Publié le 22 Novembre 2022

 

 

il vous arrive de descendre pendant la nuit la rue de la Tour du Bourreau, méfiez-vous : un essaim de terreurs s'échappe incessamment de sa toiture affaissée par l'âge, comme une volée de corbeaux chassés par l'orage. Vous trouverez d'abord la place de la Barbacane nue et déserte inspirant la peur. En face, la vallée des Ruisseaux taillée à pic, profonde plus que la vue, béante comme une fosse affamée. A gauche, les vieux remparts avec leur barbe d'herbes malfaisantes, longs comme la faim de Mai, assis sur le roc verdâtre et isolé; vieillard dédaigné sur son fauteuil antique souvenir d'une période expirée; à droite, le rocher terrible et menaçant comme un fauve, la Croix-Rouge sur les épaules; puis le cimetière qui se développe allongé sur la pente avec sa coiffure d'arbustes funèbres, de croix noires, et de pierres sépulcrales debout sur les pauvres morts. Elles prennent les allures de fantômes en mouvement dès qu'un rayon de lune se traîne au milieu d'elles en s'échappant des nuages pluvieux poussés par les vents.

La tour, assise sur les lèvres du vallon, massive et sinistre, tachée de lierre, avec ses moellons disjoints et mordus de la dent des siècles, grâce à sa lucarne constamment ouverte, ressemble à un aigle déplumé, à jeun, qui épie sa proie.

Le tertre de Vaquier tout pareil, solidement planté de l'autre côté de la vallée, se dresse comme un voleur en vedette faisant le guet pour préserver son complice d'être surpris en faute.

Sur l'emplacement occupé par la tour était située, il y a des siècles, l'antre de la Sorcière : lieu redouté, maudit des Dieux et des hommes : les Chrétiens le fuyaient avec terreur pour éviter les pièges de l'Enfer... Lorsque les Consuls bâtirent les murs de défense de la Cité, ils la firent disparaître sous la tour dont ils abandonnèrent l'habitation au bourreau; car personne, lui excepté, ne l'aurait acceptée.

D'où était sortie la sorcière? Nul n'en savait rien. On racontait bien qu'elle était venue du pays des Landes; que ses aïeules, Sorcières avérées, avaient été brûlées dans ces contrées : mais sur tout cela rien de certain. Avait-elle été mariée? Personne ne connut son mari : on disait qu'un vaurien qui l'appelait sa mère fut engendré du Diable. Enfermée dans sa fente de rocher, elle n'en sortait que la nuit, comme les chauve-souris : encore avait-elle des préférences. En effet elle ne choisissait pas ces belles nuits claires et gaies où tout murmure, bruit, chante ou coasse, sur la terre et dans les eaux, dans les bois et dans les prés, oiseaux, grillons, insectes, grenouilles, crapauds, rainettes, tous également heureux de vivre; mais plutôt ces nuits affreuses où la pluie tombe drue, où la tempête affolée déchaine les éléments, où le flot des ténèbres enveloppe les étoiles , et qu'il fait noir comme dans un four fermé. Un éclair, une lueur rapide la montrait au long d'une haie ou contre une muraille; et le voyageur effrayé s'enfuyait comme s'il avait mis le pied sur une vipère dont il voulait éviter la morsure; jamais on ne vit personne franchir son seuil: peut-être les limaces, les crapauds, et les lézards; l"ouverture de son abri était d'ailleurs masquée par des orties, de hautes herbes, et des buissons que le fer n'avait jamais mordus.

Longue et maigre comme un copeau, ses cheveux blancs, sales, embrouillés, se dérobaient en désordre, sous la pression d'un mouchoir déchiré; un œil de chouette, le nez bourgeonné, la peau du cou pendante comme celle d'un coq-dinde, les lèvres serrées et velues, couverte de haillons crasseux, elle effrayait les bestiaux. Elle boitait par surcroit.

 

Suivant les mauvaises langues, elle prenait les formes de chat, de loup, de serpent; elle volait comme une hirondelle sur un manche à balai, ensorcelait gens et bêtes, et leur jetait la maladie ou la mort à son gré: elle déchainait les orages ou les apaisait, provoquait les vents, les grêles ou la sécheresse, en pliant seulement le bout du doigt. On l'accusait d'avoir pactisé avec Lucifer qui lui avait communiqué sa puissance de nuire. Pour une fois, les mauvaises langues avaient dit la vérité, mais en partie seulement. On ignorait, en effet, que lorsqu'elle s'oignait de certains onguents, huiles et compositions préparées en Enfer, elle pénétrait dans les maisons sans être vue, se changeait en oiseau, loup-garou, brebis, ou en homme ou en enfant; et on se souvint plus tard, qu'elle avait pris, un jour, la forme d'une Diaconesse pour insulter Dieu jusque dans son Eglise. Avec cette puissance elle pouvait préparer ses méfaits bien à l'aise; voler, estropier, empoisonner vivres et boissons, faire mourir gens et bêtes, et perpétrer ses crimes en toute sûreté.

Elle fit si bien que la consternation plana sur Lectoure et ses environs: la ruine y étendit ses ravages; les bêtes étaient frappées, les gens tombaient malades sans cause apparente, et mouraient en grand nombre; les enfants se prenaient à crier tout à coup, et gémissaient jusqu'à leur dernier soupir; les Chirurgiens n'y connaissaient rien; on promena les Reliques dans les rues, on fit pénitence, on appela le Ciel en aide; et rien n'arrêtait le fléau. Dès que venait la nuit, les portes étaient fermées au verrou, on bouchait jusqu'au trou de serrures; et nul n'osait aller même derrière sa maison. La scélérate faisait encore pire si c'est possible.

Elle avait ensorcelé un grand nombre de personnes de tout âge, plus particulièrement des femmes, et elle les menait au Sabbat. Qu'était-ce donc? On le sut par hasard; et la seule pensée vous donne le frisson.

A cette époque reculée, alors que le Ramier n'était pas défriché, et qu'il s'étendait jusqu'au Gers, sur la partie déclive de la forêt, dans la direction de Bouilhas, se trouvait un grand carrefour enfoncé, pas du tout rassurant, dont les chemins se dirigeaient vers Pauilhac, Fleurance et Lectoure... et quels chemins!!! A cette époque, les bois n'étaient pas aménagés comme aujourd'hui, et l'obscurité régnait là comme chez elle en plein midi.

Un malheureux bordier de la contrée qui courait à nuit close, chercher l'accoucheuse pour sa femme en danger, aperçoit des lumières dans ce carrefour. Effrayé, il se dissimule derrière un chêne, et les regarde comme une vache contemple une porte neuve. Il aperçoit un groupe qui augmentait incessamment; les nouveaux venus arrivaient de tous les côtés; par les airs sous forme d'oiseaux sinistres sur des manches à balai, à travers les bois sous la peau de chiens, de renards, de toutes espèces d'animaux; et sitôt qu'ils tombaient sous les rayons des lampes, ils se transformaient en hommes, femmes et enfants; ils allaient baiser l'affreux derrière d'un énorme Bouc quatre fois cornu, noir de mauvaise mine, assis sur une chaire de gazon; c'était Lucifer chef des Sorciers et Sorcières, le Démon de la Luxure; et il maniait les femmes de la tête au ventre, les jeunes et jolies plus volontiers que les vielles laides, qui supportaient de fort méchante humeur la différence des procédés, puis il frottait son vilain museau sur leurs figures, en grognant, et en secouant les lèvres.../...

Qu'est ceci dit le paysan effaré? Il n'osait plus bouger ni pied ni pattes, ni seulement respirer, bien certain d'être étranglé s'il était découvert. Au bout d'un moment, tout ce monde se mit à table, hommes et femmes pêle-mêle, pour prendre part au festin. Jamais on n'avait vu des goinfres affamés dévorer tant de viandes, ni vider si prestement les pots. Les voisins en mangeant, palpaient outrageusement leurs voisines, fort peu farouches d'ailleurs. C'était hideux. Il y en avait du Marcadieu, et du Faubourg, du Mounet du hour, de Pradoulin, un joli groupe de Fleurance et des environs.

Après le repas, les femmes se mirent à danser : les unes avec des crapauds sur la tête, sur les épaules et sur les mains, des serpents autour du cou; les autres avec des chats suspendus aux jupes, à la ceinture, les bras en l'air et les jambes aussi. Elles tournaient comme des toupies: on entendait un charivari de sifflets, de flageolets, de grelots, tambours et guimbardes: puis de temps à autre, les femmes allaient baiser le bouc, et lui les appréhendaient par les seins et partout ailleurs; jamais on ne vit scène plus affreusement Diabolique.

Le malheureux bordier derrière son chêne, pâle comme une citrouille melonnée, ne respirait plus. Tout à coup les lumières s'éteignirent; on ne vit plus que l'obscurité. Mais on n'entendit bientôt pétiller les bruyères, comme si elles étaient foulées, des chuchotements, des rires, de petits cris, des soupirs et des plaintes, les embrassements bruyants retentir sur la peau, sur les lèvres échauffées, sur les seins prostitués, que sais-je encore... le triomphe du Bouc impur... une scène de chenil!!! Et personne n'appela au secours ! au milieu de ces horreurs, le paysan, plus mort que vif, s'enfuit au galop; la peur lui prêta des jambes; il volait plutôt qu'il ne courait. En arrivant chez lui, il tomba inanimé. On lui vint en aide; et il reprit ses sens. Lorsque vint le médecin il lui raconta, terrifié, ce dont il avait été témoin. La révélation fut bientôt ébruitée.../...

