Publié le 27 Août 2025
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Il fait meilleur depuis quelques jours, alors si on sortait ? Je vous propose une petite escapade mi botanique - mi souvenirs. Les centres d'intérêt de ce cybercarnet, l'Histoire - la grande -, la littérature, les beaux-arts, toutes choses très sérieuses, ont la caractéristique de pouvoir attendre sans s'altérer. Pas le fruit de saison. Alors, suivez-moi sur mon chemin buissonnier.
Je vous emmène à la découverte d'un fruit rare. Défendu parfois mais il s'offre si généreusement au passant, à la passante d'après ce que nous rapportent les textes fondateurs bien que l'arbre tentateur diffère, qu'on ne saurait juger qui a fauté le premier, de la main ou du fruit.
La pêche de vigne, puisqu'il s'agit de ce trésor de la nature de fin d'été, n'est pas une variété mais plutôt un mode de culture. Si vous voyez au rayon fruits et légumes de votre grande surface aseptisée et climatisée hebdomadaire, chez votre épicier d'en face ou à l'étal de certain marchand forain et gouailleur qui les "cueille" par palettes entières chez le grossiste Métro, des cagettes de pêches soigneusement rangées dans leurs alvéoles de polytéréphtalate d'éthylène, ne vous laissez pas berner par l'étiquette : ce ne sont pas des pêches de vigne.
La pêche de vigne pousse dans la vigne. C'est clair. L'arbre est installé traditionnellement et donne le meilleur de lui-même, bien que rétif à toute taille et conduite au sécateur, dans cette organisation culturale rigoureuse, ponctuant et dépassant d'une ramure quelque peu ébouriffée la géométrie agricole. Ou du moins dans les mêmes conditions d'exposition, c'est à dire sur des parcelles au sol naturellement drainé, non irriguées et bien exposées. La pêche de vigne n'est pas traitée ; souvent cabossée, elle est petite, plutôt discrète... elle ne paie pas de mine. Une sorte d'espèce botanique bohémienne, sauvage, rousse jusqu'à la cendre, belle et revêche à la fois. Invendable selon les critères du commerce standardisé. On la trouve parfois cloitrée dans un jardin de mamie mais si, à l'occasion d'une randonnée innocente, vous apercevez, par hasard bien sûr, une sorte de lampions sur des arbres rabougris disséminés par-ci par-là dans un rang de vigne, alors là oui, vous avez la chance d'être en présence du fruit qu'il faut goûter absolument. A condition d'être autorisé à rentrer dans le rang. Rentrer dans le rang au sens propre. Sinon d'oser y pénétrer furtivement et fautivement.
Pour une maraude efficace, avant de contrevenir, il convient de différencier, à distance, depuis le chemin, les variétés blanche, jaune et rouge. Car rien n'interdit au vigneron de planter la pêche de la couleur qu'il lui plaît. Si la blanche est juteuse, la jaune plus charnue et parfumée, toutes deux inventées pour satisfaire aux canons du marketing, la "vraie" pêche de vigne, c'est la liberté de choix du cybercarnéiste de la qualifier ainsi, dite parfois " duron " car elle est très ferme, présente une chair d'un rouge sanguin, d'où l'appellation de " sanguine vineuse ", et offre un goût acidulé, mêlant en bouquet des saveurs de rose, de verveine et de citron. Sa peau est étonnamment grisâtre, au point de laisser penser qu'elle n'est pas mûre. Certains la pèleront à l'opinel, opportunément glissé dans la poche avant de partir en balade. Les plus gourmands croqueront sans façon la belle à pleines dents, le duvet qui la recouvre faisant partie de l'aventure sensitive. Elle est tardive. Précisément, elle vient à maturité en même temps que le raisin. De là l'appellation galvaudée par l'agriculture intensive et la grande distribution. Les vignerons prenaient autrefois et certains conservent heureusement aujourd'hui l'habitude de planter ce pêcher dans leurs alignements car, sensible à l’oïdium, il joue le rôle de lanceur d'alerte phytosanitaire. La nature est pleine de ces complicités. Le maraudeur en fait partie.
Le maraudage est risqué. Et moralement critiquable. On dit pourtant qu'il offre les saveurs les plus enivrantes. Peut-être est-ce l'effet de l'adrénaline de la transgression. Et puis le maraudeur se donne bonne conscience, les années d'abondance, en considérant que personne ne récolte ce modeste fruit, isolé ici sur ce chemin désert, " tout va se perdre ! "...
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Ici ce n'est plus de la maraude : c'est un hold-up ! Confiture pour la table d'hôte peut-être ?
De nos jours, la cerise, elle, se fait difficile à la maraude. Sur le chemin de l'école, au siècle dernier, j'ai connu une cerisaie faite de spécimens suffisamment charpentés, on n'en fait plus des comme ça, pour héberger une compagnie de trois ou quatre garnements logés à plusieurs mètres de haut, comme des corneilles en tablier. Les vélos jetés dans le fossé, les sacoches et les devoirs en bataille. Il y a un peu de stress pendant la ventrée mais la première maison est assez loin pour voir venir la rouste... et se carapater. Aujourd'hui, la cerise est dissimulée au regard convoiteux par d'austères palissades, chaperonnée de près, couverte d'un voile de mariée avant même d'être formée, cernée à distance par une brochette de moineaux piailleurs qui profiteront de la moindre relâche ; je ne crois pas qu'il soit encore possible de mener les équipées nocturnes où l'on passait de mur en mur dans les jardins bourgeois endormis, imprudents jusqu'à l'audace. Quant à la prune et à la pomme, elles, sont un peu communes. La pêche de vigne reste excitante et accessible.
J'ai aussi le souvenir, lointain mais fort, de vendanges de pré-rentrée universitaire, sur le versant de la vallée de la Garonne opposé à la Lomagne, en Quercy blanc, dans le chasselas de Moissac, où la journée de travail se terminait par le garnissage d'une dernière cagette de grappillons de raisin au grain roussi, de melons éclatés, de poires et de pêches disséminés par un paysan-jardinier-poète dans les rangs de vigne disposés en éventail au-dessus de quelque combe du bout du monde. Fruits parfumés, juteux, mûrs à point et qui faisaient les délices des cueilleurs et des trieuses, harassés, invités à une table rustique, réparatrice, généreuse et goûteuse, un verre de vieille prune pour conclure. Mais là, point de rapine. Seul le sentiment satisfait d'un complément de salaire en parfum de nature.
Alinéas
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Photos © Michel Salanié
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