botanique

Publié le 24 Mars 2026

robinier acacia - acacia haute futaie - acacia sauvage - acacia en fleur

 

 

train qui circulait autrefois entre Auch et Agen ne siffle plus dans la vallée du Gers. Certains lecteurs de ce carnet se souviendront avec nostalgie de cette double haie d'acacias, lumineuse, foisonnante et odorante qui longeait la voie ferrée au printemps, à une époque moins confinée que la nôtre où l'on pouvait baisser les vitres du compartiment pour profiter du parfum de sa floraison, faisant en même temps opportunément flotter la chevelure d'une jolie passagère. " Vous permettez mademoiselle ?... ".

En ville, sur le boulevard du Nord dont il stabilise les abords, l'arbre a provoqué récemment le mécontentement des habitants installés sur le rempart au motif qu'il leur masquait la vue sur le vallon de Foissin. Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, un peu tout de même mais du point de vue géographique opposé, c'était faire peu de cas de son rôle de contrefort du relief abrupt, de sa belle floraison et de son ombre gracieuse. Il semble que les critères pour conserver à Lectoure son label de ville fleurie ❀❀❀❀ ait empêché que la municipalité ne livre au bourreau ce bel alignement, certes quelque peu sauvageon, pour satisfaire lesdits plaignants. Avec le cancannement des oies, le braiment des ânes et la cloche de Saint-Gervais, il fait partie du paysage, une composition tout à la fois visuelle, sonore et olfactive, d'une ville à la campagne. Et comme il est de bonne politique en démocratie, un consensus a été trouvé entre les deux parties qui a consisté à élaguer raisonnablement nos robiniers qui ainsi, embaumeront encore longtemps les printemps de ce rempart naturel de la vieille citadelle gasconne.

Sur l'autre versant du vallon, dans le bois d'Arrajacan, un bouquet de vieux robiniers installé là par l'occupant d'une bicoque aujourd'hui sous les ronces, un ermite dit-on, résiste aux tempêtes, à l'ailanthe dont nous avons souligné le grand danger d'invasion, et au bambou, un autre envahisseur, sympathique celui-ci ; j'ai mes têtes... le Chêne, incontournable en Gascogne, l'Aulne glutineux, roi des ruisseaux, le Peuplier si élégant...

Bien que la littérature botanique insiste systématiquement sur ses défauts - qui n'en a pas ? -, nous élaguerons ce côté du Robinier faux-acacia pour donner de l'air à ses belles qualités qui ont fait que cet étranger à la Gascogne des origines a, depuis longtemps, été adopté à Lectoure.

Le Robinier faux-acacia a été importé en France en 1601, par Jean Robin, CQFD pour l'étymologie, le jardinier de notre bon roi Henri, roi que l'on disait vert mais sans lien avec la botanique. On peut encore aujourd'hui admirer au jardin des plantes à Paris, des robiniers plantés par Robin lui-même en 1636 ! Originaire des montagnes Appalaches aux États-Unis, l'apparence de l'arbre l'a fait rapprocher par erreur de la famille des acacias, c'est à dire des mimosas. Et c'est le nom erroné qui perdure dans le langage courant. Que nous adopterons pour la suite de cette chronique, par solidarité avec le bon peuple de France et de Navarre.

 

acacia épineux

L'Acacia pique, c'est vrai, et dur. Il faut être prudent pendant l'élagage. Les branches mortes ou celles tombées au sol pendant l'orage, car il est cassant, d'imposantes épines peuvent perforer les semelles inattentives et provoquer une blessure profonde d'autant plus douloureuse que l'arbre contient plusieurs toxines. C'est l'envers de la médaille. Mais son endroit est riche.

L'Acacia drageonne aussi, de nouvelles tiges se dressant sur les racines au fur et à mesure de leur progression au sol, ce qui fait de lui une espèce " colonisatrice ". Ce terme aujourd'hui politiquement honni auquel on pourra préférer celui de " pionnière ", signifie simplement que l'Acacia est capable d'investir un espace libre rapidement, sans l'intervention humaine. Ce qui est une qualité lorsqu'il faut stabiliser un terrain, éviter l'érosion ou réhabiliter une zone industrielle abandonnée. Si le phénomène n'est pas maîtrisé il pourra être considéré localement comme " invasif ". 

Dans un jardin de particulier exigu, il suffira de donner régulièrement quelques coups de pioche ou de sécateur au fur et à mesure de l'apparition des drageons. L'Acacia n'est pas un arbre sage et bien élevé, de ceux qui se soumettent à un ordonnancement de type magazine Ma maison - Mon jardin ( sans ostracisme voir ci-dessous ), un bête standard de jardinerie. Non, c'est une belle nature, avec laquelle on doit composer pour profiter de sa vigueur et de sa générosité.

 

coupe d'acacia - plantation acacia - foresterie acacia robinier

 

UN NATUREL CONTEMPORAIN

L'Acacia est le bois européen le plus durable. Il est considéré imputrescible. La durée de vie d'un piquet d'acacia est de l'ordre de 60 ans ! Si comme moi vous trouvez que cette durabilité est quelque peu superflue à partir d'un certain âge c'est au moins un critère de qualité du matériau. Outre les aménagements agricoles ou paysagers, il est employé pour la fabrication de mobilier d'extérieur en lieu et place des espèces exotiques surexploitées, coûteuses en transport et que l'on pense devoir protéger, envers et malgré les pays exportateurs. De ce fait l'exploitation forestière du Robinier se développe très rapidement dans les pays consommateurs. Adaptable sur tous les types de sol, demandant peu de soins, sa croissance étant rapide et bien que donnant un fût d'un diamètre relativement faible, le sujet se prête bien à la foresterie de rapport. Voir en PS les commentaires du site Waldwissen à ce sujet. 

Comme toutes les espèces de bois, son apparence convient aussi bien aux ambiances nature qu'à l'architecture contemporaine. Ici la ganivelle, dite aussi " barrière girondine ", également souvent proposée en bois de châtaignier.

ganivelle - barrière girondine acacia

 

Pour les aménagements urbains et touristiques, ou pour un jardinet domestique confortable et sans risque, il existe des variétés d'acacia sélectionnées sans épines. Et même sans fleurs (!). Au prix d'une légère taille annuelle, Robinia Umbraculifera gardera son port compact et bien sage. Qui eut convenu aux Lectourois du Boulevard du nord.

acacia jardin de ville

 

Mais que reste-t-il ici du géant ramené des Appalaches dans la cale de sa goélette de botaniste par le sieur Robin ? Alors revenons à notre sauvageon, à l'acacia de haute futaie. Qu'importe les épines et les drageons lorsque sa floraison nous offre deux délices gustatifs exceptionnels.

 

UN PARFUM DE PARADIS

Au petit vent de printemps, la fleur d'acacia se balance comme une guirlande de lampions ivoire, attirant une myriade d'insectes enivrés par sa fragrance. Un parfum indéfinissable. Essayons toutefois : une base d'agrume, une pointe de jasmin, un réglisse très discret. Suave et subtil à la fois. Comme cette grosse abeille rousse et la petite araignée verte que l'on distingue entre les deux grappes de fleurs, Micrommata virescens peut-être, toutes deux déjà parvenues au paradis des bestioles sur terre, nous sommes invités à la table des dieux...

fleur d'acacia

 

Beignets de fleurs d’acacia

Recette empruntée au site www.aufilduthym.fr (lien en pied de page)

Saison : Mi-avril à juin selon les régions

Matériel
  • Une vingtaine de grappes de fleurs d’acacia
  • 160 g de farine
  • 200 ml de lait
  • 1 cuillerée à café de levure chimique
  • 2 œufs
  • 40 g de sucre
  • 1 cuillerée à café d’huile
  • Huile de friture
Réalisation
  •  Lavez les fleurs d’acacia et égouttez soigneusement (cf. 1). Si jamais vous apercevez des locataires dans vos fleurs, n’hésitez pas à les passer dans une eau vinaigrée avant de laver / égoutter.
  • Dans un saladier, mélangez la farine, sucre, levure.
  • Ajoutez les œufs et mélangez.
  • Incorporez le lait, l’huile et fouettez jusqu’à bien délayer la pâte et obtenir une préparation homogène. Si jamais l’incorporation se passe mal (cela peut arriver avec des farines semi-complètes), n’hésitez pas à passer un coup de mixer).
  • Faites chauffer l’huile de friture
  • Plongez les fleurs d’acacia dans la pâte à beignet puis dans l’huile de friture. Retournez à mi-cuisson et laissez cuire jusqu’à ce qu’elles soient bien dorées. Disposez sur un papier absorbant après cuisson.
  • Opération à répéter jusqu’à épuisement de la pâte ou des fleurs.

Saupoudrez de sucre glace (ou pas) avant de servir.

À consommer dans la journée

(1) Il est important de bien égoutter, car s’il reste des gouttes d’eau dans les fleurs, la pâte ne pourra pas s’accrocher aux fleurs.

 

Cette recette de beignet est aussi utilisable avec des fleurs de sureau noir, arbre emblématique de la maison d'hôtes de la Mouline de Belin, dont nous avons si souvent parlé ici, à manger ici aussi, et à boire cette fois, cocktail sambuco de la Mouline de Belin ! 

 

beignets d'acacia - acacia cuisine - acacia gourmand

 

Enfin, toujours dans la catégorie " Gourmands et bons vivants ", l'acacia (on ne le qualifie jamais ici robinier) est l'un des miels les plus appréciés pour sa saveur délicate et sa texture liquide. Comme le miel de châtaignier, l'acacia reste longtemps liquide parce qu’il est moins sucré que ceux qui figent rapidement après récolte car le fructose y domine sur le glucose. Sa couleur or et sa limpidité sont remarquables, avec des reflets vert clair. Il dégage une odeur subtile mélangeant la vanille et des notes de fleurs blanches. Mais la miellée du robinier est rare en France. En effet, cet arbre fleurit habituellement début mai en pleine période des saints de glace où les températures peuvent être assez basses et la météo pluvieuse. Or, pour produire en quantité nécessaire du nectar dont est fait le miel, le Robinier a besoin de températures supérieures à 20°C. Et la pluie dégrade son pollen également récolté par l'abeille nourricière qui restera alors à l'abri en attendant des jours meilleurs et d'autres exhalaisons. La récolte de miel d'acacia est donc irrégulière en France.

