Publié le 23 Juin 2020

meunier garçon meunier moulin meunerie FDMF travail manuel

 

 

 

ous ne l’avez jamais vu. Il est une silhouette furtive auprès du moulin, avant de se faire rabrouer par le maître qui campe sur le perron. Somnolant sur son mulet peut-être, dans la froidure du petit matin. Laissant choir le lourd sac de farine chez le client méfiant. Pourtant la meilleure part du travail ce cami farinier, à condition de ne pas traîner en route. Car il y a à faire ! Il faudra curer le bief et la salle de la roue qui s’encrassent à chaque crue. Se glisser dans l’eau glacée pour relever sans se lasser, à bout de bras, les lourds seaux de vase et les débris de bois et de végétaux qui s’enchevêtrent et ralentissent le débit d’eau. Tâches ingrates, obscures, périlleuses et pourtant indispensables.

 

meunier garçon meunier moulin meunerie FDMF travail manuel

 

S’il ne vit pas dans le cadre sinistre de l’usine grise et impersonnelle et des misérables quartiers ouvriers de la grande ville, ignoré de la littérature et du cinéma social, isolé et peu bavard, le garçon meunier est un personnage qui mérite reconnaissance.

Paradoxalement, le métier est d’ailleurs une position privilégiée et enviée. Si Dieu a bien voulu donner un fils au meunier, il sera apprenti dès son plus jeune âge.  A défaut, le garçon meunier sera de préférence un neveu ou un cousin. Ce n’est pas tant par sectarisme ou privilège mais entre parents, « on se donne la main ». Le savoir-faire est long à acquérir et il se transmet comme un riche héritage. 

Dans tous les cas, avec l'âge, il faudra que le jeune garçon devienne un homme fort. Car le travail est harassant. Les sacs de grain et de farine pèsent jusqu’à cent kilos. Par définition, un moulin présente de nombreux niveaux qu’il faut gravir, la charge en équilibre sur les épaules, jusqu’au-dessus de la trémie qui coiffe la meule tournante. Bien sûr, l’invention de la poulie, de la brouette et de tous les assemblages articulés que le génie humain a été capable de concevoir viendront progressivement atténuer l’enchaînement des efforts. Mais la préhension mécanique attendra la deuxième moitié du 20ième siècle et la manutention du sac de l’un à l’autre des postes exigera toujours du garçon meunier, une stature solide, une musculation développée, une endurance et un mental.

Les risques du métier sont nombreux, qu’il partage avec son maître. Les meules, les rouages et les engrenages en mouvement peuvent à tout moment happer un pan de vêtement et c’est le drame. Avant que l’ensemble puisse être stoppé, un membre est broyé, si l’homme n’est pas entraîné intégralement par la mécanique.

 

Le rhabillage de la meule, l’opération qui consiste, au moyen du marteau pointu ou de la boucharde, à raviver les sillons de la pierre pour obtenir un bon écrasement du grain et l’évacuation régulière de la farine, provoque d’infimes éclats de pierre qui blessent le visage et les yeux.

La farine est hautement inflammable. Si le meunier s’absente un instant et que les deux pierres ne sont pas alimentées en grain, une étincelle pourra se produire. L’explosion de l’atmosphère ambiante, saturée de particules de farine, pourra provoquer l’incendie. Le mécanisme meunier est entièrement fabriqué de bois et les différents niveaux du bâtiment sont installés sur une charpente… Le risque industriel, déjà à l’époque.

 

meunier garçon meunier moulin meunerie FDMF travail manuel

 

Enfin, la maçonnerie et l’entretien des talus du bief et de l’étang occupent les périodes d’étiage. Le travail y est également pénible et la noyade fréquente dans les grands moulins installés sur des cours d’eau profonds ou torrentueux.

Heureusement, malgré les obstacles, il y a évidemment des garçons meuniers qui mèneront une vie sans drame. S'ils ne sont pas parents, ils pourront marier la fille de la maison ou sa veuve même, si le patron vient à décéder, pour que l'affaire perdure. La roue tourne.

 

 

 

Comme les deux personnages du couple que nous avons déjà portraiturés dans cette rubrique, s’il n’est pas ignoré comme un pâle second rôle, le garçon meunier est faussement représenté par la littérature et l'art. En effet, puisqu’il parcourt la campagne sur son mulet pour livrer les clients du moulin, comment ne pas suggérer qu’il compte fleurette à quelque jeunesse bien sûr ? D’autant qu’il a la réputation d’être bien bâti et qu’il deviendra peut-être bientôt bourgeois, craint et envié. On lui affecte donc le beau rôle, une position sociale, un physique, la liberté d'aller et venir. Image d’Epinal une fois encore. Mais ni les romanciers, ni les peintres n’ont justement représenté l’ouvrier, l’homme tendu par l’effort et veillant à la précision du geste qu’imposent le risque, la mécanique, l’assistance attentive du maître du moulin.

                                              Alinéas

 

ILLUSTRATIONS

Titre : Le vannier, détail, Jean-François Millet ( 1814-1875)

Paysage d'hiver au moulin, détail. Klaes Molenaer (1626-1676)

La sucrerie, Nova reperta, détail, gravure d'après Jan van der Straet (1523-1605)

Rhabillage de la meule, carte postale, détail, FDMF

Moulin à papier Ornans, Gustave Courbet (1819-1877)

Le meunier galant, d'après Watteau, détail, François Boucher  (1702-1770)

L'atelier de serrurerie, détail, Louis Malaval (1937-1980), Musée d'Allard Montbrison.

 

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Publié le 9 Juin 2020

JOYEUSE NATURE  !

 

art beaux-arts -Grousson-Troyes Lectoure Botanique Musée Plantes sauvages comestibles Berrac

 

Geneviève Troyes est née et a grandi à Lectoure. Je l’imagine gamine, à la sortie de l’école, dévalant les ruelles ombrées de la citadelle, une auréole de boucles rousses, un rire chantant et le regard vif.

Le boulevard du Sud et le quartier des Jardins méridionaux portent bien leurs noms. Les Pyrénées en toile de fond, ce versant de la citadelle où est accrochée la maison de famille, offre tout ce que les gascons de François 1er ont ramené ‘d’Italie pour faire renaître la gothique Lomagne : palmiers et lauriers roses, loggias et pergolas, génoises liserées de soleil et Diane à sa fontaine… L’art en germe de la petite lectouroise, comment en aurait-il été autrement ? serait exubérant et lumineux comme un giardino. Sensuel comme une balade en Arcadie.

Le trait est rapide et joyeux. A main levée et sans retouche, il va à l’essentiel, comme un éclat de rire, comme une déclaration d’amour. Le rough, c’est le nom de cette façon de dessin, est une méthode de travail d’approche et de recherche, dans les domaines de l’industrie, de l’architecture et de la publicité. Il est élevé ici au rang d’œuvre d’art. Rehaussé énergiquement de couleurs avec des aquarelles ou des acryliques, lumineuses pour les végétaux, tamisées pour les nus. C’est spontané. C’est flamboyant.

Ces tableaux sont exécutés sur aluminium galvanisé ou thermolaqué, ce qui ajoute à leur impact. Parfois détournés en mobilier. Utile, contemporain et beau.

Geneviève Troyes vit aujourd’hui en région Rhône-Alpes. Enseignante, designer, architecte d’intérieur, elle expose ses œuvres régulièrement. En pays lectourois parfois, pour un retour aux sources.

Naturellement, on aime. 

 

                                                                          Alinéas

 

PS. Geneviève Troyes a conçu la maquette et exécuté certaines des illustrations des balises informatives du Petit musée des plantes sauvages comestibles de Berrac. Ou "Quand l'art contemporain chemine en compagnie de Dame nature et de nos meilleures traditions".

Foison de photos, de propos, de couleurs sur le site de l'artiste ici https://gt.duchenetroyes.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Publié le 27 Mai 2020

 

L'eau sourd du rocher depuis la nuit des temps. Il y a cinq mille ans peut-être, pour s'établir ici, l'homme choisit la source qui l'abreuve et le mystère qu'il vénère. Le promontoire est ceinturé d'un aplomb calcaire où des grottes servent d'habitat, prolongé par quelque abri de branchage. Viendra le temps de l'agriculture, de l'élevage et de l'artisanat. La cavité qui recouvre notre source est le cœur battant de la tribu. Dés lors, elle sera protégée et aménagée soigneusement. Jusqu'à nos jours.

Le peuple gaulois établi sur ce promontoire n'a pas laissé de vestiges permettant de décrire sa relation culturelle et religieuse à l'eau. Y avait-il des sacrifices, des offrandes pour le moins ? Probablement. Il faut s'en remettre à l'Histoire d'autres sites, plus riches d'informations. Dis est le dieu gaulois de l'ombre et du royaume des ténèbres. Son double féminin, Divona, la divinité des gouffres et des sources, dont le nom nous est parvenu déjà romanisé. Mais certains auteurs pensent que le celte Düion veut dire "deux eaux", et qu'il faut donc voir dans les lieux dénommés par la suite Divona, le mariage de deux flux, union magique au regard de nos ancêtres. L'hypothèse est séduisante à Lectoure, où les eaux de plusieurs sources s'additionnent si on les laisse libres de courir, depuis le pied du rocher et tout au long du versant, Saint Clair, Ydrone, Lairide, jusqu'à s'unir à la rivière, entre Saint Gény et Pradoulin.

