Publié le 11 Juin 2017

 

QUATRE PETITS MOULINS

ET PUIS S’EN VONT

 

 

Nous vous emmenons faire un petit tour des moulins à eau de Lectoure aux environs des 17ème et 18ème siècles. Le tableau de François Boucher crée l’ambiance. Il est un peu solennel avec son temple antique mais précisément, disposés dans un amphithéâtre inversé autour du promontoire nos moulins regardent la noble cité gasconne comme un décor de fond au ciel grandiose. Et puis, malgré son romantisme rococo, cette veduta à la française donne une image sans doute assez exacte de la réalité du petit moulin artisanal qui a succédé à la salle fortifiée du Moyen Âge et sera balayé par la bâtisse industrieuse des 19ème et 20ème siècles.

La scène est restituée par un ouvrage rare, dédicacé au roi Louis XIV et conservé au musée Condé de Chantilly : « Description des provinces et des villes de France », de Pierre de La Planche, 1669. Ce document est connu des amateurs de blasons car il en recense 560 dont celui de Lectoure, doté de moutons plutôt que de béliers d'ailleurs.

Rédigée par un enquêteur du guide Michelin de l’époque que l’on s’amuse à imaginer portant perruque poudrée et haut chaussé d’escarpins, la description de notre ville dans cet ouvrage est à la fois proche de nous puisque l’on reconnaît bien les lieux et si loin déjà. Jugez-en.

Le circuit des murailles est ponctué de « quantité » de tours, la ville est ouverte sur l’extérieur par deux portes, du côté Saint Gervais subsistent les vieux fossés isolant la citadelle de son faubourg, mieux encore, le pont-de-piles avec « une tour qui se ferme » (?), la (regrettée) flèche de la cathédrale réputée pour être la plus haute du royaume, 80 puits intra-muros, les chevaux qui s’abreuvent à la fontaine dont on ne dit pas qu’elle est à Diane, la dispense de l’impôt de la taille, heureux habitants…, la maison de ville avec les inscriptions romaines et, côté campagne, c’est à peine imaginable aujourd’hui, de part et d’autre du ruisseau au septentrion (càd Foissin), la vigne! Oui, je vous le redis, heureux habitants de Lectoure au Grand Siècle. Quoique…. il faudrait confirmer en goûtant de ce vin là.

Vous trouverez l’intégralité de ce superbe document dans sa forme originale en cliquant sur ce lien :

http://www.bibliotheque-conde.fr/wp-content/uploads/pdf/laplanche/2_283_284.pdf

Revenons à nos moulins. Ils ne sont pas nommés avec précision par le rédacteur. Puisqu’ils sont dits « petits », on aura tendance à ne pas y ranger la Mouline de Belin qui est, en outre, un peu retirée par rapport au périmètre de la description et, ce n'est encore qu'une supposition, est peut-être déjà désaffectée.  On s’avancera à lister, d’amont vers l’aval, le moulin des Ruisseaux, la Mouline, la Mouline de Roques et Repassac. En retrait du cours du ruisseau et peut-être actionnée par la force animale, la Mouline de Cardès, elle, son nom le laisse supposer, est probablement dédiée au travail de carderie des tissus et non pas à la mouture des céréales.

 

D’autres documents d’époque sont bien mal renseignés. Regardez-moi ce plan dit de la collection d'Anville, qui ne manque pas d'intérêt pourtant. Pas de ruisseau à Foissin ! Donc pas de moulins, mais quelques jolies bâtisses bourgeoises embellies de jardins à la française s’il vous plaît. Un plan de ville trop sec établi par un arpenteur rigoureux, assorti d’un paysage pour épater la galerie, galerie des glaces bien sûr, composé par un artiste qui ne s’est pas dérangé pour vérifier sur site ! Une cartographie qui se cherche, entre état-major et paysagisme. Dommage, nous aurions eu pour la première fois le texte et l’image.  

 

Au Moyen Âge et sous l’Ancien Régime on estime en général qu’une meule pouvait approvisionner 500 personnes en bonne farine. Aux 17ème,18ème siècles la population de Lectoure étant de plus de 5000 habitants, on recherchera une dizaine de meules, un moulin établi sur le Gers pouvant en aligner plusieurs. Il faut donc aller mouldre notre blé ailleurs : au nord, Lamothe et Mouline de Bazin (photo ci-dessous sur le ruisseau de Bournaca), au sud Saint Gény. Et puis les moulins à vent, mais c’est une autre paire de meules.

Nous observerons une autre fois les moulins indiqués sur la célèbre carte de Cassini car elle nous conduira à une forte évolution dans notre décompte. La Mouline de Belin n’y sera pas plus du nombre, étant même transformée en « vacherie »! Les relevés ayant permis l’établissement de la carte de Cassini de la région d’Agen ont été effectués entre 1769 et 1778 pour une publication en 1784. La page est bien tournée, le 19ème siècle se profile et annonce les temps modernes de la meunerie.

Pour l’heure, notre balade  finit avec le site de Lamothe sur le Gers qui affiche sept siècles d'activité! Sa salle du 13ème qui a pu abriter un premier moulin, suivie de deux autres bâtiments, dont un sans doute actif pendant la période que nous évoquons brièvement, et l’exceptionnel pont-barrage du même nom. La carte postale reproduite ici représente le troisième de ces moulins, plus récent, incendié et déjà ruiné pour notre plus grand regret car ses deux tours et sa galerie en faisaient un bâtiment à l’esthétique très originale.

Voilà un patrimoine exceptionnel qui disparaît sous nos yeux, épuisé par tant d’efforts, déclassé par l'évolution technologique, par les impératifs économiques, bousculé par l'eau tout simplement.

Abandonné par ceux-là même qu’il a nourris, s’allongeant définitivement sur le lit de la rivière, le vieux moulin laisse pour toujours courir sur sa dépouille le flot à peine brassé par une digue qui veut encore tenir.

Sur les berges, la nature reprendra très vite ses droits.

ALINEAS

Sources:

- Le plan de la collection d'Anville in extenso en cliquant ici:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8592238j.r

Les documents de recensement suivants ont été réalisés par Gaëlle Prost, Chargée de l'Inventaire du patrimoine à la Mairie de Lectoure. La photo de la Mouline de Bazin dans le corps de texte en est extraite.