Le paradis n'est jamais acquis définitivement.

                                                                    Alinéas

rucher acacia - rucher robinier - miel acacia
Petit rucher du Miel des Mutines, sous les acacias des rives de l'Ouvèze (Ardèche)

 

PS. Pour ceux que le sujet de la foresterie du Robinier intéresse voir les deux articles de la société suisse Waldwissen :

- Le Robinier fait débat voir ici

- Bois de chauffage ou bois de qualité voir ici

 

PHOTOS :

- Titre : Annabell Hormann, korina.info. Sous licence  CC-BY-SA-4.0

- Les feuilles de Robinier faux-acacia pennées et les stipules transformées en épines. Roger Prat. Sous licence CC BY-SA 3.0

- Empilement de troncs de robiniers. Copyright Société Nobylis, spécialiste dans la transformation du Robinier faux acacia. Nobylis. Très belle galerie photo et vidéo du travail de transformation du bois depuis la récolte jusqu'au conditionnement.

- Ganivelle à Saint Briac, chemin du Perron. Rundvald. Sous licence  CC BY-SA 4.0

- Ganivelle en robinier Clôture Adéquat

- Robinia umbracilifera Bauchery Pépinières Bauchery

- Fleurs d'acacia. Copyright Michel Salanié

- Beignets de fleurs d'acacia, recette et photo Au fil du Thym. Sous licence CC-BY-NC-SA

- Rucher. Copyright Le miel des Mutines.

 

 

 

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 27 Août 2025

fruit lectoure - maison d'hôte

Il fait meilleur depuis quelques jours, alors si on sortait ? Je vous propose une petite escapade mi botanique - mi souvenirs.  Les centres d'intérêt de ce cybercarnet, l'Histoire - la grande -, la littérature, les beaux-arts, toutes choses très sérieuses, ont la caractéristique de pouvoir attendre sans s'altérer. Pas le fruit de saison. Alors, suivez-moi sur mon chemin buissonnier. 

Je vous emmène à la découverte d'un fruit rare. Défendu parfois mais il s'offre si généreusement au passant, à la passante d'après ce que nous rapportent les textes fondateurs bien que l'arbre tentateur diffère, qu'on ne saurait juger qui a fauté le premier, de la main ou du fruit.

La pêche de vigne, puisqu'il s'agit de ce trésor de la nature de fin d'été, n'est pas une variété mais plutôt un mode de culture. Si vous voyez au rayon fruits et légumes de votre grande surface aseptisée et climatisée hebdomadaire, chez votre épicier d'en face ou à l'étal de certain marchand forain et gouailleur qui les "cueille" par palettes entières chez le grossiste Métro, des cagettes de pêches soigneusement rangées dans leurs alvéoles de polytéréphtalate d'éthylène, ne vous laissez pas berner par l'étiquette : ce ne sont pas des pêches de vigne.

La pêche de vigne pousse dans la vigne. C'est clair. L'arbre est installé traditionnellement et donne le meilleur de lui-même, bien que rétif à toute taille et conduite au sécateur, dans cette organisation culturale rigoureuse, ponctuant et dépassant d'une ramure quelque peu ébouriffée la géométrie agricole. Ou du moins dans les mêmes conditions d'exposition, c'est à dire sur des parcelles au sol naturellement drainé, non irriguées et bien exposées. La pêche de vigne n'est pas traitée ; souvent cabossée, elle est petite, plutôt discrète... elle ne paie pas de mine. Une sorte d'espèce botanique bohémienne, sauvage, rousse jusqu'à la cendre, belle et revêche à la fois. Invendable selon les critères du commerce standardisé. On la trouve parfois cloitrée dans un jardin de mamie mais si, à l'occasion d'une randonnée innocente, vous apercevez, par hasard bien sûr, une sorte de lampions sur des arbres rabougris disséminés par-ci par-là dans un rang de vigne, alors là oui, vous avez la chance d'être en présence du fruit qu'il faut goûter absolument. A condition d'être autorisé à rentrer dans le rang. Rentrer dans le rang au sens propre. Sinon d'oser y pénétrer furtivement et fautivement.

saveur gascogne - gers

Pour une maraude efficace, avant de contrevenir, il convient de différencier, à distance, depuis le chemin, les variétés blanche, jaune et rouge. Car rien n'interdit au vigneron de planter la pêche de la couleur qu'il lui plaît. Si la blanche est juteuse, la jaune plus charnue et parfumée, toutes deux inventées pour satisfaire aux canons du marketing, la "vraie" pêche de vigne, c'est la liberté de choix du cybercarnéiste de la qualifier ainsi, dite parfois " duron " car elle est très ferme, présente une chair d'un rouge sanguin, d'où l'appellation de " sanguine vineuse ", et offre un goût acidulé, mêlant en bouquet des saveurs de rose, de verveine et de citron. Sa peau est étonnamment grisâtre, au point de laisser penser qu'elle n'est pas mûre. Certains la pèleront à l'opinel, opportunément glissé dans la poche avant de partir en balade. Les plus gourmands croqueront sans façon la belle à pleines dents, le duvet qui la recouvre faisant partie de l'aventure sensitive. Elle est tardive. Précisément, elle vient à maturité en même temps que le raisin. De là l'appellation galvaudée par l'agriculture intensive et la grande distribution. Les vignerons prenaient autrefois et certains conservent heureusement aujourd'hui l'habitude de planter ce pêcher dans leurs alignements car, sensible à l’oïdium, il joue le rôle de lanceur d'alerte phytosanitaire. La nature est pleine de ces complicités. Le maraudeur en fait partie.

Le maraudage est risqué. Et moralement critiquable. On dit pourtant qu'il offre les saveurs les plus enivrantes. Peut-être est-ce l'effet de l'adrénaline de la transgression. Et puis le maraudeur se donne bonne conscience, les années d'abondance, en considérant que personne ne récolte ce modeste fruit, isolé ici sur ce chemin désert, " tout va se perdre ! "...

table d'hôte

Ici ce n'est plus de la maraude : c'est un hold-up ! Confiture pour la table d'hôte peut-être ?

 

De nos jours, la cerise, elle, se fait difficile à la maraude. Sur le chemin de l'école, au siècle dernier, j'ai connu une cerisaie faite de spécimens suffisamment charpentés, on n'en fait plus des comme ça, pour héberger une compagnie de trois ou quatre garnements logés à plusieurs mètres de haut, comme des corneilles en tablier. Les vélos jetés dans le fossé, les sacoches et les devoirs en bataille. Il y a un peu de stress pendant la ventrée mais la première maison est assez loin pour voir venir la rouste... et se carapater. Aujourd'hui, la cerise est dissimulée au regard convoiteux par d'austères palissades, chaperonnée de près, couverte d'un voile de mariée avant même d'être formée, cernée à distance par une brochette de moineaux piailleurs qui profiteront de la moindre relâche ; je ne crois pas qu'il soit encore possible de mener les équipées nocturnes où l'on passait de mur en mur dans les jardins bourgeois endormis, imprudents jusqu'à l'audace. Quant à la prune et à la pomme, elles, sont un peu communes. La pêche de vigne reste excitante et accessible. 

J'ai aussi le souvenir, lointain mais fort, de vendanges de pré-rentrée universitaire, sur le versant de la vallée de la Garonne opposé à la Lomagne, en Quercy blanc, dans le chasselas de Moissac, où la journée de travail se terminait par le garnissage d'une dernière cagette de grappillons de raisin au grain roussi, de melons éclatés, de poires et de pêches disséminés par un paysan-jardinier-poète dans les rangs de vigne disposés en éventail au-dessus de quelque combe du bout du monde. Fruits parfumés, juteux, mûrs à point et qui faisaient les délices des cueilleurs et des trieuses, harassés, invités à une table rustique, réparatrice, généreuse et goûteuse, un verre de vieille prune pour conclure. Mais là, point de rapine. Seul le sentiment satisfait d'un complément de salaire en parfum de nature.

                                                                                   Alinéas

vigne - raisin - gers - gascogne - lomagne

 

Photos © Michel Salanié

 

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 9 Juin 2025

ronce lectoure gascogne lomagne - mûrier

 

 

NE sauvageonne au pied de mon moulin ? Une fille des bois ? Rebelle ? Il ne s'agit donc pas de la meunière. Qui est civile et accueillante, elle. Non.

Cela fait longtemps que je tourne autour du sujet, au propre et à bonne distance remarquez, car la belle n'est pas commode. Lorsque nous avons investi les lieux, elle était bien installée autour du vieux moulin, lançant ses lianes à l'assaut de la ruine, tricotant sur le cours d'eau un dôme inextricable. L'été dernier, une charmante personne qui ne goûtait pas l'ordonnance de notre bassin de nage rectiligne et hygiénisé selon les règles en vigueur dans les maisons d'hôte, voulait que je lui aménage sur le ruisseau un trou d'eau rustique, pour y plonger sa plastique, une petite plage à l'herbe tendre pour son pied délicat. Diane à son bain. J'aurais bien voulu...

- Mais madame, la ronce ne le permet pas !

Et la ronce est une fille du coin, à la forte personnalité, dominante, rude à la tâche. Et quelque peu jalouse. Mais pleine de qualités cependant. Alors, voici le portrait à notre façon d'un des végétaux les plus méprisés de nos jours intolérants. Car on entend de plus en plus souvent invoquer la biodiversité mais de préférence... 

- Pas devant chez moi !

ou bien:

- Ah non ! pas le pissenlit, pas le plantain ou le liseron. La ronce ? Vous n'y pensez pas !

