Publié le 22 Février 2024

N°12

Cette semaine, ce ne sera pas une Pertuzé, mais toute une planche ! On vous gâte. Pour mieux lire notre bédéiste, vous pouvez agrandir la planche par un clic droit et choisir l'option [ouvrir l'image dans un nouvel onglet] ou toute autre commande adéquate selon les fonctionnalités de votre navigateur internet.

Pertuzé raconte qu'à la Foire internationale de Toulouse en 1987 (la boîte de cassoulet dans la première case faisant foi), il fut invité, avec d'autres illustrateurs, à œuvrer en plein air. Or il se mit à pleuvoir. C'est là qu'il adopta le béret. Qui tient ici le second rôle.

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Publié le 15 Février 2024

N° 11

Contributeur du dictionnaire en ligne wikipédia nous l'avons rappelé la semaine dernière, Pertuzé alias Morburre, bédéiste des contes de Gascogne, s'est fait une spécialité de l'illustration du folklore, en particulier pyrénéen.

Ici, la légende basque des Laminak (pas de s au pluriel en basque), ces petits êtres qui vivent la nuit, reclus dans les grottes, auprès des sources et des rivières. Charpentiers, maçons, avec les pieds palmés... ils font penser aux cagots de Lectoure, une autre histoire, bien réelle celle-ci, que Pertuzé n'a pas illustrée. Dommage.

Les Laminak devaient construire le pont de Licq-Athérey (64) avant le lever du jour pour que leur soit offerte la plus jolie fille du village. Qui n'avait rien demandé, soit dit en passant. Quelle époque... Mais le coq a chanté trop tôt... Ouf. Les Laminak n'ont pas fini le pont mais on y passe tout de même dessus encore aujourd'hui. Allez-y voir, té !

Êtres protéiformes, plutôt mâles ici, femelles ailleurs, sirènes dans les régions côtières, elfes, gnomes, lutins ou trolls, les Laminak donnent à Pertuzé matière à création fantasmagorique. Ce nain velu et cette beauté à la coiffe phallique (qui n'est pas une légende mais une étrange tradition vestimentaire basque au 16ième siècle) illustrent également l'article de wikipédia à découvrir ici https://fr.wikipedia.org/wiki/Lamina_(mythologie).

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Publié le 5 Février 2024

LA CULTURE DU PARTAGE

contributeur wikipedia - pertuzé _ morburre - reseaux sociaux

 

"Encyclopédie collective en ligne universelle multilingue". Rien que ça !? C'est ce que dit Wikipédia de lui-même. L'autoportrait continue : "librement réutilisable" (ça c'est vrai que c'est sympa pour le blogueur que je suis) à condition de le citer, "objectif" (l'est-on jamais tout à fait ?) "et vérifiable, que chacun peut modifier et améliorer". 2,5 millions d'articles en français ! 17 000 contributeurs actifs dont Pertuzé, sous le pseudonyme Morburre (variante pour "morbleu" en gascon), jusqu'en 2020.

Notre illustrateur-auteur-chercheur consultait l'encyclopédie pour ses propres investigations.

Précisément, le dessin reproduit ci-dessus est un joli cadeau humoristique que Pertuzé/Morburre fit à un collègue-contributeur, anonyme et bénévole (c'est la règle sur Wiki), qui lui avait déniché une information rare. Une reconnaissance de dette virtuelle en quelque sorte. Jolies trompettes de la renommée...

Pertuzé contribuait activement, avec ou sans illustrations, à partir de ses acquis documentaires, à la rédaction de nombreux articles parmi lesquels ceux concernant Lectoure bien sûr, les Lactorates gallo-romains, les autels tauroboliques, la fontaine Diane, la fin de la maison d'Armagnac, Bladé mais également ceux que ses goûts éclectiques le conduisaient à illustrer ou à complémenter, les bersagliers, le jazz, le cinéma, les Pyrénées...

Concernant l'histoire récente de Lectoure, il faut mentionner l'article sur l'inventeur de la photographie couleur, Louis Ducos du Hauron (voir ici) que Pertuzé développe en 2017, un illustre qui ne sera honoré à Lectoure qu'en 2024. Ou encore l'article consacré au peintre Charles Naillod (voir ici) que Pertuzé initie en 2013, lectourois sur la fin de sa vie et que l'on redécouvre heureusement aujourd'hui.

