Petit bavardage estival à propos des randonnées botaniques
Publié le 7 Juillet 2026
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a randonnée botanique est à la mode. " Mais - je vous entends d'ici - on ne randonne pas dans une tenue aussi légère ! ". Je connais cependant quelques esthètes qui considèrent que c'est bien dommage.
Voilà qui nous offre le sujet de cette petite chronique estivale : a-t-on perdu le sens du naturel, du sauvage ?
En effet, certaines randonnées botaniques ressemblent à des raids sponsorisés par Décathlon ? Chaussures de trek, pantalons cargo, vestes Gore-Tex, chapeau anti-UV... D'accord les mauvaises rencontres peuvent se présenter : serpents et moustiques font partie de l'aventure, la tique semble être de plus en plus abondante et adroite à nous alpaguer le mollet. Manches longues et pharmacie de campagne sont donc justifiées. Cependant, encore une fois, tout ceci est dommage, car le contact avec la nature est également, voire essentiellement tactile, olfactif, sensuel oserais-je ? Si je vous dis que le cocktail de parfums de certains rassemblements dans le petit matin frais, qu'ils soient de supermarché, N°5 ou répulsif anti-insecte m'a parfois fait regretter de m'être levé tôt pour randonner en cette compagnie. Car la fragrance de la terre mouillée, celle de l'herbe foulée ou d'un parterre de menthe valent tous les flacons merchandisés.
Pour aller à sa rencontre on devrait adopter l'esprit de Dame Nature. Peut-on pour autant organiser une rando dont l'équipement imposé serait minimaliste ? Michel Serres, il s'agissait alors d'une ascèse du penseur gascon sur le tard, une sorte de testament, conseillait : " Cherchez ce que, sur les grands chemins, nul, jamais ne pourra vous voler. Autrement dit : trouvez un impondérable [...] n’emmenez rien de ce qui diffère du corps, nu ". Rando nue ?
Mis à part les Robinsons des temps modernes, ces jardiniers de l'absolu qui, dans les magazines de déco ou de jardinage qui foisonnent dans les rayonnages de la presse de loisir et nous tiennent lieu de fenêtre confortable sur le naturel, impressionnent de leur rusticité tranquille, vivant heureux, apparemment hors du monde, exposant à notre admiration un décor intérieur de style j'ai-tout-fait-moi-même-avec-des-matériaux-disponibles-dans-mon-environnement, nous vivons tous très loin de la nature et la randonnée botanique est pour la plupart, un plongeon dans un univers méconnu, voire inquiétant. D'ailleurs, en nous accueillant, quelque peu goguenard, l'animateur de la séance du jour nous fait toucher du doigt l'étendue de notre ignorance et nous rassure en même temps : " Nous sommes partis pour une petite heure ". Ouf, ça ne va pas être trop long !
COMESTIBLE OU NON ?
Certaines randonnées proposent la découverte des plantes sauvages et comestibles. C'est instructif, excitant et parfois délicieux. Cependant on ne se raconte pas d'histoire : mises à part certaines sombres périodes de disette, nos proches ancêtres ne se nourrissaient pas d'orties et de corme. La pomme de terre, le maïs, la fève... des sélections patiemment civilisées au gré des saisons, assurent depuis belle lurette l'épaisseur de notre soupe quotidienne et sustentatoire.
La randonnée dite " gourmande " va d'ailleurs et paradoxalement débuter par un avertissement : " On ne goute pas sans savoir ". Car effectivement, nous connaissons mal notre environnement. Et, de Grande Ciguë en Yèble-Faux Sureau, les non-comestibles seront désignés à notre attention précautionneuse tout au long de la balade, au point parfois de décourager certains qui ne retiendront que cette impression : non, la vie naturelle n'est pas un long fleuve tranquille. On est vraiment bien, qu'une fois revenu chez soi, à l'abri de tous ces risques d'ingestion maladroite, en ouvrant notre frigo au contenu code-à-barrisé.