 

UNE PRÉCIEUSE PIONNIÈRE

De quelle bio-diversité parle-t-on en effet ? Celle des jardins publics et boboïsés ? Celle des aires de repos sur l'autoroute ? Ou bien celle des endroits modestes, difficiles d'accès, des terres ingrates, des lieux abandonnés entre deux époques, entre deux soumissions à l'ordre urbain ou agricole. La ronce n'aime rien tant que ces intermèdes où la civilisation déserte et concède à la nature une opportunité de reconquête, une ré-appropriation du lieu de ses origines, un droit au désordre, provisoire parfois mais une ou deux saisons lui suffiront. Place aux espèces dites pionnières, c'est à dire les premières à réinvestir les lieux, à régénérer le substrat végétal, à préparer le terrain pour les autres. Et parmi les pionnières la ronce est championne.

marcotte de ronce - geotropisme positif

Cette marcotte de ronce, dotée d'un joli et vigoureux bourgeon rosé dit "axillaire" prêt à rebondir, à poursuivre la progression sur l'espace libre, est à peine vieille de quelques semaines. Parti au printemps dernier du roncier depuis la berge du ruisseau où je le confine, profitant de mon inattention, un sarment s'est élevé à un ou deux mètres de hauteur, puis a plongé vers le sol, rampant discrètement sur la prairie jusqu'à trouver le substrat nécessaire pour raciner et donner naissance à un nouvel arbrisseau. Un phénomène spectaculaire que les botanistes nomment le géotropisme positif. Ainsi, de marcotte en marcotte, la ronce pourra investir la prairie sur quatre ou cinq mètres en seulement deux saisons. Ce qui représente sur une parcelle d'un hectare, si la ronce attaque de tous côtés, 800 M² par an ! Perdus. Ou gagnés selon le point de vue.

Ainsi, si nous et nos voisins abandonnions les lieux, la vallée de Foissin pourrait redevenir sauvage, et inaccessible, en moins de dix ans. Et au milieu de la ronce, qui aurait investi la totalité des prairies, les arbres pourraient à leur tour commencer à s'installer, car il leur faut du temps et ne pas attirer les gourmands. Or, le jeune arbre est un mets de choix pour les chevreuils en particulier, que le nouvel ordre anthropomorphiste nous empêche de chasser. De fait, cet animal "charmant" pullule. Et ravage les vergers. Quand ce n'est pas les fraises et les salades de la maraîchère lectouroise qui se désespérait et a quitté les lieux par une inversion des rôles chasseur-chassé.

chevreuil dégats

Le bel animal que voilà en train de se délecter à l'automne des baies d'une aubépine à quelques mètres de ma fenêtre se trouvera fort dépourvu lorsque l'hiver sera venu. Il se rabattra alors sur l'écorce des arbres, de préférence nos fruitiers, exposés, sans défense, ici un prunier cerise. Le tronc ainsi rongé jusqu'à l'aubier sèchera et la ramure dépérira. Adieu savoureuses prunes, tartes et confitures. Que faire ? Tout clôturer ? Couteux, aléatoire et pas à notre goût.

 

roncier

Ici la ronce peut intervenir de façon inattendue. Regardez ce petit chêne pédonculé  encore couvert de ses feuilles desséchées de l'année précédente et s'étirant par un beau soleil de mars aux côtés d'un prunier Mirobolan. Issu d'un gland venu là tout seul, c'est à dire au gré d'un vol de geai, repéré et tuteuré il y a quelques années, il se dresse dans un roncier dense et impénétrable. De cette façon, il est protégé des agressions cervidées. Oui, le roncier est un écosystème invasif mais paradoxalement protecteur qui contribue à l'installation naturelle des arbres. Lorsque ceux-ci auront pu développer leur ramure, leur ombre avançant sur l'ancienne prairie, alors la ronce modèrera naturellement son exubérance et les végétaux des différents niveaux pourront à leur tour trouver leur place : strates arbustive (sureau noir, chèvrefeuille...), herbacée (jonquilles, fragon...) et muscinale (les mousses). Il y faudra du temps mais on peut rêver... aux champignons peut-être ! Une forme d'entraide entre les espèces, une complémentarité du rez-de-chaussée aux étages supérieurs de cette admirable architecture végétale. Un équilibre avec cette autre loi de la nature qui veut que chaque espèce mange l'autre sans pitié, végétaux et animaux confondus dans une semblable voracité. Mais on peut donc aussi s’entraider.

Alors, le jardinier doit-il manipuler son outil débroussailleur avec circonspection. Composer avec la ronce comme avec les autres sauvages tapis à la frontière entre nature et civilisation : le lierre, l'ortie, la prêle... toutes respectables et précieuses, bien que gênantes, je le reconnais, lorsqu'elles s'approchent trop près de notre petit univers engazonné.

 

FORS L’ÉPINE, 

LA TENDRESSE MÊME

Il en va de la ronce comme de la femme : piquante elle est délicieuse. Mais comment la prendre ? Avec précaution, commençons par un effeuillage.

feuille de ronce - sommité

Effeuillage printanier et superficiel toutefois car elle devient vite revêche.  Les jeunes sommités sont très tendres, y compris les épines naissantes, inoffensives et souples, et peuvent agrémenter une salade ou offrir une tisane étonnamment laiteuse. Tout en finesse.

Plus tard, les feuilles matures et les brindilles, la belle devant être abordée avec des gants cette fois, sont également utilisées en tisane. Les racines aussi, ce qui donne au défrichage des parcelles à reconquérir une double utilité mais ceci n'est pas affaire de tisanier amateur.

Rubus fructicosus présente de nombreuses vertus médicinales. Notre sauvageonne a séduit un grand nombre de soignants, littérateurs, commerçants. Pour une fois nous allons simplement copier-coller. Le site recommandé ci-dessous, dit les choses, pourtant exceptionnelles, très clairement. Effectivement, la ronce est une grande de la pharmacopée des médecines naturelles.

"L’infusion de feuilles permet de lutter contre la diarrhée. En gargarisme les bourgeons luttent contre les inflammations buccale et sur la système respiratoire, dont l’angine.

Les mûres et les feuilles ont une vocation sédative. Le fruit contient de la vitamine A, B, C et E en grande quantité. Chaque feuille de 100 g contient 90 mg de vitamine C. Ce qui est énorme. Le fruit apporte à l’être humain du magnésium et du fer. Elle possède des oligo-éléments comme le cuivre, le manganèse et le zinc. Plus le fruit est noir, plus il contient des pigments antioxydants. La ronce est une plante aux multiples vertus. 

Les mûres contiennent jusqu’à 14% de glucides dont 4 à 7% de sucre. Les acides organiques comme le malique et le citrique s’y trouvent à hauteur de 0,5 à 1,5%. On y trouve aussi du mucilage, des pectines et des pigments anthocyanes.

Et si les épines de la ronce vous griffent jusqu’au sang, il suffit de frotter la feuille d’une ronce, sur la blessure pour refermer la plaie ! La ronce vous griffe pour se défendre et vous donne le médicament pour vous soigner. C’est magnifique cela ! Rien que les épines apportent déjà des solutions pour le soin des muqueuses qui sont des tissus fragiles. Quel contraste ! Ce qui fait le plus mal peut aider le plus fragile !

La médecine chinoise utilise les baies vertes concassées pour la dégradation osseuse, l’insuffisance sexuelle. Elle est aussi diurétique. Et que dire des sirops de mûres dont il existe quelques recettes comme le sirop de vinaigre ou le thé médicinal qui permettent d’apporter un mieux-être général à notre corps.

Passons aux atouts gustatifs de la belle. La fleur de ronce, qui préfigure la mûre, est particulièrement mellifère et riche en pollen. Le département des Landes et les Pyrénées, le Marais poitevin, la Montagne limousine, pour nous en tenir à notre grand Sud-Ouest, qui bénéficient d'une couverture forestière importante et d'un climat doux et humide, abritent un nombre assez important d'exploitations apicoles qui se sont spécialisées en miel de ronce. S'il est monofloral, ce miel est joliment ambré et développe très subtilement des arômes boisés et fruités. Du fait de la forte teneur en fructose, relativement à celle du glucose, il cristallisera très peu. Un cadeau de la nature, rare et délicat.

fleur de ronce - miel - abeille - compostelle
Une abeille s'égaye copieusement dans un bouquet d'étamines. Une petite abeille sauvage, de la variété maçonne, attend son tour.

 

Enfin, bien entendu, vous l'attendiez, la mûre est la vedette des tartes et des confitures vacancières. Les recettes abondent dans la littérature, sur le web et dans les cahiers de cuisine des familles et Alinéas n'a pas de secret capable de renouveler le genre à vous proposer.  Dans une autre vie, plus septentrionale et plus atlantique, nous récoltions la mûre par seaux entiers. Mais en Gascogne, sauf été pourri, ce que nous ne souhaitons à personne malgré notre faible pour cette brune, les fortes chaleurs du mois de juillet ont souvent raison de la fragile fructification. Alors, ces années de disette, nous disputons sans attendre les quelques fruits arrivant à maturité aux pèlerins en chemin vers Compostelle qui se laissent tenter par cette belle exposée à la maraude, a minima pour agrémenter notre petit déj'. La rareté a son charme.

Toutefois, si la récolte s'avérait abondante, pourquoi de pas préparer un coulis ? Simple et rapide à faire, et qui sera précieux, congelé, pour vous procurer en hiver précieuses vitamines, couleur et originalité.

Mettre un peu d'eau au fond d'une casserole à fond anti-adhésif si possible. Faire cuire la mûre en tournant au moyen d'une cuillère en bois 5 minutes. Laisser reposer 5 minutes. Passer la purée ainsi obtenue au moulin à légumes (grille fine). Ajouter du sucre, 1/2 volume par volume de purée. Ou moins, au goût. Faire cuire à feu doux 10 minutes. Ajouter une cuillère de jus de citron. Conserver au réfrigérateur, à consommer dans les 3 jours. Ou bien congeler en barquette ou en bouteille.

Alors oui, nous pouvons vous offrir la recette de la maison d'hôtes de la Mouline de Belin. Mais si simple que nous en sommes confus.

                                                                              Alinéas

 

MOUSSE DE FROMAGE BLANC AU COULIS DE MÛRE

Recette de la maison d'hôtes de la Mouline de Belin

coulis de mûre

(pour 2 personnes)

- 125 grammes de fromage blanc

- 3/4 cuillères à café de sucre glace

- 2 blancs d’œuf

- 4 spéculos

- Coulis de mûre

_________________________

Monter les blancs d’œuf en neige. Les réserver au frigidaire. Mélanger le sucre glace et le fromage. Réserver. Réduire les spéculos à la fourchette en brisures. Réserver.

Au dernier moment, incorporer délicatement le blanc en neige au fromage blanc Dans une coupe, disposer une première couche de mousse. Répartir les brisures de biscuit. Recouvrir du reste de la mousse. Arroser du coulis de mûre. Servir.