Ci-dessous, deux exemples d'illustrations wikipédiennes très originales, non connectées à Lectoure, signées Morburre, avec les liens correspondants, sans que l'on sache dire ce qui a conduit notre illustrateur à s'intéresser à ces sujets, ponctuellement peut-être.

Passo di corsa, caricature d'après Fanfara bersaglieri di San Donà di Piave. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bersagliers

La Mariée morte, ou La Morte Fiancée, légende juive remontant au XVIe siècle. https://fr.wikipedia.org/wiki/La_Mari%C3%A9e_morte

 

Concernant les contributions de Morburre à la rédaction même de ces articles de l'encyclopédie en ligne, outre Ducos du Hauron et Charles Naillod cités plus haut, prenons un seul exemple. Il nous ramène à l'histoire de Lectoure bien sûr.

Si Morburre/Pertuzé n'a pas initié lui-même l'article Musée Eugène-Camoreyt de Lectoure (voir ici) créé par un certain Polmars en juin 2011, il intervient dès février 2012 et à partir de ce moment, à de nombreuses occasions. Il développe en particulier le paragraphe consacré aux cultes païens, qu'il érigera en janvier 2013 en un article spécifique Autels tauroboliques de Lectoure (voir ici). Cette copie d'écran (détail) de l'historique de l'article consacré au musée démontre la progression minutieuse de cette communication. Le wikipédien est précis et persévérant.

La copie d'écran peut être agrandie par un clic droit

Pertuzé effectue, à partir de sa documentation personnelle, que l'on peut imaginer riche, une mise en forme intelligible et accessible, ce qui manque souvent à la science historique (mais l'histoire est-elle une science ?) de l'état des connaissances à un instant T. Il illustre ces articles où il est expert et principal contributeur de fait, de ses propres photos, de grande définition. Les autels tauroboliques en particulier y sont intégralement présentés avec en regard les inscriptions latines et leur traduction. Alors, ce n'est plus l'artiste qui nous ravit mais le communicant, le passeur qui nous étonne.

Notons ici une anecdote. Pertuzé se fâchait méchant quand on osait dénier à Lectoure la place de première collection d'autels tauroboliques ah mais !...

Cependant on ne le redira pas assez, Pertuzé intervient bien au-delà de Lectoure. Il faudrait recenser tous les articles de wikipédia auxquels il a contribué, je crois qu'on serait étonné.

La disparition de Jean-Claude Pertuzé en 2020 a fait l'objet d'un très grand nombre d'hommages appuyés de ses collègues contributeurs qui prouvent l'importance de son investissement et sa place éminente dans cette exceptionnelle entreprise collective du savoir en ligne. Pertuzé avait trouvé là une sorte de famille intellectuelle, une communauté du savoir partagé, et pourquoi ne pas dire une véritable vocation ?

                                                                                  Alinéas

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Publié le 29 Janvier 2024

N° 10

Revenons au folklore. Ahhh mais ! Il n'y a pas que Bladé dans le folklore ! Quand Pertuzé, modeste, dit que le conte n'a pas besoin de l'illustration, c'est pour rire peut-être !!!

Notre Lectourois est aussi auteur et illustrateur de son propre chef. Prenons Rampono (Ed. Loubatières 1992). Voilà une merveilleuse création. L'histoire est drôle, pleine d'enseignements, pas toujours moraux mais on ne va pas demander la lune à un conteur !? Quoique.

L'illustrateur s'est fait plaisir, et à nous aussi, en disposant de géantes illustrations dans la page, dessin et composition typographique se mariant à la perfection.

- Oui, oui, balbutia Madame Bourrisson. Vous n'êtes pas Rampono, quand même ?

- Et qui d'autre ? tonna la voix. Bon, je n'ai pas de temps à perdre, de quoi s'agit-il ?

- Toinou ne veut pas manger sa soupe... Alors j'ai pensé... j'ai cru que... Mais c'est fini, il va la manger, il la mange. N'est-ce pas Toinou ?

J'aime beaucoup la poule, le grattoir à chaussures (vues les pompes de Rampono !!!) et le cœur sur le linteau.

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Publié le 22 Janvier 2024

N° 9

Après les Beaux-arts, Pertuzé a commencé à travailler dans une agence de publicité. C'est l'âge d'or de la créativité. Jacques Séguéla à la manœuvre.