Les magistrats du Sénéchal tendaient leurs longues oreilles un peu de tous côtés; il y perdirent leur latin; l'écheveau était trop embrouillé pour ces têtes vides. Embarrassés et soucieux, ils appelèrent à l'aide leurs collègues du Parlement de Bordeaux, et un Capucin de Toulouse, très savant, à l’œil un peu oblique, Inquisiteur renommé, qui déjouait depuis trente ans les combinaisons de Lucifer, sa très vieille connaissance...

On fit comparaitre toute la contrée, hommes, femmes et enfants. Quelques-uns mentirent, d'autres hébétés ne dirent que des sottises. On délia la langue des têtus à l'aide des Fers chauds et des Bottines à écrou. On griffonna trois charretées de papier, on récita des oremus, on chanta des psaumes contre Satan, l'eau bénite fut prodiguée, et un rayon de vérité traversa par hasard ces obscurités qui n'eurent que la clarté d'une aube du mois de décembre. Il est vrai qu'on trouva la sorcière marquée sous les aisselles??? Il y eut une magnifique procession jusqu'au bas de la Côte, avec Carmes, Capucins et tous les Religieux des Couvents de la ville...

La Sorcière fut saintement brûlée, avec quelques complices des deux sexes, sur le plateau de la Marque, et leurs cendres jetées aux vents; on chanta le Te Deum en plein air, et sur la place du bûcher fut édifiée une Croix qui existe encore...


Le Démon échaudé s'enfuit du Ramier, et prit définitivement domicile vers la montagne.
Il n'y a plus de Sorcières aujourd'hui: les Alphabets les ont peu à peu supprimées. Les maladies de la vigne doivent achever l’œuvre; et cependant le Sabbat dure encore; de jolies charmeuses ont pris leur place. Lucifer subtil et main-croche a changé ses batteries, et nous prend à d'autres pièges, bien préférables sur ma foi.

Avez-vous remarqué le Dimanche, aux environs de l'Eglise, une fillette de dix-huit ans, de taille élégante, droite comme un lys épanoui, souple comme un osier; elle avance légère ainsi qu'un souffle de zéphir sur ses pieds grands non plus que des amandes du mois d'août, parée et proprette dans sa jupe couleur lilas; un brin de fleurs dorées brille sur sa poitrine, comme un timide rayon de soleil, entre deux pommes d'api dont la résistance s'affirme sous le voile d'un fichu soyeux. La tête, parée d'une lourde couronne de cheveux noirs savamment agencés, balance gracieusement sur un cou d'ivoire les pointes aux couleurs éclatantes d'un ruban justement fier de les retenir. Elle regarde avec des yeux vifs et caressants, ombragés de longs et gracieux sourcils; le nez délicat assis entre deux grenades rosées avec ses ailettes agitées, ressemble à un nid de petits Amours chatouillé par ses hôtes; et lorsque les baisers de ris entrouvrent une jolie bouchette pétrie de feuilles de roses, on voit scintiller deux rangées de petites perles et diamants dont les étincelles pénètrent jusqu'au cœur troublé. Oh! alors, fuyez au plus vite, appelez au secours !!! le Démon vous épie, et gare au Sabbat!!!

 

                                                               Alcée Durrieux

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Récit tiré de "Las Belhados de Leytouro" "Les Veillées de Lectoure", 1889, réédition Editions Lacour 2003. Gascon et Français.

Nous avons respecté l'orthographe et la ponctuation de cet ouvrage.

Alcée Durrieux est né en 1819, au pied de Lectoure, au quartier des Ruisseaux. Monté à pied à Paris, il devient un avocat renommé. Il participe aux réunions de l'association des gascons de Paris, La Garbure, où il intervient régulièrement. Les Veillées de Lectoure sont le recueil de ces chroniques.

Alcée Durrieux est également connu pour avoir réédité heureusement son compatriote Pey de Garros, considéré aujourd'hui par les spécialistes comme l'un des rénovateurs de la langue gasconne, et traduit son frère Joan de Garros.

Concernant le phénomène de la sorcellerie, il faut évidemment mentionner les Contes de Gascogne, collectés par Jean-François Bladé. Et l'ouvrage de Jean-Claude Ulian, illustré par Jean-Claude Pertuzé, Sabbats et sorcières de Gascogne, Editions Loubatières 1997.

 

ILLUSTRATIONS :

De tous temps, le sujet est abondamment illustré. Les traités médiévaux de médecine et de religion comportent des enluminures et des gravures qui fixent les standards du registre : le balai, le bouc, les chimères, l'orgie, le festin, la gestuelle obscène...

Les périodes de la peinture contemporaine depuis la Renaissance jusqu'au proche Symbolisme ont permis que les artistes bénéficient d'une grande liberté d'expression que la vindicte publique cautionnait. La nudité, voire la sexualité débridée, exaltées par le théâtre de la nature sauvage, la perspective aérienne, l'ambiance nocturne, autant de contextes qui ont permis de développer, souvent avec talent il faut en convenir, un certain idéal de la plastique féminine, vue le plus souvent par des artistes masculins, participant évidemment ainsi au sexisme tragique du phantasme de la sorcière, désignée instrument des visées du Maître des ténèbres, et pour cela longtemps persécutée. 

Pour cet alinéa et dans l'ordre, nous avons emprunté aux artistes sui- vants :

  • Luis Ricardo Forlero, Sorcières partant au sabbat
  • Franscisco Goya, La Conjuration
  • Anonyme, Russie pittoresque, Sorcière
  • John Faed, Tam O' Shanter And The Witches
  • Pablo Agüero, Les sorcières d'Akelarre, film, copie d'écran
  • Natale Schiavoni, portrait d'une jeune italienne.

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 8 Novembre 2022

 

Appelé "Piquette" par ses camarades, ce jovial Poilu de 14-18 doit son surnom au métier de maître de chai qu'il exerçait aux établissements Groscassand de Fleurance. Ayant déjà servi sous les drapeaux avant le conflit, il a le grade de sergent à la déclaration de guerre. Ses qualités et son action lui valent d'être nommé adjudant à peine un an plus tard. Entre 1915 et 1919, il sera cité trois fois, à l'ordre de l'armée et du régiment. Voici la dernière citation : "Chef de section qui a fait preuve du plus grand courage au cours des derniers combats. Le 2 octobre 1918, a brillamment conduit sa section à l'assaut sous les feux violents de mitrailleuses, s'accrochant au terrain et progressant malgré les nombreuses pertes subies." On le voit ici en famille, lors d'une permission en 1917. Démobilisé à l'armistice, il meurt en 1920 des suites de la guerre, comme beaucoup d'autres, atteints physiquement, blessés, diminués, et psychologiquement abattus. Il est déclaré Mort pour la France, parmi les 119 Fleurantins inscrits sur le monument de la Commune.

Voilà une histoire, simple, poignante et dramatiquement illustrative de la ponction que la "grande guerre" a opéré sur la population des jeunes hommes partout en France, avec ses conséquences dramatiques sur la population civile, sur l'économie, sur la santé qui seront douloureusement mesurées pendant plusieurs années, jusqu'au drame suivant... Une histoire parmi les nombreuses que racontent les frères Xavier et Elian Da Silva, concepteurs du Musée des Anciens Combattants pour la Liberté installé à proximité de Fleurance, en direction de Mauvezin. Ils sont également rédacteurs de deux recueils, "Visages des combattants - Fleurance 1914-1918" et "Visages de combattants - Fleurance 1939-1945". Les galeries de portraits de ces deux ouvrages qui évoquent aussi bien les Morts pour la France que les blessés, les appelés, les résistants, les soignants, le clergé, les élus enfin, sont un magnifique hommage aux Fleurantins de l'époque, au courage et aux faits d'arme, et une mine d'informations pour alimenter le travail de mémoire qui s'impose. Un travail pour l'Histoire, avec un grand H.

Ce n'est ni Confucius, ni Marx, ni Churchill comme on le lit souvent, qui se sont néanmoins, bien sûr, exprimés sur l'idée, mais le philosophe Georges Santayana (1863-1952) qui nous a alerté : " Ceux qui ne peuvent se souvenir du passé, sont condamnés à le répéter " (The life of reason). Pendant trente ans, la génération d'après-guerre, la seconde du siècle, a vécu dans l'illusion d'une paix et d'un bien-être qui pouvaient sembler définitifs, en Europe du moins. L'éclatement de la Yougoslavie dans les années 90 et aujourd'hui la guerre en Ukraine montrent que le feu couve très près de nous.

Le musée des frères Da Silva embrasse les trois guerres franco-allemandes de 1870, 14-18 et 39-45. Malgré une surface d'exposition relativement réduite, sont rassemblés ici de nombreux témoignages des combats qui ont opposés les deux pays et entrainé le monde entier dans le conflit : uniformes, armement, coupures de presse, photos de famille, objets personnels... Les pièces exposées proviennent autant d'acquisitions par les propriétaires du musée, que de sauvetages in extremis de la décharge publique (!) et de donations par les particuliers, heureux de voir la mémoire familiale trouver un espace de conservation, de mise en valeur et de pédagogie. Et en effet, les établissements d'enseignement de la région sont nombreux à profiter du lieu et de la richesse de sa collection pour aborder avec la génération montante les causes et les conséquences des trois conflits. Marc Bloch, historien, résistant assassiné en 1944 par les allemands, analysait le phénomène, dans L'étrange défaite : " Or, tout professeur le sait bien, et un historien, peut-être, mieux que personne, il n’est pas, pour une pédagogie, de pire danger que d’enseigner des mots au lieu de choses. Piège d’autant plus mortel, en vérité, que les jeunes cerveaux sont, à l’ordinaire, déjà trop enclins à se griser de mots et à les prendre pour des choses ".