Peut être accompagné d'un côtes de Gascogne rosé moelleux.

Ou pourquoi pas d'un Armagnac ?

mûre lectoure gascogne

 

 

 

DOCUMENTATION

Nous recommandons vivement le site belge "Pas à Pas - Vers une Terre vivante" consacré à la permaculture https://pas-a-pas.be/ auquel nous avons emprunté le passage sur les vertus médicinales de la ronce https://pas-a-pas.be/la-ronce/.

PHOTOS

- Abeille butinant une fleur de ronce : © Jean-François Irasforza https://jardin-marais-poitevin.com/

- Sommité de ronce : © Pieple 2000. Wikimedia commons

- Autres photos : © Michel Salanié

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Cuisine, #Botanique

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Publié le 17 Juin 2024

Une façon tout à fait efficace, et zen, de reprendre contact avec le réel après plusieurs mois consacrés à notre Gascogne de légendes, de fantaisie et d'arts graphiques : soigner nos rosiers.

Par exemple, ce rosier Banks qui monte à l'assaut de la Borderie de la Mouline de Belin et qui était déjà là il y a cinq ans, lorsque ce carnet exposait notre petite collection de roses.

- Cinq ans déjà, moun diù ! Voyons.

La galerie de rosiers de la Mouline de Belin

 

Mais précoce, au mieux de sa floraison autour de Pâques, notre Banks avait échappé alors à la prise de vues photographiques effectuée au mois de mai pour une chronique publiée en juin. Voilà qui sera réparé. Depuis, ce rosier liane a été élagué plusieurs fois car il est particulièrement vigoureux et pourrait bien, si l'on n'y prenait garde, passer par-dessus le toit et retomber en cascade sur le pas de porte, à l'opposé, avant d'attaquer, libéré et décidé, le chemin de Saint-Jacques et, comme un treillage gargantuesque, la côte vers Lectoure.

Cinq ans ont passé donc. Les hasards de nos cheminements, la complicité d'une voisine, le joli marché aux rosiers de La Romieu... autant d'occasions de compléter aujourd'hui cette revue de nos effectifs charmants et embaumants.

Rosier Banks ou de lady Banks, Banksiae.

Très vivace on l'a dit, sans épines, au feuillage persistant, le rosier Banks offre une floraison abondante, jaune ou ivoire comme ici, par bouquet de cinq ou six fleurs doubles. Idéal pour un escalier, une pergola, on l'a vu dans Lectoure grimper sur un arbre de Judée pour lancer au ciel, fantasque, une estampe aux mauve et jaune entremêlés.

 

Cardinal de Richelieu

Un nom quelque peu trop courtisan pour une rose chevrière souriant au passant sur un chemin perdu du parc naturel régional des Monts d'Ardèche. Mais que fait à ce bout du monde cette belle double ? Bouturée, patiemment acclimatée au fond du vallon de Saint-Jourdain, savoureusement parfumée.

 

Cocktail

Distinguée "rose favorite du monde" par la Fédération mondiale des sociétés de roses en 2015, elle occupe également une place de choix à la Mouline pour saluer nos arrivants de ses bouquets luxuriants qui répondent au souvenir des éclats de rire des lavandières qui travaillaient là autrefois pour le confort des bourgeois de la ville.

 

Rosier châtaigne, Roxburghii plena

Classé parmi les rosiers de Chine et du Japon, supposé originaire de l'Himalaya, il doit son nom vernaculaire à son drôle de fruit couvert de piquants comme une châtaigne. Photos d'emprunt. Cycle végétatif pas encore observé. Nous sommes impatients...

 

Vesuvia

Une grande églantine d'un velours ardent, qui persévère jusqu'aux premières gelées. Bouturée derrière le charroi d'un jardinier municipal et ici protégée des chevreuils le temps de bien s'installer.

                                                               

ALINEAS

 

La fleur de l’églantier sent ses bourgeons éclore.
Le printemps naît ce soir ; les vents vont s’embrasser ;

Comme il fait noir dans la vallée !
J'ai cru qu'une forme voilée
Flottait là-bas sur la forêt.
Elle sortait de la prairie ;
Son pied rasait l'herbe fleurie ;


   Alfred de Musset
   Extrait du poème « La nuit de mai »

"La fleur préférée". William Bouguereau

Photos :

- Roxburghii :

Fleur :  Sakurai Midori - wikipédia

Fruit : Krzysztof Ziarnek, Kenraiz

- Autres variétés © Michel Salanié

 

 

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Publié le 4 Juillet 2023

libellu, demoiselle, odonate, lectoure, insectes volants

 

Ce pourrait être le titre d'un roman rose.

- Oui, mais ces héroïnes sont plutôt voraces.

Alors un roman noir ?

- Oui aussi, mais elles sont charmantes, gracieuses et en général, considérées comme sympathiques.

Quel dilemme ! D’ailleurs, si vous avez mon âge, je vous entends d'ici fredonner la virevoltante rengaine d'Angelo Branduardi, dont je vous offre l'enregistrement INA en bas de page. Sympa, non ?

C'est la demoiselle Marchant sur le ruisseau Qui t'a rendu bien malade Elle t'a pris ton ombre Ton rire, ta joie Et ne reviendra pas
 
Dans le grand silence Des souvenirs perdus Tu trembles et tu t'agites Tu veux ton enfance Ton ombre, ta voix Elles ne reviendront pas
 
naîade libellule odonate demoiselle larve

Attention, il y a naïade et naïade !

 

La larve de libellule ou de demoiselle s'appelle... une naïade. Il y a de quoi se mélanger les antennes. Alors, fragile insecte ou dangereuse beauté ?

Comme d'habitude, je n'y connais rien, mais je me renseigne. Un dictionnaire entomologique en ligne - l'entomologie étant l'étude des insectes - me fait remarquer, que ni "libellule", ni "demoiselle" ne suffisent à qualifier l'animal. Ce ne sont que deux sous-ordres dont le nom de famille officiel est "Odonate". Pas très poétique, j'en conviens mais l’entomologiste n'est pas là pour nous faire des mignardises. Quelle différence entre les deux cousines ? Entre autres différences morphologiques, la libellule est reconnaissable au fait qu'elle garde ses ailes déployées au repos. Au contraire, la demoiselle, plus petite en général, replie ses ailes lorsqu'elle se pose, comme celle que nous avons choisie en titre de cet alinéa, héliportée sur une feuille d'aulne glutineux du ruisseau de Foissin.
 
En fait, à y regarder de plus près, mais en matière entomologique ce n'est pas toujours rassurant, nous avons affaire à des monstres.
 
ruisseau de foissin, lectoure, gascogne, saint jourdain

Leurs yeux comportent de 15 000 à 30 000 facettes, ce qui leur assure, avec en outre un cou articulé, une vision à 360°. Mouvement, couleur, forme, distance sont perçues et mesurées avec une précision extrême. La libellule, toutes espèces confondues - au diable l'odonate de l'entomologiste... - vole à une vitesse nettement supérieure par rapport aux autres insectes : 36 km/h pour 22 km/h seulement pour le frelon. Leurs ailes antérieures et postérieures sont indépendantes, ce qui leur permet de faire du surplace et même de passer la marche arrière ! Enfin, je résume, la libellule dispose d'un appareil buccal redoutablement formé et puissant. Je vous passe la photo du sourire. C'est d'ailleurs le sens du nom scientifique odonate : odon, en latin, voulant dire "dent" et ate, "doté de". C'est un animal carnassier, tant la larve dans l'eau que son "imago", l'insecte adulte, qui chasse à proximité du cours d'eau quand vous pensez qu'elle se promène pacifiquement, charmante ballerine de nos vallons. Non, la vie du ruisseau n'est pas un long fleuve tranquille.

Nous nous sommes, il y a quelque temps, reportés dans une forêt de prêle au Dévonien, eh bien à quelques dizaines de siècles près, au Paléozoïque cette fois, entre 320 et 350 millions d'années, nous aurions pu croiser Méganisoptera, une libellule de 70 cm d'envergure. Une gracieuse demoiselle... carnassière je le rappelle.

Ce n'est pas dans les habitudes de ce carnet d'alinéas d'insister sur les pratiques sexuelles des uns et des autres mais, à la Mouline de Belin, nous venons d'observer ce curieux accouplement de deux demoiselles, enfin deux libellules, bref, un mâle et une femelle : celui-ci agrippe celle-ci par le cou avec sa pince anale - encore une disposition physique originale de l'espèce - puis transfère ses spermatozoïdes sur le deuxième segment de l'abdomen de la demoiselle consentante, je veux dire de la femelle, où se situe son pore génital. Elle procèdera elle-même ultérieurement à leur introduction... on n'est jamais mieux servi que par soi-même. Oui, un peu acrobatique mais ça doit marcher, depuis le temps. L'entomologiste, généraliste de tous les insectes c'est peu dire, est un peu perdu à ce stade. La scène a donc été décryptée par les odonatologues, spécialistes de la libellule et de la demoiselle. Qui précisent que cet acte sexuel étonnant peut être exécuté plus ou moins furtivement, on n'a pas que ça à faire, et même se dérouler en vol ! La biodiversité et la survie de l'espèce exigent des acrobaties. En raison de la forme de l'assemblage ainsi réalisé, le même odonatologue nomme cette scène "le cœur copulatoire", tentative néologique méritoire de mettre un peu de poésie dans cette affaire de mœurs.