Voilà un modèle du genre. 100% Pertuzé. Jargon de publicitaire : illustrateur pardi, mais aussi concepteur, rédacteur, typographe, sujet, objet, modèle, testimonial, preuve, estampille... La totale. Bon d'accord, une petite place pour l'annonceur. Mais petite alors...

Du grand art. Chapeau l'artiste ! Euh... oui, oui, béret...

 

 

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Publié le 16 Janvier 2024

N°8

Erotisme "agricole" ? L'expression est de l’illustrateur lui-même. Qui n'a sans doute pas voulu faire œuvre... culturelle. Agricole parce qu'il se racontait, et se raconte peut-être encore dans les cours de ferme, pendant les travaux des champs où se retrouve la fine équipe, ou bien à la cave devant un petit verre de rosé, ou deux, ces blagues qui mettent dans le même sac à gauloiseries, oups que dis-je ? à gasconnades, le curé, le bourgeois, l'innocent du village ou la professionnelle. Pertuzé ne fréquentait pas les corps de garde et les amphithéâtres de fac de médecine mais c'est du même tonneau.

Aujourd'hui la trilogie à succès Galipettes, Culbutes et Capotages aux éditions Loubatières serait désignée à la vindicte des ligues de vertu. L’œuvre de Pertuzé pourrait bien finir sur le bûcher. La femme n'y est pas toujours finement traitée. Mais remarquez bien, l'homme itou. "Him too" en novlangue. Pertuzé se lâche.

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Publié le 9 Janvier 2024

N°7

Pertuzé nous avouait ne pas être trop "botanique". Il se souvenait toutefois d'une sortie scolaire sur le ruisseau de Foissin, sous la houlette de Mr Féral, professeur au Maréchal Lannes (l'ancien, oui l'ancien lycée pas l'ancien Maréchal), pendant laquelle on étudiait en détail le Carex pendula, la Laîche pendante en langue vernaculaire. A plus de 50 ans d'intervalle, pas botanique peut-être mais bonne mémoire c'est sûr.

Cependant et quoi qu'il en dise, les illustrations de l'ouvrage "Activités nature pour les 5-8 ans" de Frédéric Lisak aux éditions Casterman, sont une vraie merveille. Celle-ci par exemple, illustre un jeu très excitant, qu'en pensez-vous ? : s'approcher d'un arbre les yeux bandés, toucher, sentir, la forme, l'odeur, la texture... et puis s'en éloigner, libéré du bandeau, et essayer de reconnaître le sujet, à distance cette fois, parmi tous les autres arbres. Une façon très sensitive d'apprendre la nature. Ça vaut mieux qu'une console de jeu.

Dans la catégorie Nature, il y a aussi "l'Herbier érotique" de Bernard Bertrand aux éditions Plume de carotte, si finement illustré. Mais là, ce n'est pas un jeu d'enfant...

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Publié le 3 Janvier 2024

 

aguilhoners - guilloné - pertuzé - chanteurs gascogne avent noel - premier de l'an - bonne année

A l'occasion de l'hommage qui sera rendu à Pertuzé en mai prochain dans sa ville de Lectoure, nous sommes heureux de vous souhaiter une bonne année avec cette superbe illustration des aguilhonèrs en train de pousser leur aubade devant la porte que l'on a bien voulu leur entrouvrir dans la nuit glaciale. Oui, c'est vrai, les superlatifs reviennent souvent dans cette série de chroniques consacrées à notre illustre illustrateur. Superbe, magnifique... Mais vous ne trouvez pas qu'il le mérite ? Sur le thème de la musique cette fois-ci.

Les aguilhonèrs sont ces groupes de jeunes gens qui allaient autrefois, pendant la période de l'Avent, de maison en maison, pour demander, en chanson, des victuailles, noix, œufs, farine, voire de l'anis et des citrons, qui leur permettaient de confectionner le pain qui serait béni pendant la messe de Noël. On pense que leur nom vient du grand bâton qu'ils tiennent, sorte de pique-bœuf, et qui sert éventuellement à se battre car les bandes rivales se croisent en chemin et peuvent alors être tentées de se dégourdir... Si on ne leur ouvre pas la porte d'ailleurs, le chant traditionnel peut aussi tourner au charivari, qui est une autre façon d'orchestration, quelque peu désordonnée et cocasse celle-là. Dont je ne vous dis pas les paroles... Restons classique.