Vesunna, autre divinité gauloise des eaux, a peut être aussi couru dans les sous-bois moussus qui recouvrent alors tout le pays.

- Mais celui qui m'a découverte, à l'origine de cette ville, n'a pas inscrit son émerveillement.

L'émotion n'a pas de nom.

 

déesse gauloise - Divona - Vesunna - Celtes - Lectoure
Vénus gauloise

 

La période gallo-romaine nous est mieux connue, mais pourtant, nous ne savons pas quel nom les Lactorates donnaient à la source, probablement très tôt devenue fontaine bâtie, dominée par le temple de Jupiter, en lieu et place de notre cathédrale. Or, Jupiter forme un couple, non exclusif d'ailleurs, avec Junon, déesse du cycle lunaire et de la maternité. Le Dieu des Dieux, Protecteur de la Cité et de l'Empire transforma la nymphe Jouvence en une fontaine au pouvoir régénérateur dans laquelle, s'y baignant tous les ans, Junon retrouve sa virginité. Quelque Donnia Italia lactorate a t-elle tenté la médication ?

 

Lactora - Lactorates - jupiter - junon - Donnia Italia - fontaine de jouvence
Quelque peu troublé par Junon, Jupiter a laissé tomber le foudre. Mais l'aigle veille.

C'est au Moyen-Âge, au 13ième siècle nous disent les archéologues, que la fontaine prend l'apparence que nous lui connaissons aujourd'hui. On peut lire parfois "fontaine fortifiée". Or, étonnamment, elle se trouve au pied des remparts, hors les murs. Il faut dire que la citadelle de Lectoure regorge d'eau. Toutes les maisons fortes possèdent leurs puits. Et les points d'eau publics, puits, abreuvoirs, citernes répondent aux besoins de la population, volailles et chevaux compris. C'est une des caractéristiques qui fera de la forteresse le repaire des comtes d'Armagnac, sans suffire cependant pour résister à l'armée de Louis XI. A cette époque, la fontaine porte le nom de Hountélie. Ce nom découle directement de hount, terme gascon pour fontaine, lui-même venu du latin fons. Le gascon, la langue communément employée jusqu'au 20ième siècle, remplaçant en général le f par un h muet.

On verra parfois écrit Hontaliu, lieu où abondent les sources. Tout simplement et très joliment.

 

fontaine Diane - hountélie - hount - lectoure - comte d'armagnac - hontaliu

 

Enfin, à la Renaissance, du fait de quelque humaniste motivé par la recherche de lointaines influences de l'Antiquité classique**, apparaît le toponyme Diane, référence à la légendaire dame de beauté. Car Hountélie, sonnant trop rustique à l'oreille de cet inventeur, devient opportunément Houndélio. Dés lors, la déesse honorée sur l'île de Délos, en Grèce, investit Lectoure. C'est plus chic. Aussi, si vous voyez écrit ici ou là sur quelque guide touristique, que le culte de Diane était pratiqué à Lectoure dès l'Antiquité, souriez... mais reconnaissez que cette chasseresse présente quelques atouts. Diane fut donc adoptée et tient encore le haut du pavé, bien qu'il faille descendre les escaliers pour la surprendre sortant du bain.

 

Déesse diane - lectoure - délios grèce - dame de beauté
Une Diane, façon rococo.

 

Il y a bien eu d'autres tentatives, moins heureuses. Ainsi Hount Élie, par référence au prophète Élie, vénéré par les anciennes Carmélites qui furent logées un temps à proximité. Et puis, sans lien, pure joute dilettante, Gide et ses amis, parmi les premiers touristes passés à Lectoure, poétisèrent une sainte Fontélie. Voir notre alinéa ici. En ai-je oublié ? Pour ceux qui s'étonneraient de ne pas retrouver la déesse Cybèle dans cette chronique, disons que la Grande Mère honorée à Lectoure n'est pas associée aux antiques cultes des eaux, bien qu'elle s'identifie parfois à Rhéa, elle-même mère de Junon. Alambiquée la mythologie, je vous le concède. Pourtant, "Fontaine de Cybèle" eut été à la fois, justifié en son temps et "communiquant" aujourd'hui.

Ainsi, notre fontaine, par les croyances et les espérances qu'elle a inspirées au gré des mentalités, a t-elle changé plusieurs fois de nom pour s'adapter au siècle et justifier l'attention que la ville et ses habitants lui portent. Mais en réalité, au pied des remparts la sensation est intemporelle. Dans le petit matin ambré, la source appelle encore aujourd'hui la passante esseulée, au chant clair d'une eau qui ne vieillit point.

                                                                                       Alinéas

fontaine diane lectoure - passante - le nom de l'eau

 

* Loys de Bochat par exemple

** Correctif 08/06/2020. Un lecteur attentif et bien documenté, que nous remercions, nous fait savoir que l’humaniste en question (mention empruntée à l’article de Wikipédia consacré au sujet) n’appartient pas à la Renaissance mais au 18ième siècle. Il s’agit de Jean-Baptiste Gail (1755-1829), helléniste, professeur adjoint au Collège de France et membre de l’Académie des Inscriptions et des Belles-Lettres de l’Institut. Ayant visité Lectoure à l’occasion des découvertes archéologiques de l’époque, en particulier les tauroboles, le savant emporté par son intérêt pour la Grèce antique, voulut voir dans la fontaine Hountélie, un petit temple de Diane, là où les historiens contemporains s’accordent à considérer qu’il s’agit d’un bâtiment datant du 13ième siècle seulement.

Avec le lectourois Alcée Durrieux, Gail fait partie de ces savants qui ont également cru voir dans le gascon parlé à Lectoure, une langue d'origine grecque. Théorie totalement abandonnée aujourd'hui.

Mémoire de la Société archéologique du midi de la France. Volume 3. P 111.

 

DOCUMENTATION :

 

- https://fr.wikipedia.org/wiki/Fontaine_Diane_(Lectoure)

- Histoire de Lectoure, Collectif 1972

- Les remparts de Lectoure - La Hountélie par Paul Mesplé, in Sites et monuments du Lectourois, Collectif 1974.

- Sur les divinités gauloises de l'eau :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Divona

et plus documenté, https://fr.wikipedia.org/wiki/Vesunna_(mythologie)

 

ILLUSTRATIONS :

- Photo titre : Moulin de Lafous (Hérault), F. Peyrani ellesrandonnent.eklablog.com

- Illustration L'homme primitif, Louis Figuier.

- Vénus gauloise, Vénus anadyomène dite "gauloise" mais estimée des 1er ou 2ième siècles ap. J-C. On ne connaît pas de représentation celte de Divona et Vésunna. Collection des Musées de Poitiers,© Musées de Poitiers / Christian Vignaud.

- Jupiter et Junon, Annibal Carrache 1597, Galerie Farnèse Rome.

- La fontaine Diane, Gravure collection privée.

- Diane sortant du bain, François Boucher, 1742 Musée du Louvre.

- Photo M. Salanié

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 12 Mai 2020

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Face à la citadelle, les orchidées sauvages ponctuent joliment les sentiers qui courent à flanc de  coteau, au nord autour de Baqué, au sud à Sainte-Croix. Tout au long des ruisseaux de Lesquère, Bournaca, Verduzan, à la lisière des festons de chênes et de frênes qui marquent le décrochage entre les plateaux caillouteux et les combes au sol plus gras, les arradjades, coteaux exposés au soleil, et les paguères fraîches et ombrées, anciens pacages à chèvres et moutons tombés en friches, au sol pauvre et drainé, sont le terrain de prédilection de cette fleur merveilleuse.

 

NB. Les photos peuvent être agrandies par un clic droit puis [Afficher l'image].

 

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Orchis pourpre

Orchidée est un mot qui résonne à notre mémoire d'enfant, d'enfant "d'avant", élevé au sein nourricier des récits des explorateurs de contrées exotiques, familiers de l'univers de Jules Verne ou de celui de Stevenson. Un mot magique comme "mygale" ou "pygmée". L'orchidée la plus célèbre fait aussi appel à nos papilles, Vanilla planifolia, la "Fleur noire" des Aztèques. Mais aujourd'hui, l'orchidée s’aligne bêtement en rayon de supermarché, débarquée après 10 000 kilomètres d'avion-cargo, air conditionné, sur transpalettes, en pot fluo et sous film propylène transparent. Je ne dis pas, la fleur est décorative, et pas chère, et pas périssable contrairement à ce que le chanteur serinait à mademoiselle Germaine. Mais tout de même, ne lui trouvez-vous pas un arrière-parfum de kérosène ? Revenons dans nos campagnes, voulez-vous ?