écosystème équilbré

 

Plus intéressant peut-être, à notre niveau d'habitants partageant les mêmes lieux, le genre Odonate est considéré comme un marqueur de la biodiversité et, par conséquent, la raréfaction éventuelle de la libellule comme le signe d'une dégradation de l'environnement : remembrement agricole, emploi de pesticides, eutrophisation, c'est à dire saturation des eaux par le phosphore et l'azote. Paradoxalement, les odonates devraient pourtant profiter du réchauffement climatique qui est favorable à leur cycle de vie, trop longues périodes de sécheresse mises à part. Les organismes scientifiques d'observation des milieux naturels militent pour la mise en œuvre de meilleures pratiques, agricoles comme périurbaines et contre la modification artificielle du cours d'eau, afin de préserver l'écosystème, non pas pour protéger l'insecte pris isolément, en tant que tel, mais bien parce qu'il est le témoin d'un environnement équilibré. Nous avons pu d'ailleurs, au pied de Lectoure, observer fugitivement cette magnifique et rare demoiselle, une Agrion de Mercure, dont on considère qu'elle nécessite pour sa reproduction, un site de qualité exceptionnelle. A préserver.

marqueur biodiversité - milieu aquatique, milieu fragile, bassin d'orage

 

Alors, avant que les jours ne raccourcissent et que leurs naïades ne plongent dans quelques sombres refuges aquatiques jusqu'à l'année prochaine, nous vous invitons, dans un vallon de Foissin si proche de l'animation de notre ville et en même temps miraculeusement préservé, à profiter de la saison de la libellule et à faire des poses d'observation sur votre chemin, à la jolie cascade de la Mouline de Roques, le long du ruisseau à Lafont-Chaude et sur le pont de la Mouline de Belin. Odonates, libellules et demoiselles, vous charmeront par leur chorégraphie qui n'est pas insouciante, nous le savons à présent, mais qui reste gracieuse à nos yeux et fascinante comme une estampe japonaise.

 

                                                                                                                   Alinéas

 

PS. Le 28.07. Notre invitation à profiter du spectacle a été entendue. Jacques est passé par là et nous a adressé cette jolie photo mise au point sur les ailes de la demoiselle, magnifique condensé de technologie.

Voilà un peu de science empruntée au site http://www.bioxegy.com

"Les ailes des libellules sont des structures très sophistiquées, notamment via la forme et la taille variables de leurs cellules, de leurs veines, et de leurs plissements et jonctions. Autant de paramètres qui modifient ses propriétés de flexibilité et permettent leurs capacités de vol extraordinaire ! Les 2 paires d’ailes indépendantes des libellules leur permettent d’effectuer des manœuvres acrobatiques, de faire du vol statique, à reculons ou même sur le dos ! Elles sont les championnes de la vitesse de vol horizontal chez les insectes avec des pointes à 56 km/h (les abeilles atteignent difficilement les 25 km/h), mais aussi de vol ascensionnel, jusqu’à 1,5 m/s !

Ces performances sont permises par l’anatomie de leurs ailes, très subtile et optimisée à tous niveaux. Les veines permettent de maintenir la géométrie de l’aile et créent des plissements - appelés corrugations - qui améliorent l’écoulement de l’air et augmentent sa portance : un mécanisme semblable aux renforts d’une planche à voile mais avec un niveau de détail sensiblement supérieur.

Les veines de l’aile de la libellule sont reliées par deux types de jonctions :

  • Les jonctions fixes : des veines fermement connectées qui empêchent les déformations.
  • Les jonctions mobiles : une veine sert d’axe de rotation/flexion pour une veine transversale ; ces jonctions contiennent en plus des protéines élastiques qui absorbent l’énergie des déformations et permettent un vol de précision !

La circulation sanguine dans ces veines permet également de “regonfler” la structure et redonner sa forme à l’aile après une déformation !

Ces veines sont des sources d’inspiration importantes et ont permis à des chercheurs du département d’architecture de la prestigieuse université de Berkeley de concevoir des façades offrant moins de prise au vent.

Les ailes sont constituées de membranes transparentes, qui font moins de 3 µm d’épaisseur (25 fois plus fin qu’une feuille A4) contre 0.5 mm pour les veines ! Ces membranes très fines ne se contentent pas de créer de la portance et permettre le vol, elles sont elles-mêmes recouvertes de nano-piliers de quelques centaines de nanomètres de haut seulement ! Ces nano-piliers confèrent à l’aile des propriétés d’hydrophobie et donc d’auto-nettoyage - les micro gouttes d’eau n’adhérant pas à la surface irrégulière - mais aussi des propriétés antibactériennes car ces piliers peuvent déformer et percer les membres des cellules des bactéries. Ces nano-piliers sont observables sur des espèces très différentes de libellules. Ils jouent donc probablement un rôle important dans leur survie. En effet l’accumulation de contaminants sur les ailes pourrait réduire leurs capacités de vol et ainsi leur capacité à capturer leurs proies. Eviter la contamination bactérienne grâce à la structure de surface est un mécanisme très répandu dans le vivant qui représente un potentiel très important d'innovations par biomimétisme. Dans le domaine de la santé, ces nano-piliers ont été reproduit par des chercheurs de l’université australienne de Swinburne sur des implants médicaux en titane, ce qui permet de réduire les risques d’infection."

 

La Demoiselle, Angelo Branduardi, 1977.

https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/i07197728/angelo-branduardi-la-demoiselle

 

Documentation :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Odonata

 

Illustrations :

- Photos titre et cœur copulatoire : © Michel Salanié

- Naîade, ou Hylas et la nymphe, John William Waterhouse, 1893. Wikipédia.

- Vue rapprochée des yeux d'une demoiselle (zygoptera), © Opoterser - wikipédia.

- Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale), © Gilles San Martin - wikipédia.

- Libellule, reproduction d'une estampe de Kōno Bairei (1844-1895), maître de la peinture kacho-e (représentations d'oiseaux et de fleurs) pendant l’ère Meiji.

 

 

 

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Publié le 1 Mai 2023

IMMANQUABLE !

randonnée botanique cuisine plantes sauvages et commestibles
Tarte sucrée aux orties et à la mauve sylvestre

 

Pour la sixième année consécutive, Berrac Village Gersois, bénéficiant cette fois-ci du partenariat de l'association lectouroise des Amis de la Vallée des Ruisseaux, organisait ce dimanche 29 avril sa journée botanique gourmande. Comme toute recette ancestrale que l'on déguste avec plaisir à chaque fête de famille, il y a un secret : la base, le liant. Pas toujours ce que l'on croit d'ailleurs. Dans le confit de canard aux cerises de la Mouline de Belin par exemple et bizarrement, c'est la compote d'oignons ! Aujourd'hui, je vous livre cet autre secret de bonne femme mais il faut que ça reste entre nous, ça ne doit pas sortir du département : à Berrac, c'est la bonne volonté qui fait tout. Et à cette condition, la recette est immanquable.

Bonne volonté de la météo d'abord. Elle n'est pas toujours levée du bon pied... mais il suffit qu'elle se secoue un peu, et nous avec, au pied du lit, et une fois les godillots enfilés, on oublie la grisaille. La balade passera entre deux ou trois gouttes, tombées là juste pour donner à la nature un petit air pimpant et faire chuter des frondaisons quelques reflets qui rebondissent sur la capuche du ciré. On ne peut pas à la fois réclamer la pluie à grands cris et faire demi-tour au premier petit crachin. La source du Touron elle-même, que l'on va chercher au bout du chemin éponyme, y a mis toute sa bonne volonté. Après ces mois de sécheresse dont on nous rebat les menaces apocalyptiques, elle s'écoule, rassurante, innée, nourricière déjà. Cresson, Ache des marais, le randonneur gourmand qui doit assurer les provisions trouvera là suffisamment de verdure pour remplir sa poche (trait de langage de notre sud-ouest pour dire "sac en plastique de supermarché à usages multiples", mais les poches en papier recyclé sont très très bien aussi).

cueilleurs cueilleuses - cresson - ache des marais - source du touron Berrac

 

Gourmands et sauvages, on n'en est pas moins organisés. Pressés de partir fureter le nez au raz du sol,  les randonneurs avaient écouté cependant préalablement les instructions des expertes, Helena "au calendula", l'herboriste en herbe, et dans le rôle de Prof', Karen qui avertira le cueilleur qui se risquerait à goûter toute crue la marchandise encore sur sa tige, et donnera les consignes de prudence pour affronter cette nature, belle mais parfois cruelle.

calendula - plantes aromatiques et medicinales

Sur ce petit chemin du Touron, qui ne sent pas la noisette mais bien l’Acacia (oups, le Robinier !), le Frêne à fleurs, Arbre à manne, ou le Sureau noir, le randonneur gourmand ira alors faire son marché. La marchande, Aline, court d'étal en étal pour faire l'article. Ici, l’Alliaire officinale, là le Lierre terrestre, plus loin encore le Plantain lancéolé.

 

Moi, quand j'étais gamin et galopais les chemins sans me douter le moins du monde de tout ce qu'il y avait-là de mangeable, l'épi de plantain me faisait un tire-boulettes à un seul coup. Mais aujourd'hui, le menu prévoit plutôt d'utiliser cette jeune inflorescence et les feuilles hachées finement pour préparer une brouillade, une omelette, qui aura un délicieux goût de champignon. A chaque âge ses plaisirs.

plantain - tamier - lierre terrestre - alliaire - ortie - gaillet - mauve

 

Les trésors de la nature sont innombrables. Il a fallu faire un choix mais les essentiels de la cuisine berracaise sont là, collectés en suffisance et pas plus car on préserve ce patrimoine que l'on partage en outre avec le petit peuple faunistique du chemin :  Ortie, Mauve, parmi la nombreuse compagnie des Gaillets, les variétés "gratteron", "caille-lait" et "croisette", quelques pâquerettes pour l'esthétique qui, en  ajoutant au goût le plaisir de la vue, exhaussent la perception de la saveur du canapé sur lequel elles s'allongent.

paquerette - décoration plat cuisiné - fleur sauvage

 

Le chemin parcouru par l'équipage gourmand était bordé ce jour-là de Respounchou, le Tamier en français, liane se jetant gaiement à l'assaut des frênes, chênes, merisiers et toutes sortes de tuteurs disponibles bien malgré eux. Il y avait alors de ce succédanée d'asperge en quantité mais un quartier de lune trop tard pour apparaître au menu car la fleur commençait à s'épanouir, et d'un met de choix couru dans certaines régions autant que la girolle, le respounchou devient trop dur, amer et bientôt même, toxique. Oui, ici aussi il faut y mettre de la bonne volonté : la nature est maître du temps, et c'est au randonneur-cueilleur de s'adapter à ce qui est disponible lorsqu'il se lance sur le chemin. L'équipe de l'association Berrac Village Gersois avait bien sûr reconnu les lieux la veille, avant d'établir son menu, en fonction de ce que le chemin aurait à offrir ce jour précisément. Demain, le randonneur-cueilleur, livré à lui-même, partira donc à l'aventure et ne saura ce qu'il mangera qu'une fois sa collecte achevée. Plaisir supplémentaire de l'improvisation.

randonnée gourmande - cueillette plantes sauvages

 

Revenus à la civilisation, à l'abri du clocher-mur de Saint-Marcel, le randonneur-cueilleur se mue en cuisinier. Quatre brigades sont constituées notamment autour de professionnels, Lionel Couasnon du restaurant végan condomois, L'1 pour tous, Camille Bonnet, restauratrice en cours d'installation et Francis Le Cossec qui a exercé dans différents établissements en France et au Royaume-Uni avant de se reconvertir dans la restauration... de bâtiments anciens. Toute l'équipe de bénévoles berracais était là pour mettre la main à la pâte. Pâte végétale allongée il faut l'avouer, de quelques œufs et produits laitiers...

cuisine plantes sauvages - sauvages et comestibles

 

Puis, il est l'heure de passer à table car c'est quand même bien l'objectif. Monsieur le Maire prononce un discours où transparaissent les problématiques locales de coexistence entre la nature et la technologie...

