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Publié le 7 Juillet 2020

 

SAUVAGES

 

 ET SI PROCHES.

 

faune gascogne lectoure buse

 

Lorsque nous évoquons la faune sauvage, viennent immédiatement à l'esprit les grands espaces de Gascogne, nos Pyrénées si belles, si loin, ou bien la forêt landaise, les marécages. Et puis les contrées lointaines, les déserts, le continent austral, les profondeurs marines. Grâce à des techniques de prise de vue très élaborées, les films animaliers nous offrent un spectacle magnifique. Mais étranger. Car, la plupart d'entre nous ne s'approcheront jamais de ces merveilles de la nature et d'ailleurs, on nous répète comme une punition, qu'il ne le faut pas, que ces espèces sont menacées. Zone interdite.

Mais à Lectoure, à quelques mètres des commerces de la rue Nationale, de la circulation automobile, de nos intérieurs douillets, connectés et climatisés, la faune de la vallée de Foissin voisine avec la ville. Une vraie vie sauvage, belle, libre et cruelle. Scène ouverte tous les jours.

Vous admirerez depuis le balcon du grand bastion ou depuis le belvédère du château des comtes d'Armagnac ce bel oiseau tournoyant majestueusement à plusieurs dizaines de mètres au-dessus des cultures, à la recherche d'un gibier trottinant au sol, imprudemment à découvert. La buse variable. Son cri fait penser à un miaulement bref, plaintif dira l'ornithologue, mais il ne faut pas s'y fier. En été, lorsque les faucheuses et les moissonneuses sont en action, ce sont alors huit à dix couples, sortis des sous-bois de Baqué, qui suivent les machines et chassent en bande, faisant une ripaille de campagnols. L'hiver, l’approvisionnement se fait plus chiche. Et il faut alors s'attaquer à de plus gros morceaux. Plus gros que soi. J'ai découvert ce dernier printemps les traces de la lutte à mort qui a opposé une buse à un blaireau.

Le blaireau pèse 12 kg en moyenne. Contre seulement 1,4 kg au rapace ! Mais l'attaque à revers a dû surprendre l'animal au sol, saisi au cou, le crâne, les yeux et le museau transpercés des coups répétés du bec acéré du prédateur ailé. Il ne restait du blaireau qu'une patte et le crâne. Pas beau à voir. Et de la buse, quelques plumes et... une serre. De quoi donner une idée de la sauvagerie de la lutte.

Je vous propose deux minutes d'un suspense haletant : ici une buse prend en chasse un écureuil, mais je vous rassure, tout finit bien. Cette fois-ci.

https://www.youtube.com/watch?v=4rGnHyGapOU

Une scène quotidienne dans la vallée de Foissin. Bien sûr les cameramans de National Geographic Wild ne sont pas toujours à l'affut. Et puis c'est tellement mieux en direct, même d'un peu plus loin. Asseyez-vous sur ce vieux mur, prenez le temps d'observer, je suis sûr que vous ne tarderez pas à profiter d'une scène de la vie sauvage. A moins de 500 mètres de la civilisation, c'est précieux non ?

Alors voici quelques acteurs de ce théâtre au grand air, au pied de la citadelle. Les photos peuvent être agrandies en principe par un clic droit puis [afficher l'image], selon votre navigateur.

 

faune gascogne lectoure ecureuil

Dans les grands chênes du Couloumé, cet écureuil a trouvé un siège bien moussu pour observer le photographe. Car on se demande bien de quel côté est le spectacle.

 

faune gascogne lectoure cygne

Ce n'est pas le Lac mais les chaumes des cygnes. Les inondations de ce mois de mars nous ont permis de profiter du reflet de la danse gracieuse de ce beau couple.

 

faune gascogne lectoure cygne

On ne s'en lasse pas, n'est-ce pas ?

 

faune gascogne lectoure couleuvre reptile utile

La plupart d'entre nous n'aiment pas les reptiles. Mais nous pouvons au moins reconnaître que cette couleuvre verte et jaune est une belle créature. Et, grande amatrice de campagnols, elle est utile.

 

faune gascogne lectoure chevreuil jardinier agriculteur chasseur

Le chevreuil, lui, n'est pas apprécié des agriculteurs et des jardiniers, mais du chasseur. En fin de journée, l'animal fait une ventrée de baies d'aubépine qui lui apportent le complément de quelques vitamines précieuses.

 

faune gascogne lectoure chevreuil jardinier agriculteur chasseur

Ici, un mâle de deux ans impose sa loi à un plus jeune qui, en signe de soumission, fait une sorte de révérence respectueuse.

 

faune gascogne lectoure grenouille batracien

Lorsque le soleil se couche, le coassement des batraciens plonge la vallée dans une atmosphère étrangement tropicale.

 

faune gascogne lectoure lièvre

Lui aussi aime bien les chaumes, mais au sec. Et le potager de la Mouline de Belin aussi...

 

faune gascogne lectoure sanglier

Mère laie et sept petits. Charmant tableau mais lorsque ces garnements auront atteint la taille adulte, ils risquent fort de faire quelque grabuge.

 

faune gascogne lectoure cheval

Pas sauvage pour un sou. A faire craquer ma cavalière, mais là, il y a du travail sur la bête.

 

faune gascogne lectoure héron

Accord des couleurs très recherché. Un héron cendré dans un champ de myosotis. Son vol lent et chaloupé de l'étang de Brescon jusqu'à celui des Ruisseaux est un spectacle réjouissant.

 

faune gascogne lectoure tortue hermann cistude

La surprise de l'été. Probablement égarée, enfuie de quelque véranda confinée, la tortue d'Hermann est originaire de Corse et de Catalogne. Dans les zones humides du Gers, on connait la tortue Cistude. Toutes deux sont des espèces protégées.

 

faune gascogne lectoure abeilles ruche

On pourra leur consacrer un alinéa, mais d'ores et déjà, je ne résiste pas au plaisir d'énumérer les abeilles du rucher de Laurent Duluc. Sauvages ou domestiques ? Besogneuses en tout cas.