- Salle de Lamothe

http://patrimoines.midipyrenees.fr/fr/rechercher/recherche-base-de-donnees/index.html?notice=IA00038846

- Pont-barrage de Lamothe

http://patrimoines.midipyrenees.fr/fr/rechercher/recherche-base-de-donnees/index.html?notice=IA32001039&tx_patrimoinesearch_pi1%5Bstate%5D=detail_simple&tx_patrimoinesearch_pi1%5Bniveau_detail%5D=N3

- Mouline de Bazin

http://patrimoines.midipyrenees.fr/fr/rechercher/recherche-base-de-donnees/index.html?notice=IA32001094

 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Moulins

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Publié le 26 Mai 2017

SAUVAGES

et

 

TENDRES

 

À LA FOIS

A un nuage de pollen de Lectoure en direction de la Garonne, Berrac organisait le 28 avril sa deuxième balade botanique. Un rassemblement que n’auraient pas renié les druides officiant au cœur de la forêt de grands chênes avant que ce pays ne s’appelle Gascogne. Y trouvait-on déjà à l’époque la courroie de Saint Jean et l’herbe aux femmes battues? Et quelle paëlla antique en mijotaient-elles nos ancêtres mamies celtes-ibères?

Les trois icônes de la balade: lamier, ortie et respounchous

 

 

Par un petit matin frisquet mais lumineux donc, à l’initiative de l’association « Berrac Village Gersois », une trentaine de cueilleurs s’étaient réunis devant l'enceinte du village pour une messe verte, certains totalement novices et d’autres adeptes de religions sœurs, restauration, culture du safran et même hydroponie (ce sera l’occasion pour nous tous de découvrir cette magie - voir ci-dessous). Aline, officiante de cette assemblée recueillie, était appelée à transmettre sa pratique des plantes sauvages mais comestibles.

 

« Mais pourquoi ce mais? » me direz-vous?

 

Parce que dans notre esprit très (trop) formaté d’enfants d’un siècle dit paradoxalement « postindustriel », un légume s’achète au poids, débarrassé de toute glèbe, étiqueté, filmé et certifié. Alors que pendant des millénaires, nos ancêtres se sont nourris, soignés, régalés des fruits de la terre. Et qu’il faut enfin retrouver ces gestes simples, comme il faut réapprendre à scruter un horizon, écouter le silence ou marcher dans la nuit.

L’un des plaisirs de ce retour à nos racines étant de joindre l’agréable à l’utile et de savoir accommoder avec gourmandise ces saveurs et ces textures subtiles, sans expédier coupablement trois messes basses, après avoir rempli leurs paniers de plantain, alliaire, ortie, tilleul, moutarde, rumex, menthe suave et autres pâquerettes, les participants passaient à la cuisine. Pour ma part, retenu dans notre moulin par les tâches très domestiques d’un potager de printemps (il en faut aussi), j’ai tout de même entendu d’ici sonner les cloches d’une ambiance bon enfant que seules la table et l’amitié peuvent agiter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le festin partagé: tourte au lierre terrestre, fleurs de lamier sur fromage de chèvre, canapés radis et pâquerettes

 

 

Enfin le rite initiatique devait être complété ce jour là par les recommandations sinon pour cultiver, du moins pour protéger ce jardin grand ouvert des agressions de notre mode de vie invasif. La balade botanique a donc trois fonctions -ne suis-je pas trop sentencieux ?-: outre la (re)connaissance et la cueillette des plantes, elle permet de repérer les lieux, de se réapproprier, de se réintroduire soit même dans l’espace naturel et aussi de prendre conscience des besoins de protection des espèces menacées, comestibles ou non d’ailleurs car la nature est un tout.

 

La flore est pacifique, et comme nous sommes ici, nous humains, comme toujours dans un rapport de force, si nous ne maîtrisons pas nos instincts, si nous ne choisissons pas de préserver ce jardin primaire et bien il ne résistera pas à la progression et à l’emprise de nos marges macadamisées, stéréotypées, stérilisées.

 

Cette nature sauvage et tendre sous la dent mérite d’être protégée et dégustée avec respect. A Berrac on vous dit « Bonne balade, bonne nature et bon ap’ ! ».

 

ALINEAS

 

PS. Il y a de ces coïncidences! Le 12 mai, je publiais un alinéa sur les Templiers de Lectoure et je découvre aujourd'hui, à l'occasion de cette rubrique botanique, que dans l'organisation financière de l'Ordre des moines-soldats, le respounchous, la jeune pousse de tamier, était le nom donné à la cotisation des maisons templières de France et d'Occident aux finances, centralisées par région puis au sommet pour contribuer à l'effort de guerre en Orient. L'image du prélèvement annuel limité à sa partie supérieure et qui ne perturbe pas le développement de la plante est particulièrement parlant.

Une vidéo sur cette balade à Berrac a été mise en ligne par Marion et Nicolas Sarlé, hydroponistes https://www.youtube.com/watch?v=e5gBK8ifv3Q

Il faut également visiter leur site pour découvrir la magie de l'hydroponie, culture hors sol mais très respectueuse de l'environnement, et tellement bien mise en image et en texte par ce couple sympathique. http://www.lessourciers.com

Photos Ysabel de la Serve, Michel Salanié

 

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 12 Mai 2017

 

Les vieux papiers de Lectoure recèlent encore la trace de quelques trésors qu’il y a plaisir à chasser. Pas celui que l’on prête aux Templiers, volatilisé dans les infâmes fumées des bûchers de Philippe le Bel mettant fin à deux siècles d’une incroyable et tragique aventure, mais précisément, le trésor d'une Histoire oubliée.

 

Un érudit lectourois, anonyme à ce jour que je remercie cependant à l’occasion de cet alinéa, a relevé minutieusement dans les archives des notaires de notre ville au Moyen Âge les noms de lieux de l’époque, de nombreux étant toujours utilisés, d’autres ayant été remplacés, certains totalement inexpliqués et sujets potentiels à recherches passionnantes.

 

Nous sommes encore par exemple quelques-uns à nommer couramment « Saint Jourdain », par affection ou romantisme, le ruisseau de Foissin qui longe le promontoire de Lectoure au nord. Par ailleurs, nous savons que la petite vallée que creuse le ruisseau a longtemps été désignée par « Coma batalhera », Vallon de la Bataille, sans que l’on puisse dire à quel combat cela rapporterait, les historiens ne connaissant pas d’affrontement organisé de deux armées (définition admise du terme « bataille ») aux pieds de notre ville, même si elle fut on le sait, maintes fois assiégée, disputée, investie.

Et c’est là que la scène de notre alinéa voit son décor mis en place. Ces deux noms de lieux voisinent sur la carte reconstituée par notre érudit, à l’endroit de l’actuel château du Couloumé, avec un troisième toponyme, mystérieux au premier abord : « Napeloza », Naplouse.