 

ophrys abeille lectoure  orchidée gascogne lomagne botanique
Ophrys abeille

 

Je suis amateur d’étymologie, mais je ne sais pas si je dois vous le dire. Ça va gâcher. Orchidée vient du grec órkhis qui veut dire "testicules". Son tubercule ressemble, avec un peu d'imagination, à l'appareil de reproduction masculin. Et de ce fait, nos anciens croyaient la plante aphrodisiaque. Encore cette fameuse théorie des signatures, qui prend en compte la similitude des formes, évoquée dans notre alinéa consacré au Gouet, l’Arum de nos campagnes (voir ici). Mais après maints essais, rien de bien spectaculaire. Sauf au sud de la Méditerranée peut être, en Turquie ou en Grèce, où l'on vous servira un salep, une boisson chaude élaborée avec de la farine d'orchidée. De ce fait, dans ces régions, certaines variétés d'orchidées sont en voie d’extinction.... A quoi tient la biodiversité !

 

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Orchis pyramidal

La famille des Orchidacées ne compte pas moins de 25 000 espèces, regroupées en 850 genres ! Le Gers en comptabilise 43*. Je n'en ai trouvé que 7. Et vous ? En Catalogne et dans le pays niçois, on peut admirer jusqu'à 75 espèces différentes. Les clubs et les sites internet amateurs fleurissent. On se bouscule, on échange, on contribue aux recensements. C'est de la florie. De la folie, pardon.

 

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Orchis bouc

Chaque variété développe une incroyable exubérance de forme et de couleurs pour attirer les pollinisateurs. Celle-ci par exemple, n'est pas nommée Orchis bouc pour sa barbichette comme on pourrait le croire naïvement mais parce qu'elle dégage, paraît-il, une odeur fétide appréciée de je ne sais quel insecte égrillard.

 

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Sérapias langue

Cette année, les amateurs ont remarqué une abondance exceptionnelle de la variété Sérapias langue. Conjugaison de la hausse des températures et forte pluviométrie ? Notre campagne lomagnole reprendrait-elle des airs de forêt équatoriale ? L'orchidée la plus commune autour de Lectoure et ailleurs en Gascogne est probablement l'Orchis pyramidal, appelé Pentecosta en gascon. Sérapias, lui, se dit Martèths, pour marteau, mais il existe en Australie une Orchidée marteau dont je vous invite à découvrir l'incroyable mécanisme de fécondation [ici]. Dans son livre, Nos fleurs d'Aquitaine dans la langue, la sorcellerie et la médecine gasconnes, Alexis Arette indique qu'on donnait autrefois la racine d'orchidée réduite en farine aux enfants en guise de fortifiant.

 

ophrys mouche lectoure  orchidée gascogne lomagne botanique
Ophrys mouche

Il faut être très observateur pour distinguer, par exemple chez les Ophrys, les variétés "Guêpe", "Abeille", "Araignée", "Bourdon", "Papillon" ou "Mouche" comme celui-ci, si je ne me suis pas trompé. Il y a même un Ophrys bécasse. Et j'enrage de ne pas avoir su dénicher et pouvoir vous offrir le portrait d'un Ophrys de Gascogne qui marie si élégamment le jaune avec le violet, très voisin d'Ophrys d'Eléonore. Il fallait qu'une orchidée porte ce prénom, précieux à nos yeux.

 

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Céphalenthère

Enfin une recommandation, ne prélevez pas cette fleur pour composer un bouquet. Car avant même d'arriver à la maison, elle sera toute défraîchie et sans espoir de la requinquer. En outre, quatre variétés sont protégées dans notre département et donc interdites à la cueillette : Ophrys guêpe, Orchis parfumé, Orchis papillon et Sérapias cœur. Alors admirons-les in situ tout simplement. Elles font aussi partie de notre patrimoine.

                                                                               Alinéas

 

* Les orchidées du Gers : http://orchidee32.free.fr/accueil/Orchi32-Accueil.htm

Un grand merci au site http://www.gasconha.com , une référence en matière de langue gasconne dans tous les domaines, botanique cette fois-ci, mais également faune, paysage, histoire, architecture, traditions...

 

Photos © M. Salanié

 

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 30 Avril 2020

 

Il y a un an, jour pour jour, le Carnet d’Alinéas rendait hommage à Pertuzé, décédé cette semaine. Nous reproduisons aujourd'hui avec tristesse, ce texte et ces illustrations autour de Lectoure, un choix qu'il avait validé. A la suite de cette publication, nous avions programmé ensemble une rencontre qui lui faisait espérer revoir son pays. Son projet de livre sur ses "illustres" lectourois lui tenait également à cœur. Mais la Camarde s'en est mêlée. Le Lactorate Illustrateur les a rejoints. Désormais, nous le saluerons en passant devant la Croix-Rouge. Dans l'une de ses chroniques, il parlait de la mort, avec humour et poésie.

« Que je vous explique, si vous ne savez déjà. Le cimetière Saint-Gervais (comme son voisin disparu, donc, le dépotoir d’ordures ménagères) se trouve au nord de la cité, en haut du vallon du Saint-Jourdain. Le ruisseau de Saint-Jourdain, aujourd’hui paisible et bucolique, n’en est toujours pas moins géologique. Ses eaux discrètes et folâtres, bribe après bribe, emportent la terre, les brindilles, les poussières. Tout ce qui est en haut finit en bas, à une lenteur géologique. Il en va ainsi avec les locataires du cimetière, leur chair, leurs os, leurs cercueils, leurs monuments de marbre ou leurs croix de bois, et une bonne partie de ce qu’insouciants ils jetèrent au bourrier. Rien n'est plus bref qu'une concession à perpétuité. Lentement et inexorablement réduits à l’état de particules élémentaires. On a beau bâtir des murs de soutènement, bétonner, on ne remporte sur la Géologie que des victoires éphémères : on ne gagne qu’un peu de notre temps.

Le grand voyage est commencé. Attendez-vous (oui, il faut savoir attendre, c’est le prix de l’oubli) à être maintenant dans le temps géologique. On va descendre jusqu’au Saint-Jourdain, se laisser emporter par lui, et on aboutit au Gers, paisible rivière qui se jette dans la Garonne. Qui « se jette » ! Avec quelle impulsion soudaine, quel élan ? Restez calme et géologique. Ça prendra le temps qu’il faudra. Du grand fleuve majestueux, on naviguera ainsi en direction du soleil couchant, qui vous apparaîtra soudain dans toute sa gloire, nimbant le phare de Cordouan et vous ouvrant les portes de l’océan. Et le voyage ne sera pas fini pour autant ».

Grâce à ses deux talents, d’illustrateur et d’auteur, et par un minutieux travail de recherche et de documentation, il avait constitué un fonds précieux. Un réel patrimoine culturel. Peut-on espérer un aboutissement ? Ce serait le plus bel hommage à lui rendre.

Bon vent, l’ami. Adishatz.

Alinéas

 

PS. Pertuzé avait inauguré il y a quelques mois un nouveau blog http://lactorate.over-blog.com/2019/12/marquis.html où l’on retrouve un certain nombre de ses savoureux portraits.

Illustration : Autoportrait de Pertuzé sur Wikipédia. https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Claude_Pertuz%C3%A9

Portant son trait d'esprit au-delà de nos remparts comme d'autres livrent sur les marchés de France la rondeur parfumée de notre fruit fétiche ou le bleu de notre ciel, il ne met jamais sa ville natale dans sa poche, pas plus que son béret par dessus. Il est le Lactorate* illustrateur : Pertuzé de Lectoure.

Bon, je vais faire attention à ne pas tomber dans la flagornerie. Ayant quelques indices sur la composition du personnage, je crois qu'il n'apprécierait pas. Mais tout de même. Depuis 40 ans il est connu des fanas de BD, de beaux livres, des amateurs de coquineries et galipettes, des collectionneurs d'affiches, des lecteurs de la presse, (presque...) toutes opinions confondues, de directeurs de la communication et de publicitaires à la recherche de médias suscitant à la fois attention et sympathie, de formateurs fignolant leur boite à outils pédagogique... "Illustrateur en tous sens", c'est sa devise.

- Illustrateur, c'est un métier ça ?

Ce cher Wikipédia, que nous avons avec Pertuzé en parent commun, nous explique : "Une illustration est une représentation visuelle de nature graphique ou picturale  dont la fonction essentielle sert à amplifier, compléter, décrire ou prolonger un texte".

- Eh bé !!! On connaît des textes qui auraient mieux fait d'être des dessins tout de suite.

Enluminures, lettrines, gravures puis, de nos jours, profusion de photographie et de quadrichromie, de tout temps l'écriture a recherché le soutien de l'illustration. Qui parfois se révèle être plus puissante et emporte l'adhésion mieux que la phraséologie. Jusqu'à ce que certaines BD en perdent la bulle. Alors l'image se veut suffire et laisse toute latitude à l'imagination, y compris celle de se tromper sur l'intention de l'illustrateur.