Je passe sur le cocktail de sureau déjà servi sur ce cyber-carnet. Mention très honorable au vin de Séraphin Corne du Rosier d'Angélique, domaine berracais dont les rangs de vigne ne sont pas abandonnés eux, à la nature sauvage, mais après dégustation on lui pardonne. La présidente de l'association, Chantal Laban remercia tous les bénévoles, du latin benevolus, bonne volonté. Bene, bien et velle vouloir. CQFD. Et "la marchande" aussi remerciée bien sûr. Pour ponctuer le service des plats que les randonneurs-cueilleurs-cuisiniers se faisaient passer dans la bonne humeur, Gisèle Daubas évoqua, un peu comme un trou gascon pédagogique, rien moins que les origines de la vie ! Eh oui ! Sauvage et gourmande, voilà une assemblée qui s'est nourrie toutefois, et simultanément, de réflexion ! Pour finir et avant que chacun ne retourne sur son chemin quotidien, Nathalie Abily expliqua l'intérêt de la lacto-fermentation, conservation et valeur nutritive conjuguées. Encore une journée sauvage bien cuisinée à Berrac.

                                                                      Alinéas

 

Photos :

- Plantain lancéolé : Bogdan Giuşcă - wikipedia

- Autres photos : Josiane Apriletti et Michel Salanié

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Publié le 24 Février 2023

ici

 

 

«Les feuilles d'un noisetier tremblent sous le vent : rien n'est plus pur que cette clarté d'un feuillage, éparpillée en mille éclats contraires. Rien n'apaise plus que l'humilité de ces feuilles tendres, soumises sans réserve au déluge des lumières. Elles parlent une langue suave, traversée de silence.»

                                                                      Christian Bobin

 

 

remière fleur du printemps, dans ce petit froid dont on avait perdu l'habitude mais pourtant si naturel et ma foi pas désagréable s'il n'y manquait pas la pluie nourricière, il prend la suite des guirlandes de Noël à peine rangées dans les cartons. Il les remplace avantageusement, sans comparaison possible à mon goût. Ribambelles de chatons dorés alignés sur ses faisceaux de branches mouchetées montant à l'assaut des remparts de Lectoure, dans les jardins et les friches entremêlés, et jusqu'à la rue de la Barbacane. Laissez faire la nature, la ville redeviendrait très vite le domaine de l'écureuil, du pic-épeiche et du campagnol. C'est rassurant.

noisetier -cathédrale lectoure- rue barbacane - biodiversité

 

Sur les chemins que l'on a bien voulu laisser courir en tout sens sur nos coteaux, discrète et précieuse réserve botanique, il alterne avec le cornouiller sanguin, le nerprun, l'épine noire et l'églantine, chacun y allant de sa ramure et de sa floraison à son rythme, comme un concert où les solistes font entendre leurs différences pour briller pendant quelques mesures et parfaitement s'accorder au finale.

Le noisetier est la vedette de nos chemins en ce moment. Bouquets de franges mordorées oscillantes au moindre zéphyr. Ces tresses gracieuses sont les fleurs mâles. Pour observer la fleur femelle, il faudra s'approcher très près et observer attentivement. Ressemblant d'abord à un banal bourgeon à bois, elle développe quelques stigmates rouges. Le vent coquin s'en mêlant heureusement, le pollen dégagé par les chatons parviendra à destination sur ces charmants attraits colorés, éloignant au passage les humains allergiques qui n'ont d'ailleurs rien à faire dans cette histoire, privée bien qu'exposée au grand jour...  Bien sûr, c'est cette fleur femelle pollinisée qui deviendra noisette, ou bouquet de deux ou trois coques qui se développeront jusqu'à l'automne.

noisetier - chaton - fleur femelle - pollinisation
Au dessus d'un groupe de chatons, fleurs mâles, deux fleurs femelles d'un beau rouge carmin.

 

Mais remontons quelque peu dans le temps. Quelque peu à l'échelle géologique, car c'est au Miocène, entre 23 et 5 millions d'années seulement, que les paléobotanistes font remonter l'origine de la famille des Coryloïdées, dont le noisetier est le seul représentant tant ses caractères spécifiques le distinguent des autres membres de l'ordre des Fagus, hêtre, chêne, aulne, bouleau. Nous avons déjà tiré ici le portrait d'un vénérable ancêtre végétal : la prêle, présente dans le paysage du Dévonien, soit il y a 400 à 360 millions d'années ! Non, beaucoup plus près de nous, le pollen du noisetier retrouvé dans les tourbières prouve que notre sujet a "seulement" connu les glaciations du Quaternaire (subdivision du Miocène), lorsque les premiers hommes venus d'Afrique se sont fait surprendre par le refroidissement, mais mon dieu !  trouvant le pays agréable, y sont restés quand même. Il suffisait de s'adapter. Ce qui fait la qualité première de ce cousin du singe que nous sommes... Et précisément, le noisetier va entrer dans la panoplie de notre lointain ancêtre.

sous-bois noisetiers - arbrisseau - bouquet - buisson
Sous-bois de noisetiers sauvages

 

Le noisetier est un arbrisseau, c'est à dire qu'il ne dépasse que très rarement la taille de 7 mètres. Il pousse en buisson, donnant naissance chaque année, à partir de la base de sa touffe, à de nombreux rejets adventifs. Ayant besoin de lumière et d'eau, le noisetier se tient à la lisière de la forêt et en bordure des ruisseaux. Les sous-bois de noisetier ont donc certainement été le site de prédilection des tribus préhistoriques. Accessible et de dimension modeste, son bois va pouvoir être prélevé et travaillé aisément par Homo Sapiens. Sa forme rectiligne, sa souplesse en font un matériau idéal pour les palissade, charpente de hutte, lance, arc et flèche... flèche polynésienne plus près de nous, dans le fabuleux territoire de mon souvenir, entre Quercy et Périgord, fabriquée et projetée par certain garnement-scout, le bonhomme faisant simplement pivoter le béret pour passer d'une tribu à l'autre.

noisetier-chasse-arme-préhistoire-art pariétal
Scène de chasse de cerfs. Vers 6000 av.J.C.

 

Moins guerrier, la baguette de coudrier, précisément une fourche, plonge aux mains du sourcier, par magie, sur l'emplacement ainsi désigné de l'eau souterraine, sachant que le périmètre de recherche préalablement choisi est déjà remarquable pour sa végétation abondante et typique des terrains humides... Serais-je incrédule ? Aujourd'hui le coudrier du sourcier est remplacé par du métal, laiton, acier, ou cuivre, voire par de la matière plastique ou composite ! Finalement je préfère la magie.

D'autres héros ont choisi le noisetier pour instrument de leur office : les dieux Thor et Odin, Mercure ayant perfectionné la chose jusqu'à fournir à la médecine son caducée dressant les serpents, mais selon les récits il y a ici concurrence avec le laurier et l'olivier. Et encore Merlin l'enchanteur, Saint Patrick, une kyrielle de pèlerins de Saint Jacques et leurs bourdons, une autre de garçons-meuniers poussant leurs mules à la trique, Sibylle Trelawney, professeur de divination d'Harry Potter, Petit Gibus et sa bande etc... Avec le sureau dont nous avons parlé ici, le noisetier est bien l'arbrisseau tutélaire de l'Ouest européen.

Bien sûr, la noisette, j'y viens, dont la maturité précède opportunément l'entrée dans la saison froide, présente le très grand avantage de pouvoir être conservée. Riche en lipides, en protéines, en amidon, en sels minéraux et en vitamines, mais ça Homo sapiens ne pouvait pas le savoir, ce fruit est un aliment de grand intérêt. C'est encore aujourd'hui un ingrédient de choix pour une alimentation de l'effort, pour une pâtisserie à la saveur originale et pour la confiserie... mmm !!! Lectoure est bien dotée sur ce terrain-là. Née en 1965, la maison Carayon cultive la noisette sur 6O hectares et propose ses produits : farine, huile, pâte à tartiner. A découvrir ici https://www.maisoncarayon.com/. Au pays gascon, la noisette ne quitte pas le béret.

maison carrayon lectoure - noisettes  - huile - pâte -farine

 

Au bord du ruisseau de Foissin, les noisetiers sauvages dressent leurs tiges bien trop haut, et portent leurs fruits trop dispersés, pour que l'on puisse espérer y faire une vraie récolte. Mais il y a là, et cela nous réjouit, un garde-manger essentiel pour tous les rongeurs et les oiseaux qui doivent passer l'hiver. La cueilleuse y prélève cependant quelques feuilles réputées pour être un bon tonique veineux, l’écorce étant quant à elle, fébrifuge. Pour remplir notre panier de la précieuse amande, nous irons glaner, nous y sommes invités, dans quelque alignement civilisé, l'arbuste savamment taillé et le sol enrichi. Génie paysan.

                                                                     Alinéas

PS. Pour nos lecteurs âgés de plus de... disons 50 ans, la lecture du titre de cet alinéa a dû immédiatement provoquer le chantonnement de la ritournelle de Mireille, la-la-la-la-la... "qui sent la noise-ette" interprétée par Jean Sablon, Brassens et France Gall. Si ce carnet vous a fait fredonner gaiement, ce sera une de ses réussites.