 

Voilà un petit safari photo dans une nature qui mérite admiration et protection, à deux pas et une balade au pied de la ville. Il nous manque quelques vedettes à peine entr'aperçues : le hérisson, le ragondin, le renard... Quant aux petits oiseaux, il faudra nous armer de patience. Et d'un bon téléobjectif.

                                                                                      Alinéas

 

 

PHOTOS

Mes clichés de buse et de blaireau n'étaient pas présentables. Aussi, ai-je emprunté

- La buse variable à Yves Hoebeke / Wikimedia

- Le blaireau à Peter Trimming / Wikimedia

- La patte de blaireau à Salix / Wikimedia Commons

Les autres photos : © Michel Salanié

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 13 Janvier 2020

" ON SE BOUGE ?"

 

il paraît que pour éponger le surplus des deux réveillons successifs il faut faire un jogging de 60 km... Je ne le sentais pas bien.

Mais je n'ai pas pu refuser cette petite promenade dominicale à mon guide (noonnn, pas Nathalie !), qui m'a en outre concédé d'emporter mon appareil photo. Avec ce temps radieux, je ne l'ai pas regretté.

- Allez, on vous emmène.

Nous avons choisi le PR4. Pour éviter le faubourg, nous avons pris la voiture jusqu'à Malemule. Drôle de nom. Un coin à installer un moulin à vent. Mais, si cette mule fait la bête, on ne va pas y arriver. Bon, nous on s'en moque, ça va plutôt descendre. Pour démarrer en tout cas. Direction le ruisseau de Lesquère. C'est parti pour environ 8 km.

                                                                                               Alinéas

PS. Oupsss ! J'allais oublier. Pour tous les lecteurs de ce carnet, abonnés et surfeurs de passage : Bona Annada !

 

 

Domaine d'Arton - Lectoure - Armagnac - Côteaux de Gascogne

Arton dans ses vignes. Ça me fait penser qu'il faudrait refaire le plein de la cave.

 

Faune - Letoure Gascogne Sangliers

Du côté de Gravette, une compagnie de marcassins à la queue leu leu derrière madame Laie.

- Allez les petits ! On suit ?

Trois minutes plus tard, les mêmes du côté de Lafond ! Vont plus vite que nous, les bougres.

 

Flore Lectoure - Arbre remarquable - chêne

Un chêne remarquable. Fût entre 3 et 4 mètres de circonférence.

Des noix de galle également de dimension exceptionnelle.

 

Gravette - Grave - Lectoure - Pigeonnier

A Gravette ou Grave, l'un des deux, un pigeonnier à la charpente très travaillée.

 

moulin médiéval - Lectoure - Lesquère - ruisseau

Le moulin médiéval de Lesquère qui méritera que nous lui consacrions un prochain alinéa.

 

Aux confins de la Lomagne, sur la Garonne, les cheminées de Golfech. On n'y coupe pas...

 

chateau gascon de Plieux

Vu d'ici, il manque un je-ne-sais-quoi au château de Plieux ? Son fier promontoire pardi !

 

A Marès : la mer.

 

Notre passage suscite l'admiration, je crois.

 

Samatan - Lectoure

Samatan, ancienne propriété de l'Amiral Boué de Lapeyrère. Une "rénovation" dont on préfèrera ne retenir que ce contre-jour....

 

Hustarrau - salle - Lectoure

Salle d'Hustarrau.

 

Sam'suffirait. Du côté de Foissin.

 

Lectoure - Cathédrale

Pas de doute, on devrait arriver bientôt.

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Publié le 7 Novembre 2019

LES AILES DU DESTIN

guerre 39-45 / gascogne - résistance - Nérac - Chuck Yeager

 

Vous connaissez ce genre de scénario cinématographique où l’on suit deux personnages qui mènent leur vie, chacun de son côté, sans se connaître, mais où l’on devine qu’inévitablement ils vont se rencontrer. Car le hasard le veut. Ainsi, il y a quelques mois, à Larressingle dans le Gers, deux destins devaient se croiser.

Dans les années 80, enfant, Elia Talevi vivait à Marotta, une petite bourgade de la côte italienne adriatique. En faisant tournoyer son cerf-volant dans le ciel où les avions de ligne entrecroisent leurs trainées blanches, il se fait une promesse : « Je serai pilote d’avion ». Certes une grande ambition que tous les enfants qui la partagent ne réalisent pas, mais la période est paisible et faste et, par son travail et sa constance, Elia y réussira.

A la même époque, l’américain Chuck Yeager est déjà un héros. Le 5 mars 1944, aux commandes de son Mustang P-51b, alors qu’il escorte une escadrille de 219 bombardiers venus d’Angleterre pour pilonner les aérodromes du sud-ouest de la France occupés par les allemands, il est pris en chasse par la Luftwaffe et abattu. Après une chute libre de 4 000 mètres, il réussit à ouvrir son parachute et, contre toutes les lois de la guerre essuyant le feu du chasseur allemand, il parvient au sol sain et sauf, de nuit, dans la campagne de la région de Nérac. Il est recueilli par la Résistance, puis conduit par étapes vers les Pyrénées d’où il sera exfiltré en Espagne. Il reprendra le combat dès le début de l’été de la même année 44 ! Il n'a que 21 ans. Peut-on imaginer les trésors d’audace, d’adresse et d’endurance dont ces hommes, soldats et clandestins, ont fait preuve ? Ce n’est certes pas le hasard ou la chance qui les a conduits mais bien la détermination et le courage.

guerre 39-45 / gascogne - résistance - Nérac - Chuck Yeager

 