Mais Pertuzé, lui, ne nous laisse pas trop gamberger sur le sens de ses dessins. Non seulement il sert efficacement le texte, mais de surcroît, lui-même écrit avec verve. Il faut lire sur son site, ses portraits de Lactorates(re*). Un régal de trouvailles, d'érudition et d'humour. Ce n'est pas une sanction, mais l'auteur-dessinateur y laisse suspendus à leurs cimaises les Illustres trop officiels de l'Hôtel de Ville, pour nous raconter la petite et la grande Histoire de ceux qui ont vraiment vécu à Lectoure.

jean françois Bladé ; pertuzé, contes de gascogne, gargantua

Auparavant, et c'est une de ses grandes œuvres, Pertuzé a illustré les Contes de Gascogne collectés par un autre lectourois célèbre, Jean-François Bladé, au 19ème siècle, in extremis avant qu'ils ne se perdent définitivement dans la nuit des temps rustiques.

Que seraient-ils devenus pour le grand public, sans la vista de notre illustrateur, ces récits de veillées et de "despouilladés", décorticages de maïs rassemblant tout le voisinage ? Seuls quelques gasconisants, les spécialistes de la culture populaire et les étudiants en sociologie et linguistique y trouveraient matière à recherche savante. Pertuzé a réalisé là, comme Bladé avant lui, non seulement un sauvetage de patrimoine culturel en danger, mais une belle œuvre graphique d'aventure fantastique. Si, comme le dit James Salter, "seul ce qui est écrit a réellement existé", seul ce qui est dessiné est vraiment toujours vivant.

Respectant le principe fondateur de ce cyber-carnet, nous avons sélectionné exclusivement des illustrations où Lectoure apparaît dans le décor, voire même dispute la vedette au scénario.

jean-claude pertuzé; béret

Pour le reste, il faudra arpenter les rayonnages des libraires et surtout ceux des bouquinistes, des Pyrénées à Garonne, sur les marchés aux livres toulousains de saint Pierre, saint Aubin, ou ceux de saint internet, car il se fait rare l'artiste. Sous son béret, il observe la planète s'exciter à tort et même à travers. Qu'en dessinera t-il ? Tous ses aficionados scrutent l'horizon pertuzéen. On vous préviendra.

Alinéas                                                

* " Les Lactorates étaient le peuple aquitain (proto-basque) dont la capitale était Lactora, l'actuelle ville de Lectoure". Encore Wiki.

PS. La flèche de la cathédrale qui pointe derrière Gargantua est parfaitement conforme à l'Histoire. Pertuzé a corrigé mon photomontage mal renseigné, sur cet alinéa-là:  On a retrouvé la flèche de la cathédrale !

 

 

 

pertuzé lectoure gide orage gascogne

Plein Ouest, vu depuis la route de Condom. Château, clocher du Saint Esprit, Cathédrale. Jolie perspective aux pieds de la ville, encadrée de peupliers. Pour l'ambiance: orage gascon en formation.

 

 

pertuzé, dastros, saint Clar, lucifer, cathedrale lectoure, lectourois

Lectourois qui vous montez le cou, trop fiers de votre ville : « Votre ville, dites-vous, est antique et jolie, cela ne nous surprend pas, Lucifer l’a bâtie » dit Dastros, curé de Saint-Clar.

 

 

 

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1907. André Gide et ses deux amis, sous le charme de Diane. Comme quoi...

 

 

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Aux pieds des remparts, l'évasion rocambolesque d'Henri de Montmorency, gouverneur du Languedoc en disgrâce. Au 17ème siècle, le château, s'il n'est plus comtal, est une place encore suffisamment forte pour faire office de geôle royale. Mais c'était compter sans la volonté d'une mystérieuse et dévouée marquise dont Pertuzé traque l'identité sur son site Lactorate.

 

 

 

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Pertuzé, Maître graveur es-coquineries. Mais, me direz-vous: "Nous ne voyons pas Lectoure ici !". Si, si, la grange est bien de chez nous. Et nous connaissons toujours d'aussi belles girondes.

Illustration de La chouette, une nouvelle d'Alcée Durrieux, avocat, érudit, auteur en langue gasconne et autre figure locale, tout ce qu'il y a de plus respectable si vous en doutiez.

 

 

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Beau panorama. Vu du Nord-Est. Vous pouvez vérifier, Pertuzé respecte la réalité historique. Sur votre carte IGN, tracez une ligne droite entre le clocher cathédral et la ferme du Bustet où se tient habituellement le sabbat. Ces deux innocentes, touchées par un malin sort, ont bien survolé la vallée du Saint Jourdain à cet endroit précis, entre les rochers de Cardés et la Mouline de Belin.

 

 

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Bladé l'avait rêvé, Pertuzé l'a dessiné.  Nous on l'a vu passer, l'abbé. Mais en Deuche. Et pas plus de 80 km/h !

 

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Une très belle composition. Avec la rue Montebello perpendiculairement, je dirais: rue Soulès. Plus près du Carmel que des Clarisses. Mais on ne va pas ergoter, à un ponceau près.

 

 

pertuzé, bladé, lectoure, tour du bourreau

Et pour finir, la tour du Bourreau. Pertuzé a retrouvé le sinistre lactorate. Qui, à sa décharge, n'est qu'un exécuteur de sentence. Un second couteau, si j'ose dire...

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ILLUSTRATIONS : © Jean-Claude PERTUZE

Je remercie Jean-Claude Pertuzé pour son aimable autorisation.

Quatre illustrations reproduites sur cet alinéa sont extraites des "Contes de Gascogne", Pertuzé/Bladé aux Éditions Les Humanoïdes Associés.

Les autres se trouvent sur les sites pertuzéens dont nous vous recommandons la visite en tous sens:

http://www.pertuze.com/

http://www.pertuze.com/Lactorate.html

http://pertuze.tumblr.com/

Et pour le béret, il faut absolument parcourir cette incroyable mine de documents, d'humour, d'anecdotes à propos de notre couvre-chef gascon. In english please, as the author is from New-Zealand. Si nous faisions autant de bonne pub à ce joli et sympathique pays que ce blog en fait à la Gascogne, les all-black n'oseraient plus nous mettre la pâtée. En outre le béret du Lactorate illustrateur y figure. Alors...

http://beretandboina.blogspot.com/

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Publié le 16 Avril 2020

Vésuve Pompéi Herculanum Stabiae Lectoure

 

Article en cours de modification.

 

 

 

 

 

 


 

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Publié dans #Histoire

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Publié le 3 Avril 2020

LECTOUROIS DE TOUT TEMPS

Lectoure Lectourois carte postale rue nationale

Quand ça val mal, il faut retrouver ses racines. Pas par nostalgie, ou crainte de l'avenir mais pour y puiser le meilleur. La ville de Lectoure a deux mille ans, des atouts et de beaux jours devant elle. Notre ami Bernard Comte nous a ouvert sa magnifique collection de cartes postales. Pour faire un choix, nous nous sommes intéressés à la vie quotidienne, aux personnages dans le décor. Les clichés datent des années 1900-1910. L'intérêt se concentre déjà rue Nationale. Quoique. En fait les choses n'ont pas beaucoup changé. Les costumes sont chics, les commerces actifs et... et la race Gasconne règne sur le foirail à bestiaux. Là, d'accord, devant notre médiatisé village de brocanteurs, le cliché paraîtra exotique. Mais regardez, on est bien "chez nous". Les Lectourois d'origine pourront reconnaître un aïeul faisant ses courses et, bien sûr, la causette en même temps. Néo-Lectourois, c'est à dire depuis les 100 dernières années, les autres remonteront le temps avec curiosité pour s'imaginer boire un verre au café de La Comédie ou prendre une douche aux bains publics. 

                                                                             Alinéas

 

Lectoure Lectourois carte postale Halle place Bladé

Déjà un banc public place Bladé, mais on pouvait aussi s'y garer. Qui on ? Le juge ? Le médecin ?

 

Lectoure Lectourois carte postale Bains publics

Les bains-douches, devant le Cours d'Armagnac. L'hygiène d'avant le confort individuel. Ma lectouroise préférée se souvient d'y être venue, naaannn pas avant guerre ! dans les années soixante. Un seul bain pour toute la famille ; les enfants d'abord, puis les femmes et pour finir, les hommes. On venait de dix kilomètres à la ronde !

 

Lectoure Lectourois carte postale marché aux bestiaux village de brocanteurs

La foire aux bestiaux, à l'emplacement actuel de la fontaine, devant notre château-hôpital-village des brocanteurs. Il devait bien y avoir quelque jardinier d'en ville pour ramasser les précieuses déjections, une fois les transactions réglées et le calme revenu ?

 

Lectoure Lectourois carte postale fontaine Diane Dandy

On vient encore prendre l'eau à la fontaine Diane. Ou faire son Dandy, canotier et col empesé.