Et Xavier et Elia Da Silva montrent les choses. Et les expliquent de façon particulièrement vivante. La visite du musée se déroule avec leur commentaire qui sait si bien s'adapter aux différents publics, susciter les questions, aller à l'essentiel  qui est la vie du combattant, la peur, le courage, la blessure, l'évènement imprévu, l'épilogue, heureux ou malheureux. Car les cérémonies du souvenir, qui marquent au pied des monuments aux morts dans les communes de France, le temps de mémoire officiel, l'anniversaire du jour de paix, peuvent sembler à la longue pauvrement incantatoires et irréelles. Le nom des morts ne nous dit plus rien, sauf leur nombre impressionnant bien sûr. Mais il faut dire ce qui s'est passé, comment la guerre est-elle provoquée ?, le pays était-il prêt à se défendre ?, les erreurs et la lucidité du commandement, du politique, qui sont ces hommes et ses femmes venus souvent des anciennes colonies, ces alliés, qui ont pu renverser le cours d'un scénario bien mal engagé ? La Résistance également, qui tient à Brugnens une place importante, car, lors de la dernière guerre, la France étant rapidement et lourdement défaite, c'est à l'arrière que s'est préparé le renouveau, qu'ont été organisées les exfiltrations vers l'Espagne, l'Afrique du nord et l'Angleterre. Le maquis gascon, à Meilhan, à Castelnau-sur-l'Auvignon, paiera le prix fort pour que l'on se souvienne que le pays profond ne s'est pas soumis.

Il faut souhaiter que l’œuvre admirable des frères Da Silva trouve une suite. La Lomagne, le Gers et la Gascogne méritent que ces histoires vraies, ces vies et ces morts mises bout à bout, nous montrent le chemin, le chemin de l'effort et de la liberté.

                                                                            ALINEAS

 

L'UNIFORME

Le musée présente une très belle collection d'uniformes, depuis le pantalon rouge garance très beau mais très repérable, jusqu'au moderne treillis kaki en passant par le bleu horizon du poilu. Chaque évolution de la tenue du combattant est à la fois guidée par la conception d'un meilleur camouflage et par la recherche du confort et de la souplesse pour le déplacement et l'assaut.

Les uniformes ennemi et allié sont également exposés.

 

 

 

 

L'ARMEMENT

Fusils, pistolets, grenades... l'armement, léger à Brugnens pour des raisons d'espace disponible, mais impressionnant tout de même, fait apparaître de façon flagrante une évolution technique ultra rapide en moins d'un siècle. Le poilu auquel on demandait de sortir de sa tranchée pour charger à la baïonnette, à la suite d'un jeune officier sabre au clair, comme depuis le Moyen-Âge finalement, a eu à subir les premières rafales de mitrailleuses, si meurtrières.

 

LA MÉDECINE MILITAIRE

L'armée allemande se repliant en 1944, dans sa précipitation a abandonné dans une maison qu'il occupait dans le Gers un équipement infirmier jamais servi et particulièrement complet : médicaments, instruments, attelles, manuel de soins... Une pièce rare.

 

LA PROPAGANDE

La communication officielle associe de façon très synthétique d'une part la réponse au besoin de protection du faible, de la mère et de l'enfant, d'autre part le patriotisme, paix et victoire entremêlées aux nécessités du financement de l'effort de guerre. On ne peut pas reprocher cette acrobatie intellectuelle au pouvoir politique. Le temps presse et il est bien dans son rôle.

 

LA PRESSE

De l'inévitable censure en 14-18, justifiée par l'Union sacrée, jusqu'à la sinistre soumission à l'occupant allemand en 39-45, l'information devient douteuse.

 

LA FAMILLE

Loin de son foyer, le combattant espère toujours recevoir des nouvelles. Et doit en donner lui-même. Les relations d'affection prennent d'autant plus d'importance que le risque est grand. Cet officier qui vient de toucher son nouveau casque, un évènement qui n'est pas anodin dans le contexte, veut plaire et rassurer sa mère. Mais le "boche" reste son principal objectif. Voici les termes de sa lettre : " Le 1er décembre 1915. Ma chère Maman, je t'envoie une nouvelle photo de moi. J'y suis pris avec le nouveau casque, auprès d'une de mes pièces [...]. Hier j'ai tiré un obus sur deux boches qui avaient l'allure d'officiers, l'obus est arrivé en plein dessus, c'est la deuxième fois que je vois le travail que je fais, cela fait plaisir, au moins on se rend compte qu'on sert à quelque chose [...]". Capitaine Robert Ferrière, 62ème régiment d'artillerie.

 

LA VIE A L’ARRIÈRE

La monnaie officielle faisant défaut (thésaurisation de la bonne monnaie, marché noir, panique...), afin de maintenir une activité économique normale, les communes, ici Gimont, Lectoure et Fleurance, sont autorisées à émettre des coupons divisionnaires (petite monnaie). La vie continue. Il le faut.

 

DANS LE CIEL DE GASCOGNE

Ce fier résistant gascon a peut-être été doté de son pistolet automatique par un largage de matériel parachuté de nuit par l'aviation alliée en 39-45. Le container a été retrouvé plusieurs années plus tard, oublié, dans la remise de la caserne de gendarmerie de Lectoure, et offert au musée. L'histoire précise des circonstances de la récupération de ce vestige et de sa conservation n'est pas connue mais les recherches des frères Da Silva montrent que la gendarmerie était souvent de mèche avec la résistance.

 

Comment y aller ?

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 15 Octobre 2022

 

DÉBROUSSAILLER LES BERGES

DE L'HISTOIRE

 

L'histoire des moulins est très bien documentée. De nombreux amateurs font joliment revivre les moulins à vent et à eau allant jusqu'à moudre et panifier à l'ancienne. Si la meunerie et l'alimentation d'autrefois sont associées dans notre esprit, meuniers et boulangers ne doivent toutefois pas être confondus. Un patrimoine précieux est mémorisé mais muséifié. Et de fait résumé. C'est le progrès.

Alinéas ne prétend pas réécrire ce qui a été très bien écrit ici et là. Mais autour de Lectoure et parfois plus loin, il y avait quelques moulins disparus qu'il fallait dégager sous la broussaille. De plus, nous nous sommes attachés à dessiner le portrait des hommes et des femmes qui ont actionné cette mécanique. La meunerie est à l'origine de notre industrie moderne. Elle est la parfaite illustration de l'ambition et du génie de l'homme.

Voici rassemblées et accessibles par un simple clic les 18 chroniques publiées depuis 2017 sur ce cybercarnet.

 

                                                                               Alinéas

 

L'HISTOIRE

LE MOULIN DONJON voir ici

MOULINS FORTS de LEO DROUYN voir ici

 

LA TECHNIQUE

CHOIX DE L'EMPLACEMENT du MOULIN HYDRAULIQUE voir ici

LA MECANIQUE voir ici

SOURCES, RUISSEAUX, ETANGS voir ici

MOULINS A VENT et HYDRAULIQUE ASSOCIES voir ici

TOUS LES MOULINS en MODELE REDUIT voir ici

MECANISME à 2 MEULES

 

LES MOULINS DU LECTOUROIS

LE DERNIER MEUNIER de LECTOURE voir ici

MOULINS et COUTUMES de LECTOURE AU XIIIème siècle voir ici

LA RANDONNEE DES MOULINS voir ici

LE RECENSEMENT DES MOULINS DU CANTON voir ici

MOULINS DISPARUS voir ici

MOULINS DU 17ème et 18ème voir ici

 

LES HOMMES et LES FEMMES

LE MEUNIER voir ici                                     

LA MEUNIERE voir ici                                                                                       

LE GARÇON MEUNIER voir ici    

LE MOULIN ESPACE DE JEU voir ici

 

DANS LA LITTERATURE

LES MEUNIERS DES CONTES DE GASCOGNE par Bladé voir ici

 

 

Illustration :  Le trésor des Histoires ou Le trésor de Sapience, Collection Cotton MS Augustus V, British library, Wikipedia.

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Moulins

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Publié le 19 Septembre 2022

ailanthe - ailante - Gers  - Gascogne

On a beau aimer les grands arbres, tous les arbres, il y a des limites.

Ce n'est pas un phantasme, ni une vague menace, l'envahisseur est bien installé chez nous. Alors, disons carrément "l'occupant". Vous le trouverez par bandes compactes, dressé, florissant et semant à tous vents, à la Croix-rouge, chemin de la Boère prolongeant jusque rue Descamps où il porte beau, rue Victor-Hugo, au pied du plateau de Bacqué, sur la N21 en direction de Foissin et sur la Vieille-côte, ou isolé, ici et là, en éclaireur. Il est partout. Et alors ! me direz-vous. C'est un bel arbre, non ? on en supprime tellement à tort. Oui, mais l'Ailanthe présente de très gros défauts.

ailanthe - ailante - faux vernis de chine - ailanthus altissima

Ailanthus altissima, Faux vernis du Japon, Frêne puant ou Vernis de Chine, l'Ailanthe glanduleux a été importé d'Orient par curiosité scientifique comme souvent, mais également pour son intérêt décoratif et plus utilement, parce qu'il héberge un papillon, le Bombyx de l'ailante, pour remplacer le Mûrier en raison de maladies touchant les vers à soie, ce qui n'a pas suffi à sauver cette industrie provençale. Arbre du Paradis dans plusieurs langues, Arbre des dieux en allemand, Arbre du ciel en espagnol, rien que ça ! en raison de sa croissance rapide ou de supposées vertus médicinales, il n'a pas fallu longtemps cependant pour s’apercevoir de son incroyable capacité également à se multiplier. Il n'y a qu'un pas du paradis à l'enfer. Oui, l'enfer botanique.