Ce combat aérien dans le ciel de Gascogne est extraordinaire, mais il n’est pas unique. Et si le jeune Elia connait le soldat Yeager, c’est parce que sa carrière, civile cette fois, s’est poursuivie après-guerre, jusqu'à la renommée. En effet, en 1945, il devient pilote d’essai et il sera le premier à passer le mur du son aux commandes de son Bell X-1A. La veille de ce vol historique, Yeager faisait, imprudemment, une chute de cheval. Blessé, se gardant bien de faire état de cet accident et de son état, il effectuait malgré tout avec succès sa mission en bricolant secrètement un manche à balai lui permettant de fermer la vitre de son cockpit… Enfin, et c’est incroyable, en décembre 1963 Yeager échappait de justesse à la mort en perdant le contrôle d’un prototype à 33 000 mètres d’altitude.  Après une chute vertigineuse en vrille pendant 30 000 mètres, il réussit à s'éjecter ! Il s'en sortira gravement brûlé. En 1983 le film L’étoffe des héros retracera l'épopée des pilotes d’essai américains d'après-guerre, du passage du mur du son par Chuck Yeager aux premiers vols spatiaux habités.

guerre 39-45 / gascogne - résistance - Nérac - Chuck Yeager

 

 

Pendant ce temps, Elia, notre jeune italien, adolescent puis étudiant, collectionne les récits des exploits de Chuck Yeager dans la presse spécialisée. Il devient pilote en 1992 et sur Alitalia en 2000.

 

Au printemps 2018, le magazine de voyage Dove, l’équivalent italien d’un Partir Magazine français, publie un article Sapiri e magie della Guascogna, "Saveurs et magie de Gascogne",  qui séduit Elia et sa compagne Natalia à la recherche d’une escapade en amoureux.

En 2019, le couple suivra le parcours proposé par le magazine qui délimite une Gascogne version apogée de la Maison d’Armagnac, étendue des landes de Fourcès aux montagnes auvergnates de Villefranche-de-Rouergue ! Un tracé qui nous plait bien à vrai dire. On fêtera les quarante-quatre ans d’Elia à Lectoure, à la Mouline de Belin qui a le privilège de faire partie des bonnes adresses du dossier, Grazie tanto Dove.

Enfin, la veille, nos hôtes italiens visitent le village fortifié de Larresingle* et là, dans un petit restaurant, Elia croit reconnaître son héros sous les traits d’un vieillard en fauteuil roulant. Incrédulité, excitation, recherche sur le téléphone mobile…. Oui, Chuck Yeager est toujours en vie.

On le reconnait bien sur les nombreux médias qui le suivent depuis son exploit du mur du son. Il a 95 ans et bon œil. Il est une star aux Etats-Unis. Imaginez l’état d’esprit d’Elia qui ose toutefois s'approcher et aborder la grande figure de la dernière grande guerre et de l’aviation civile moderne. L’instant est précieux, les deux hommes échangent souvenirs chez Yeager, compliments chez Elia. En buvant son café et avant de sortir du restaurant le vieil homme fait mine de se plaindre de ne pas avoir rencontré ses sauveteurs de 1944. Son accompagnatrice joue le jeu : « C’est normal Chuck, ils sont tous morts… ».

 

Au-delà de la capacité de dérision d’un homme qui a côtoyé le pire, en fait Chuck Yeager est revenu plusieurs fois en France sur les traces de son incroyable odyssée de 1944, parcourue au nez et à la barbe de l’occupant nazi. Il a bien embrassé les anciens résistants qui l’ont accompagné de la campagne garonnaise aux cols pyrénéens et ses hébergeurs clandestins. Il a été reçu et honoré officiellement à ces occasions, mais pas décoré par notre pays alors que, semble-t-il, sa vie exceptionnelle et l'épisode gascon l’auraient justifié. Ceci est certainement mineur à ses yeux de vieux soldat. En 2008, Yeager, sera invité par Airbus Industrie et survolera la Gascogne à bord d’un A380. La boucle est bouclée.

Reste l’émotion du petit garçon qui rêvait d’exploits en tirant son cerf-volant sur une plage de l'Adriatique. La rencontre qui fut longue à se dessiner, restera fugace. Ce n’est pas important. Elle a eu lieu. Elle est magique.

 

                                                                       ALINEAS

 

 

*MAJ 9/11/2019 Un lecteur de cet alinéa sur le blog "Esprit Gascon" nous rappelle que le village gersois de Larressingle où Elia Talevi a rencontré son héros a été rénové grâce à des dons privés américains. Chuck Yeager en était-il ? Merci à ce lecteur. Ce qui donne en gascon : Larressinglo, la fourtalesso restaurado gràcio à douns americans pribats.

SOURCES :

Chuck Yeager est abondamment présent sur internet où sa carrière est richement décrite. Faites l'expérience: tapez son nom sur Google images.

En résumé de cette incroyable carrière dont le récit du combat aérien au-dessus de Nérac, je vous propose https://fr.wikipedia.org/wiki/Chuck_Yeager

Et son propre site: http://www.chuckyeager.org/news/top-25-chuck-yeager-quotes/

Sur les "pèlerinages" de Chuck Yeager en Gascogne:

https://www.ladepeche.fr/article/2018/05/23/2803223-aviateur-americain-seconde-guerre-mondiale-retour-mazeres-neste.html

https://www.sudouest.fr/2012/04/13/charles-yeager-general-us-de-retour-en-lot-et-garonne-686860-3651.php

 

ILLUSTRATIONS :

- Le Mustang, construit par la NAA à plus de 15 000 (!) exemplaires pour combattre en Europe pendant la seconde guerre mondiale.

- Yeager et son équipage au sol, airportjournals.com

- Yeager, pilote d'essai, iconisé par le magazine Times en 1945

- Photos Elia Talevi - Natalia Mancini

- Le cerf volant, Pixabay

 

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 29 Avril 2018

GODILLOTS, VIOLON

&

PATRIMOINE JACQUAIRE

 

Venez fêter à Lectoure les vingt ans du classement du grand chemin au "Patrimoine mondial de l'UNESCO".

Une animation originale de l'Office de Tourisme. Pour ceux qui préfèrent amener le pique-nique tiré du sac, le tarif est de 8 euros seulement.