 

Il n’y a plus de doute. Ces trois toponymes, Saint Jourdain, Vallon de la bataille et Naplouse sont très certainement le témoignage de l’implantation, sur ces lieux mêmes, d’un établissement de l’Ordre des Templiers. Ce n’est pas être grand clerc que faire le rapprochement mais il a fallu attendre chez nous un éclair de lucidité un peu poussif, j’en suis presque honteux…

 

Remontons le temps. Depuis 1120, date de sa fondation lors du concile …de Naplouse (!), les Pauvres Chevaliers du Christ, par la suite dénommés Chevaliers du Temple de Salomon et enfin plus brièvement Templiers, bénéficient partout en Occident de donations de domaines nobles dont ils tireront les revenus nécessaires à l’exécution de leurs missions de protection des pèlerins qui se rendent sur le tombeau du Christ et de libération de la Terre sainte de l’emprise des Mahométans. En quelques années, le Temple deviendra immensément riche et ce fut là aussi, deux siècles plus tard, sans doute l’une des raisons de sa chute brutale. Mais ceci est une autre histoire.

 

Nous savons que les Templiers avaient des possessions à Lectoure bien qu'à notre connaissance il n’ait jamais été précisé où, sauf la métairie de Saint-Jean-de-Somonville sur la route de Lagarde-Fimarcon. A la suite du procès des Templiers et de la bulle du pape Clément V « Vox in excelso » proclamant la suppression de l’Ordre, « Davin de Roaix, Capitoul, curateur et garde des biens du Temple dans la sénéchaussée de Toulouse, arrive le 16 mai 1313 avec une délégation du Sénéchal pour mettre les Hospitaliers en possession des biens qui leur avaient été adjugés. En présence de Guillaume de Larochan, bailli de Lectoure pour le roi d'Angleterre et des consuls de la ville, devant la porte de l'ancienne maison du Temple, il en donne l'investiture à Bernard de Saint-Maurice, précepteur de Castelsarrasin et procureur de Raymond d'Olargues, lieutenant du Grand-Maître de l’Ordre de l'Hôpital, futur Ordre de Malte, dans le Grand-Prieuré de Saint-Gilles »*. Car après une longue transaction entre le Roi et le Pape, l’ensemble des biens du Temple avait été attribué à l’Ordre des Hospitaliers. Pendant les grandes épidémies de peste, le site accueillera les pestiférés mis à l’écart de la ville et soignés tant bien que mal par quelques courageux. Le château du Coloumé que nous connaissons aujourd’hui, posé à la limite du faubourg et regardant vers le vallon au pied des remparts du nord, recèle peut-être quelques traces de ce passé exceptionnel.

 

Remontons à présent encore un peu plus le cours de l’Histoire.

 

Nous ne savons pas quel donateur avait, à l'origine, doté le Temple d’un domaine à Lectoure, peut être pour s’assurer d’une absolution totale, promise par les prélats prêchant la croisade à une époque où la crainte des feux de l’enfer était infiniment plus que ce que nous pouvons imaginer aujourd’hui. Autre hypothèse, le domaine pouvait être la propriété d’un chevalier remettant à l’Ordre en formulant ses vœux -obéissance, chasteté et pauvreté-, l’ensemble de ses biens dans ce monde, argent, meubles et terres. Une fois donné, le domaine était organisé sur le modèle de la seigneurie et géré comme une pacifique exploitation agricole de rapport. Avec en leur sein des frères dits « de métier », paisibles agriculteurs, artisans, gestionnaires, non combattants, les Maisons devaient dégager les revenus dont avait considérablement besoin l’Ordre combattant dans les royaumes francs d’Orient.

 

Mais précisément et pour en revenir à nos trois toponymes, il semble évident qu’ils ont été attribués à ces lieux non pas par un frère de métier mais par un véritable chevalier Templier, retraité, rapatrié à l’arrière en quelques sortes. Un moine-soldat que l’on présenterait aujourd’hui comme un ancien combattant, un grognard avant l’Empire. Etait-ce une gueule cassée, un blessé, lassé des terribles combats, victoires et défaites alternant, dont peu de chevaliers revenaient ? L’Histoire nous donne l’exemple de certains de ces moines-soldats, jetant l’éponge, ayant choisi de revenir en Occident où ils pouvaient être accueillis pour finir leurs jours dans quelque abbaye ou Maison de l’Ordre. Notre homme était-il Lectourois d’origine ? Etait-il le donateur du domaine, de retour sur ses bases arrière, "at home"?

 

Dans tous les cas, il ne doit pas avoir été grand bâtisseur ou d’une longévité suffisante pour mettre en valeur et développer la Maison du Temple de Lectoure car celle-ci nous serait alors parvenue plus imposante, comme il y en a tant d’autres en France et dans tous les pays d’Europe, monumentales, mystérieuses, solennelles, sûrement belles. A proximité de Lectoure, la commanderie d’Ayguetinte, la chapelle d’Arbin, le moulin de Roques à Astaffort, Gimbrède évidemment, La Chapelle en Tarn-et-Garonne et en Lot-et-Garonne l'imposant Temple-sur-Lot.

 

Notre Templier ne fera pas parler de lui. Cependant on imagine un caractère bien trempé, un personnage portant sur ses épaules fatiguées, son Histoire et celle de l’Occident. Une figure pour le moins convaincante au point de marquer ainsi les lieux.

 

Il faudra plusieurs alinéas pour donner de plus amples informations sur les Templiers à Lectoure : pourquoi « Naplouse » ?, la période du procès, l’héritage des Hospitaliers… La trace est ténue mais on ne devra pas la perdre. Disons déjà que l’on ne peut prétendre à ce stade, puisque la question vient immédiatement, que notre moulin ait été construit par l’Ordre mais ce n’est pas à écarter.

Et la bataille me direz-vous ? Quelle bataille hantait les souvenirs du Templier de Lectoure ? Si l’on s’en tient à la proximité avec la seigneurie de Naplouse, l’une des places fortes et fief du royaume de Jérusalem, il peut s’agir de la bataille célèbre, perdue pour les latins, des Cornes de Hattin, également à proximité… du Jourdain. Le désastre d’Hattin (1187) a marqué le début de la reconquête de la Palestine par Saladin, la perte de Jérusalem intervenant la même année. Notre mystérieux chevalier serait donc sujet à cauchemar et non à rêves glorieux.

 

L’épopée et la fin dramatique du Temple ont suscité une littérature considérable, plus ou moins historique ou franchement romanesque, pas toujours de qualité. Le procès des pratiques du rituel initiatique des frères n’est pas clos. La recherche du supposé trésor bat toujours son plein. On retrouve l’Ordre dans toutes les conspirations, cathare, franc-maçonne, rosicrucienne… La filmographie est également particulièrement riche où le preux chevalier tient une place évidemment de premier plan. Il y a des traitres, des mercenaires, des renégats et certains ennemis peuvent même êtres sympathiques. Le western en cotte de maille. Enfin sur le web, le Moyen Âge ayant la cote (encore une), les jeux de rôle virtuels fleurissent.