 

 

 

e Gascon aime chanter. Et danser. Pertuzé je ne sais pas, mais il dessine joliment bien la musique gasconne. Cependant, on apprend dans un portrait qui lui a été consacré* qu'il aimait travailler dans son atelier, au calme, au fond du jardin, sur des accents "Jazzy" nous dit-on. Tiens, voilà qui nous fait faire un petit détour sur les chemins des musiques du monde. Car notre illustrateur n'est pas limité par le périmètre musical Pyrénées-golfe de Gascogne-Garonne. Pertuzé est passé à Jazz in Marciac, bien sûr. Pris sur le vif, ce croquis-caricature réjouissant du clarinettiste de réputation internationale Jacques Gauthé, encore un Gersois , en 1991, en est le témoin.

pertuzé - marciac - larinestiste - gauthé

 

Autre registre, mais ne me demandez pas comment ni pourquoi Pertuzé illustre l'article de Wikipédia consacré au film Un violon sur le toit. Un violoniste, perché sur un toit, tente de jouer un air de virtuose tout en maintenant son équilibre. L’image est inspirée des tableaux de Marc Chagall. C'est le Juif moyen d’Europe de l'Est, confiné au 19ième par l'empire russe entre la Lituanie et l'Ukraine (tiens, tiens...), vivant bon an, mal an dans son petit village, parfois depuis des générations, en se raccrochant à ses traditions.

pertuzé - violon sur le toit - violoniste - wikipedia

 

Revenons en Gascogne. Pertuzé a plusieurs fois illustré et réemployé l'histoire de son ancêtre Berdolles, joueur de vielle à ses heures. Histoire vraie qu'il situe autour de la Révolution. Alors qu'il était employé à faire danser une noce du côté de Fleurance, le bal terminé, Berdolles dut rentrer chez lui, à Lectoure, tard et de nuit. En traversant la grande forêt du Ramier, sentant une présence derrière lui, il se retourna et vit qu'il était suivi par le loup. Tremblant de peur, il eut la présence d'esprit de marcher en jouant de son instrument, ce qui intrigua la bête et la tint à distance. Arrivé chez lui, le pauvre musicien pris de fièvre, mit trois jours à s'en remettre et à pouvoir conter son étonnante aventure. De l'intérêt de savoir jouer d'un instrument. Mais peut être l'effet de magie est-il lié à la seule vielle ? Il eut fallu renouveler l'expérience avec le pipeau ou l'harmonica...

loup - vielle - berdolles - pertuzé - foret du ramier - lectoure - fleurance

 

Enfin, pris dans le mouvement de renouveau occitan dans les années 70, dont il est lui-même une icône avec sa BD Les Contes de Gascogne, renouveau en particulier de la musique et de la chanson traditionnelle, l'artiste lectourois illustra magnifiquement la pochette du disque Tresòrs Gascons rassemblant les interprètes et les groupes vedettes de l'époque, Los de Nadau (devenu Nadau tout court, il remplit encore 50 ans plus tard, les salles géantes, Olympia, Zénith, les églises, les placettes de villages, surtout de Navarre mais de France aussi), Perlinpinpin fòlc, Ferrine flòc et Henri Laffont. Pertuzé imagine ce couple de jeunots, déterminés face à l'apathie ambiante, en blue-jeans et Clarks, décontractés, lui cheveux longs mais béret tout de même, elle cheveux défaits, faisant la leçon à l'ancien :

- Non Papi, ce n'est pas vieux, c'est la musique de notre terre. Écoute. Tu entends ça ?

folklore gascon - folklore occitan - perlinpinpin folk - ferrine floc _ henri laffont - nadau - los de nadau - pertuzé

 

Tiens, en voilà un petit morceau : Carnaval Qu'es Un Brave Omi

                                                                                   Alinéas

 

SOURCES :

L'extrait de la chanson La guilloné est tiré du recueil Poésies populaires de Gascogne de Jean-François Bladé, T2 Ed. Maisonneuve 1882.

* 50 têtes d'affiches en Midi-Pyrénées, Collectif. Editions Bahia Presse. 1994

- Le clarinettiste Jacques Gauthé https://fr.wikipedia.org/wiki/Jacques_Gauth%C3%A9

- Un violon sur le toit https://fr.wikipedia.org/wiki/Un_violon_sur_le_toit

- L'histoire de l'ancêtre vielleux : http://lactorate.over-blog.com/2019/12/le-vieux-menestrel.html

 

 

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Publié le 20 Décembre 2023

 N°6

NOËL VERSUS SABBAT

Il est impossible de vous proposer les premières vignettes de cette BD. Ce n'est pas le Noël familial, tendre et rassemblé que l'on aime, mais l'instant jaloux de la méchanceté et de la profanation qui n'en démordent jamais. Passeur de légendes et de traditions, notre illustre illustrateur a dessiné "La nuit de Noël", ce conte gascon de Bladé terriblement noir, né à l'époque où le diable osait s'approcher à peine à un vol de corbeau de la ville pour y dire sa male messe. Mais ce temps est-il vraiment révolu ?