 

Elle est chouette l'affiche de l'Office de Tourisme. Mais je ne résiste pas : il faut toujours que j'en rajoute... en restant dans le thème toutefois. De gauche à droite, "La Mouline de Belin, avant la grimpette", "A l'ombre des grands arbres du parc du Couloumé", et enfin au pied de notre cathédrale, une sorte d'itinéraire bis du grand chemin pour les lectourois,  "Le sentier de la tour du bourreau", qui monte dru comme une pénitence.

E ultreïa, e suseïa, Deus adiuva nos.  

                                                                  ALINEAS

 

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Publié le 23 Février 2018

COMMENT PEUT-ON

 

ÊTRE LECTOUROİS ?!

 

A l’automne 1842, sur la promenade du Bastion, pendant le changement des chevaux de la diligence qui la conduit d’Agen vers Pau, Louisa Stuart Costello, femme de lettre anglo-irlandaise, observe avec amusement les gamins lectourois (« street urchins », oursins des rues dit-on en anglais) jouer avec un énorme chien des Pyrénées.

Comme les artistes, Manet ici, le touriste du 18ᵉ voyage avec son carnet de croquis.

 

De tout temps, le voyageur regarde avec complaisance les enfants du pays qu’il traverse. Parce que l’enfant est plus disponible sans doute, plus naturel et communicatif que son parent qui est souvent méfiant devant le curieux, voire hostile devant l’inconnu.

Comme Victor Hugo dont nous avons déjà raconté le passage dans notre petite ville deux ans plus tôt, cette aristocrate qui parcourt le Sud-Ouest de la France avec un groupe d’amis ne dormira pas à Lectoure,

 

Cahots, promiscuité et... porcs gascons, le voyage en diligence n'est pas de tout repos.

 

probablement faute d’hôtellerie décente et également parce qu’à égale distance d’Auch et Agen et dotée de moins d’intérêt, cette étape technique ne retient pas les voyageurs de qualité. Poétesse, peintre, historienne, nouvelliste, Costello publiera le récit de son voyage deux ans plus tard sous le titre « Béarn and the Pyrenees – A legendary tour to the country of Henri Quatre ». L’accentuation et le nom officiel du prince béarnais en VO pour son lectorat anglais, de même que toutes les expressions en français dans le texte donnent une idée de sa maîtrise de la langue, de sa volonté de rendre l’ambiance et de son intérêt pour la culture et les traditions du pays. A l’époque et dans toute l’Europe, parler en français est un signe de distinction et bien sûr une facilité pour le voyage.

 

Louisa Stuart Costello

Après la scène de rue offerte par les gamins, Louisa Costello, fera une brève mais élogieuse description physique de Lectoure (voir extrait ci-dessous) et en particulier de sa position élevée offrant de belles vues sur le paysage environnant que son regard d’artiste apprécie. Ce jour là et malgré le beau temps, les Pyrénées ne sont pas visibles. Elle qualifie le style du clocher de la cathédrale de mi-gothique, mi-anglais !? Passons. Enfin, elle évoquera, avec respect et sensibilité, la mémoire du maréchal Lannes, l’enfant du pays. A peine trente ans après sa mort sur le champ de bataille et la fin dramatique du premier Empire, voilà une prudence qui ménage la susceptibilité de la nation vaincue sévèrement à Gibraltar et Waterloo, et l'expression du tact d’une grande dame que l’on retrouve tout au long de ce récit.

 

Le 17 mars 2017, le New York Times, grand quotidien américain, publie un article signé de David Mc Aninch sous le titre « Is Gascony the most delicious corner of France ? », question à laquelle nous répondons de façon unanime : allez, tous avec moi, « Oui ! ». Il y fait, entre autres, une publicité incroyable à "notre" Café des sports, my favourite bar in France rien de moins, où il s’étonne qu’un inconnu lui confie sans hésiter pendant un instant son enfant pour aller prendre un verre au comptoir. Encore un cliché de gamin attendrissant le visiteur. Plus loin Lectoure est qualifiée de prim and prettyfied, c’est-à-dire quelque chose comme chic* et joliment apprêté, ce qui ne serait pas le cas ailleurs dans le Gers est-il précisé, les communes voisines auront apprécié….

Le journaliste n’est pas passé en Gascogne comme Louisa Costello, en simple touriste. Installé à Plaisance du Gers avec femme et enfant pendant deux ans, il s’est imprégné de notre mode de vie ce qui lui a permis de publier en connaissance de cause et sérieusement documenté un livre intitulé « Duck season » que l’on peut traduire par « Une saison de canard ». Titre un peu réducteur certes, mais ne boudons pas notre plaisir car le média new-yorkais qui publie cet article affiche des scores à la dimension du pays de Donald (…) : 1,2 millions d’abonnés quotidiens, 1,6 le dimanche et 2,2 sur internet ! Dans ces conditions la publication devait donner quelques retombées. Elles n’ont pas été précisément comptabilisées par l’Office de Tourisme ni par le tenancier du fier bistrot mais la Mouline de Belin en a accueilli plusieurs, coupure du journal (intégralement reproduite ci-dessous) exhibée à l’arrivée pour solliciter notre intervention en vue de la réservation (!) à la table de l’établissement lectourois désormais estampillé d'une étoile sur les tablettes des routards américains.

 

Un site, un patrimoine et un tissu commercial original. Lectoure cultive sa différence.

 

On n’imagine pas le poids des mots qui déclenchent immédiatement chez les étrangers un intérêt pavlovien et qui renvoient à l’image idéalisée qu’ils se font de notre pays : terrasse de bistrot, Bordeaux, Bourgogne ou Armagnac, confit de canard, bal du 14 juillet, mademoiselle…. Ce qui fait qu’une fois visités deux ou trois châteaux de la Loire, le Louvre et Saint Trop’, il leur reste encore à découvrir…. la France "d’en-bas".

 

Un autre repaire de "sportifs", disparu celui-ci : la Taverne des sports ! Sur le Bastion.