La chevalerie, le mystère de la règle des moines-soldats, l’exotisme de l’Orient, tout concourt à faire revivre les Templiers. A Lectoure, il en est un qui repose à jamais.

Alinéas

 


*Source Grand-Prieuré de Toulouse, M.A. Du Bourg (1883)

PS. Les toponymes rapportant aux Templiers sont très fréquents mais ils semblent peu souvent relatifs à des sites orientaux. Un cas rare, à quelques kilomètres au sud de Nérac, le moulin de Nazareth aurait été doté par le seigneur du même nom, fief de la principauté de Galilée et de Tibériade, et attribué à la commanderie templière d’Argentens. Sans oublier notre ville voisine de L'isle-Jourdain.

Illustrations: Montage titre M. Salanié - Prise de Jérusalem par Gustave Doré - Le château du Couloumé et son parc M. Salanié - x - Le dernier croisé K.F. Lessing - Le Temple-sur-Lot x - La bataille d'Hattin Sébastien Mamerot - Kingdom of heaven - Vitrail Ecosse.

Documentation: les ouvrages sur ce sujet sont particulièrement nombreux. Pour faire simple, nous vous recommandons "Les Templiers" dans la collection In Situ des Editions MSM. Riche, argumenté, et magnifiquement illustré.

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 21 Avril 2017

LE PARADOXE DE

L’ARBRE À MANNE

 

Je voulais vous parler des plantes qui ont nourri ou servi nos ancêtres, l'ortie, le pissenlit, le tamier, le sureau noir, la courroie de Saint Jean, la ronce, le chêne, l'aulne glutineux, de ces variétés dont on se dit qu'elles ont toujours été là, autour du moulin.... Et voilà qu'un intrus se mêle de ma rubrique botanique à peine baptisée pour contrecarrer ce projet testimonial, cette ode à la nature généreuse d’un pays de cocagne.

Un intrus? Oui, ce végétal insolent était caché là, au milieu de l'abondante broussaille qui masquait il y a encore peu de temps notre ruine médiévale au regard du passant. Mais trahi par sa floraison précoce, gracieuse, embaumée, d'un blanc mousseux. On le dégage donc précautionneusement. Renseignement pris, il s'agit d'une variété de frêne: Fraxinus ornus, Frêne à fleurs, Frêne des jardins ou encore Orne. Excusez du peu, il s'agit de l'arbre à manne de la Bible. Petit rappel, utile sans doute: Chapitre 16. Livre de l'Exode. Les Hébreux sont dans le désert après avoir quitté l'Egypte. "Alors le Seigneur dit à Moïse: «Je vais faire pleuvoir pour vous du pain depuis le ciel. Le peuple sortira pour en recueillir chaque jour la quantité nécessaire; ainsi je le mettrai à l'épreuve pour voir s'il suit ou non ma loi»". Saine règle de vie et de modération des instincts.

La raccolta della manna - Bacchiacca (détail - 16ième)

Une manne. Ça alors, c'est providentiel ! Nous qui tirons le diable par la queue pour faire avancer notre chantier (oui, je sais, rapprochement stylistique osé). Finalement, faute de manne, pas plus comestible que financière, nous devrons nous contenter d'avoir là un sujet décoratif peu ordinaire. Mais que fait cet étranger, loin de ses bases, dans notre fraîche vallée de Gascogne? Autour de la Méditerranée d'où il est originaire et particulièrement en Sicile, le Frêne à fleurs est exploité, un peu à la façon du pin des Landes, pour en extraire une sève, un suc extrêmement précieux, utilisé dans différents domaines, phytothérapie et cosmétique en particulier. A t-il été introduit chez nous pour son parfum par une lavandière du ruisseau de Saint Jourdain? Pour des vertus secrètes et inavouables par quelque rebouteux? Ou bien par un menuisier innovant appréciant la souplesse de son bois? Voilà un cheminement botanique qui restera à jamais inexpliqué. Il faut bien laisser un peu de place au mystère.

Il n'y a pas à hésiter, c'est une manie chez nous: vite reproduire le sujet isolé, en faire l'étalon d'une nouvelle génération. La graine est collectée, mise à germer avec réussite. Les jeunes plants sont disposés en terre et, dès l'année suivante, l'heureuse découverte a donné naissance à une allée, disons prudemment un espoir d'allée, dont la perspective enchantera nos vieux jours, et plus sûrement le promeneur qui passera par là dans vingt ans. On disait au Maréchal Lyautey que faire pousser des arbres pour limiter la progression de zones désertiques prendrait beaucoup temps. La réponse fut limpide: "Raison de plus pour se dépêcher".

A ce stade, je me suis demandé ce que serait notre paysage gascon sans le cèdre, le cyprès, le palmier, l'arbre de Judée, le platane, la rose ! Et au jardin potager, sans la tomate, ni le melon... dans la basse-cour, sans le maïs. Boun Diou ! Sur l’ensemble des végétaux présents en Europe aujourd'hui on évalue à 50% le nombre de variétés exogènes, originaires d'autres régions du monde. Formidable. Maintenant, qui nous dit que la Gaule chevelue comme la nommaient les romains -adjectif au sens discuté d’ailleurs- n'était pas plus belle dans sa végétale virginité?

 

"Que seraient nos paysages de Lomagne sans le cèdre, le cyprès, le palmier, l'arbre de Judée..."

 

 

 

 

Parallèlement certaines variétés disparaissent. L'Orme évidemment, qui a donné son nom à notre pays de Lomagne ("Olmo", Orme en gascon). Le Buis, lui, est en grand danger et cela ne concerne pas que les parcs à la française; chez nos voisins Quercynois, ce sont de véritables forêts antiques, sombres, impénétrables et odorantes, qui sont grignotées sur pied en deux temps et trois saisons par une cohorte de chenilles, elles aussi importées d’ailleurs. Le Frêne d'Europe, oui notre frêne commun, Fraxinus excelsior, est touché doublement, par un champignon et par un insecte. Les botanistes cherchent la parade, la course contre la montre est lancée. Ici, précisément dans le Gers, l'impact de la disparition de ce bel arbre serait considérable.