Aussi, pour ne pas troubler l'ambiance de la douce et sainte nuit, nous avons choisi pour cette dernière Pertuzé de la semaine en 2023, la dernière vignette de la BD, où tout est redevenu serein sur le Bastion. Sonnent les cloches de Saint-Gervais Saint-Protais, enfants martyrs des temps barbares. Té, mai petits mainatges !* Les flambeaux se rassemblent sur le parvis. Éteignons l'éclairage public et vous verrez que rien ne change ici. Envers et contre le malin.

Bon nadau !

* Tiens, encore des petits enfants !

 

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Publié le 18 Décembre 2023

 

" C'est le plus beau, le plus noir, le plus désespéré des contes que je connaisse. Rien n'y est raconté, et tout y est dit. Pour quelle morale, pour quelle leçon ? Garçons, défiez-vous des filles, filles, ne demandez point la lune, au risque de ne rien avoir du tout ? Allons donc ! La question n'est pas là. Tout le monde sait déjà cela, et personne n'empêchera jamais les filles de demander, ni les garçons de courir. On sent bien que quelque chose cloche : un conte sans happy end, ça n'existe pas. Et les spécialistes vous le confirmeront, ce conte n'existe pas.

Le coupable s'appelle Zéphyrin. Comme son prénom l'indique, Zéphyrin est trop longtemps resté exposé au grand vent qui tourne la tête et les idées".

Coupable ou victime ! C'est ainsi que Pertuzé analyse l'échec, l'assassinat s'il y faut un drame, de Jean-François Bladé, prénommé Zéphyrin à l'état civil, qui avait tout pour être un grand écrivain et ne fut qu'un collecteur de légendes, "fidèle sténographe, scribe intègre et pieux" ce sont ses propres termes. Nous empruntons l'image d'un crime à Saint-Exupéry : "C’est un peu, dans chacun des hommes, Mozart assassiné".

Jean-Claude Pertuzé baigne dans l'univers bladéien depuis son enfance. Notre illustre illustrateur est décrit par ses camarades de jeunesse comme très bon élève particulièrement en français et en histoire. Pourtant c'est décidé, il choisira les beaux arts. Ainsi, y a-t-il un parallèle évident, une filiation entre ces deux lectourois à la différence près que Pertuzé lui, choisira librement son chemin, ce que Bladé se verra refuser ou bien refusera de son propre chef, pourquoi serait-ce toujours la faute des parents ? Et cette filiation, par conséquent imparfaite comme toutes les filiations, conduira Pertuzé à exposer sa théorie, son exégèse, sur la carrière contrariée de Bladé.  Dans le recueil "Jean-François Bladé - Les nouvelles", dans une introduction fouillée et argumentée, Pertuzé décrit la trajectoire chaotique de Bladé, parti sur les chemins de la bohème parisienne et rappelé par son notaire de père, qui tient la bourse, pour prendre la suite de l'étude lectouroise, raisonnablement, bourgeoisement, obscurément pourra-t-on regretter, au regard de l'imagination lumineuse du fils prodigue.

 

Martin Guerre, Abd-el-Kader, un éléphant ivre rue Nationale et le bourreau malgré lui...

Les nouvelles recueillies et illustrées par Pertuzé ont été publiées entre 1856 et 1860, essentiellement dans la Revue d'Aquitaine. Ce sont les seuls textes de Bladé vraiment personnels, même si la trame, le prétexte ou la source peuvent être recherchés chez d'autres auteurs, anciens et souvent oubliés. Une réécriture qui n'est pas un plagiat car la trame est adaptée, le style très riche, enlevé, moderne comparativement, et laissait augurer, regrette Pertuzé, un grand talent.

Le vrai et le faux Martin Guerre s'affrontent.