 

Il faut remonter au milieu du 18e siècle pour voir les hautes classes sociales d’Angleterre, d’Allemagne, de Hollande, de Russie et de France institutionnaliser pour leurs grands enfants, en guise de complément de formation, un long voyage intitulé « Grand Tour », qui s’écrit de la même façon en anglais. L’idée aujourd’hui banale, selon laquelle les voyages forment la jeunesse, trouve son origine au siècle précédent, celui des Lumières, « ...pour en rapporter principalement les humeurs de ces nations et leurs façons, et pour frotter et limer nostre cervelle contre celle d’aultrui » écrivait Montaigne. Outre les notes manuscrites, les croquis et les dessins permettent à ces tourists, ces étudiants au long cours, qui seront plus tard parmi les premiers photographes amateurs, de mémoriser les paysages entrevus, de reproduire certaines œuvres artistiques, les spécificités architecturales, de saisir quelque portrait d’après nature.

Puis les "vieilles anglaises", les souffreteux, les golfeurs, les plaisanciers et les amateurs de grand air feront, à leur tour, la fortune

 

Luchon. Reproduction d'une affiche de la Compagnie des Chemins de fer d'Orléans et du Midi

 

des villégiatures françaises depuis la Côte d’Azur jusqu'au Pays basque, Nice, Pau, Biarritz… Lectoure doit certainement le passage de ces premiers visiteurs, ayant laissé trace de leur étape à travers l’édition de ces sortes de guides touristiques ou sur simple carte postale, à sa position sur la route pour rejoindre les Pyrénées et plus exotique encore, l’Espagne. Le chemin de fer qui devait relier initialement Limoges à Saragosse, concédé à la Compagnie du Midi et du Canal latéral à la Garonne, sera mis en service jusqu'à Auch, et donc desservira Lectoure, en 1865. La voie atteindra son terminus à Vic-de-Bigorre en 1869. Pourtant, l'attraction des métropoles de Toulouse et Bordeaux et des littoraux, méditerranéen et atlantique, fera que le gros des contingents de touristes transitera à l'est et à l'ouest, préservant, un mal pour un bien, son caractère rural et spontané au département du Gers.  Aujourd’hui encore, nous voyons défiler les skis fixés sur la galerie des voitures empruntant la RN 21 et qui saluent notre maréchal statufié sans s’arrêter.

 

Enfin, une autre célébrité a raconté sa découverte de la Gascogne. On lui attribue la francisation de l’anglais tourist et il est chez nous souvent invoqué comme porte slogan publicitaire : Henri Beyle, alias Stendhal aurait qualifié notre petit coin de Gascogne, le pays de Lomagne, de « petite Toscane ». Est-ce dans Voyage dans le midi de la France ? Nous n’avons pas retrouvé dans cet ouvrage l'éloge maintes fois exploité. Par contre, il apparaît que cet air de famille avec l’Italie, que Stendhal connaît bien et qui vaudrait attestation de qualité, est revendiqué par un certain nombre d’autres places : le Gaillacois en Tarn-et-Garonne, un établissement huppé du bas-Armagnac limitrophe des Landes, Clisson près de Nantes et même le Beaujolais... Bien que le ciel d’Italie ne soit pas marque déposée, il faudrait s’entendre !

Faisant suite à Mémoires d'un touriste publié en 1868, ce récit de voyage paru en 1930 , posthume donc, est évidemment bien rédigé, certaines anecdotes sont cocasses, l’ensemble est érudit et historiquement enrichissant. Mais Stendhal ne peut pas dissimuler qu’il voit les régions qu’il traverse et leurs habitants essentiellement au travers du prisme déformant de sa personne, égocentrée et précieuse. Lors d’un trajet qui le conduit de Bordeaux à Toulouse, en bateau jusqu’à Agen puis en

De Bordeaux à Agen Stendhal voyagera en bateau à vapeur. Belle époque.

 

diligence, il n’est pas tendre avec notre région, c’est une litote. Lisez plutôt. « Figurez-vous le plaisir de disputer un coin de coussin à des gascons sentant l’ail ». A Toulouse, « Grossièreté et saleté incroyable de la classe peuple de Toulouse » ! A Auch, «  …vitraux à couleurs vives. C’est la beauté suprême pour le paysan qui achète dans les foires les estampes coloriées et pour les savants chez lesquels la vanité anéantit le sentiment du beau ». Pauvre maître verrier, Arnaud de Moles. Pauvres de nos aïeux.

Le récit étouffe de ces incessants jugements superficiels et inutilement agressifs. Vraiment désagréable.

Revenons à la Toscane. Comme la Lomagne, elle est introuvable dans ce texte. Stendhal se plaint en permanence du style gothique, de « la laideur gauloise » ! C’est dans la diligence entre Agen et Toulouse qu’il fait référence à l’Italie : « …la vue de Moissac… m’a fait un vif plaisir. Je me serais cru dans ma chère Lombardie. Beauté du ciel, douceur de l’air et surtout maisons bâties en briques avec des corniches élégantes ». Nous y voici semble t-il mais le rapprochement tient « surtout » à l’architecture, au bâti. Je propose donc à ceux qui recherchent une caution pour promouvoir leur coin de bocage de réserver la référence stendhalienne d'une ressemblance avec la Lombardie -et non la Toscane ce qui n’est peut être pas très différent- à la seule région de Moissac et, rive gauche, à la Lomagne garonnaise qui a son charme c’est vrai, avec laquelle

 

Galerie à l'italienne, brique toulousaine. Auvillar en Lomagne garonnaise.

 

le pays de Lectoure partage le ciel sinon tout à fait l'architecture.

Pour ma part, je relirai peut-être un jour par acquit de conscience Le rouge et le noir ou La chartreuse de Parme, mais il faudra auparavant que je m’efforce d’oublier ce vilain touriste là. En visitant le château de la Brède, Stendhal dit avoir un culte pour Montesquieu. Il aura lu à l’envers « Comment peut-on être persan ? » où le grand philosophe gascon fustige le parisianisme : pour cet observateur pontifiant et dédaigneux, cela aurait pu donner:

- Comment peut-on être gascon ?

- Et Lectourois alors !?

