une eau de vie, les vendéens, eux, préfèrent utiliser les jeunes pousses pour concocter la merveilleuse troussepinette**.

 

Le COING. Un cognassier aux quatre coins de mon pré. Ce n'est pas un jeu de mots facile mais une pratique ancestrale. L'arbre, lui aussi introduit par les romains, a la particularité de ne pas drageonner et donc de rester à la même place au fil des années. Le parfait bornage. Prêtez-y attention au cours de vos balades, vous verrez. Les coings sauvages, si le temps est clément, et si on ne me les chipe pas nuitamment ..., donnent la gelée la plus savoureuse. Enfin, le coing est certainement la pomme d'or d'avant la pomme, le fruit de la discorde offert par le berger Pâris à Aphrodite, la prémisse de la guerre de Troie. Il fallait que ça arrive!

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Voilà cher lecteur, sans être exhaustif, voilà un début de recensement des fruits de la vallée de Foissin. Respectons-les. Au delà du plaisir de la cueillette, aidons les habitants, les jardiniers, les équipes municipales, aidez-nous à protéger et à perpétuer ces petits trésors de la nature, ces témoins vivants de l'histoire de nos anciens.

                                                                                     ALINEAS

 

* A l'heure de mettre sous presse comme on disait à l'époque de la gazette, vérification faite, le vent d'Espagne a soufflé et la récolte de mûres espérée a séché sur pied.

** Voilà l'occasion de saluer nos amis vendéens avec lesquels nous avons partagé pendant plus de vingt ans, balades, cueillettes et confitures. Les chemins creux du pays chouan résistent toujours et, à l'ombre des haies bocagères qui quadrillent ce "pays de géants et de genêts en fleurs", germent de beaux caractères, arbres et gens.

Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Botanique

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thevenon roger 09/09/2017 20:14

merci mon cher Alinéas, voila bien des choses intéressantes, c'est bien documenté, bien écrit et bien illustré, bravo et merci encore.
un admirateur sculpteur à ses heures !