 

Lectoure Lectourois carte postale Bastion

Le Bastion: le salon de plein air où l'on profite des premiers rayons de soleil au printemps et de la fraîcheur pendant les longues soirées d'été. Ces messieurs y commentent l'actualité locale et nationale. 

" - Alors, il va le faire tomber ce ministère, le père Clémenceau ?

- Pardi, quel caractère celui-là ! ".

 

Lectoure Lectourois carte postale statue maréchal Lannes école communale

Pendant ce temps, les garçons sortis de la Communale, en blouse et portant béret, prennent la pose aux pieds du Maréchal. Dont les lions glorieux sont placardés de réclame pour des alcools...

 

Lectoure Lectourois carte postale rue nationale café le Sénéchal

Au café La Comédie (emplacement de nos cinéma et salle de spectacle), on vous sert en tablier blanc, gilet et nœud papillon, s'il vous plaît !

 

Lectoure Lectourois carte postale Postes et télégraphes Office de Tourisme Sous Préfecture

A l'endroit de notre actuel Office de Tourisme, l'hôtel des "Postes et Télégraphes". A gauche, le portail de la Sous-Préfecture, placardé lui aussi.

 

Lectoure Lectourois carte postale Tour du Bourreau

Tour du bourreau. Il le fait exprès ce galapian de se poser dans le champ de vision du photographe ?

 

Lectoure Lectourois carte postale rue nationale Droguerie Barrieu

L'orange piquée de clous de girofles permettait de parfumer les logements bourgeois. D'où le lien avec la droguerie probablement.

 

Lectoure Lectourois carte postale rue nationale couvent Cordeliers Prison maison d'arrêt

Personnel carcéral, visiteurs au parloir des détenus ou simples figurants ? Porche des Cordeliers, le couvent faisant office de prison.

 

Lectoure Lectourois carte postale rue nationale alimentation Canouet

La rue du 14 juillet est très commerçante. Un restaurant, une boucherie, un couturier... et face à l'église Saint-Esprit, cette magnifique épicerie. Une "artère" très fréquentée car elle conduisait à la gare. Avec la valise ou le panier à provisions. Là-bas en bas à pied ? Eh oui.

 

Lectoure Lectourois carte postale remparts du sud ancienne gendarmerie

La légende de la carte postale dit : "Vieilles maisons sur les remparts". Certes. A droite, tout de même, le fil à linge est suspendu au mur du cantonnement, pour le moins exigu, de la gendarmerie de l'époque et qui y restera jusqu'aux années 70 !

 

Lectoure Lectourois carte postale rue nationale buggy voiture à cheval

Du beau monde en ville. Le buggy du marquis de Terraube ? Ou celui de l'amiral Boué de Lapeyrère monté depuis son domaine de Tulle ?

 

Lectoure Lectourois carte postale rue nationale marché cathédrale

L'affluence au marché du vendredi. Carte postale colorisée pour s'approcher du ciel de Gascogne et de la pierre dorée de la façade de Saint Gervais. Lectoure toujours.

 

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PS. Les Lectourois qui connaissent bien les lieux et nos amis historiens pardonneront nos approximations et légèretés. Cet alinéa n'est qu'une chronique, à but distractif pendant cet épisode de confinement. Il existe plusieurs ouvrages pour poursuivre le voyage dans le temps et relativiser nos difficultés actuelles :

- Deux siècles d'Histoire de Lectoure (1780-1980). Collectif.

- Lectoure à la Belle époque. Collectif.

Ces deux ouvrages sont (peut-être) encore disponibles à l'Office de Tourisme.

- Mémoires en images - Lectoure en Lomagne. Pierre Bèze.

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Publié le 24 Mars 2020

UN TYPE

LES PIEDS

BIEN SUR TERRE

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e meunier est un personnage de premier plan en littérature. "Etait" devrais-je dire, et préciser, dans la littérature d'avant la première guerre mondiale, miroir d’une époque où l’homme, sa mécanique et sa farine occupaient une position essentielle dans le paysage et la vie quotidienne de toutes les couches sociales, noble, bourgeoise et populaire, citadines et rurales.  Il est, au sens théâtral du terme, le type même de l'artisan industrieux, présentant les caractéristiques habituellement attribuées aux membres de la corporation. Il y a là matière à de nombreux alinéas. Commençons par notre littérature, gasconne, ancestrale, orale et populaire, oui tout à la fois.  Le travail de collecte et de transcription des « Contes populaires de la Gascogne » par le lectourois Jean-François Bladé est réputé dans le monde entier.  Bladé n’est pas un moraliste à la façon de Charles Perrault ou de Jean de La Fontaine. Plutôt un régionaliste. S’il y a du fantastique dans certains de ces contes, les personnages sont en général bien ancrés dans le terroir, et souvent très vrais. Chez Bladé non plus, les moulins ne plaisantent pas avec les Don Quichotte. Son meunier n’est pas un meunier de fantaisie. L’indécision brocardée par La Fontaine dans Le meunier, son fils et l’âne n’a pas sa place dans la salle des meules des moulins du pays lectourois. Quant au Chat botté de Perrault, il a beau tenir sa ruse de son expérience de chat du moulin, il ne sert qu’à marier le fils du meunier avec la fille du roi. La réputation de la profession n’y a rien gagné.

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Le genre littéraire est évidemment passé de mode, remisé au rang des antiquités, soumis à la puissance des médias modernes et à la révolution des esprits, petits et grands. Seuls quelques nostalgiques ayant connu la première moitié du 20ième siècle où la flamme n’était pas définitivement éteinte, aiment à se rappeler les veillées familiales, lorsque la voix grave et la verve d’un ancien pouvaient donner au récit cent fois entendu un intérêt renouvelé. Et bien sûr, Bladé n’est pas oublié des défenseurs de la langue gasconne, dont il est honoré comme l’un des illustres auteurs. Nostalgiques et défenseurs de notre patrimoine donc, pour combien de temps encore ?

Mise à part cette résistance, honorable mais très locale, la littérature populaire gasconne et Bladé en particulier font, en France et à l’étranger, l’objet d’études savantes menées par des spécialistes, sociologues, ethnologues, historiens, qui y recherchent certains les liens culturels entre les pays et les peuples, d’autres les aspects du folklore régional ou d’autres encore, les spécificités de la technique narrative de nos ancêtres. Ceux-ci étant praticiens d’une science qui porte le nom de « narratologie » ! Je n’en dirai pas plus. Je ne me moque pas. Bien au contraire, je trouve cette tâche tout-à-fait louable mais un peu pointue pour ma chronique.

Enfin, il y a bien un renouveau du genre en tant qu’expression artistique et littéraire, mais il est probable que Bladé n’y retrouverait pas… son compte. Facile. Le personnage du meunier qui nous intéresse non plus d’ailleurs car il a perdu sa place dans le référentiel collectif. Il n’est pas le seul. Les acteurs préférés de Bladé et de ses pourvoyeurs sont le métayer, le maître et seigneur, le bourgeois, sans autre précision sur l’origine de son aisance, et le curé très souvent. On ne dira rien du diable, des hommes cornus qui vivent dans les rochers de Cardès, de l’homme vert… Ce ne sont pas des métiers, quoiqu’il y faille un certain savoir-faire.

Mais les métiers d’autrefois ? Charron et forgeron font partie du décor. Ils manient le feu, toujours prestigieux, et leur ouvrage est évidemment essentiel à la vie rustique. Cuisinier et cuisinière également. D’ailleurs, nous dirons plutôt que la cuisine  elle-même tient une place importante, ses odeurs, ses tentations, nous sommes en Gascogne mordiu ! Notaire et médecin, eux, sont plutôt considérés comme d’aimables escrocs monnayant cher l’un son autorité déléguée, l’autre sa science encore douteuse.

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NOTRE MOULIN QUOTIDIEN

Quant à la meunerie, venons-y, le bâtiment, le métier ou l’homme apparaissent à plusieurs reprises dans le cours de ces Contes populaires de Gascogne. Parfois par un détail : « …l’Oisillon Noir s’alla percher tout en haut d’un moulin à vent ». Ou bien pour signifier la richesse absolue : «… assez d’or et d’argent pour acheter un beau moulin sur la rivière  du Gers, et un château, avec un bois et sept métairies ». Plus poétique, et musical : «… au moulin dont le tric-trac fait riou chiou chiou ». Un moulin rapportant au quotidien des auditeurs du conteur enfin, dans La pâte qui chante,  "...riches et pauvres n’avaient pas de pain à manger. Il fallait aller faire moudre si loin, que ceux qui partaient se perdaient en chemin". Nous ne concevons plus aujourd’hui l’effort que nos anciens devaient fournir pour assurer chaque jour leur subsistance.

Plus profond et intéressant pour situer l’importance du meunier dans la société ancestrale, Bladé rapporte deux contes où notre personnage est central : "Les Esprits" et "L’évêque et le meunier". Le premier meunier est celui du moulin d’Aurenque, commune de Castelnau-d’Arbieu, sur le Gers entre Lectoure et Fleurance. Le second celui de La Hillère, au nord de la commune de Lectoure, aux pieds du Castéra-Lectourois.