Remarquez, lorsque j’étais gamin, pas très loin d'ici mais il y a longtemps, dans un mélange de méfiance et d’admiration, nous traitions tous les touristes de « parisiens ». Avec éventuellement, à l'appui, quelque qualificatif désobligeant en patois. Oursins et sauvageons.

 

En réalité, pour la satisfaction de notre goût de la relation humaine, nous accueillons aujourd'hui à Lectoure une très grande majorité de visiteurs sympathiques, ouverts et qui savent trouver en faisant ce beau détour ce qu’ils viennent y chercher. Par bonheur, notre petit coin est encore loin de la saturation que subissent les zones touristiques, côtières par exemple, loin des paquebots gigantesques et hautains, traversant par le canal de la Giudecca, Venise si fragile, loin des quotas de visiteurs qui commencent à apparaître, aux Cinque Terre sur la Riviera et à Barcelone par exemple. Rue Nationale on ne se bouscule pas tous les jours. Et si l'on croise un touriste à la belle saison dans nos prés où certains savent maintenant que se cueille le bonheur, on en parlera encore en hiver devant la cheminée.

 

                                                         ALINEAS

 

* Comme premier résultat, pour prim le dictionnaire nous donne « collet monté », mais je ne pense pas qu’il y ait eu chez le rédacteur la volonté d'exprimer le sens péjoratif que l’on donne en français à cette expression. Alors nous avons plutôt choisi le terme chic que les anglophones utilisent d'ailleurs souvent tel quel, en français dans le texte.

 

LOUISA STUART COSTELLO

Texte intégral Vol.2

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102170f/f5.image

VICTOR HUGO

- Notre alinéa sur le passage de Hugo à Lectoure :

http://www.carnetdalineas.com/2017/02/de-notre-dame-de-paris-aux-remparts-du-chateau-des-comtes-d-armagnac-ou-le-passage-de-victor-hugo-a-lectoure-c-est-une-des-plus-bell

- Il faut également noter la très intéressante Présentation de Francis Claudon, Le Voyage romantique, dans Victor Hugo - Voyage dans les Pyrénées. Editions du Félin 2001.

MONTAIGNE

http://les-proverbes.fr/site/proverbes/les-voyages-forment-la-jeunesse/

STENDHAL

Texte intégral de Voyage dans le midi de la France.

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6950r

 

 

ILLUSTRATIONS

- Manet - L'enfant et le chien

- Jean-Baptiste Louis Guy - La diligence à Lanslebourg

- Photos

  Lectoure: M. Salanié

  Auvillar: avec l'aimable autorisation de http://mes-petites-boites.over-blog.com 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Chemins

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Publié le 11 Août 2017

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La discrétion du chemin me ravit. Pendant tout un mois, parcourant la France, je me suis abstenu de troubler l’existence des lieux et des êtres que je longeais. Je me gardais de manifester d’une quelconque façon ma venue. La petite fille de la ferme achevait ses devoirs comme si rien ne se produisait et le père de famille mettait un peu d’ordre dans son atelier. Néanmoins ils n’avaient pas besoin de lever la tête pour remarquer le sillage d’un passant silencieux.

J’ai cru avoir affaire à une manifestation de l’éternité : non point parce que les choses se seraient immobilisées pour toujours (libre à elles de s’ébrouer au soleil ou sous la pluie) mais parce que je demeurais leur spectateur attentif, tout au bonheur qu’elles soient là comme elles l’entendaient. Et si un léger tremblement les affectait, c’est parce qu’une lumière venue de leur dedans les faisait vaciller sans entamer leur disponibilité.
Sur une route, quelle que fût ma discrétion, j’aurais dérangé, j’aurais introduit un début de tumulte.

Pierre Sansot – Chemins au vent

 

 

 

 

Rendre le

 

chemin à la terre

 

Ce n’est pas compliqué, il y a deux sortes de chemins, les petits et les grands. Oui je sais, trop schématique alors que chaque chemin est un monde à lui tout seul, mais suivons pour la démonstration le balisage de la Fédération Française de Randonnée Pédestre, PR et GR.

 

Les chemins de la première sorte, qui modestement flânent ou font un petit tour à proximité de nos villes et de nos villages, empruntent parfois un bout de route, par nécessité ou par facilité. La cohabitation n’est pas toujours désagréable d’ailleurs, certaines routes ayant du charme et tout un tas de choses à dire et à montrer. Mais on n’y marche pas de la même façon. Alors, dès qu’il le pourra, le chemin quittera la route. Chacun reprenant son indépendance. Et sa fonction.

 

Une sous-catégorie de petits chemins, mes préférés, sans exclusive, fuient totalement la compagnie des voies officielles. Chemins noirs, chemins buissonniers, chemins de traverse et de contrebandiers. Ils se tiennent soigneusement à l’écart et sont rebelles à l’application des règles de la circulation. S’il est inévitable d’intersectionner, ce sera perpendiculairement et furtivement, évitant tout échange social qui romprait le plaisir secret, voire égoïste.

 

Les chemins de la deuxième sorte eux, les grands, ont d’autres impératifs: aller d’un point à un autre, généralement dans un temps imparti, en ménageant l’organisme qui doit tenir la distance. On ne plaisante plus. Et si de temps en temps, pour passer un obstacle, le chemin de grande randonnée est conduit à superposer son tracé sur celui d’une route, ce sera pour la bonne cause : aboutir. Pas question de tournicoter. Marcher le plus directement possible vers le but fixé.

C’est d’ailleurs le sens du mot pèlerin, pérégrin : du latin per agri, à travers champs. Car le pèlerin des premiers temps, marchait vers Jérusalem ou Rome à l’orientation, en s’affranchissant des routes existantes. Traversant les campagnes, il était reconnu en tant que pénitent, et non pas voyageur patenté sur les chemins officiels de ville à ville. Crotté, fatigué, estropié, habillé et parlant étrangement il était évidemment repéré de loin. Sous ses pas innombrables, la terre est devenue chemin.