A côté de cela, pour compliquer un peu plus le bilan des échanges botaniques internationaux, certains végétaux importés sont invasifs. C'était le cas par exemple de l'Acacia (Robinier-faux acacia) venu d'Amérique, avant qu'on ne lui trouve des qualités, en particulier celle de fournir un bois pouvant remplacer celui des espèces tropicales, menacées elles aussi mais par la surexploitation cette fois, à l'autre bout de notre petite planète. Acacia à son tour concurrencé par l'Ailante venu d'Asie, envahisseur « inarrêtable » dont le bilan avantages/inconvénients ne semble pas positif à ce jour.

Ainsi va le monde.

Puisqu'elle s'impose à nous, profitons de cette manne végétale, certaine ramenée d’outre-mer comme butin par une France conquérante pendant un millénaire, une autre au gré des vols d'oiseaux migrateurs, des cheminements de l'humanité, et aujourd'hui, certes de façon accélérée et prosaïquement, au rythme de l’industrie et du commerce international des végétaux de jardinerie.

Alors le paradoxe de ce premier alinéa de la rubrique botanique serait de laisser penser qu'on ne s'intéressera qu'à l’extraordinaire, au nouveau, au lointain, au rare. Non, nous voudrons ici et malgré tout, nous consacrer à des espèces à priori indigènes, ou acclimatées depuis longtemps, et claironner fièrement la défense de notre patrimoine végétal gallo-gascon... Une manne à cueillir sur le bord de nos chemins. Redécouvrir et protéger, tout près de chez nous, les arbres, les fleurs et les légumes, auxiliaires de nos laborieux anciens: menuisier, laboureur, teinturier, herboriste, marmiton... Tout simplement parler des plantes connues de notre Mamie à tous, une de ces grands-mères qui ont fait les "jardins de bonne-femme".

Une rubrique pour égrainer les trouvailles et bouturer les possibilités.    

ALINEAS

 

 

Sur la récolte de la manne, deux petits films de 1936 et 2013:

 

Publicité gratuite pour une entreprise bien connue:

 

Sur l'origine du nom manne dans les textes sacrés:

http://biblique.blogspirit.com/archive/2011/10/07/la-manne-c-est-quoi.html

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fraxinus_ornus

Photos Salanié, Grandmont, Kohler.

 

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 31 Mars 2017

« L'histoire classique a, depuis longtemps, étudié le temps des cathédrales et le temps des châteaux en oubliant le temps des moulins et des meuniers sans le travail desquels châteaux et cathédrales, villes et campagnes de France et d'Europe n'auraient été ni aussi riches ni aussi beaux... »

Claude Rivals

 

« Le moulin et le meunier (sont) au cœur des subsistances, depuis la faible « réponse des grains » des Xe-XIIe siècles jusqu'à la recherche du « multiplicateur d'abondance » à la fin du XIXe siècle ».

Cyrille Medgiche

 

Au pied de la citadelle de Lectoure, le ruisseau de Saint Jourdain n’est pas très puissant. Mais il n’est que très rarement asséché grâce à la présence, tout le long de son cours, de quatre sources qui ne tarissent pas. L’eau sourd régulièrement des profondeurs du relief. Toutefois, pour pallier aux périodes d’étiage habituelles en Gascogne à l’automne, plusieurs retenues seront creusées en amont qui permettront au moulin  de travailler quoi qu'il en soit pendant quelques heures. Une seule meule sera installée, qui tournera à la demande car le laboureur ne porte son grain qu’au fur et à mesure de ses besoins. Une chute d’eau existe, favorisée par un affleurement rocheux, une marche disposée là par la nature et polie par l’érosion. Un petit moulin de bois est installé ici depuis toujours mais chaque crue le balaye misérablement et tout est à reconstruire.

Un petit groupe de cavaliers s'est approché de la berge. Il y a là le seigneur des lieux, son clerc et le maître-maçon.

 

L’idée a muri longuement.

Le Clerc :« Monseigneur, il faut donner à votre fief son autonomie. La terre est généreuse et la récolte en céréales est abondante pourvu que Dieu nous protège des caprices du temps. Les laboureurs, vos bons bourgeois et les gens de votre maison ne peuvent parcourir des lieux pour faire moudre leurs sacs de grain aux moulins de nos voisins avec lesquels, en outre, nous sommes souvent en conflit ».

Le Seigneur :« Chacun sera tenu, par proclamation du ban, de porter son blé ici. Nous prélèverons notre part sur chaque sac de mouture. C’est notre bon droit. En outre, nous-même sommes redevable au seigneur éminent qui nous a remis ce fief. Le lieu est-il bien choisi ?».

Le Maître-maçon:« Il y a ici du bois et de la bonne pierre en abondance».

Face aux remparts de la cité, l’immense forêt de Saint-Mamet qui s’étend vers Sainte Mère et Castet Arrouy festonne le vallon de l’harmonie de verts des grands chênes de Gascogne. Le bois ne manquera pas. Il le faut car les moulins en sont gourmands, pour leur imposante charpente, pour l’étayage des digues, des chaussées et des canaux lors du terrassement, pour l’alimentation des fours, à chaux et tuilier, et également lorsque le chantier aura abouti, pour l’assemblage du mécanisme de meunerie, au cœur du projet dont discutent les trois personnages.

 

La construction des moulins voisins a montré l'exemple. Il est essentiel de disposer de la pierre sur place. Dans le cas contraire le transport rendrait le chantier particulièrement onéreux, de trois ou quatre fois le coût de la maçonnerie proprement dite. A quelques dizaines de mètres, le domaine est riche du beau calcaire blond de Lomagne. Les falaises dominent le site à portée de tailleur de pierre. La terre retirée pour l'installation des fondations, sera malaxée et servira à jointoyer pierres de taille et moellons. Le sable aussi est présent sur le plateau, par champs épars signalés par de rares châtaigniers, à Gère et Foissin. L’argile pure affleure, par couches. Voilà qui est précieux, car la grande quantité de tuiles qui couvrira le moulin sera moulée et cuite dans des fours construits sur place pour la durée du chantier.

Un banc de calcaire traverse le vallon, d’est en ouest, en arc de cercle du Couloumé jusqu'à Cardés. Il donnera à la lourde bâtisse une assise solide. Ainsi, outre la qualité de la construction, le choix de l’emplacement fera que le moulin sera encore debout des siècles plus tard.

La chute d'eau était exploitée et le site occupé depuis toujours par différents petits métiers : teinturier, potier, pêcheur… Il faudra faire déguerpir ces occupants sans titres. Ils retrouveront du travail sur place même, au service des maçons et des charpentiers qui ont besoin de main-d’œuvre. Ils reconstruiront leurs masures à proximité et par la suite ils se loueront au maître-meunier. Tout autour du moulin va se développer un hameau de familles et de métiers le desservant.