Transporté par le vent, sa graine légère atterrit sans difficulté sur n'importe quel terrain vierge ou en friche. Le bord de route lui convient très bien. Il affectionne les terrains pauvres. L'arbre poussera là, discrètement, et attendra son heure. Des travaux à proximité, une coupe de bois, une zone pavillonnaire ou industrielle en cours d'aménagement et l'Ailanthe colonisera instantanément et intégralement les lieux. Un individu produit jusqu'à 325 000 graines dont la dispersion est facilitée par la présence d'ailettes sur les fruits (samares). Mais là ne s'arrête pas la grande propension de cet arbre à envahir le paysage. Si vous le coupez, il drageonnera c'est à dire que ses racines produiront en quelques semaines des centaines de rejets à plusieurs mètres du pied d'origine. Et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il occupe tout l'espace disponible. Comme ses lieux de prédilection sont en général mal entretenus, il n'y aura pas d'opposition à cette progression. Et puis se dit-on, "un peu de verdure sur ces terrains vagues, mon dieu, c'est plutôt bienvenu...".

rendails en danger - déboisement - tempête
Drageons avancés à plus de dix mètres de la lisière d'Ailanthes. Le chemin est menacé.

De même lorsque la tempête couche un de nos grands chênes gascons, un frêne ou toute autre variété indigène. En quelques mois, L'Ailanthe aura pris sa place, car les drageons étaient présents dans l'ombre, attendant leur heure. De cette façon, l'envahisseur qui restait en lisière puisqu'il a besoin de beaucoup de lumière pour se dresser, colonisera la clairière provoquée par la chute de l'arbre indigène et ainsi, progressivement, îlot après îlot, le bois en entier.

 

Il faut reconnaître qu'il a de l'allure. Elancé, poussant de 1 à 2 mètres par an pendant les quatre ou cinq premières années et atteignant plus de 25 mètres, offrant une ombre légère, il apporte une touche japonisante dans notre paysage. Sa floraison jaune sur des rameaux rougeâtres est gracieuse d'autant qu'elle est précoce, d'un parfum puissant, très mellifère. L'odeur désagréable dégagée par son écorce et sa feuille, qui lui a valu le nom de Frêne puant, est comparable à celle du Sureau noir et est exagérément décrite comme nauséabonde. Pour son port altier et son feuillage, on le compare au frêne, ou au sumac, un autre invasif, lorsqu'il est encore jeune et de petite taille. Mais voilà, derrière cette esthétique se cache une traitresse alchimie.

En effet, l'Ailanthe produit une substance chimique, l'ailanthone, qui inhibe la croissance de nombreuses autres plantes. Ainsi, depuis sa position d'attente en lisière, ayant envoyé ses racines alentour, à la première occasion, une coupe, une chute d'arbre ayant libéré un espace et donné de la lumière, ses jeunes plants et ses drageons pourront se développer sans concurrent puisque les autres espèces d'arbres auront été ralenties ou totalement éliminées. L'effet de remplacement est surprenant. Et c'est là le plus grand danger, car en milieu urbain ou périurbain il sera peut-être possible de le combattre, cependant par des opérations d'ensemble, variées et concertées, et sur des espaces dégagés avec des moyens mécaniques traumatisants pour l'environnement, mais lorsqu'il investit la forêt ce sera un long combat à engager pour la défense de la flore locale. Pour autant, malgré quelques indispositions signalées mais peu caractérisées, l'arbre ne serait pas toxique pour l'homme comme on peut le lire parfois. Pas toxique mais dangereux pour la biodiversité. Le mieux étant de lutter contre les jeunes plants : arrachage de la racine, fauchage systématique, annelage du tronc (voir ici les conseils du Centre de Ressources des Espèces Exotiques Envahissantes) Il ne faut pas composter ses feuilles. Le feu est le seul moyen sûr pour se débarrasser des déchets et de fait, l'Ailanthe fournit un bois de chauffage performant. Ce sera toujours ça.

Haie d'Ailanthes en pleine croissance menaçant le rideau de chênes en arrière-plan.

Bien sûr Lectoure n'est pas un cas isolé. L'Ailanthe a été utilisé en ville pendant des décennies comme arbre d’alignement. L'espèce s'est également répandue le long des routes et des voies ferrées. Elle est encore vendue en jardinerie malgré les avertissements de tous les organismes spécialisés ! L'Allemagne est particulièrement touchée. Paris également. De nombreuses collectivités locales ont lancé des opérations de lutte systématique. Ainsi Toulon (voir ici par exemple), les îles de Ré et d'Oléron, le département de Savoie, Nogent-sur-Seine etc...

Revenons chez nous. La vallée du Gers présente un profil répétitif très caractéristique. De petits ruisseaux descendent d'est en ouest ou d'ouest en est, pour rejoindre la rivière. Entre deux ruisseaux parallèles un plateau rocheux, le peyrusquet. Autour du plateau, un décrochement conduit à des zones herbeuses, parfois appelées prairies aux orchidées, au sol pauvre, où paissaient autrefois les troupeaux d'ovins. Aujourd'hui la nature a repris ses droits et des friches bordent un ruban d'arbres, majoritairement de chênes, qui couronne le plateau. Ces zones incultes, buissonneuses et arborées, sont appelées par les géographes, rendails. Elles sont, un refuge pour la faune et la flore et parfois le seul espace naturel de dimension intéressante dans un département très agricole. Or, les rendails sont déjà souvent investis par l'Ailanthe.

 

gascogne - chemin - randonnée - disparition - accès

On ne peut pas se résoudre à voir disparaître notre flore variée et laisser se développer l'emprise d'un biotope pauvre. Les habitants de ces abords de la ville ne veulent pas voir disparaître ce patrimoine précieux, leur cadre de vie immémorial. Les citadins promeneurs, les randonneurs, les sportifs doivent également pouvoir continuer à profiter de sentiers offrant des points de vue remarquables sur la cité, et les scolaires une leçon de "sciences et vie de la terre" grandeur nature. Les bourgs et les petites villes sauront certainement se mobiliser pour lutter contre l'Ailanthe envahissant leurs rues, leurs voies d'accès et leurs espaces verts. Espérons qu'ils sachent inclure dans la lutte qui se dessine, leur terroir, leur poumon, leur proche campagne.

                                                            ALINEAS

 

Pour en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ailanthus_altissima

 

 

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Publié le 29 Août 2022

La présence des Templiers à Lectoure a été totalement négligée par les historiens. Le Carnet d'alinéas en a retrouvé la trace dans les archives de l'ordre de Malte qui a hérité des biens du Temple après sa suppression par le pape gascon, Clément V.

Clément V n'a pas pu, ou pas voulu, s'opposer à Philippe le bel qui avait mis la main sur l'immense domaine du Temple. Or, nous savons que Clément est passé à Lectoure dont le seigneur est alors son propre frère, Arnaud-Garcie de Got, Vicomte de Lomagne et d’Auvillar par faveur de Philippe le Bel. Il y nommera évêque un de ses cousins, Guillaume des Bordes. Enfin, son secrétaire, également son cousin, le cardinal Arnaud d'Aux, qui construira en un temps record et à grand frais la collégiale de La Romieu, prononcera la sentence que dénoncera Jacques de Molay, le grand maître, ce qui le conduira sur le bucher, un épisode célèbre de "l'affaire". Ces avantages accordés à sa famille par Philippe le Bel et par lui-même, ont jeté sur l'action de Clément V, et donc sur le procès fait aux templiers, un doute qui ne sera jamais dissipé.

A la mort de Clément, son neveu Bertrand de Got, devenu vicomte de Lomagne à son tour, s'emparera de son trésor avant d'être rappelé à l'ordre, sous la menace de l'excommunication, par Jean XXII.

Et Lectoure fait partie du décor de cette incroyable épisode de l'Histoire de France.

Nous rassemblons ici les articles consacrés aux Templiers depuis 2017 sur ce blog. Ils ont été rédigés et publiés au fur et à mesure de nos recherches. Il peut donc y avoir quelques redites, des nuances et des évolutions. De plus, il reste encore matière à recherche mais d'ores et déjà le Carnet d'alinéas est heureux de vous proposer cette chevauchée dans l'Histoire de notre ville, accessible en permanence au menu PAGES.

 

 

  1. La découverte de la présence des Templiers à Lectoure
  2. Le nom de Naplouse
  3. Le passage du pape Clément à Lectoure
  4. La famille du pape Clément. Guillaume des Bordes, évêque de Lectoure
  5. La fin du Temple
  6. Les rois maudits de Maurice Druon, le rôle du cardinal Arnaud d'Aux
  7. Les héritiers du Temple à Lectoure: l'ordre de Malte

 

Et de cette histoire, pourquoi ne pas tirer... 8. Un conte

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 3 Août 2022

balade lectoure - randonnée lectoure

                                                                                                                                                   

 

 

ier, de très bon matin, alors que je ratissais mon pas-de-porte, un promeneur habitué de notre coin de nature me fit un signe amical. En guise de salut, à mon tour et très banalement, je lui lançais :

- Il fait bon à cette heure !

- Oui mais, répondit-il, j'aurais dû démarrer encore plus tôt.

Évidemment, nous avons la facilité d'habiter sur place. Par ailleurs, après l'avoir assidument pratiquée, pour ma part, je n'apprécie plus la grasse matinée. Et puis notre jardin réclame des soins qu'il est impossible de prodiguer au zénith par ces temps de canicule, alors nous nous levons à l'aube. Nous n'avons donc aucun mérite. Mais ce carnet veut surtout inviter à profiter de ces précieux petits matins frais. La chaleur exceptionnelle, pénible et fatigante, nous oblige à sortir très tôt ou très tard. Dans les deux cas, il y a des avantages, et de jolis tableaux, à faire cet effort. Aujourd'hui, intéressons-nous à la balade matinale et florale. Alors, "A la fraîche", ou "Aahhh, la fraîche !" ?