 

Certains ont dû faire le décompte, le GR 65 puisqu’il s’agit de lui ici, emprunte un certain nombre de kilomètres de routes, en France et plus encore nous a-t-on dit en Espagne. Historiquement d’ailleurs, ce sont parfois les routes qui se sont installées sur les chemins préexistants. La loi du plus fort... ou encore, autres temps, autres moteurs.

 

Ce qui compte par conséquent pour un GR, c’est la bonne direction. A notre époque, le balisage et le GPS ont remplacé le sens de l’orientation. Je raconte souvent cette histoire du pèlerin passant devant la Mouline (on les repère quasiment à coup sûr) remontant vers le Nord, depuis Lectoure vers Castet-Arrouy.

 

  • Ohhh, Ohhh ! Vous vous trompez, Saint Jacques c’est par là, lui dis-je, de loin, en désignant l’Ouest.

  • Ach non, me répond-il avec un fort accent allemand, moi ché refiens.

 

Hambourg-Compostelle-Hambourg. Bon,bon, respect !

 

N’étant ni pèlerins ni grands marcheurs, nous ne sommes pas compétents pour porter un jugement sur le tracé du chemin, sauf bien sûr autour de chez nous. J’ai d’ailleurs dit dans mon tout premier alinéa de la rubrique "Chemins" ce que je pensais du détour inutile imposé au GR dans la zone industrielle de Lectoure et de l’intérêt d’emprunter tout simplement la rue Nationale. Ce qui fut décidé. Autrement dit, il est des routes qui valent la peine, a fortiori si ce sont des raccourcis.

 

Et j’arrive ainsi, pas à pas, à notre tout petit bout de (grand) chemin.

 

Saint Jacques et Saint Michel

 

font un bout de chemin

 

ensemble

 

Le 6 décembre dernier, la Mouline de Belin et le Conseil Départemental du Gers ont signé une convention de passage du chemin de grande randonnée (GR) n°65 sur les terrains, propriété de la maison d'hôte, longeant le chemin de la Fontaine Saint Michel depuis le débouché à hauteur de Brescon jusqu'au ruisseau descendant du Couloumé, à 100 mètres du cimetière Saint Gervais. Soit environ 800 mètres de chemin piétonnier.

 

 

 

 

Ce projet, rendre le chemin à la terre, était envisagé depuis longtemps. Nous tenions à contribuer à la sécurisation de nos abords (ce qui n'empêchera pas notre souhait et celui de nos voisins immédiats de voir également la Municipalité limiter la vitesse vraiment exagérée de certains, riverains compris, sur cette voie étroite). Le chemin est réservé aux piétons, vététistes et cavaliers. 

Le Conseil Départemental a répondu très efficacement à notre attente en prenant en charge le balisage et l'entretien de ce tronçon, comme il le fait à différents endroits des chemins de grande randonnée du département, publics ou privés, et en outre ici, en installant un espace pique-nique.  La Commune a de son côté participé en mettant ses moyens techniques en œuvre pour les travaux de terrassement.

 

Nous avions depuis plusieurs années, en prévision, engagé un programme de plantations d'arbres et de végétaux que nous intensifions. Ce chemin est pour nous l'occasion de recréer un rideau végétal qui limite dès aujourd'hui le ruissellement et l'érosion, qui abritera rapidement la faune et enfin, s'inscrira progressivement et durablement dans le paysage. Nous pensons que ce second résultat, écologique et environnemental, est un devoir qui nous incombe vis-à-vis des générations futures.

 

 

 

 

Le coin pique-nique que nous avons suggéré est installé dans un espace ombragé et bénéficie d'un point de vue incomparable sur notre ville. Il est certain que ce cadre illustrera demain nombre d'albums photos-souvenir et de sites internet jacquaires et participera ainsi au développement de la bonne impression que laissera Lectoure dans les mémoires de ces marcheurs. Rappelons que l'on estime à 15 000 le nombre de pèlerins de Saint-Jacques sur cette voie principale, Le Puy-en-Velay – Saint-Jean-Pied-de-Port, du pèlerinage chrétien. Le GR est évidemment emprunté également par nombre de randonneurs au long cours ou à la journée, en individuel ou en groupe.

Enfin, nous sommes vraiment très heureux de voir les promeneurs Lectourois profiter de cet aménagement. A leur intention toute particulière, nous maintenons l'autorisation de passage dans notre bois pour rejoindre à 200 mètres à l'ouest le GR de Pays "Tour de Gascogne" pour redescendre en direction de Lafont-chaude permettant ainsi de faire, au pied de la ville, une petite boucle quasiment intégralement champêtre.

 

S'il est évidemment un élément de notre Histoire locale et plus globalement de celle du monde occidental, inscrit pour sa section de Lectoure à Condom au patrimoine de l'UNESCO, le chemin de Compostelle n'est pas une pièce de musée ou un monument en péril. Bien au contraire, il vit et fait partie de la vraie vie de milliers de personnes, qui y passent ou qui en rêvent, qui préparent leur voyage plusieurs mois à l'avance et qui en parlent encore des années après au sein de leurs familles, de leurs cercles d'amis et dans leurs entreprises. Un chemin en vacances qui vaut bien les plages de sable, la tour Eiffel, le farniente, la Nationale 7, les tropiques...

 

 

Le GR sait ce qu'il doit au pèlerinage jacquaire. Heureusement, aujourd'hui, la pénitence a laissé la place à l'espérance et à la foi sereine. Pèlerins, individus en réflexion ou simples randonneurs, les uns et les autres avancent côte à côte. Ils découvrent notre région à la vitesse de nos anciens. La vitesse de la sagesse.

Pour Lectoure, et pour la Mouline de Belin, le chemin de Saint-Jacques est à la fois, destination, refuge, découverte en passant ou nouveau départ. Joli plan de marche, non ?

Bon chemin !

                                                              ALINEAS

 

Nous dédions cet alinéa à trois jacquets qui nous sont très chers : Chantal, Geneviève et Bernard.