Gérard Depardieu en faux Martin Guerre a donné un visage, dont Pertuzé n'a pas voulu s'inspirer ci-dessus, à cette histoire d'imposture dans les Pyrénées du 16ième siècle. D'autres auteurs célèbres l'ont évoqué, Montaigne vingt ans après les faits, Alexandre Dumas en 1846, mais Bladé l'a exhumée directement du compte-rendu de Jean de Coras, le juge toulousain ridiculisé pour avoir donné droit à l'imposteur juste avant le coup de théâtre du retour du vrai Martin Guerre.

Dans une autre nouvelle trouvant un certain écho dans l'actualité du temps, le chef algérien Abd el-Kader donne du fil à retordre au maréchal Bugeaud, Bladé invente une sorte de Tartarin, culturiste sinon cultivé, rêvant de soumettre l'émir pour gagner la croix d'honneur et rentrer "dans mon village habillé en spahi, en attendant que le conseil municipal fasse tirer mon portrait pour une salle des illustres qui enfoncera celle de Lectoure, malgré le tableau du maréchal Lannes et celui du baron Dupin en culotte de fer-blanc".

Si les noms sont changés, les lieux, les références historiques de ces nouvelles sont souvent celles du Lectourois, de Bladé enfant ou de Bladé devenu personnalité officielle par diktat paternel, avocat puis juge suppléant, mais qui, nouvelliste à ses heures et de plus en plus souvent, secrètement on l'imagine, prenant à peine la précaution de brouiller les pistes, ne peut résister au plaisir de brocarder les institutions, les voisins, la bonne société, qui ne lui pardonneront pas cette liberté de ton. Un éléphant enivré de vin nouveau qui s'échappe et sème la panique entre la Place d'armes et la halle, ridiculisant le cordonnier, l'aubergiste, le capitaine de la Garde nationale... Un charivari pour bafouer l'épicier du quartier battu par sa femme... Bref Bladé distribue les banderilles. Une iconoclastie qui amuse Pertuzé.

Cependant, l'auteur peut parfois devenir grave. On sait qu'il raconta, ailleurs, avoir dialogué, encore enfant, avec l'inquiétant Rascat, le bourreau retraité hébergé un temps dans la tour d'angle des remparts de Lectoure. A t-il gardé de cette étonnante conversation une indulgence peu commune à l'époque, pour l'homme fragile qui se cache derrière l'exécuteur des hautes œuvres ? Ce récit d'un autre bourreau qui lie amitié avec un jeune étudiant toulousain est émouvant. L'auteur parodique sait se faire romantique.

Au total, Pertuzé rassemble et illustre onze nouvelles, baroques, cocasses ou bien poétiques.

En 1869 Bladé quitte Lectoure pour Agen. Commence alors la collecte des contes de Gascogne.

 

Can the "Peasant" Speak?

Est-ce qu'un paysan, ça parle ? La réponse à cette question, provocatrice et arrogante, est "non" ! Question et réponse par l'auteur d'une thèse en ethnologie, William Pooley, soutenue en 2010 devant l'Université de l'état d'Utah (USA), ce qui prouve pour le moins que le sujet est actuel et d'importance planétaire, mazette ! Sans rentrer dans le détail, la thèse pèse 160 pages in english please !, l'argumentaire du thésard d'outre-Atlantique est le suivant : Bladé n'a pas suivi une méthode scientifique. Ses informateurs appartiennent à son périmètre familial et voisin. Le vocabulaire est trop choisi pour être populaire, et donc pour être honnête académiquement parlant.

Cette critique du travail de Bladé folkloriste n'est pas nouvelle. A vouloir trop souvent se prétendre "scribe intègre et pieux", notre Zéphyrin a depuis longtemps suscité le doute. Et Pertuzé ne conteste pas la thèse : "Des contes beaux et purs, si beaux et si purs que c'est trop beau pour être vrai. Décortiquer, analyser, comparer : tout cela a été fait, refait, vérifié et recoupé, et même pour ses plus fidèles admirateurs (dont je suis, contre vents et marées, on l'aura compris), tous les indices concourent à cette vérité, Maître Jean-François a certes recueilli des contes populaires, mais il a beaucoup pêché par collage, coupage, rabotage, et surtout par invention pure et simple. Ce qui pourrait être véniel en matière de conte, l'imagination ayant tous les droits, mais qui est condamnable lorsque l'"auteur" se défend d'avoir commis ce genre de délit, et qui plus est, accumule de fausses preuves de son absolue innocence".