                                                                                    

noisettes - lectoure - maison d'hôtes

 

BIBLIOGRAPHIE : Elle est abondante, tant imprimée que virtuelle sur le web. On pourra se suffire de ce génial petit ouvrage de la collection "Le nom de l'arbre" des éditions Actes Sud : Le noisetier, Michel Roussillat.

ILLUSTRATIONS :

- Sous-bois de noisetiers, photo Y. Martin, Muséum national d'Histoire naturelle, https://inpn.mnhn.fr/habitat/cd_hab/4042

- Scène de chasse de cerfs, peinture murale de la Cave des chevaux du Barranco de Valltorta, province de Castellón, Espagne. H. Obermaier et P Wernert (1919).

- Produits de la Maison Carayon à Lectoure, photo Fleurons de Lomagne.

- Photos Titre, Rue de la Barbacane, Chatons et fleurs femelles, Portrait de la cueilleuse-glaneuse : Michel Salanié

 
   
   

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Publié le 19 Septembre 2022

ailanthe - ailante - Gers  - Gascogne

On a beau aimer les grands arbres, tous les arbres, il y a des limites.

Ce n'est pas un phantasme, ni une vague menace, l'envahisseur est bien installé chez nous. Alors, disons carrément "l'occupant". Vous le trouverez par bandes compactes, dressé, florissant et semant à tous vents, à la Croix-rouge, chemin de la Boère prolongeant jusque rue Descamps où il porte beau, rue Victor-Hugo, au pied du plateau de Bacqué, sur la N21 en direction de Foissin et sur la Vieille-côte, ou isolé, ici et là, en éclaireur. Il est partout. Et alors ! me direz-vous. C'est un bel arbre, non ? on en supprime tellement à tort. Oui, mais l'Ailanthe présente de très gros défauts.

ailanthe - ailante - faux vernis de chine - ailanthus altissima

Ailanthus altissima, Faux vernis du Japon, Frêne puant ou Vernis de Chine, l'Ailanthe glanduleux a été importé d'Orient par curiosité scientifique comme souvent, mais également pour son intérêt décoratif et plus utilement, parce qu'il héberge un papillon, le Bombyx de l'ailanthe, pour remplacer le Mûrier en raison de maladies touchant les vers à soie, ce qui n'a pas suffi à sauver cette industrie provençale. Arbre du Paradis dans plusieurs langues, Arbre des dieux en allemand, Arbre du ciel en espagnol, rien que ça ! en raison de sa croissance rapide ou de supposées vertus médicinales, il n'a pas fallu longtemps cependant pour s’apercevoir de son incroyable capacité également à se multiplier. Il n'y a qu'un pas du paradis à l'enfer. Oui, l'enfer botanique.

Transporté par le vent, sa graine légère atterrit sans difficulté sur n'importe quel terrain vierge ou en friche. Le bord de route lui convient très bien. Il affectionne les terrains pauvres. L'arbre poussera là, discrètement, et attendra son heure. Des travaux à proximité, une coupe de bois, une zone pavillonnaire ou industrielle en cours d'aménagement et l'Ailanthe colonisera instantanément et intégralement les lieux. Un individu produit jusqu'à 325 000 graines dont la dispersion est facilitée par la présence d'ailettes sur les fruits (samares). Mais là ne s'arrête pas la grande propension de cet arbre à envahir le paysage. Si vous le coupez, il drageonnera c'est à dire que ses racines produiront en quelques semaines des centaines de rejets à plusieurs mètres du pied d'origine. Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il occupe tout l'espace disponible. Comme ses lieux de prédilection sont en général mal entretenus, il n'y aura pas d'opposition à cette progression. Et puis se dit-on, "un peu de verdure sur ces terrains vagues, mon dieu, c'est plutôt bienvenu...".

rendails en danger - déboisement - tempête
Drageons avancés à plus de dix mètres de la lisière d'Ailanthes. Le chemin est menacé.

De même lorsque la tempête couche un de nos grands chênes gascons, un frêne ou toute autre variété indigène. En quelques mois, L'Ailanthe aura pris sa place, car les drageons étaient présents dans l'ombre, attendant leur heure. De cette façon, l'envahisseur qui restait en lisière puisqu'il a besoin de beaucoup de lumière pour se dresser, colonisera la clairière provoquée par la chute de l'arbre indigène et ainsi, progressivement, îlot après îlot, le bois en entier.

 

Il faut reconnaître qu'il a de l'allure. Elancé, poussant de 1 à 2 mètres par an pendant les quatre ou cinq premières années et atteignant plus de 25 mètres, offrant une ombre légère, il apporte une touche japonisante dans notre paysage. Sa floraison jaune sur des rameaux rougeâtres est gracieuse d'autant qu'elle est précoce, d'un parfum puissant, très mellifère. L'odeur désagréable dégagée par son écorce et sa feuille, qui lui a valu le nom de Frêne puant, est comparable à celle du Sureau noir et est exagérément décrite comme nauséabonde. Pour son port altier et son feuillage, on le compare au frêne, ou au sumac, un autre invasif, lorsqu'il est encore jeune et de petite taille. Mais voilà, derrière cette esthétique se cache une traitresse alchimie.

En effet, l'Ailanthe produit une substance chimique, l'ailanthone, qui inhibe la croissance de nombreuses autres plantes. Ainsi, depuis sa position d'attente en lisière, ayant envoyé ses racines alentour, à la première occasion, une coupe, une chute d'arbre ayant libéré un espace et donné de la lumière, ses jeunes plants et ses drageons pourront se développer sans concurrent puisque les autres espèces d'arbres auront été ralenties ou totalement éliminées. L'effet de remplacement est surprenant. Et c'est là le plus grand danger, car en milieu urbain ou périurbain il sera peut-être possible de le combattre, cependant par des opérations d'ensemble, variées et concertées, et sur des espaces dégagés avec des moyens mécaniques traumatisants pour l'environnement, mais lorsqu'il investit la forêt ce sera un long combat à engager pour la défense de la flore locale. Pour autant, malgré quelques indispositions signalées mais peu caractérisées, l'arbre ne serait pas toxique pour l'homme comme on peut le lire parfois. Pas toxique mais dangereux pour la biodiversité. Le mieux étant de lutter contre les jeunes plants : arrachage de la racine, fauchage systématique, annelage du tronc (voir ici les conseils du Centre de Ressources des Espèces Exotiques Envahissantes) Il ne faut pas composter ses feuilles. Le feu est le seul moyen sûr pour se débarrasser des déchets et de fait, l'Ailanthe fournit un bois de chauffage performant. Ce sera toujours ça.

Haie d'Ailanthes en pleine croissance menaçant le rideau de chênes en arrière-plan.

Bien sûr Lectoure n'est pas un cas isolé. L'Ailanthe a été utilisé en ville pendant des décennies comme arbre d’alignement. L'espèce s'est également répandue le long des routes et des voies ferrées. Elle est encore vendue en jardinerie malgré les avertissements de tous les organismes spécialisés ! L'Allemagne est particulièrement touchée. Paris également. De nombreuses collectivités locales ont lancé des opérations de lutte systématique. Ainsi Toulon (voir ici par exemple), les îles de Ré et d'Oléron, le département de Savoie, Nogent-sur-Seine etc...

Revenons chez nous. La vallée du Gers présente un profil répétitif très caractéristique. De petits ruisseaux descendent d'est en ouest ou d'ouest en est, pour rejoindre la rivière. Entre deux ruisseaux parallèles un plateau rocheux, le peyrusquet. Autour du plateau, un décrochement conduit à des zones herbeuses, parfois appelées prairies aux orchidées, au sol pauvre, où paissaient autrefois les troupeaux d'ovins. Aujourd'hui la nature a repris ses droits et des friches bordent un ruban d'arbres, majoritairement de chênes, qui couronne le plateau. Ces zones incultes, buissonneuses et arborées, sont appelées par les géographes, rendails. Elles sont, un refuge pour la faune et la flore et parfois le seul espace naturel de dimension intéressante dans un département très agricole. Or, les rendails sont déjà souvent investis par l'Ailanthe.

 

gascogne - chemin - randonnée - disparition - accès

On ne peut pas se résoudre à voir disparaître notre flore variée et laisser se développer l'emprise d'un biotope pauvre. Les habitants de ces abords de la ville ne veulent pas voir disparaître ce patrimoine précieux, leur cadre de vie immémorial. Les citadins promeneurs, les randonneurs, les sportifs doivent également pouvoir continuer à profiter de sentiers offrant des points de vue remarquables sur la cité, et les scolaires une leçon de "sciences et vie de la terre" grandeur nature. Les bourgs et les petites villes sauront certainement se mobiliser pour lutter contre l'Ailanthe envahissant leurs rues, leurs voies d'accès et leurs espaces verts. Espérons qu'ils sachent inclure dans la lutte qui se dessine, leur terroir, leur poumon, leur proche campagne.

                                                            ALINEAS

 

Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ailanthus_altissima

 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Botanique

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Publié le 3 Août 2022

balade lectoure - randonnée lectoure

                                                                                                                                                   

 

 

ier, de très bon matin, alors que je ratissais mon pas-de-porte, un promeneur habitué de notre coin de nature me fit un signe amical. En guise de salut, à mon tour et très banalement, je lui lançais :

- Il fait bon à cette heure !

- Oui mais, répondit-il, j'aurais dû démarrer encore plus tôt.

Évidemment, nous avons la facilité d'habiter sur place. Par ailleurs, après l'avoir assidument pratiquée, pour ma part, je n'apprécie plus la grasse matinée. Et puis notre jardin réclame des soins qu'il est impossible de prodiguer au zénith par ces temps de canicule, alors nous nous levons à l'aube. Nous n'avons donc aucun mérite. Mais ce carnet veut surtout inviter à profiter de ces précieux petits matins frais. La chaleur exceptionnelle, pénible et fatigante, nous oblige à sortir très tôt ou très tard. Dans les deux cas, il y a des avantages, et de jolis tableaux, à faire cet effort. Aujourd'hui, intéressons-nous à la balade matinale et florale. Alors, "A la fraîche", ou "Aahhh, la fraîche !" ?