Les oiseaux virevoltent dans l'air pur avant de trouver un coin à l'ombre et n'en plus sortir. Ainsi nous montrent-ils le chemin qu'il est prudent de suivre, à pied, mais il ne faudra pas tarder car le créneau de température est étroit. La lumière rasante met en valeur les couleurs et les profils. Si les fleurs sont rares ou plus discrètes, elles font assaut d'originalité pour séduire butineurs et leurs suiveurs macro-photographes. Plus résistantes à la cueillette et souvent épineuses, elles n'en sont que plus nobles. Comme la jeunesse, la tendre floraison du printemps n'est qu'un passage éphémère. L'hiver, l'automne et cet été un peu rude ont leurs plaisirs botaniques qu'il faut cueillir, comme disait le poète à propos de la rose.

chemin de saint jacques lectoure

Allons, dépêchons-nous d'encourager, par notre amoureuse visite, cette nature dont nous ne sommes qu'une brindille, et qui, comme nous, fait le gros dos, en attendant la pluie qui finira bien.

                                                                Alinéas

 

Le nez dans le ruisseau, barricade de Salicaire et de Massette.

 

Tournesols, évidemment. Ceux-ci ne nous ont même pas vus passer.

 

Le Faux Sureau ou Yèble, toxique pour l'homme, attire quand même le papillon Demi-deuil et quelques autres affamés.

 

On a beau avoir les pieds dans l'eau, quand il est l'heure de faner... et de s'égrainer...

 

En deux temps trois piquants, le Chardon laineux, ou Cirse, développe un étonnant capitule ivoire avant d'y dresser son bouquet parme à destination des butineurs. Enfants, nous croquions ses tiges, tendres et gouteuses comme des asperges. A condition de les peler avec précaution...

 

Voila un carré de carottes qui n'a pas été souvent biné...

 

La Mauve. Bourrée de qualités. Il faut penser à prendre son panier.

 

Millepertuis élégant. Effectivement.

 

Dialogue quelque peu alambiqué entre Prêle, Vigne vierge de Virginie et Liseron.

 

Dans quelques semaines, la Clématite des haies offrira ses guirlandes d'akènes au givre. Mais sa floraison est déjà très décorative, ponctuant de myriades d'étoiles le chemin de Saint-Jacques.

 

Petite Centaurée ou Herbe-à-fièvre. Famille de la Gentiane.

 

D'habitude, je peste après cette envahisseuse. Mais à distance du potager et à condition d'être bien chaussé et pantalonné, la Picris fausse-épervière, sorte de blonde échevelée, a du charme.

 

Centaurée-des-près. Famille du Bleuet, autrefois commun, parfois trop dans les cultures de céréales et qui a presque disparu à force d'être chassé par les pesticides. La Centaurée elle, a résisté en suivant les bas-côtés. Pas plus que la vie en communauté, elle ne respecte ni le code couleur ni la coupe de cheveux règlementaire de la tribu. Un sujet vraiment rebelle.

 

La Cardère sauvage, qui n'est pas un chardon, servait autrefois à carder la laine. A donné son nom au coteau qui fait face à Lectoure au nord, Cardès, car elle devait y être récoltée pour servir à l'industrie textile dans la vallée de Foissin. A également donné son nom à une mouline qui, à notre avis, ne devait pas mouliner la farine.

Laineuse à cardères de 1920. Les cardères séchées sont placées en rangs sur le grand cylindre.

Comme quoi, l'herbier du Carnet d'Alinéas nous ramène toujours à l'homme, industrieux....

Aujourd'hui, on considère la Cardère comme très importante pour la biodiversité car ses feuilles, assemblées par deux en forme d'abreuvoir, retiennent l'eau de pluie, ou à défaut, de rosée, et ses capitules offrent chacun plus de 500 graines. La Cardère est pour cela, en langage vernaculaire, joliment appelée "Cabaret des oiseaux".

 

Crédit photo :

- Machine à carder : © Imus Eus Wikipédia.

- Autres photos © Michel Salanié

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Publié le 12 Juillet 2022

Les pastoureaux devant Verdun-sur-Garonne

Lectoure n’apparaît que très fugitivement dans la célèbre saga de Maurice Druon, Les rois maudits, au prologue du tome 6 précisément, La louve de France. Fugitivement mais dramatiquement.

Quel élan aveugle et vaguement mystique, quels rêves élémentaires de sainteté et d'aventure, quel excès de misère, quelle fureur d'anéantissement poussèrent soudain garçons et filles des campagnes, gardiens de moutons, de bœufs et de porcs, petits artisans, petites fileuses, presque tous entre quinze et vingt ans, à quitter brusquement leurs familles, leurs villages, pour se former en bandes errantes, pieds nus, sans argent ni vivres ? Une certaine idée de croisade servait de prétexte à cet exode.
La folie, en vérité, avait pris naissance dans les débris du Temple. Nombreux étaient les anciens Templiers que les prisons, les procès, les tortures, les reniements arrachés sous le fer rouge et le spectacle de leurs frères livrés aux flammes avaient rendus à demi fous. [...]
  Ce fut ces hommes-là qui, un hiver, se muèrent soudainement en prêcheurs de village, et pareils au joueur de flute des légendes du Rhin, entraînèrent sur leurs pas la jeunesse de France. Vers la Terre sainte, disaient-ils. Mais leur volonté véritable était la perte du royaume et la ruine de la papauté.

Dix mille, vingt mille, cent mille... les "pastoureaux" marchaient vers de mystérieux rendez-vous. Prêtres interdits, moines apostats, brigands, voleurs, mendiants et putains se joignaient à leurs troupes. Une croix était portée en tête de ces cortèges où filles et garçons s'abandonnaient à la pire licence, aux pires débordements. [...] Les pastoureaux ravagèrent la France pendant toute une année, avec une certaine méthode dans leur désordre, n'épargnant ni les églises, ni les monastères. [...]. Paris vit cette armée de pillards envahir ses rues [...]. Puis un nouvel ordre, aussi mystérieux que celui qui les avait assemblés, les lança sur les chemins du sud. [...] Le pape Jean XXII, inquiet de voir le flot se rapprocher d'Avignon, menaça d'excommunication ces faux croisés. Ils avaient besoin de victimes ; ils trouvèrent les juifs. Les populations urbaines, dès lors, applaudissant aux massacres, fraternisèrent avec les pastoureaux. Ghettos de Lectoure, d'Auvillar, de Castelsarrasin, d'Albi, d'Auch, de Toulouse ; ici cent quinze cadavres, ailleurs cent cinquante-deux... [...] Les juifs de Verdun-sur-Garonne se servirent de leurs propres enfants comme projectiles, puis s'entr'égorgèrent pour ne pas tomber aux mains des fous.

Maurice Druon a écrit son roman avec l'assistance d'historiens, chercheurs et documentalistes. Le fil historique est tout-à-fait attesté : affaire des Templiers, scandale de la tour de Nesle, administration d’Enguerrand de Marigny, fin de la dynastie des Capétiens directs faute d'héritier mâle, origine de la guerre de Cent Ans. La petite histoire sert parfaitement l'intrigue : luttes fratricides, assassinats, trahisons, échange de bébés, mœurs dépravées, sorcellerie... Enfin, le drame de l'amour impossible du jeune banquier génois et de la fille de famille noble et désargentée donne à l'ensemble son tour purement romantique.

Maurice Druon en tenue d'académicien

Pour ce qui concerne la présence de juifs à Lectoure, elle n'est pas attestée . Pour Geneviève Courtès, chercheuse Lectouroise qui a étudié la présence d'enfants juifs réfugiés à Lectoure pendant la deuxième guerre mondiale, il n'y a pas eu ici de ghetto, c'est à dire de communauté juive (voir ci-dessous rectificatif le 7.12.22).  Compte tenu de l'importance de la ville au Moyen-Âge, on peut imaginer que ponctuellement, quelque commerçant ou artisan ait pu s'intégrer comme il en a été relevés ailleurs en Gascogne, qui se seront pour y être autorisés, convertis officiellement.  En l'occurrence, en 1306, Philippe le Bel à la recherche de revenus pour soutenir ses guerres, expulsait les juifs du royaume et confisquait leurs biens. Le roi d'Angleterre Edouard III sera plus accueillant, et dans son domaine d'Aquitaine auquel Lectoure appartiendra momentanément, on connaîtra ici ou là quelques établissements juifs réfugiés.

Alors, l'information, ou l'expression, de Maurice Druon est-elle erronée ? Elle revient cependant souvent chez d'autres chroniqueurs. Plus précisément, il est dit que la troupe des Pastoureaux parvenue à Agen se serait partagée en deux, une partie empruntant la vallée de la Garonne, l'autre celle du Gers, ce qui explique que les massacres signalés dans différents endroits puissent être simultanés. On suppose alors qu'il y a confusion entre juifs et cagots, cette population de parias, contenue dans des quartiers séparés et gravement persécutée. La présence des cagots à Lectoure est attestée celle-ci. Ils sont traités selon les endroits et les époques, de différentes origines méprisantes : Wisigoths, Maures, Cathares, hérétiques ariens, lépreux… et juifs.

Le massacre de ces cagots par les Pastoureaux, peut-être encouragés par la populace de la ville toujours à la recherche de boucs émissaires responsables de la peste qui sévit alors, a dû ressembler à tous les misérables pogroms que les minorités ethniques et religieuses subissent encore aujourd'hui.