Mais alors ? Finalement, ce n'est pas une simple collecte, un recensement de récits traditionnels mais bien une véritable création littéraire ? Génial ! Inavouée ? Et tout de même à moitié pardonnée !

 

Bladé notable, dans sa bibliothèque de recueils de jurisprudence, et son double, Bladé artiste, auteur, inspirant sa prose.

Oui Bladé est pardonné. Car, sait-il cet ethnologue américain que nous avions tous encore il n'y a pas si longtemps une grand-mère, un vieil oncle ou un voisin intarissable en matière de fées, de messes noires et de loups dotés de la parole ? C'est très commun ici. Pourquoi faudrait-il établir un panel représentatif de la population et des questionnaires normés pour collecter ce que l'on trouve au coin de la cheminée et dans les greniers dans chacune de nos maisons de famille ?

Le fait est qu'on se demande encore pourquoi Bladé a voulu donner le change. Le qu'en-dira- t-on ? Son père ? Sa femme ? Un vieux fond de pruderie protestante... Il est assez timide également en matière d'érotisme.  Le Quercynois  Antonin Perbosc ne se gênera pas lui. Et Pertuzé non plus.

Avec un peu plus d'ambition, nous aurions eu ici notre Georges Sand d'Occitanie, notre Alphonse Daudet de Lomagne, notre Henri Pourrat lectourois, collègues folkloristes qui tous ont pioché sans vergogne dans les légendes et les traditions régionales pour faire revivre in extremis, et avec un talent les inscrivant au panthéon de la culture française, un monde en train de disparaître et n'était-ce pas là l'essentiel ?

Mais, mis à part les thésards discutailleurs, le travail de Bladé est aujourd'hui cependant reconnu et apprécié à sa juste valeur. Ce n'était pas évident il y a à peine quelques décennies. Pertuzé raconte qu'en 1952 un professeur de français allemand, traducteur des Contes de Gascogne dans la langue de Goethe, Konrad Sandküler, en pèlerinage à Lectoure, fut atterré de ne trouver aucune trace de la reconnaissance officielle de la ville envers son enfant. Nul n'est prophète en son pays. Ce n'est qu'un peu plus tard que l'on donnera son nom à la petite place qui jouxte sa maison natale. Voir ici notre alinéa sur le joli jardin Bladé. Et dans les années 90, une école primaire prit son nom. Un déménagement récent de cet établissement scolaire vers la ville nouvelle fait craindre un recul de Bladé dans la hiérarchie de nos illustres. Il avait raison notre ennemi d'Abd el-Kader d'ambitionner de se couvrir de gloire afin de se faire portraiturer et accrocher de son vivant aux cimaises municipales.

Reste que Bladé a, non pas gravé dans le marbre, mais mieux, imprimé dans notre mémoire livresque les bacchantes du sabbat, le roi des hommes cornus, la chasse infernale et céleste du roi Artus et tant d'autres magnifiques caractères. Pour plus de sécurité, Pertuzé les a dessinés. Tout est bien.

                                                                                  Alinéas

Depuis sa création, pour respecter la tradition, ce cyber-carnet a publié chaque année à la même période, un conte. Nous ne faillirons pas. Voici ici l'intégrale du cœur mangé de Bladé. Jean-François Bladé. Le coeur mangé.

NB. Pertuzé a feint de ne pas le savoir, le conte du cœur mangé est bien connu dans de nombreuses versions occidentales, orientales et nordiques. Mais, contrairement à la version de Bladé, sa structure de base met en scène un triangle amoureux. L'amant se fait toujours tuer à la fin et, par ruse, le mari fait manger le cœur du défunt amant à sa femme. Encore une fois par pudeur ou pour éviter un sujet scandaleux peu goûté dans la Gascogne du 19ième, Bladé et ses sources auront édulcoré ce scénario immoral.

 

ILLUSTRATIONS PERTUZÉ

- 1ière et 4ième : Les contes de Gascogne. Bladé, mis en bande dessinée par Pertuzé

- 2ième et 3ième : Jean-François Bladé - Les nouvelles. Présentées et illustrées par Pertuzé.

SOURCES

- Jean-François Bladé - Les Nouvelles. Présentées et illustrées par Jean-Claude Pertuzé. Ed. Loubatières 2000.

- Can the "Peasant" Speak? Forging Dialogues in a nineteenth-century legend.
William Pooley - Utah State University

https://digitalcommons.usu.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1764&context=etd

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Contes, #La Pertuzé de la semaine

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