D'autres, ayant heureusement intégré la leçon in extenso, pratiqueront désormais la cuisine aux plantes sauvages à l'occasion, par goût ou pour donner à leur table cette petite touche d'originalité et de naturel si... tendance dit-on aujourd'hui : salade cuite de pissenlit à l'ail, brouillade au plantain ou clafoutis au Myrobolan parmi les nombreuses recettes sauvages que nous vous vous avons offertes sur ce carnet.
LE BEAU A-T-IL UN NOM ?
J'avoue mon déplaisir pour le bavardage abondant de certains animateurs de ces sorties nature, aussi compétents soient-ils, et des participants à leur suite pour faire bon poids. Je crois que la randonnée nature devrait consister davantage et peut-être en silence nous conduire vers les points de vue, référencés ou impromptus, qui permettent d'admirer la beauté botanique, faunistique ou paysagère, sortes de balcons sur l’exceptionnel, le rare, l'inaccessible sauf notre capacité à faire un détour, un effort, à se mettre en danger même, autant de passeports pour le beau. Aujourd'hui le naturel recule. La randonnée est une poursuite.
Un banc posé là par quelque poète partageux, une vieille souche, un promontoire naturel, la moindre occasion doit être saisie de s'arrêter pour contempler l'indicible. Bien sûr, nous aurons tendance à vouloir partager : " Regarde ! Regarde ! ". Ce sera trop tard souvent. Et puis les mots ne suffiraient pas. D'ailleurs, nommer est-il nécessaire ?
La photo, parfois agaçante aussi, autant que le bavardage - cette chronique en sera-t-elle ? - permet pourtant à chacun de capter, ou de tenter de surprendre ces instants où l'on sent passer l'essentiel, à portée, furtivement.
UN BRIN D'HISTOIRE
On estime à 50% le nombre de végétaux de nos paysages qui trouvent leur origine loin d'Europe. La botanique n'a pas de frontières et la petite balade nature d'un dimanche matin bobo peut alors se transformer en un voyage au long cours, africain à vol d'hirondelle, oriental au retour des croisades... Précédent sujet de cette rubrique, le Robinier-Faux Acacia nous est parvenu des Appalaches dans la cale de la goélette du jardinier du roi Henri de Navarre dont on ne prétendra pas toutefois qu'il l'a introduit lui-même dans sa bonne ville de Lectoure. Voyage dans le temps aussi, nous vous avons guidé sur ce blog dans une randonnée genre Jurassic Park, à l'ère du Dévonien, c'est-à-dire il y a 400 millions d'années, lorsque notre gracieuse Prêle des champs se dressait à 30 mètres de haut et au pied de laquelle se faufilaient des mygales géantes et des escargots gros comme des oies, dans la brumeuse forêt antédiluvienne. Brrrr !...
Et puis, cheminant à la queue-leu-leu sur ce chemin creux, le nez au sol pour ne pas trébucher, peut-on concevoir que nous mettons nos pas sur les traces de nos ancêtres ? Pas si ancêtres que ça d'ailleurs. Il y a à peine cent ans, nos grands-parents parcouraient ce pays en tous sens par des voies aujourd'hui oubliées tant nos routes macadamisées n'hésitent pas à niveler et contourner les profils hérités du temps long d'un coup de bulldozer peu regardant. Oubliés les petits murets patiemment entassés pour faciliter le pas des mulets et des sabots. Les haies foisonnant de baies à confiture et d'herbes à tisane envahissent le réseau de communications de l'ancienne économie rurale. Le cheminement de cette balade sans-souci était il y a peu le théâtre animé des charrois de l'industrie naissante, farinière, lainière ou viticole. La nature reprend ses droits et c'est tant mieux pourvu que la mémoire reste vivante.
Ici, sous une voute dentelée de lierre, la source murmure ses souvenirs. Une ombre s'éloigne, silhouette laborieuse, familière semble-t-il, emportant d'une main sa cruche en équilibre sur la tête jusqu'à la maisonnette dont la ruine sommeille sous la ronce et le lilas.
Alinéas
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