Et Maurice Druon, parce que cela sert son récit, reprend donc à son compte l'hypothèse, non prouvée celle-ci, d'une responsabilité des templiers dans la révolte des pastoureaux.

" Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races. "

Depuis la publication, en 1956, du premier tome de la saga, Le roi de fer, la malédiction lancée par Jacques de Molay, le grand maître de l'Ordre du Temple, sur son bûcher, à l'encontre de Philippe le Bel, de son ministre Nogaret et du pape Clément V a donné naissance à d'innombrables ouvrages littéraires et productions cinématographiques, de qualité variable, et où, souvent, le fantastique domine voire travestit le fait historique. Or, s'il s'est effectivement rétracté de ses aveux, cette apostrophe n'a probablement jamais été prononcée par le grand maître. Elle est l'invention, plusieurs années après les faits, de l'historiographe Paolo Emilio (1455-1529). Par contre, le rôle du pape Clément V dans la fin de l'Ordre du Temple, lui, est bien connu, bien que toujours discuté, et ceci nous rapproche à nouveau de Lectoure.

Gérard Depardieu, campant le grand maître de l'Ordre du Temple, dans Les Rois maudits de Josée Dayan

 

Clément V, dit le pape gascon. Né Bertrand de Got à Villandraut, près de Bazas, à quelques kilomètres au sud de la Garonne et archevêque de Bordeaux en 1300, il est donc sujet du roi d'Angleterre qui tient la Guyenne, c'est à dire l'Aquitaine. Cette origine gasconne explique, dit-on, son élection en 1305 au pontificat suprême par un conclave qui n'arrivait pas à choisir entre cardinaux italiens et français, la Gascogne étant encore à cette époque une nation distincte. Ce qui n'empêchera pas les historiens de considérer Clément sous l'influence de Philippe le Bel, roi de France.

Le 29 novembre 1308, Clément V et sa cour s'arrêtent pour plusieurs jours à Lectoure. En 1305, l'année même de son élection, le frère de Clément, Arnaud-Garcie de Got, avait été doté par Philippe le Bel des Vicomtés d'Auvillar et de Lomagne, dont Lectoure fait partie, territoire de France à la frontière de l'Aquitaine. Pour services rendus dans la lutte contre l'anglais semble-t-il. De plus, l'évêque de la ville est également de la famille, probablement cousin, Guillaume de Bordes, nommé cette année même, par dérogation puisqu'il n'a pas l'âge canonique. Le frère de ce jeune évêque, Bertrand de Bordes, est également chanoine de la cathédrale, rémunéré à ce titre, mais camérier du pape, c'est à dire son premier serviteur, il ne résidera jamais à Lectoure. Il deviendra plus tard évêque d'Albi, puis cardinal. Un troisième frère de Bordes est seigneur à Astaffort. Il se fera remettre par la commanderie du Temple d'Agen et Gimbrède la moitié des droits sur le moulin de Roques. Ici aussi pour service rendus... La simonie, autrement dit les cadeaux qu'il fait à ses parents, sera reprochée à Clément.

Rappelons également que l'ordre du Temple a possédé un domaine à Lectoure que nous pensons pouvoir situer à l’emplacement du Couloumé**. Etait-il dirigé par un chevalier qui aura été arrêté comme tous ses frères lors de la rafle du 13 octobre 1307 menée par la police de Guillaume de Nogaret ? Clément et ses proches conseillers se sont-ils intéressés à ce domaine lors de leur étape dans la ville ?

Cette venue du pape à Lectoure est un évènement exceptionnel. Il est le personnage le plus important de la chrétienté, le vicaire du christ dans un monde éminemment religieux. A cette époque, basée à Avignon pour cause de désordre à Rome, la cour papale est itinérante. Arrivés à Lectoure, plusieurs dizaines de personnes de la suite de Clément s'installent au château vicomtal, dans les monastères et les maisons bourgeoises réquisitionnées : secrétaires, soldats, serviteurs affairés à la table et à la livrée du pape et de ses cardinaux. Parmi ceux-ci, un personnage important qui apparaît dans la scène du bûcher des templiers qui sert d'introduction dramatique à Maurice Druon : Arnaud d'Aux de Lescout*, encore un cousin de Clément, auparavant son secrétaire à Bordeaux, né à La Romieu, plus tard devenu camerlingue de l'Eglise c'est à dire ministre des finances, qui construira à grands frais la collégiale que l'on connaît. Arnaud d'Aux était diligenté à Paris par le pape, avec deux autres cardinaux, auprès du tribunal inquisitorial que Philippe le Bel avait organisé, pour prononcer la sentence qui graciait les dignitaires du Temple, puisqu'ils avaient avoué leurs fautes. Mais à l'énoncé de la sentence par le cardinal émissaire du pape, l'évènement est historique si la malédiction ne l'est pas, Jacques de Molay ne pu supporter cette infamie et revint sur ses aveux. Relaps, c'est à dire coupable de retomber dans l'hérésie, la plus grave des fautes d'un chrétien à cette époque, le grand Maître et ses compagnons étaient passés par le bûcher le lendemain même, le 18 mars 1314, sur l'Ile aux juifs, Arnaud d'Aux, malgré l'autorité papale dont il était investi, ne pouvant s'y opposer, ou ne le voulant pas car il fallait en finir avec cette affaire.

Arnaud d'Aux - Vitrail de la collégiale de La Romieu

 

De fait, cette sentence qui se voulait indulgente bien que les aveux des templiers aient été extorqués par le supplice et après sept longues années de détention dans des culs-de-basse-fausse, était effectivement infamante. La réaction d'honneur du grand Maître, qu'importe qu'il y ait eu malédiction ou pas, est peut-être la plus grande preuve de l'innocence des templiers. Clément V, et Arnaud d'Aux qui mènera les débats pendant le concile de Valence en 1311 et 1312, voudront sans doute reconnaître de facto l'innocence des Templiers en supprimant l'Ordre sans le condamner, et en transférant ses biens aux Hospitaliers de Saint-Jean, privant ainsi in fine Philippe le Bel du butin convoité, ce qu'il en restait du moins. Maigre sanction celle-ci, pour une affaire politico-financière considérable qui aura entaché le règne du dernier grand roi capétien et empoisonné celui du pape Clément.

Le roman de Maurice Druon, richement documenté, captivant de part en part, aux inoubliables portraits de Mahaut d'Artois et de son colossal neveu Robert, du tragique Edouard II, d'Isabelle de France et de son amant Roger Mortimer, du génial banquier lombard Tolomei, pourrait faire l'objet d'une version intitulée "Les Rois maudits vus depuis Lectoure", mais on ne plagie pas un chef-d’œuvre.

 

                                                                           Alinéas

 

* Maurice Druon utilise la graphie "Arnaud d'Auch", que l'on trouve effectivement dans certains documents mais qui prête à confusion et n'est plus utilisée aujourd'hui.

** Nous avons révélé la présence des templiers de Lectoure dans la rubrique "Histoire" de ce carnet :

 

A propos de la présence des juifs à Lectoure au Moyen-Âge - Rectificatif

 

Une heureuse découverte documentaire nous permet de revenir sur l’épisode du massacre des juifs à Lectoure par les Pastoureaux, au 14ième siècle. Nous avions imaginé qu’il y avait dans le récit de Maurice Druon, et dans ses sources, confusion entre juifs et cagots, catégorie de population paria.

Mais, contrairement à ce qui nous avait été dit et que nous avons repris en confiance trop vite, il y avait bien, à cette époque, une communauté juive à Lectoure. En effet, nous découvrons que les archives nationales britanniques de Kew conservent une supplique conjointe de l’évêque Géraud de Montlezun et des consuls de la ville adressée au roi Edward 1er pour qu’il confirme que les juifs de Lectoure jouiraient toujours des libertés qui leur avaient été concédées auparavant. La missive est datée du 31 décembre 1281.

Il faut rappeler qu’à cette date le duché d’Aquitaine, domaine du royaume d’Angleterre, s’étend sur l’Armagnac et la Lomagne. On le sait, Edward 1er est venu à Lectoure pour établir les termes du paréage avec l’évêque, c’est-à-dire une répartition des rôles et des pouvoirs. Les consuls ont cependant obtenu que les anciennes coutumes de la ville soient maintenues et également l’autorité du Vicomte de Lomagne. Le cadre juridique local ancestral a ainsi été confirmé, cependant sous l’autorité éminente du co-seigneur, duc d’Aquitaine et roi d’Angleterre.

Il faut apprécier, à propos de cette supplique pour la défense des juifs, le rôle positif de l’église et des édiles pour la protection de cette population allogène ou cultuellement minoritaire et souvent persécutée. Ce sera également le cas pour la protection des cagots, les parias que nous supposions avoir été les victimes des Pastoureaux.

Quelques années plus tard, Philippe le Bel, lui, ne prendra aucune précaution pour chasser les juifs du royaume de France et mettre la main sur leurs biens, comme ceux du Temple.

 

MS

Le 7.12.2022

 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Littérature

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Publié le 10 Juin 2022

Castéra-Lectourois - Mairie - gers - Lomagne

 

Il y a des jardins de roi et des folies de reine, ou de surintendant audacieux, Amboise, le hameau de Marie-Antoinette ou Vaux-le-Vicomte, des jardins d'artiste, Giverny, Arnaga, le charme, la rigueur, des jardins de pauvre, de curé, de bonne-femme, les jardins ouvriers, celui qui sentait bon le métropolitain, la Chaussée-d'Antin... Et puis il y a le Castéra-Lectourois qui n'est pas un village gersois mais bien un jardin. Qui sert de village. Pour respecter le règlement cependant, on y trouve une mairie, une église, un monument aux morts, tous trois s'élevant du mieux possible au-dessus des parterres, des pergolas et des frondaisons pour faire valoir a minima leurs fonctions officielles.