En quoi ces récits sont-ils remarquables ? Dans les deux cas, le conteur choisit le meunier plutôt qu’un autre métier, parce que le personnage est habituellement doté des qualités spécifiques qui seront essentielles à l’intention du conte et qui lui sont attribuées sans hésitation par l'auditoire.

 

UN ARTISAN TOUT À SON AFFAIRE

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Le meunier d’Aurenque voit sa mécanique brutalement endommagée. Il ne fait ni une, ni deux et décide, nuitamment, d’aller quérir un charpentier réputé. Priorité au travail. Voilà bien un trait de caractère constant et profond certainement dans cette profession. Là où d’autres attendraient le lever du soleil. Car depuis l’antiquité, au fin fond du pays, sans électricité peut-on se l’imaginer ? tout s’arrête à la tombée du jour, sauf…  Sauf toutes sortes de choses surnaturelles. Or la meunerie est la première activité industrielle où l’inactivité n’est plus admise et où le temps est compté.  Oui mais voilà, le nez sur son métier, ou sur son revenu, le meunier n'écoute plus son environnement naturel et méconnait les dangers qui courent la campagne. Par exemple celui de rencontrer les Mauvais Esprits.  Vous aurez remarqué les majuscules. Parti chercher son mécanicien, en pleine nuit, épuisé, le meunier d’Aurenque s’endormira sur son cheval et se perdra dans la grande forêt jusqu’à ce qu’il soit immobilisé, pris dans les ronces, les arbres couchés et les branches mortes. Le meunier comprit alors qu’il était tombé dans une assemblée de Mauvais Esprits, qui prennent toutes sortes de formes. Il tira sur la bride, n’éperonna plus sa bête, et attendit le jour en priant Dieu. Les Mauvais Esprits évanouis, le meunier sera recueilli et soigné par une dame charitable, qui ira même jusqu’à faire avertir le charpentier pour moulins… Car la chute nous y ramène, malgré tout le travail n’attend pas. Le monde moderne est en route.

 

UNE FORTE TÊTE

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Le meunier de La Hillère lui, est capable de tenir tête à l’évêque de Lectoure. Cela ne nous parle plus aujourd’hui, mais il y a un ou deux siècles, c’était exceptionnel. Voire osé. Dans une société soumise dans le moindre détail aux instructions de l’Eglise et supportant les difficultés quotidiennes avec pour seul secours l’espoir de l’avènement d’un monde meilleur, l’évêque est l’autorité suprême, fors le roi. Et encore, car il côtoie Dieu ! La connaissance, l’esprit, l’autorité lui sont sans conteste reconnus. Mais avec cela, il est parfois injuste. C’est ainsi que dans ce conte, l’évêque de Lectoure en veut au pauvre curé du Castéra-Lectourois. Risquant la déchéance et mal armé pour répondre à la provocation de son supérieur, le curé ira chercher soutien auprès du meunier son ami.

L'indispensable métier farinier dans la société, sa richesse supposée, sa capacité à dialoguer avec les puissants, font du meunier, ici toutefois resté proche et solidaire des petites gens, un recours. Qui relèvera, à la place du pauvre curé, le défi de l’évêque. Au point d’oser enfourcher son mulet, nu comme un ver, le meunier pas le mulet, à peine recouvert d’un filet de pêche et de se rendre ainsi accoutré, à Lectoure, à dix kilomètres de là, passant les murailles de la citadelle, remontant la grand’ rue, jusqu’au pied de la célèbre cathédrale. On imagine la joie de l’auditoire à l’évocation de cette chevauchée drolatique. Il nous faudrait un Pertuzé pour illustrer la scène.

 

Tu reviendras ici, mais ni à pied, ni à cheval.

Tu ne seras ni nu, ni vêtu.

Tu me diras ce que je pense.

Tu me diras combien pèse la lune.

 

Le meunier remporte haut la main, la joute oratoire qui aura sans doute donné lieu à maintes redites dans le public et au quotidien, comme une joyeuse rengaine.

Par son audace, notre artisan se hisse au niveau de l’élite. Il est une sorte de contre-pouvoir, dans un monde sous contrôle. Les contes rapportés par Bladé témoignent donc à la fois, des archaïsmes de l’ancien régime et du milieu rural, mais surtout de la capacité de dérision du petit peuple, qui s’exprime à n’en pas douter par l’entremise des conteurs, comme une bonne thérapie, en attendant mieux. Les moulins activant leur mécanique à la frontière de deux mondes : celui de nos aïeux qui disparaît et la bourrasque des temps modernes qui se lève et emportera tout ensemble, conteur et meunier.

 

Alinéas

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PS. L'évèque et le meunier existe sous d’autres formes dans d’autres régions mais il ne nous a pas été donné de le retrouver. Il est rapporté par certains étymologistes, que la joute oratoire y met en présence  les deux mêmes adversaires et de surcroît cette fois, le roi. Le meunier y a toujours le beau rôle et l’évêque sera ridiculisé devant le roi. Cette version pourrait être à l’origine de l’expression « Devenir d’évêque meunier », aujourd’hui inusitée et dont le sens reste controversé. Pierre-Marie Quitard. Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française.

 

ILLUSTRATIONS

Gustave Doré qui mit en images avec génie Jean de La Fontaine, Charles Perrault et le Don Quichotte de Cervantes, est contemporain de Bladé. Nos illustrations, tombées dans le domaine public et elles-mêmes trésor de notre patrimoine national, sont donc à peine détournées.

 

Pour connaître Jean-François Bladé, de sa naissance à Lectoure jusqu'à sa notoriété, suivre ce lien vers Wikipédia:

 

Les deux contes :

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Littérature

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Publié le 11 Mars 2020

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Le Grand Turc,

le curé de Saint-Esprit

et la Révolution française.

 

Dans l'élan de la victoire de Saladin sur les croisés, l'impérialisme ottoman, exalté par le fanatisme religieux, allait menacer la chrétienté. Mehmed II prenait Constantinople en 1453, abattant l'empire byzantin, jusque-là rempart de l'Occident, et donnait ainsi une capitale à l'Islam, qualifié dès lors de "Grand Turc", et ce n'était pas une formule de théâtre. L'expansion musulmane durerait encore plus d'un siècle, jusqu'à la victoire des marines alliées sur Soliman le magnifique, à Lépante (1571), précédée quelques années plus tôt par l'héroïque résistance des Hospitaliers lors du siège de Malte (1565).

Après la perte du dernier bastion de Saint-Jean d'Acre en 1291, les Hospitaliers s'étaient réfugiés d'abord à Rhodes, puis à Malte (1522), d'où l'évolution du nom de l'Ordre, enfin à Rome (1831) d'où ils poursuivent, encore aujourd'hui, leur mission humanitaire.

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Le châtelet du palais des Grands maîtres à Rhodes

 

LECTOURE, LE 16 MAI 1313. Par décision du pape Clément V, oncle du Vicomte de Lomagne et d'Auvilar*, l'Ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem prend possession du domaine des templiers déchus.

L'histoire des Etats latins et des croisades, abondamment romancée, conduit souvent à confondre Templiers et Hospitaliers dans une seule et même imagerie, héroïque et terrible, de la chevalerie médiévale aventurée en Orient. Or les deux ordres diffèrent fondamentalement. Les Templiers étaient essentiellement des nobles faits moines-chevaliers, de nombreux champenois à l'origine, soldats de métier, voués à la protection des pèlerins en route vers Jérusalem et de fait, à la conquête de la Terre sainte. A l'inverse, les Hospitaliers eux, à l'origine, sont des frères soignants. Des chevaliers les rejoindront pour répondre aux nécessités de la lutte permanente contre les musulmans, pour la protection des hospices où s'exerçait leur fonction fondatrice. C'est dans les années 1070, avant même les Croisades, que des marchands et des moines d'Amalfi (un port au sud de Naples) fondèrent avec l'accord même du calife Al-Mustansir un "hospital" en Terre Sainte. Ce terme générique comprend aussi bien l'hôpital tel qu'on l'entend mais aussi la maison d'hôtes, l'auberge et l'hospice. Certes les deux ordres de moines-chevaliers ont combattu côte à côte, mais avec des vues et des méthodes divergentes, sans doute en raison précisément de leur différence originelle, allant parfois même jusqu'à s'opposer. Les historiens décelant ici quelque cause des batailles perdues qui, mises bout-à-bout, conduiront à l'échec de l'Occident croisé.