 

Le chemin qui descend à flanc de coteau depuis la porte Est de la ville est incommode, humide et de dévers. Il permettra seulement le passage des mulets bâtés de sacs de farine destinés aux gens du bourg. Les charrois les plus lourds devront longer le ruisseau jusqu’au hameau du Pont de piles au bord du Gers.

Il y a peu de cultures dans le vallon de Saint Jourdain car le terrain est accidenté et le sol gras. Mis à part l’élevage de brebis sur les prairies sèches au pied du plateau calcaire, la broussaille domine et le ruisseau est enfoui dans la végétation. Ses abords seront défrichés pour donner de l’air à l’ensemble d’aménagements et de constructions nécessaires au moulin en amont et en aval.

Il y a 800 ans. La Mouline de Belin est née.

                                                                                                                                                                                                                                       ALINEAS    

                                                                              Au pied de la citadelle, le moulin médiéval.                                        

P.S.

LA DATE DE CONSTRUCTION DU MOULIN. Nous ne connaissons pas la date précise de construction de notre vieux moulin, ni son propriétaire; celui-ci était-il seigneur de Lectoure, ordre religieux, noblesse vassalique ou aristocratie naissante? Pour les historiens qui l'ont examiné, il paraît plausible que ce bâtiment date du 13ème siècle.

Pour le contexte, en 1220, Vezian, descendant des Ducs de Gascogne, est l'un des premiers Vicomtes de Lomagne, Auvillar sur la Garonne et Lectoure sur le Gers étant ses deux places fortes. Arnaud II  est Evêque.

LES NOMS DE LIEUX. Au risque d’anachronisme mais pour que nos lecteurs lectourois y trouvent des repères toponymiques, les noms de lieux sont donnés tels que nous les connaissons aujourd’hui.

CREDIT

Photos Michel Salanié, illustrations Corpus étampois, Grandes chroniques de France, x, Michel Salanié

SOURCES

  • La construction au moyen âge

http://www.persee.fr/doc/bulmo_0007-473x_1960_num_118_4_3896

  • Ils construisent un château fort :

http://www.guedelon.fr

  • Le Moulin et le meunier. Mille ans de meunerie en France et en Europe

https://etudesrurales.revues.org/103

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Publié dans #Moulins

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Publié le 17 Mars 2017

LE CENTURION ET LE CHALAND

 

La voie romaine tracée au pied de notre ville par l’Empire pour conduire ses centuries et sa civilisation conquérantes de Lugdunum Convenarum  jusqu’à Aginnum* est droite comme un trait de javelot. L’emplacement de cet ouvrage exceptionnel n’a pas été discuté entre l’occupant et l'autochtone. Fallait-il que la voie s’inscrive au pied de la source sacrée des Lactorates, au dessus, en dessous, ici, là ou un peu plus loin? Laissez passer. "Vae victis"**.

Les barbares qui suivirent ne nous ont pas laissé de traces, eux, de leurs cheminements que l’on situe, à l’estime, en fonction des vestiges de leurs batailles dévastatrices et de leurs campements.

Le chemin de Saint Jacques, quant à lui, serpente au gré de routes préexistantes à l’appel de l’Evêque Godescalc, en l’an 951, à rejoindre le tombeau de l’apôtre du Christ en Galice. Les jacquets, par leur nombre et leur foi, ont accentué la marque au sol de la trace empruntée pendant dix siècles et fait de ces sentes mises bout à bout le grand chemin d’Occident. Cependant, à Lectoure,  la voie pérégrine se fait discrète. La citadelle frileuse n’a pas en ces temps là, la générosité d’accueillir le pénitent, le malade, l’étranger qui rendra grâce aux hospitaliers installés dans le faubourg, hors le bourg. Au petit matin blême, les capuches et les bourdons longent discrètement les remparts et glissent vers la rivière qu’il faudra franchir probablement à gué ou bien par le service de quelque barcasse et dans ce cas contre espèce sonnante et trébuchante***.

L’orgueilleuse capitale des derniers comtes d’Armagnac une fois soumise par la Maison de France, barbacane et donjon tomberont, les maisons fortes muant en hôtels nobles et bourgeois, créant naturellement au faîte du promontoire une rue à présent Royale. Désormais il y aura un haut, un bas, des quartiers au sud ou au nord de « la » rue à laquelle la ville, de fait, s’identifie.

Durant les trois ou quatre siècles qui suivirent, les évènements ne feront que faire douter de l’autorité sur la dite rue qui devint successivement Impériale, Royale à nouveau brièvement puis, depuis, Nationale. Sera-ce définitif ? Pour éviter les considérations politiques, il vaudrait mieux s’en tenir à une définition tenant à ses extrémités : « Route de Paris à Barèges ». Le temps des voyages d’agrément et des vacances à la neige a donné à notre grand rue son nom le plus romantique, n'est-ce pas ?

 

Les plus anciens se souviennent bien sûr du train dont on ne perçoit plus aujourd’hui la place qu’il occupait dans le quotidien et dans le paysage. Un chemin qui chante, une odeur, un monde étrange. La micheline, les formalités à la Préfecture à Auch, les boutiques à Agen, les dimanches en famille à Castex ou la foire aux bestiaux à Fleurance. Mais aussi un chemin du devoir qui a emporté nombre de jeunes hommes appelés par la République et qui ne sont pas tous revenus. Un chemin qui n’a pas vécu longtemps au regard de l’Histoire.  Mais qui sait? Cette voie ferrée n’a pas été désaffectée et, prudente, l'avenue de la Gare a conservé jusque là son nom.

Puis vint le règne de l’automobile. Trop pressée et encombrante, pour elle il faudra se résoudre à détourner le flux de la RN n°21 du cœur de ville, lui faire reprendre « la vieille côte ». Le promontoire fait à nouveau de la résistance. Et comme il y a malgré tout embouteillage, vient le sens unique, le disque de stationnement, les parkings «périphériques». Oui, chez nous aussi... La ville fait le gros dos pour contenir « orbi » la boulimie de déplacement de l’homo motorisus et conserver ainsi heureusement tout leur charme, non seulement à "la" rue, mais également à nos petites voies adjacentes, sombres, pentues, ruelles, venelles, escaliers, impasses et autres carrelots****.

Pour circuler en voiture dans notre bonne ville, il faut aujourd’hui faire preuve d’un minimum de sens de l’orientation, passer sous les remparts du Nord, revenir à l'opposé, à l’est, pour avoir le droit de faire une nouvelle tentative dans la rue Nationale et espérer trouver enfin la place idéale. C’est la marque des villes d’importance : «CIRCULEZ…. Mais non, non, si, si, SI RESTEZ il y a tant de choses à voir ! Elle est belle ma rue commerçante». Ou l’art d’accueillir le chaland dans un mouchoir de poche.