Il y a longtemps, comme son nom l'indique, le Castéra-Lectourois fut une citadelle campée sur son éperon de calcaire, bordée de remparts austères, revêche et obtuse. Citadelle éphémère à l'échelle de l'histoire botanique, de l'origine des fleurs, des arbres et des oiseaux. Car tout passe et depuis, la nature reprend ses droits. Aidée par l'habitant qui a remisé sa science de la bataille et qui habille la ruine de volutes gracieuses, qui installe lianes et potées sous ses fenêtres, qui brode des roses, des chèvrefeuilles et des acanthes aux archères devenues moucharabiés ou cimaises.

N.B. Les photos peuvent être agrandies, en fonction de votre navigateur, par un clic droit et [ouvrir l'image dans un nouvel onglet].

Castéra - architecture médiévale - pierre de ronsard
castéra-lectourois impasse

 

Comme dans tout jardin, la signalisation est minimaliste mais amplement suffisante au promeneur qui va selon son goût, la couleur, le parfum, le hasard. Minimaliste en particulier l'interdiction de stationner, probablement pour le principe, qui oserait ? Le chemin de ronde n'est pas surveillé et l’allumeur de réverbères sait bien que les roses ne font pas exprès de piquer. Elles sont d'ailleurs chez elles ici. L'or de la pierre leur va si bien, leur ombre aussi y fait des bouquets. La grand-rue s'étire et certaines portes ne s'ouvrent pas, sans doute afin que dure le plaisir de l'attente après avoir frappé au carreau.

Castéra lectourois - signalisation
Castéra lectourois - stationnement
castéra lectourois - éclairage public
castéra lectourois - rose - rosier - pierre calcaire de lectoure
castéra lectourois - grand-rue
castéra lectourois - rosier

 

Comme une plante rare héritée du jardin d'un aïeul et à laquelle on tient tel un bijou fragile ou comme un viel almanach écorné, l'église dédiée à sainte Madeleine a fait l'objet de soins attentionnés. Le socle de calcaire du Castéra ayant tendance à se déliter, donnant le meilleur terreau. Citadelle et chaire éphémères. D'impressionnants tirants boulonnés sur le clocher sont festonnés d'églantines et surveillés de près par des compagnies de pigeons qui font du jardin-village une volière à ciel ouvert. A l'opposé du balcon rocheux, dans un parc offrant l'un des plus jolis cadres sur la vallée du Gers, Marie à l'enfant et Madeleine, dressant au monde une croix de dentelle bronze, sont joliment revêtues d'un négligé de lichen. L'ange du monument aux morts aussi qui accroche sa mémoire de fleurs de pierre aux rayons du soleil.

castéra-lectourois - église marie-madeleine - clocher
castéra-lectourois - rénovation église
castéra-lectourois - croix de mission
castéra-lectourois - Vierge marie - Marie-Madeleine
castéra-lectourois - monument aux morts

 

Chaque versant du jardin a son thème. Au sud, le Castéra-Lectourois prend des couleurs de Méditerranée. Cactus, lavande et agave s'exposent avec exubérance en terrasses rocailleuses, contrastant avec la réserve de la grand-rue. Derrière son mur d'enceinte que l'on dépasse aisément sur la pointe des pieds, maison-jardin dans le jardin-village, une mi-bourgeoise, mi-gasconne hésite entre ombre et lumière, entre bonne compagnie et secret, entre citadelle et faubourg, faubourg qui s'étire inévitablement au-delà vers le monde. Puis le paysage rejoint le jardin, la vallée le balcon, une fleur de pierre orne le mur d'un cimetière et l'on reposera heureusement au panorama de Gascogne. Enfin, au nord, aujourd'hui, le jardinier du village monte à l'assaut des remparts où la nature, sauvage et obstinée, ne renonce pas. Au jardin-village, chaque jour de travail minutieux compte.

                                                          Alinéas

 

castéra lectourois - jardin de rocaille
castéra lectourois - jardin méditerranée - exotique
castéra lectourois - maison  gasconne - maison bourgeoise
castéra lectourois - grangette
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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #La vie des gens d'ici

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Publié le 26 Mai 2022

Moulin  à vent - lectoure - laucate - plateau de lamarque - recensement des moulins du gers - sociéta archèologique du gers

 

Hérisson : drôle de nom pour une pièce de mécanique ! L'ancêtre du charpentier de moulin, comme tous les artisans, est allé chercher dans la nature et dans son environnement immédiat les termes qui permettaient de désigner ses inventions de façon imagée. La pièce de bois et de métal que les recenseurs lectourois de la Société Archéologique du Gers (SAG) ont découvert à Laucate, moulin à vent situé à la pointe du plateau de Lamarque à Lectoure, a dû attendre l'expertise de la Planète des Moulins de Luzech (Lot) pour avouer son nom et en même temps sa fonction.

Le moulin de Laucate est aujourd'hui la propriété de Jacques Barbé, fils de Léo Barbé, photographe, historien, ancien secrétaire de la SAG, disparu en 2013, qui avait heureusement entretenu ce bâtiment hérité de son grand-père meunier, en particulier en rénovant sa toiture, c'est par là qu'il faut commencer évidemment. Peu de vestiges de l'installation meunière subsistent et, dressée sur un mur à proximité, cette roue intriguait et sa fonction avait été oubliée. Le dernier meunier, Baptiste Ricau, descendant d'une vieille lignée de meuniers Taurignac-Ricau, selon les époques et en fonction des mariages, exploitants ou propriétaires des moulins à vent de Sainte Croix, des Justices, et des moulins à eau d'Aurenque, Pauilhac, Marsolan, et des moulines de Ducos et Canteloup que nous ne localisons pas, a probablement cessé son activité en 1871-1872, comme toute la corporation sous l'effet de la concurrence de la minoterie.

moulin de laucate - lectoure - léo barbé - meunier - moulin à vent désaffecté
Baptiste Ricau devant le moulin de Laucate désaffecté

Le hérisson est une roue qui permet de démultiplier le travail des ailes et du bras du moulin à vent en actionnant simultanément deux lanternes et deux meules. Il ne s'agit pas en général de produire plus de farine mais de travailler en même temps ou successivement avec deux pierres de qualités différentes, pour moudre deux variétés de céréales, souvent une céréale destinée à la boulangerie et la seconde destinée à l'alimentation animale, la Lomagne étant historiquement un pays d'élevage. Ce dédoublement de l'énergie éolienne est ingénieux et précieux dans un pays où les vents ne sont pas réguliers et où chaque épisode venteux doit être exploité au mieux. Posséder deux moulins n'est pas donné à tout le monde et s'ils sont distants il y faudra deux meuniers, qui devront se partager le bénéfice... Tenant à maîtriser son affaire et son revenu, grâce au hérisson le meunier actionnera ses deux meules à vue.

Le hérisson se distingue du rouet par le positionnement de ses alluchons (dents ou pointes de bois) en prolongement de la pièce lorsque ceux du rouet installé sur l'arbre tournant sont orientés perpendiculairement au support. S'il est ingénieux, le système présente cependant des contraintes. La première étant, dans les moulins gascons souvent de petit diamètre, la nécessité d'aménager deux niveaux pour pouvoir positionner l'une au-dessus de l'autre les deux meules dans l'espace disponible. La seconde étant le poids supplémentaire généré par le développement du système et partant, la nécessité de disposer d'une puissance du vent supérieure si l'on veut actionner les deux meules ensemble. Ce que l'on gagne en doublement de la capacité de travail peut être en partie perdu par la dépendance d'un vent plus fort.

schéma mécanique moulin à vent - rouet - hérisson - lanternes

 

A l'occasion de la donation du hérisson de Laucate par Jacques Barbé, Jean Rogier, du musée de Luzech, commentait le schéma de l'installation. " L’ensemble schématisé ici met en évidence les fonctions différenciées de ces deux organes de transmission.

Le rouet, solidaire de l’arbre moteur, constitue un engrenage d’angle avec une lanterne ou un pignon, pour transmettre le mouvement de rotation à l’arbre de transmission vertical.

Le hérisson, lui, solidaire de l’arbre vertical de transmission, engrène sur des pignons ou lanternes satellites afin de pouvoir mettre en rotation simultanément plusieurs meules. Chacun de ces pignons est mis en prise ou non à la demande.

Les hérissons sont des organes de transmission communs aux moulins à vent et à eau

Au courant du dix-neuvième siècle, la fonte d’acier prend progressivement la place du bois. D’abord mixtes, en bois et métal, les jeux d’engrenages deviendront entièrement métalliques grâce à une connaissance plus fine des profils des engrenages et une meilleure maîtrise des techniques de coulée."


Si le système peut avoir son équivalent dans les moulins hydrauliques, ce n'est pas systématique. Car là où le moulin à vent ne peut pas comporter deux jeux d'ailes, deux prises au vent,  le moulin à eau lui, peut être doté de plusieurs prises sur le cours d'eau ou sur le réservoir, chacune alimentant son propre rouet, les meules étant dans ce cas totalement indépendantes, sans l'intervention d'un hérisson. Le stockage du potentiel hydraulique en amont du bâtiment est l'un des avantages du moulin à eau qui lui ont permis de survivre à la révolution technique quelques années de plus avant d'être dépassé, à son tour.
 

On le voit bien, tout le raisonnement du meunier le conduit à mettre en œuvre les améliorations techniques et l'organisation du travail susceptibles d'accroitre la productivité et la rentabilité de son appareil lesquels sont le moteur de l'inventivité humaine.