Les oiseaux virevoltent dans l'air pur avant de trouver un coin à l'ombre et n'en plus sortir. Ainsi nous montrent-ils le chemin qu'il est prudent de suivre, à pied, mais il ne faudra pas tarder car le créneau de température est étroit. La lumière rasante met en valeur les couleurs et les profils. Si les fleurs sont rares ou plus discrètes, elles font assaut d'originalité pour séduire butineurs et leurs suiveurs macro-photographes. Plus résistantes à la cueillette et souvent épineuses, elles n'en sont que plus nobles. Comme la jeunesse, la tendre floraison du printemps n'est qu'un passage éphémère. L'hiver, l'automne et cet été un peu rude ont leurs plaisirs botaniques qu'il faut cueillir, comme disait le poète à propos de la rose.

chemin de saint jacques lectoure

Allons, dépêchons-nous d'encourager, par notre amoureuse visite, cette nature dont nous ne sommes qu'une brindille, et qui, comme nous, fait le gros dos, en attendant la pluie qui finira bien.

                                                                Alinéas

 

Le nez dans le ruisseau, barricade de Salicaire et de Massette.

 

Tournesols, évidemment. Ceux-ci ne nous ont même pas vus passer.

 

Le Faux Sureau ou Yèble, toxique pour l'homme, attire quand même le papillon Demi-deuil et quelques autres affamés.

 

On a beau avoir les pieds dans l'eau, quand il est l'heure de faner... et de s'égrainer...

 

En deux temps trois piquants, le Chardon laineux, ou Cirse, développe un étonnant capitule ivoire avant d'y dresser son bouquet parme à destination des butineurs. Enfants, nous croquions ses tiges, tendres et gouteuses comme des asperges. A condition de les peler avec précaution...

 

Voila un carré de carottes qui n'a pas été souvent biné...

 

La Mauve. Bourrée de qualités. Il faut penser à prendre son panier.

 

Millepertuis élégant. Effectivement.

 

Dialogue quelque peu alambiqué entre Prêle, Vigne vierge de Virginie et Liseron.

 

Dans quelques semaines, la Clématite des haies offrira ses guirlandes d'akènes au givre. Mais sa floraison est déjà très décorative, ponctuant de myriades d'étoiles le chemin de Saint-Jacques.

 

Petite Centaurée ou Herbe-à-fièvre. Famille de la Gentiane.

 

D'habitude, je peste après cette envahisseuse. Mais à distance du potager et à condition d'être bien chaussé et pantalonné, la Picris fausse-épervière, sorte de blonde échevelée, a du charme.

 

Centaurée-des-près. Famille du Bleuet, autrefois commun, parfois trop dans les cultures de céréales et qui a presque disparu à force d'être chassé par les pesticides. La Centaurée elle, a résisté en suivant les bas-côtés. Pas plus que la vie en communauté, elle ne respecte ni le code couleur ni la coupe de cheveux règlementaire de la tribu. Un sujet vraiment rebelle.

 

La Cardère sauvage, qui n'est pas un chardon, servait autrefois à carder la laine. A donné son nom au coteau qui fait face à Lectoure au nord, Cardès, car elle devait y être récoltée pour servir à l'industrie textile dans la vallée de Foissin. A également donné son nom à une mouline qui, à notre avis, ne devait pas mouliner la farine.

Laineuse à cardères de 1920. Les cardères séchées sont placées en rangs sur le grand cylindre.

Comme quoi, l'herbier du Carnet d'Alinéas nous ramène toujours à l'homme, industrieux....

Aujourd'hui, on considère la Cardère comme très importante pour la biodiversité car ses feuilles, assemblées par deux en forme d'abreuvoir, retiennent l'eau de pluie, ou à défaut, de rosée, et ses capitules offrent chacun plus de 500 graines. La Cardère est pour cela, en langage vernaculaire, joliment appelée "Cabaret des oiseaux".

 

Crédit photo :

- Machine à carder : © Imus Eus Wikipédia.

- Autres photos © Michel Salanié

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Botanique

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Publié le 26 Avril 2022

couleur jaune , symbolique du jaune

 

 

ette abeille du Rucher de Lectoure et cette cétoine dorée qui butinent sur le coteau de Rajocan, nous le disent.

- Foin des symboliques ridicules et des marques infâmes : le jaune est bon !

Ajoutons, bon et beau. Pour les autres rapprochements, glorieux ceux-là, le soleil n'est pas jaune, de plus il est déconseillé de le regarder en face. Quant à l'or, en lingot à l'ombre d'un coffre fort il ne nous intéresse pas. Finement ciselé, bijou se balançant sur le tendre modelé de la gorge d'une jolie fille, je ne dis pas. Il se rapprochera alors de toutes ces œuvres d'art de la nature semées par un bon génie sur notre chemin.

Lumineux, remarquable, chaud, resplendissant, gai, léger, vif... les adjectifs pour qualifier cette couleur dénotent l'émotion que le jaune provoque chez le promeneur avant même d'observer la forme, de rechercher le parfum, de se remémorer le nom de la fleur. Pour le parfum, nous ne pourrons rien pour vous. La forme, ces modestes clichés s'y essaient. Et puis nous avons fait cet agréable travail de recherche botanique pour nous donner le prétexte scientifique d'une petite ribambelle de fleurs de chez nous en livrée dorée.

                                                                        Alinéas

Les photos peuvent être agrandies par un clic droit et, selon votre navigateur, cliquer sur [ouvrir l'image dans un nouvel onglet].

 

pissenlit dent de lion

La fleur du Pissenlit ou Dent de lion, Taraxacum sect. Ruderalia, que nous mangions en salade cuite il y a deux alinéas à peine (voir ici) n'est pas une fleur mais un bouquet de fleurs ! Car, au bout de la tige creuse, la capitule rassemble jusqu'à deux cents fleurons ligulés (pétales soudés), qui donneront naissance chacun à un akène, sorte de parachute... que "je sème à tout vent".

 

bouton d'or

Le Bouton d'or, Ranunculus repens. Principale vertu : permettait autrefois, au vu de son reflet blanc sur son menton,  de deviner si notre petite amie, ou petit ami selon la préférence de chacun, aimait le beurre. Permettait en même temps et surtout d'approcher au plus près le minois convoité... Devenu inutile avec les méthodes modernes.

 

ficaire

Cousine renoncule du précédent, la Ficaire, Ficaria verna, ou Herbe aux hémorroïdes (pommade à base des tubercules et de saindoux). Egalement nommée Epinard des bucherons, les jeunes feuilles se mangent en salade. Sans garantie https://cuisinesauvage.org/recipe/salade-de-ficaire-dagrumes/

 

jonquille trompette

Chaque année au bord du Gers, par milliers, des trompettes jaunes. La Jonquille, Narcissus pseudonarcissus. http://www.carnetdalineas.com/2020/02/la-jonquille-narcissus-pseudonarcissus.html

 

tulipe sauvage - tulipa sylvestris

Beaucoup plus rare, découverte, photographiée et aimablement autorisée par notre amie Isabelle Souriment : une Tulipe sauvage, Tulipa sylvestris. Un peu fanée, son jaune devient joliment mordoré.

 

rose rosier mermaid

Rose Mermaid (Sirène en anglais). Cultivar hybride de Rosa bracteata et d'un hybride de thé. Cette corolle simple peut faire passer cette belle sophistiquée pour une fleur sauvage, une sorte d'églantine qui ne rosirait pas sous le regard du promeneur effronté.

 

iris jaune

Une Araignée-crabe, ou Thomise, mime le jaune de cet Iris germanica, à l'affut de quelque proie attirée dans ce fascinant traquenard.

 

mahonia mahonie

Mahonia faux houx, Berberis aquifolium, une sorte de Mimosa qui piquerait. Floraison précoce et très odorante. Lors de la visite d'insectes, le contact induit un mouvement des étamines qui se détendent et se rabattent alors vers le pistil en environ 1/10e de seconde. C'est l'un des mouvements les plus rapides parmi les végétaux (Wikipédia). Le jaune n'a pas de temps à perdre.

 

tournesol lectoure gascogne

Certes, le Tournesol, Helianthus annuus, n'est pas un modèle de biodiversité, quand il ne pose pas de graves problèmes d'érosion pendant les périodes orageuses en raison du sol totalement nu à ses pieds, mais il faut reconnaître qu'il offre de magnifiques compositions et qu'il est souvent associé à la Gascogne dans l'esprit de nos visiteurs. Jaune pub.

 

arum sauvage - gouet d'italie

Un jaune osé... Arum italicum présenté sur ce cybercarnet en détail http://www.carnetdalineas.com/le-gouet-d-italie-arum-italicum.la-beaute-du-mystere.

 

orchidée jaune - orchis jaune

Orchidée sauvage, Ophrys lutea, adjectif "lutea", jaunâtre ou argileux en latin. Aurait eu sa place sur cet alinéa-là http://www.carnetdalineas.com/2020/05/les-orchidees-de-lectoure.html

 

orpin des rochers

Sur les vieux murs de la Mouline de Belin, Sedum reflexum, Orpin des rochers. Un nom commun qui viendrait du latin auripigmentum : de l'or en fleur.

 

consoude des pélerins

Consoude, Symphytum officinale. Supposée cicatrisant et même accélérant la consolidation des fractures, d'où son nom vernaculaire. Originaire de l'ouest de l'Asie, elle s'est, en raison de ces vertus médicinales, répandue le long des chemins pèlerins (Symphytum peregrinum) qui en avaient bien besoin. De fait, installée sur les ruisseaux de Lectoure en importantes colonies. Famille de la Bourrache et du Myosotis.

 

chélidoine verrues

La Grande chélidoine, ou Grande éclaire, Chelidonium majus, « grande hirondelle » en latin. Famille du coquelicot. Son latex est utilisé pour bruler les verrues.

 

giroflée violier remparts de lectoure

La Giroflée, Erysimum cheiri, ou encore Violara en gascon en raison de son parfum de violette. Capable de transformer un vieux rempart négligé en cimaise.

Et pour finir, mais il y en aurait tant d'autres, la Coronille, Hyppocrepis emerus, dont les haies généreuses et embaumées conduisent le pèlerin de saint Jacques vers son étape au pied du clocher cathédral.

coronille chemin de saint jacques lectoure

PHOTOS :

  • Tulipa sylvestris © Isabelle Souriment
  • Autres photos © Michel Salanié

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Rédigé par ALINEAS

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