Après leur défaite en Palestine, les Hospitaliers avaient bien besoin de prendre possession du domaine templier qui leur était transféré par le pape gascon. Car leur mission en Orient et en Méditerranée se poursuivait et générait d'énormes besoins financiers. Philippe le Bel faisait payer cher sa restitution du patrimoine templier à la papauté, mais finalement le nombre de commanderies de l'Ordre passait d'environ 60 à 120, qui verseraient chaque année une responsion, c'est à dire une contribution au budget général, chacune en fonction de sa taille et de ses bénéfices. Le domaine de Lectoure sera rattaché à la commanderie de La Cavalerie, près d'Ayguetinte et de Castéra-Verduzan. La commanderie est un hôpital ou un domaine de rapport et parfois les deux. Le grand hôpital de Jérusalem pouvait recevoir dit-on, jusqu'à 1000 malades. Quelques hôpitaux de l'Ordre en Occident ont eu une grande capacité d’accueil, de plusieurs dizaines de lits, mais le grand nombre de petits hospices disséminés loin des villes, dans le lectourois par exemple, Gimbrède et Arbrin, près de La Romieu, sur le chemin de Saint-Jacques, n'offraient que quelques lits. Une bénédiction cependant dans ces temps de misère.

L'Ordre deviendra aussi puissant que le Temple avant sa chute, à la différence qu'il saura s'adapter, se rendre incontournable et attirer à lui les fils de la noblesse d'Europe en mal d'horizons.

GASCOGNE, MAI 1597. A peine âgé de 11 ans, Jean-Bertrand de Luppé quitte le château familial du Garrané (actuelle commune de Seissan dans le sud du Gers) pour servir dans l'ordre de Malte.

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Le Grand maître et le jeune page, par Le Caravage

Admis page au Chapitre provincial de Toulouse, il rejoindra Malte en 1600 et y reviendra quatre fois pour des séjours de durées variables. Il servira sur les frégates et les galères de la Religion, le nom donné à la marine de l'Ordre. En effet, la guerre contre les ottomans se déroule sous la forme d'une perpétuelle course poursuite d'un port à l'autre où, tour à tour, les deux adversaires mènent des actions éclair : effet de surprise, canonnade, abordage, pillage et destruction, butin, enlèvement d'esclaves, fuite. Revenu indemne et auréolé de prestige de ces caravanes, Jean-Bertrand de Luppé deviendra Grand prieur de

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Le siège de Malte, d'après Pérez d'Aleccio.

Saint Gilles, l'une des deux divisions, avec Toulouse, de l'Ordre pour la langue de Provence (c'est à dire les langues occitanes, car à l'époque on ne connaît pas les nations). Il fera alors réaliser une série de 14 tableaux racontant le siège de Malte, qu'il n'a pas vécu cependant, reproduction des fresques de Matteo Pérez d'Aleccio (1582) ornant les murs de la salle du Conseil de l'Ordre à La Valette, capitale de Malte. Le château de Lacassagne à Saint-Avit, à proximité de Lectoure, qui n'a pas appartenu à l'Ordre, conserve cet exceptionnel témoignage illustré. Une bande dessinée historique avant l'heure.

Mais à Lectoure, on est bien loin des pirates barbaresques.

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LA MÉTAIRIE DE SAINT-JEAN DE SOMMEVILLE

Le domaine de l'Hôpital à Lectoure nous est relativement bien connu puisque les archives municipales conservent un registre des terres et des bâtiments que l'Ordre gérait, ou sur lesquels il percevait la dîme en 1782. Les biens provenaient de l'héritage templier complété au fil des générations par les donations charitables. Les donataires, nobles et riches bourgeois, étaient encouragés à se défaire d'une partie ou de la totalité de leur patrimoine, de leur vivant ou à leur mort, peut-être pour lutter contre le lointain mahométan mais plus prosaïquement pour espérer s'assurer d'une place au paradis. Achetant et vendant alternativement en fonction des opportunités, prélevant sa part des bénéfices des exploitants, percevant ses loyers, l'Ordre gère son domaine en bon père de famille selon la formule juridique, mais en fait moins pour préserver le capital collectif que pour générer les revenus dont on a grand besoin pour mener les deux missions fondamentales, la charité et la guerre.

 

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Emplacement du quartier de l'Ordre à Lectoure - Pour agrandir : clic droit puis [Afficher l'image].

En ville, l'Ordre possède le quartier situé à l’extrémité du promontoire, côté midi, entre la rue Crabère et la rue Constantin devenue depuis Rue Narbonne-Pelet. Les parcelles sont occupées par des locataires bénéficiant d'un bail à long terme, dit emphytéotique.

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Pour agrandir le plan : clic droit et [afficher l'image]

Dans la plaine, le domaine s'organise autour du lieu-dit Saint-Jean de Sommeville**, sur le chemin dit mouliau menant de Lagarde-Fimarcon au moulin de La Mothe. En 1767, frère Léon de Montazet, chevalier, seigneur du Nomdieu en Lot-et-Garonne, nouveau commandeur de La Cavalerie d'Ayguetinte à laquelle le domaine hospitalier de Lectoure est rattaché, et qui procède à une remise en ordre énergique de l'affaire dont il prend les rênes, découvre une métairie délabrée. A la place, il fera bâtir une ferme que l'on peut qualifier de modèle. Les prairies naturelles sont ensemencées en foin. D'importantes plantations de fruitiers sont engagées, figuiers, noyers, poiriers, cerisiers et pruniers, dont la production est destinée à être commercialisée. Une chambre est réservée à un homme d'affaires qui viendra à la fois surveiller les travaux agricoles, prélever la dîme et les revenus directs sur la métairie elle-même comme sur les autres biens redevables, en ville et dans la vallée du Gers. Une organisation agricole et administrative visant au meilleur rapport.

La nouvelle métairie de St Jean de Sommeville

 

LA DÎME, LA PORTION CONGRUE ET LA RÉVOLUTION FRANÇAISE

Seigneur et maître à Malte, battant monnaie, l'Ordre souverain étend son immense domaine sur toute l'Europe. Et y jouit de grands privilèges, ce qui fera dire qu'il est un Etat dans l'Etat. En particulier, l'Hôpital prélève, à son profit, la dîme sur les productions agricoles des occupants de son domaine. Gros manque à gagner donc pour l'évêque du lieu et les curés qui y exercent. Le Temple avait déjà été critiqué sur ce point et avait poussé le clergé séculier du côté de ses accusateurs. Cet avantage se justifiait à l'origine lorsque les moines investissaient et mettaient en culture des domaines isolés, constitués de terres pauvres et difficiles. Lorsque nul vicaire ne venait à eux, il était logique de leur permettre de s'organiser librement, culte, cimetière et finances pour ce faire.

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L'église de Lagarde-Fimarcon, au couchant du domaine hospitalier.

Mais ailleurs, le clergé séculier perdait gros à voir le domaine hospitalier drainer une partie de l'impôt d'église. Il s'agissait de lutter contre l'infidèle et de dispenser la charité certes, mais bien loin de chez nous. Et si parfois l'Eglise avait du mal à percevoir la dîme, les paysans inventant maintes manœuvres pour diminuer l'estimation de la récolte, l'assiette de l'impôt, l'Ordre de son côté, doté d'une solide organisation administrative, contrôlait de près les opérations et devait atteindre un résultat plus conforme. De nombreux procès sont menés pour conduire l'Ordre à réserver tout de même une partie de la dîme au clergé local. C'est ce que l'on désigne par la "portion congrue", que les évêques, les abbayes et l'Hôpital, gros décimateurs, devaient reverser aux curés des paroisses environnantes pour leur permettre de mener une vie digne. Mais l'inflation rognerait bien vite ce petit revenu fixé par décret royal et de "suffisante", au fil du temps la congrue deviendrait "ridicule", ce que l'expression a retenu aujourd'hui. Avant la Révolution, l'Ordre de Malte respectait cette règle à Lectoure et la dîme était partagée avec l'évêque, les curés des paroisses de Saint-Esprit et de Lagarde-Fimarcon, et le prieur de Saint André, une chapelle située sur la route de Nérac, au nord du dîmaire, aujourd'hui disparue.

On sait que le clergé rural a souvent vécu dans des conditions relativement misérables. Les historiens considèrent d'ailleurs qu'il y a là l'une des origines de la Réforme protestante, les prédicateurs calvinistes trouvant écho auprès du peuple mal servi par un clergé indigent aussi bien qu'auprès de la petite noblesse et de la bourgeoisie ouvertes aux idées des Lumières. Cette tare de l'Ancien Régime est une des causes de fond des guerres de religion dont la Gascogne et Lectoure en particulier ont eu à souffrir profondément.

Ayant conservé un fonctionnement féodal, choisi par la jeunesse aristocratique pour acquérir une formation réputée et y espérer une carrière militaire glorieuse, honoré sous les ors de l'Eglise catholique, l'Ordre de Malte ne sera pas épargné par les saccages protestants. Par la Révolution non plus.