Dans la revue de la Société Archéologique du Gers de 1981 (page 13), une publication de Paul Magni signale au moulin de Pauilhac, sur la route qui relie Terraube à Fleurance, un système probablement de ce type : "Le mécanisme incomplet présente un double système de meules au 2ème étage. Les engrenages sont situés à l'étage inférieur (1er étage). Une grande roue à alluchons rayonnants, horizontale, devait communiquer aux deux lanternes le mouvement vertical d'un système classique". On comprend que "la grande roue à alluchons rayonnants", c'est à dire le hérisson, a disparu de Pauilhac. Ce moulin ayant fait partie du réseau de la lignée Taurignac-Ricau, peut-on imaginer Baptiste Ricau emportant à Lectoure cette pièce précieuse devenue inutile lorsque l'activité de Pauilhac a cessé, l'artisan espérant encore faire bénéficier son dernier moulin de ce plus technologique ? Dans tous les cas, il était trop tard. Les moulins à vent se sont multipliés au 18ième, en particulier du fait de la fin des privilèges nobles, au point de provoquer l'installation d'entreprises trop nombreuses et de trop petite dimension, qui seront fatalement très vite non rentables, avant même l’avènement de la minoterie. Les ailes de Laucate ont arrêté de tourner comme toutes celles de Lomagne et de France. L'engrenage de l'histoire travaille inexorablement et le hérisson a été abandonné contre son vieux mur.

hérisson - roue à alluchons - musée de la planète des moulibns luzech
Le hérisson de Laucate conservé par Léo Barbé

 

Devenus romantiques par l'effet de la ruine, de la végétation envahissante, au bord de l'eau ou au sommet de nos paysages collinaires, les moulins sont avant tout on le sait, à l'origine de l'industrie moderne, en particulier de la turbine, omniprésente dans les domaines de l'énergie et du transport. Les recenseurs de la Société Archéologique du Gers relèvent souvent dans les archives, au cadastre, dans les dénombrements et sur les actes d'état civil ou les contrats commerciaux, la mention "usine" en lieu et place de "moulin" ou de "mouline" et la qualité "vivant de son industrie" attribuée au meunier. La conjonction du développement de la minoterie, de l'électricité et du transport ferroviaire a déplacé en très peu de temps l'énergie, l’innovation, la croissance et la création de richesse vers d'autres centres économiques. On n'arrête pas le progrès. Le hérisson de Laucate est entré au musée de La planète des Moulins de Luzech. Rénové, documenté, il participe à l'enrichissement de la mémoire du travail et de l'ingéniosité des meuniers d'autrefois.

 

                                                        Michel Salanié

 

Lire également ici l'histoire du couplage éolien/hydraulique des moulins de Bazin et de Laucate.

 

Avec la collaboration amicale et technique de LA PLANÈTE DES MOULINS, à Luzech dans le Lot https://www.museelaplanetedesmoulins.fr/  dont nous recommandons la visite.

 

Illustrations :

Photo du moulin de Laucate, vu depuis Saint-Gény: Michel Salanié

Photo de Baptiste Ricau aimablement communiquée par la famille Barbé

Schéma : © Collection Wind Mill, by le Lez-Art. Exceptionnelle galerie de photos et d'illustrations http://lezart.free.fr/moulin1.htm

Photo du hérisson de Laucate : Jacques Barbé

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Moulins

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Publié le 26 Avril 2022

couleur jaune , symbolique du jaune

 

 

ette abeille du Rucher de Lectoure et cette cétoine dorée qui butinent sur le coteau de Rajocan, nous le disent.

- Foin des symboliques ridicules et des marques infâmes : le jaune est bon !

Ajoutons, bon et beau. Pour les autres rapprochements, glorieux ceux-là, le soleil n'est pas jaune, de plus il est déconseillé de le regarder en face. Quant à l'or, en lingot à l'ombre d'un coffre fort il ne nous intéresse pas. Finement ciselé, bijou se balançant sur le tendre modelé de la gorge d'une jolie fille, je ne dis pas. Il se rapprochera alors de toutes ces œuvres d'art de la nature semées par un bon génie sur notre chemin.

Lumineux, remarquable, chaud, resplendissant, gai, léger, vif... les adjectifs pour qualifier cette couleur dénotent l'émotion que le jaune provoque chez le promeneur avant même d'observer la forme, de rechercher le parfum, de se remémorer le nom de la fleur. Pour le parfum, nous ne pourrons rien pour vous. La forme, ces modestes clichés s'y essaient. Et puis nous avons fait cet agréable travail de recherche botanique pour nous donner le prétexte scientifique d'une petite ribambelle de fleurs de chez nous en livrée dorée.

                                                                        Alinéas

Les photos peuvent être agrandies par un clic droit et, selon votre navigateur, cliquer sur [ouvrir l'image dans un nouvel onglet].

 

pissenlit dent de lion

La fleur du Pissenlit ou Dent de lion, Taraxacum sect. Ruderalia, que nous mangions en salade cuite il y a deux alinéas à peine (voir ici) n'est pas une fleur mais un bouquet de fleurs ! Car, au bout de la tige creuse, la capitule rassemble jusqu'à deux cents fleurons ligulés (pétales soudés), qui donneront naissance chacun à un akène, sorte de parachute... que "je sème à tout vent".

 

bouton d'or

Le Bouton d'or, Ranunculus repens. Principale vertu : permettait autrefois, au vu de son reflet blanc sur son menton,  de deviner si notre petite amie, ou petit ami selon la préférence de chacun, aimait le beurre. Permettait en même temps et surtout d'approcher au plus près le minois convoité... Devenu inutile avec les méthodes modernes.

 

ficaire

Cousine renoncule du précédent, la Ficaire, Ficaria verna, ou Herbe aux hémorroïdes (pommade à base des tubercules et de saindoux). Egalement nommée Epinard des bucherons, les jeunes feuilles se mangent en salade. Sans garantie https://cuisinesauvage.org/recipe/salade-de-ficaire-dagrumes/

 

jonquille trompette

Chaque année au bord du Gers, par milliers, des trompettes jaunes. La Jonquille, Narcissus pseudonarcissus. http://www.carnetdalineas.com/2020/02/la-jonquille-narcissus-pseudonarcissus.html

 

tulipe sauvage - tulipa sylvestris

Beaucoup plus rare, découverte, photographiée et aimablement autorisée par notre amie Isabelle Souriment : une Tulipe sauvage, Tulipa sylvestris. Un peu fanée, son jaune devient joliment mordoré.

 

rose rosier mermaid

Rose Mermaid (Sirène en anglais). Cultivar hybride de Rosa bracteata et d'un hybride de thé. Cette corolle simple peut faire passer cette belle sophistiquée pour une fleur sauvage, une sorte d'églantine qui ne rosirait pas sous le regard du promeneur effronté.

 

iris jaune

Une Araignée-crabe, ou Thomise, mime le jaune de cet Iris germanica, à l'affut de quelque proie attirée dans ce fascinant traquenard.

 

mahonia mahonie

Mahonia faux houx, Berberis aquifolium, une sorte de Mimosa qui piquerait. Floraison précoce et très odorante. Lors de la visite d'insectes, le contact induit un mouvement des étamines qui se détendent et se rabattent alors vers le pistil en environ 1/10e de seconde. C'est l'un des mouvements les plus rapides parmi les végétaux (Wikipédia). Le jaune n'a pas de temps à perdre.

 

tournesol lectoure gascogne

Certes, le Tournesol, Helianthus annuus, n'est pas un modèle de biodiversité, quand il ne pose pas de graves problèmes d'érosion pendant les périodes orageuses en raison du sol totalement nu à ses pieds, mais il faut reconnaître qu'il offre de magnifiques compositions et qu'il est souvent associé à la Gascogne dans l'esprit de nos visiteurs. Jaune pub.

 

arum sauvage - gouet d'italie

Un jaune osé... Arum italicum présenté sur ce cybercarnet en détail http://www.carnetdalineas.com/le-gouet-d-italie-arum-italicum.la-beaute-du-mystere.

 

orchidée jaune - orchis jaune

Orchidée sauvage, Ophrys lutea, adjectif "lutea", jaunâtre ou argileux en latin. Aurait eu sa place sur cet alinéa-là http://www.carnetdalineas.com/2020/05/les-orchidees-de-lectoure.html

 

orpin des rochers

Sur les vieux murs de la Mouline de Belin, Sedum reflexum, Orpin des rochers. Un nom commun qui viendrait du latin auripigmentum : de l'or en fleur.

 

consoude des pélerins

Consoude, Symphytum officinale. Supposée cicatrisant et même accélérant la consolidation des fractures, d'où son nom vernaculaire. Originaire de l'ouest de l'Asie, elle s'est, en raison de ces vertus médicinales, répandue le long des chemins pèlerins (Symphytum peregrinum) qui en avaient bien besoin. De fait, installée sur les ruisseaux de Lectoure en importantes colonies. Famille de la Bourrache et du Myosotis.

 

chélidoine verrues

La Grande chélidoine, ou Grande éclaire, Chelidonium majus, « grande hirondelle » en latin. Famille du coquelicot. Son latex est utilisé pour bruler les verrues.

 

giroflée violier remparts de lectoure

La Giroflée, Erysimum cheiri, ou encore Violara en gascon en raison de son parfum de violette. Capable de transformer un vieux rempart négligé en cimaise.

Et pour finir, mais il y en aurait tant d'autres, la Coronille, Hyppocrepis emerus, dont les haies généreuses et embaumées conduisent le pèlerin de saint Jacques vers son étape au pied du clocher cathédral.

coronille chemin de saint jacques lectoure

PHOTOS :

  • Tulipa sylvestris © Isabelle Souriment
  • Autres photos © Michel Salanié

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Botanique

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