Un petit salut amical également à nos amis vendéens, à Nadine et Patrice, Monique et René, Catherine et Jean-Michel, Marie et Jean-Jacques, Marcel de Bretagne et nos nombreux hôtes marcheurs, pèlerins et vacanciers. Nous parlons de vous souvent; vous nous avez offert nos tables d’hôte les plus chaleureuses et vos départs au petit matin les plus émouvants.

 

Photos: M. Salanié, Google map.

 

 

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 17 Mars 2017

LE CENTURION ET LE CHALAND

 

La voie romaine tracée au pied de notre ville par l’Empire pour conduire ses centuries et sa civilisation conquérantes de Lugdunum Convenarum  jusqu’à Aginnum* est droite comme un trait de javelot. L’emplacement de cet ouvrage exceptionnel n’a pas été discuté entre l’occupant et l'autochtone. Fallait-il que la voie s’inscrive au pied de la source sacrée des Lactorates, au dessus, en dessous, ici, là ou un peu plus loin? Laissez passer. "Vae victis"**.

Les barbares qui suivirent ne nous ont pas laissé de traces, eux, de leurs cheminements que l’on situe, à l’estime, en fonction des vestiges de leurs batailles dévastatrices et de leurs campements.

Le chemin de Saint Jacques, quant à lui, serpente au gré de routes préexistantes à l’appel de l’Evêque Godescalc, en l’an 951, à rejoindre le tombeau de l’apôtre du Christ en Galice. Les jacquets, par leur nombre et leur foi, ont accentué la marque au sol de la trace empruntée pendant dix siècles et fait de ces sentes mises bout à bout le grand chemin d’Occident. Cependant, à Lectoure,  la voie pérégrine se fait discrète. La citadelle frileuse n’a pas en ces temps là, la générosité d’accueillir le pénitent, le malade, l’étranger qui rendra grâce aux hospitaliers installés dans le faubourg, hors le bourg. Au petit matin blême, les capuches et les bourdons longent discrètement les remparts et glissent vers la rivière qu’il faudra franchir probablement à gué ou bien par le service de quelque barcasse et dans ce cas contre espèce sonnante et trébuchante***.

L’orgueilleuse capitale des derniers comtes d’Armagnac une fois soumise par la Maison de France, barbacane et donjon tomberont, les maisons fortes muant en hôtels nobles et bourgeois, créant naturellement au faîte du promontoire une rue à présent Royale. Désormais il y aura un haut, un bas, des quartiers au sud ou au nord de « la » rue à laquelle la ville, de fait, s’identifie.

Durant les trois ou quatre siècles qui suivirent, les évènements ne feront que faire douter de l’autorité sur la dite rue qui devint successivement Impériale, Royale à nouveau brièvement puis, depuis, Nationale. Sera-ce définitif ? Pour éviter les considérations politiques, il vaudrait mieux s’en tenir à une définition tenant à ses extrémités : « Route de Paris à Barèges ». Le temps des voyages d’agrément et des vacances à la neige a donné à notre grand rue son nom le plus romantique, n'est-ce pas ?

 

Les plus anciens se souviennent bien sûr du train dont on ne perçoit plus aujourd’hui la place qu’il occupait dans le quotidien et dans le paysage. Un chemin qui chante, une odeur, un monde étrange. La micheline, les formalités à la Préfecture à Auch, les boutiques à Agen, les dimanches en famille à Castex ou la foire aux bestiaux à Fleurance. Mais aussi un chemin du devoir qui a emporté nombre de jeunes hommes appelés par la République et qui ne sont pas tous revenus. Un chemin qui n’a pas vécu longtemps au regard de l’Histoire.  Mais qui sait? Cette voie ferrée n’a pas été désaffectée et, prudente, l'avenue de la Gare a conservé jusque là son nom.

Puis vint le règne de l’automobile. Trop pressée et encombrante, pour elle il faudra se résoudre à détourner le flux de la RN n°21 du cœur de ville, lui faire reprendre « la vieille côte ». Le promontoire fait à nouveau de la résistance. Et comme il y a malgré tout embouteillage, vient le sens unique, le disque de stationnement, les parkings «périphériques». Oui, chez nous aussi... La ville fait le gros dos pour contenir « orbi » la boulimie de déplacement de l’homo motorisus et conserver ainsi heureusement tout leur charme, non seulement à "la" rue, mais également à nos petites voies adjacentes, sombres, pentues, ruelles, venelles, escaliers, impasses et autres carrelots****.

Pour circuler en voiture dans notre bonne ville, il faut aujourd’hui faire preuve d’un minimum de sens de l’orientation, passer sous les remparts du Nord, revenir à l'opposé, à l’est, pour avoir le droit de faire une nouvelle tentative dans la rue Nationale et espérer trouver enfin la place idéale. C’est la marque des villes d’importance : «CIRCULEZ…. Mais non, non, si, si, SI RESTEZ il y a tant de choses à voir ! Elle est belle ma rue commerçante». Ou l’art d’accueillir le chaland dans un mouchoir de poche.

 

                                                                                                          ALINEAS

 

* De Saint Bertrand de Comminges à Agen

** "Malheur au vaincu". Ironie de mon histoire, la formule est du chef gaulois Brennos, entré dans Rome victorieux.

*** Le GR 65 au départ de Lectoure en direction de l'ouest a été, à l’époque de son tracé initial,  orienté vers l'emplacement de l’antique ville romaine. Pour y voir quoi? Une zone industrielle... Non, il est préférable, et plus rapide d’ailleurs - et le pèlerin a encore un bout de chemin à faire… il faut en tenir compte - de descendre la rue Nationale et de profiter, non seulement de la vue des belles façades et de la qualité du commerce local, mais également du contact avec les Lectourois, chaque jour de la semaine ayant son intérêt, et le vendredi, jour de marché, ce sera la cerise sur le GR. Enfin, le chemin du Marquisat ou la côte de Pébéret menant au Pont de piles sont certainement très près de ce que fut « le » chemin jacquaire historique. Soit dit pour les puristes.

**** Un carrelot est une petite rue de la largeur du passage d’une charrette. Autrefois la citadelle en était largement quadrillée.

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