 

                                                                                                          ALINEAS

 

* De Saint Bertrand de Comminges à Agen

** "Malheur au vaincu". Ironie de mon histoire, la formule est du chef gaulois Brennos, entré dans Rome victorieux.

*** Le GR 65 au départ de Lectoure en direction de l'ouest a été, à l’époque de son tracé initial,  orienté vers l'emplacement de l’antique ville romaine. Pour y voir quoi? Une zone industrielle... Non, il est préférable, et plus rapide d’ailleurs - et le pèlerin a encore un bout de chemin à faire… il faut en tenir compte - de descendre la rue Nationale et de profiter, non seulement de la vue des belles façades et de la qualité du commerce local, mais également du contact avec les Lectourois, chaque jour de la semaine ayant son intérêt, et le vendredi, jour de marché, ce sera la cerise sur le GR. Enfin, le chemin du Marquisat ou la côte de Pébéret menant au Pont de piles sont certainement très près de ce que fut « le » chemin jacquaire historique. Soit dit pour les puristes.

**** Un carrelot est une petite rue de la largeur du passage d’une charrette. Autrefois la citadelle en était largement quadrillée.

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Chemins

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Publié le 6 Mars 2017

GASCOGNE

 

MAGIQUE 

 

J’aurai bien titré sur « Le photographe de la Gascogne magique ». Mais s’il est unique, il reste modeste. Eclectique et poète aussi.

 

Cet artiste-guide-chasseur d’orages est passionné par ses sujets : de l’infiniment petit à la voie lactée, de la brume à l’éclair qu’il dompte, amoureux de la nuit, qui ne se couchera pas pour être sûr de voir poindre le soleil derrière une église radieuse, passionné par la montagne pyrène, décor grandiose de nos châteaux en Gascogne ou trépied de son téléobjectif pointé sur des vallons ourlés de chênes tourmentés, de vignes ordonnées et de chemins moussus.

 

Pierre-Paul Feyte a magnifiquement illustré les concerts donnés dans la cathédrale de Lectoure, du bicentenaire du Maréchal Lannes en 2009 et du groupe vocal toulousain Equinoxe, chants de noël en 2016. Il a apporté son concours aux prises de vue de l’émission «Des racines et des ailes» sur France 3 en novembre 2015 où notre ville tenait un joli rôle.

                                                                          ALINEAS

 

Nous vous invitons vivement à découvrir son livre, « Brumes de Gascogne» 25 € disponible chez Damien Leroy, photographe et à la librairie-café le Cochon bleu. Egalement par la poste, sur contact avec ppfeyte@free.fr

Les photos sélectionnées ci-dessous son extraites des albums du photographe visibles à l'adresse: www.flickr.com/photos/feyte/

Seules les photos de brume sont reproduites dans le livre recommandé.

http://www.france3.fr/emissions/des-racines-et-des-ailes/diffusions/25-11-2015_436438

 

Un automne dans le Gers

Vertes draperies

Arbres de feu

La vallée de l'Auchie sous la lune

La lune coiffant la collégiale de La Romieu

Contempler l'orage

Le domaine du Mirail, Lectoure en arrière-plan

Les photographies de Pierre-Paul FEYTE

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Beaux arts

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Publié le 22 Février 2017

Me voilà donc devant ma page blanche. Ou plutôt devant ce bête écran où clignote un curseur d’insertion narquois…

Au pied du mur.

Du mur de mon moulin d’ailleurs. Je suis redescendu de mon échafaudage sur lequel depuis dix ans me sont venues toutes ces idées de notes à rédiger, pour qui, pour quoi ?

Je crois que ces notes, ces alinéas comme j’ai choisi de les nommer, font tout simplement partie du projet que nous avons mené avec mon épouse et que nous poursuivrons encore quelque temps si Dieu le veut. Elles apporteront un ciment nouveau à l’appareillage de pierre dont nous n’avons fait qu’interrompre le désordre et le délitement. Pendant quelques années encore dans la chaleur de notre maison d’hôtes, ou bien plus tard, dans un nouvel assoupissement des lieux et dans les décombres inévitablement, ces notes s’en iront de par le monde virtuel transmettre quelque sentiment, une image, un signe, un rien.

Depuis l’échafaudage susmentionné et sur lequel je remonte d’ailleurs illico après avoir rempli ma page d’écriture, la vue porte bien loin au-delà de cette vieille bâtisse qui a cessé de moudre le grain depuis plusieurs siècles déjà. Histoire, légende, chemin d'alentour, chemins d'aventure, sommets, landes… mes alinéas n’auront pas de frontières sauf celle du plaisir que nous aurons à partager ces sujets avec nos enfants, parents, voisins, amis, et ceci est assez excitant, avec quelque lointain habitant de la planète internet lâchant les fins limiers de son moteur de recherche: arbre à manne, roue à cuillères, respounchous, mâchicoulis, sambuco, cagots….

... quel que soit le mot-clef qui vous aura conduit jusqu’à notre Carnet d’alinéas, bienvenue.

Michel Salanié

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Publié le 11 Février 2017

De Notre-Dame de Paris aux remparts du château des Comtes d’Armagnac

 

C’est une des plus belles pages de la littérature française.

 

Il se fit un silence de terreur parmi les truands, pendant lequel on n’entendit que les cris d’alarme des chanoines enfermés dans leur cloître et plus inquiets que des chevaux dans une écurie qui brûle, le bruit furtif des fenêtres vite ouvertes et plus vite fermées, le remue-ménage intérieur des maisons et de l’Hôtel-Dieu, le vent dans la flamme, le dernier râle des mourants, et le pétillement continu de la pluie de plomb sur le pavé.

Cependant les principaux truands s'étaient retirés sous le porche du logis Gondelaurier, et tenaient conseil. Le duc d'Égypte, assis sur une borne, contemplait avec une crainte religieuse le bûcher fantasmagorique resplendissant à deux cents pieds en l'air. Clopin Trouillefou se mordait ses gros poings avec rage.

- Impossible d'entrer! murmurait-il dans ses dents.

- Une vieille église fée! grommelait le vieux bohémien Mathias Hungadi Spicali.

- Par les moustaches du pape! reprenait un narquois grisonnant qui avait servi, voilà des gouttières d'églises qui vous crachent du plomb fondu mieux que les mâchicoulis de Lectoure.

 

- Voyez-vous ce démon qui passe et repasse devant le feu? s'écriait le duc d'Égypte.

- Pardieu, dit Clopin, c'est le damné sonneur, c'est Quasimodo.