Le 4 août 1789, l'Assemblée constituante supprimait les privilèges parmi lesquels la dîme. On considère que Malte perdait radicalement la moitié de son revenu. Mais l'Histoire accélère. Le 30 juillet 1791, les ordres de chevalerie sont dissous et le 19 septembre de la même année leurs biens mis sous séquestres. A Lectoure comme ailleurs, les locataires de l'Ordre et surtout les bourgeois feront l'acquisition des biens nationaux du domaine hospitalier. Les frères ne connaîtront pas collectivement le sort tragique des Templiers en 1314 mais ils disparaîtront également dans la tourmente. Car, s'ils n'appartenaient pas à la noblesse, ils n'étaient pas suspects à priori, mais religieux tout de même... Quant aux frères d'extraction noble, évidemment ils auront doublement raison d'émigrer pour échapper à la guillotine. C'est la fin d'un monde.

 

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Le débarquement de Bonaparte à Malte. Le lectourois Jean Lannes est dans la chaloupe.

En juin 1798, l'armada française en route vers l'Egypte se présente devant le port de La Valette, capitale de Malte. L'île étant considérée comme stratégique pour l'expédition, Bonaparte a reçu du Directoire l'autorisation d'en prendre possession. L'Ordre n'est plus que l'ombre de lui-même et le Grand maître doit capituler sans vraiment combattre. Sur le vaisseau amiral, Bonaparte reçoit la reddition des chevaliers. Il emportera ce qu'il restait du trésor de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem estimé à 3 millions de francs en or et argent, ainsi que 1500 canons, 3500 fusils, 2 frégates, 4 galères... Aux côtés du vainqueur, un général de 29 ans, qui sera bientôt à la tête de la Grande Armée, Jean Lannes, le lectourois.

Et la mission charitable de l'Ordre me direz-vous ?

Pendant près de 500 ans, Lectoure a payé ses loyers et versé la dîme à l'Hôpital, mais n'a pas bénéficié des soins de ses frères soignants. Heureusement d'autres institutions se dévoueront, en particulier l'Ordre du Saint-Esprit, car la ville est d'importance, place forte, évêché, enfin étape majeure sur le chemin jacquaire. Et ici comme ailleurs par ces temps bouleversés, il n'a pas manqué de travail, peste, lèpre, petite vérole, typhus et tant d'autres plaies...

 ALINEAS

(A suivre)

 

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Lien vers le site officiel de l'Ordre de Malte

 

* Retrouver l'histoire des Templiers à Lectoure sur ce carnet :

** Le nom d'Antoine de Sommeville a été relevé à Rhodes par Borel d'Hauterive, Annuaire de la noblesse de France. Il est possible que le nom de la métairie de Lectoure ait été choisi par ce chevalier, un membre de sa famille ou en sa mémoire. Ceci rectifie mon hypothèse d'un nom remontant aux Templiers ( voir ici ), mais sans l'écarter totalement. Sommeville est une commune de Haute-Marne et plusieurs hameaux de ce département, de la Marne, de la Seine-et-Marne et de l'Yonne portent ce nom.

 

SOURCES

- Un bon résumé sur L'Ordre de Saint-Jean - Rhodes - Malte : https://fr.wikipedia.org/wiki/Ordre_de_Saint-Jean_de_J%C3%A9rusalem

- Les caravanes de Jean-Bertrand de Luppé : https://books.google.fr/books?id=uUEBAAAAQAAJ&pg=RA1-PA77&hl=fr&source=gbs_selected_pages&cad=3#v=onepage&q&f=false

- La salle des chevaliers de Malte du château de Lacassagne :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Ch%C3%A2teau_de_Lacassagne

- La métairie de Saint-Jean de Sommeville, Pierre Féral in Sites et Monuments du Lectourois, collectif

- Un exemple de dispute entre l'Ordre et le bas clergé : https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1959_num_14_4_2876

- La Révolution française, Bonaparte et l'Ordre de Malte : https://fr.wikipedia.org/wiki/Occupation_fran%C3%A7aise_de_Malte

 

ILLUSTRATIONS

- L'entrée de Mehmed II dans Constantinople, par Benjamin Constant (1876), Musée des Augustins de Toulouse.

- Le Palais des Grands Maîtres de Rhodes, Wikipédia.

- Le Grand Maître Alof de Wignacourt, par le Caravage, 1607, Musée du Louvre. Le gascon Jean-Bertrand de Luppé aurait pu poser pour être ce page qui nous regarde si intensément, puisqu'il a 14 ans lorsqu'il arrive à Malte pour la première fois, soit six ans avant l'exécution de ce tableau célèbre. Il y reviendra une deuxième fois en 1606, sous les ordres du Grand Maître Wignacourt, et a donc certainement croisé le grand peintre, mauvais garçon admis dans l'Ordre par la seule grâce de son talent.

- Le siège de Malte (détail), d'après Matteo Pérez d'Aleccio, château de Lacassagne - Saint-Avit.

- Une galère de l'Ordre de Malte, Lorenzo Castro (vers 1680).

- Photo aérienne, IGN.

- Photos du dîmaire de l'Ordre de Malte conservé aux archives municipales de Lectoure, Michel Salanié.

- Plan des dîmaires de l'Ordre : base carte IGN, réal. M. Salanié

- Carte postale de l'église de Lagarde-Fimarcon, collection particulière

- Débarquement de Bonaparte à Malte, illustration Gudin-Motte-Grenier, Greenwich National Maritime Museum.

- Photo action humanitaire, Ordre de Malte.

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Histoire

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Publié le 24 Février 2020

 

Je me suis laissé dire que mon rendez-vous printanier était attendu. Pourtant l'hiver n'a pas été trop rude ? N'importe, le cycle est immuable et notre envie de couleur, de parfum et de tendresse est irrépressible. Quelque chose de profond, remontant à nos origines, au jardin d’Éden. Mais je resterai sobre. Ce sera un alinéa mono-fleur. Une fleur qui mérite distinction car elle envahit notre vallée du Gers par milliers.

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ous voulez savoir où se trouve cet endroit magique ? Je vous dis tout. Vous traversez le pont d'ouest en est, vous tournez à droite. Au premier tunnel piétonnier vous passez sous la voie ferrée désaffectée. Et vous y êtes. Suivez la haie de noisetiers, de cornouillers et d'ormeaux encore dénudés, qui festonne la rivière jusqu'au bout de la presqu'île. C'est pas chouette ?

- Quoi ? Je ne vous ai pas dit où se situe le point de départ ? Ben, oui. Faut quand même les gagner ces fleurs.

Et puis pour tout vous avouer, on est tellement bien tous seuls... Vous ne nous en voulez pas ? Tiens, voilà la photo aérienne. Alors là, ça devient trop facile.

 

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Il paraît que dans certains départements, la jonquille est protégée et que sa cueillette est réglementée. Je n'ai pas vérifié dans le Gers. Les champignons dans l'Aveyron, les palourdes à Noirmoutier... Il n'y a plus que les arrêtés d'interdit qui fleurissent. Mais, ici nous restons très raisonnables. Un bouquet pour la maison, un pour notre mamie-des-jardins, et puis surtout sentir, humer, apprécier l'instant à sa juste valeur. Il a raison Chatiliez : le bonheur est dans le pré.

- Profite, lapin !

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On l’appelle communément Jonquille parce que sa feuille évoque le jonc. En Gascogne, on dira parfois coucut. C'est sûr, il y a risque de confusion avec la Primevère officinale. D'autant que tout est toxique chez cette charmeuse, fleur, feuille et bulbe. Le bétail le sait qui n'y goûte. Mais franchement : pseudonarcissus ! Quelle idée, qui en manque totalement ? Une vraie fleur de chez nous.

Il faut dire que la famille des Amaryllidacées est riche : 59 genres et 800 espèces ! Je comprends que le botaniste de service soit à court d'imagination pour baptiser tout ce joli monde. Personnellement j'aime bien "Jonquille trompette". Mais alors, des trompettes qui respecteraient le silence des lieux.

Je ne trouble donc plus par l’éclat des trompettes,

Des champs accoutumés aux soupirs des musettes ;

Si je chante aujourd’hui sur ces paisibles bords,

Muses, ne m’inspirez que d’aimables accords.

                                                     Virgile - Les Bucoliques

 

Mais voilà qu'un Myrobolan vient ajouter à mon discours qui folâtre, son grain... de beauté.

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Le propriétaire de cette belle gasconne sait-il qu'au pied de sa terrasse distinguée, travaille incognito un jardinier rustique qui ne connaît ni mur d'enceinte, ni allées de gravillon blanc et encore moins sujets exotiques ? Culture de l'authentique.

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Nous voici revenus aux pieds de Lectoure, sur le ruisseau de Foissin. Une réintroduction laborieuse de Pseudonarcissus qui commence à porter ses fruits. Oups ! Ses fleurs. Dans quelques décennies, les gamins des écoles viendront galoper dans une mer émeraude constellée de jonquilles, comme des étoiles tombées là puis oscillant au petit vent.

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Tiens, une "vraie" Narcisse, en train de s'égoutter. Sans doute échappée d'un godet de jardinerie. A voir si elle saura s'indigéniser à son tour.

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                                                             ALINEAS

 

- Vue aérienne : IGN.

- Photos © Michel Salanié

 

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