 

Le Notre Dame de Paris de Victor Hugo a été adapté maintes fois et souvent magnifiquement, au cinéma, au théâtre, en comédie musicale, en bande dessinée. Une aventure baroque, passionnante, profonde et populaire à la fois. L’un des romans de langue française les plus connus. Ne vient-on pas du monde entier visiter la cathédrale de Paris en pensant autant sinon plus à l’enlèvement d’Esméralda par le bossu qu’au mariage du futur Henri IV ou qu’au sacre de Napoléon, des évènements quant à eux et parmi tant d’autres qui s’y sont réellement déroulés. Victor Hugo a donné au lieu où se déroule l’action de son invention une sorte de personnalité, une vie, un caractère au sens littéraire du terme, qui dépasse le monument gothique en tant que tel et qui en est aujourd’hui devenu le qualificatif indissociable dans notre esprit.

 

Et Lectoure est donc évoquée dans ce passage du roman qui raconte l’assaut de la cathédrale par les truands venus libérer la bohémienne.

 

Lectoure citée par la voix d’un «grisonnant qui avait servi», autrement dit un vieux soldat. L’homme se serait-il battu à Lectoure ? Le titre exact du Roman est «Notre-Dame de Paris. 1482». Soit neuf ans après la prise de la capitale des Comtes d’Armagnac par les armées de Louis XI. Le roi dont les Lectourois parlent encore aujourd’hui avec acrimonie, peut-être injustement nous y reviendrons, tient une place dans le roman. Hugo se documentait de façon très approfondie avant d’écrire et devait connaître, peu ou prou, cet évènement tragique de l’histoire de notre ville.

 

Mais Victor Hugo est-il passé à Lectoure ? Oui, certainement. Cependant, pas avant d’écrire Notre-Dame de Paris, qui est paru en 1831, mais douze ans plus tard, en 1843. D’où l’ordre des éléments du titre de cet alinéa respectant la chronologie de la vie de l'écrivain.

 

En effet, dès 1825 Hugo voyage en France et en Europe. Faisant partie de ces précurseurs des voyages d’agrément, intellectuels aisés et relativement aventureux, il découvre la France qui sera celle des Misérables, des Travailleurs de la mer ou de la Légende des siècles. Il est accompagné de sa femme puis de Juliette Drouet, sa maîtresse qui annotent, classent et complètent l’incroyable somme documentaire que le grand homme constitue. Curieux de tout, il enregistre nombre d’anecdotes et de traits de caractères que l’on retrouve dans sa prose comme dans sa poésie. Il y a autant d’humour que d’analyse psychologique et de tendresse dans ses portraits, de véritables instantanés avant l’avènement de la photo de tourisme : cochers, cafetiers, servantes, paysans, bourgeois et officiers croisés sur la route et à l’étape.

 

Hugo est également un fantastique dessinateur, explorant avec facilité les techniques les plus originales. Théophile Gautier a dit de lui « S’il n’était pas poète, Victor Hugo serait un peintre de premier ordre ». Au 20ème siècle, les surréalistes le considéreront comme un précurseur. Il dessine en particulier les paysages tourmentés, les ruines, les châteaux, les formes de l’architecture gothique qui peuplent son imaginaire romantique.

 

Nous savons avec certitude qu'il est parti d'Auch ce 4 septembre 1843,  après la visite de la cathédrale, les stalles de son chœur et ses vitraux observés et mémorisés avec grande érudition. Et l'on se plait à deviner, dans l’après-midi, la diligence arriver à Lectoure, passer le pont de Saint Gény et gravir lourdement la vieille côte, pour enfin s'arrêter sur le bastion où il faudrait procéder au changement des chevaux. L'étape est encore longue, aura-t-on patienté en prenant une collation dans un estaminet ? Hugo y aura alors observé avec gourmandise la belle servante, amusé par les effets de voix de quelque pilier de comptoir à l’accent rocailleux. «Encore endormi en arrivant à Agen, j’ai cru voir la mer. C’était la Garonne qui me faisait cette gasconnade».

Puis, sous un ciel menaçant magnifiquement, alors que la diligence descendait de la haute ville vers le pont de piles  pour reprendre la voie romaine, Hugo aura jeté un coup d’œil au vieux château de la Maison d’Armagnac, ruiné depuis 1473.

Peut être a-t-il croqué la citadelle d’un trait de fusain, regrettant cependant qu’elle ait perdu de sa superbe. La superbe des souvenirs du vieux soldat de Louis XI mêlé à la populace en colère, aux pieds des tours de Notre-Dame.

 

 

PS. Je dédie cette première note de ce Carnet d’alinéas à mon Esméralda...

PS' Si quelque spécialiste ayant procédé à une recherche dans l'un des fonds documentaires consacrés à Hugo venait à contredire mon hypothèse je m'empresserais de publier un correctif. D'abord par respect pour la vérité, ensuite pour le plaisir de revenir sur les magnifiques écrits et la vie exceptionnelle du grand homme.

CREDIT:

- Paris Notre-Dame vue du quai de la tournelle 1852 Jongkind/Taveneaux

- Le château de Vianden dessiné par V. Hugo 1871

SOURCES:

https://fr.wikisource.org/wiki/En_voyage,_tome_II_(Hugo,_%C3%A9d._1910)/Alpes_et_Pyr%C3%A9n%C3%A9es/C/21

http://www.lacritiqueparisienne.fr/68/hugo.pdf

http://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/

 

 

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Publié le 10 Février 2017

POURQUOI ALINEAS ?

 

« Je voudrais que la copie fust en plusieurs sections,

en un a linea, une chose qui aide extrêmement celui qui lit

et démesle bien la confusion des espèces ».

 

Guez de Balzac 1654 que je n’ai pas lu mais copié-collé sur https://fr.wikipedia.org/wiki/Alin%C3%A9a

____________________________________

 

Pour ceux qui nous connaissent, il y a dans cette Aline-là un petit air d’adresse amoureuse. Oui, je le confesse.

Mais chronologiquement, j’utilise depuis ma plus tendre envie d’écriture cet anagramme heureux de mon nom de famille.

 

DROIT D’AUTEUR ET DE REPRODUCTION

Ces alinéas sont exclusivement de ma (cyber)plume. Je m’efforce de citer mes sources d’inspiration et de documentation.

Les illustrations choisies sont en principe libres de droits. Si, involontairement, je dérogeais à ce respect, merci de m’en informer et je corrigerai immédiatement l’erreur.

 

COMMENTAIRES

J’apprécierai et publierai les commentaires qui apportent au sujet, y compris les corrections et contradictions. Exprimées civilement….

 

ORTHOGRAPHE

Je me reli vou pouvé pas savoir conbien de foi mais jean laissse paçé quan maime. Mil escuzes a lavance.

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Publié dans #Alinéas

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