Publié le 23 Août 2018

LES ENFANTS DE LA GUILLOTINE

 

Au-dessus de la fraîche vallée du Gers, sur son acropole de rochers roux, couleur d’eau-de-vie et d’argile cuite, le repaire des comtes d’Armagnac se dresse comme une citadelle paysanne.

Au sortir de la gare, c’est une impression délicieuse de verdure, d’air vif et de lointains bleus. Une route en lacets monte vers la ville, et aussi un raidillon, bordé par un filet d’eau sautant sur des cailloux plats. Qui a vu Lectoure, un matin de mai, dans sa ceinture d’arbres en fleurs, ne peut oublier cette vision d’une Gascogne cuirassée de pierres féodales, cependant toute riante et printanière. La vie rustique recouvre l’histoire. Les potagers en terrasse s’étagent au midi, au pied de la forteresse. Sur les remparts, jaillissant par touffes, les giroflées jaunes et les mufliers alternent avec des fleurs de muraille, d’un rose fraise. Et toutes ces glycines, tous ces lilas de petite ville, font de l’ancienne capitale de la Lomagne un énorme bouquet ronronnant d’abeilles.

Du haut de cette étroite terrasse, la cathédrale, épaisse et rustaude, dans sa rousse robe de pierre, règne sur un pays arcadien, aux bas-fonds feuillus, où des pistes d’argile serpentant sous les noisetiers et les chênes conduisent à des maisons isolées.

 

C’est sans doute une des plus belles pages écrites sur notre petite ville. Si l'on n’y arrive plus en micheline, si la gare est devenue l’étal d’un brocanteur et si le caractère champêtre y est altéré évidemment, on reconnaît bien les lieux. Les giroflées, les pierres féodales et les pistes d’argile sont toujours là. Tous ceux qui aiment se promener au petit jour sur les remparts, dans quelque venelle ou sur un chemin au creux du vallon de Foissin, éprouvent la même sensation de calme, de beauté et de temps qui dure.

L’auteure, Jeanne Alleman (1885-1938), est venue plusieurs fois à Lectoure. En pèlerinage, car elle est la nièce de notre célèbre natif, collecteur de contes de Gascogne, Jean-François Bladé dont elle s’inspirera pour choisir son pseudonyme, masculinisé ou peut-être anglicisé : Jean Balde.

Jeanne Alleman donnera des conférences, à l'étranger et en France, à Lectoure en particulier.

 

Son œuvre, toujours appréciée par un cercle d'érudits, eut une certaine audience de son vivant et fut honorée par plusieurs récompenses, dont le grand prix du roman de l’Académie française pour Reine d’Arbieux en 1928. L’ensemble de ses écrits a pour cadre la Gascogne. Avec Bordeaux comme point d’ancrage, du Périgord à la Bigorre, d’Arcachon à Lectoure, les paysages et les caractères qu’elle dépeint avec finesse confèrent un certain réalisme à ses récits qui prennent ainsi aujourd’hui, outre la belle écriture, une valeur historique. Amie de François Mauriac et de Francis Jammes, deux grands esprits gascons, Jeanne Alleman est à présent plutôt considérée pour le caractère régionaliste de sa production, mais il serait coupable de l’y réduire. Car elle traite avec originalité et profondeur de sujets éternels, la famille, les femmes de caractère, le souvenir, l’influence des lieux, de la maison, de la terre, la tradition, les ruptures…

Et Lectoure donc.

Sauf les quelques jolies lignes reproduites en introduction, nous ne dirons pas d’avantage des images de notre ville qu’elle projette en filigrane dans le livre de souvenirs consacré à son oncle, Un d’Artagnan de plume - Jean-François Bladé (1930), car il faudra bien que ce Carnet d’alinéas, à son tour, fasse la place qui lui revient à ce passeur de tradition orale qui savait aussi écrire. Réservons-nous donc.

En 1936, Jean Balde publie, sous une même couverture, trois nouvelles : Le pylône et la maison, La brochure rouge et La porte dérobée, cette dernière ayant pour scène Lectoure, mieux encore, Lectoure et la vallée de Saint-Jourdain.

Il s’agit d’une histoire d’amour dramatique, une sorte de Roméo et Juliette, en 1802 et à Lectoure. Lui, Dominique Riscle, est colonel. Son père, régicide, a acquis comme bien national un hôtel particulier dans la grand’ rue, un château et ses dépendances, terres, fermes et… le moulin dont on ne dira pas s’il est de Roques, aux Ruisseaux ou de Belin. Elle, Brigitte de Montestruc, est la fille d’un noble lectourois, parti à la guillotine dans le même tombereau que les poètes Roucher et Chénier, tout un symbole.

Moderne d'esprit et piqué de littérature, il restait féodal de tempérament, chicanier avec son évêque, strict avec ses gens, capable de réciter à chacun de ses fermiers en particulier, - il en avait une vingtaine, sur cinq paroisses, - le nombre exact de ce qui lui était dû en dindons, canards, chapons et douzaines d’œufs.

Le baron de Montestruc était précisément l’ancien propriétaire de l'hôtel particulier où le bel et fier officier de la Grande Armée, le nouveau seigneur des lieux, vient soigner une blessure de guerre. Là se forme le nœud de la tragédie.

Le temps a passé, le Consulat a ramené le calme en France. Les jeunes gens veulent vivre, la rencontre eut pu être heureuse, mais…

Pierre Banel, général, lectourois, mort sur le champ de bataille à Casserio ( Italie ) à 29 ans, peut figurer le personnage de Dominique.

 

Les instants intimes où Dominique et Brigitte se déclarent nous conduisent dans le vallon de Saint-Jourdain. Le pont, les prés, un sentier descendant de la ville en lacets. " On disait même qu’ils se retrouvaient, sur l’autre versant du vallon, dans des éboulis des roches sauvages ". On reconnaît le décor romantique du chaos de Cardès, au pied des falaises de Bacqué.  Une histoire d’amour banale si ce n’étaient les origines ennemies des deux amants. Sous le regard bienveillant de la bonne Catherine, servante fidèle des Montestruc et à présent des Riscle, ange gardien de l’héroïne depuis la sinistre sentence du tribunal révolutionnaire. Le nouveau curé de Lectoure, lui aussi, fêté par la population lectouroise par la grâce du Concordat signé entre Napoléon Bonaparte, Premier Consul, et le Pape Pie VII, l’archiprêtre Astaffort - l'auteure s’amuse à donner à ses protagonistes des noms de lieux d'alentour - favorise l’idylle qui réconcilie l’ancien et le nouveau monde.

Mais la plaie ouverte sous la terreur était trop profonde.

L’hôtel particulier a été rénové par les Riscle. Une porte dérobée y a été ouverte en pratiquant une découpe dans une précieuse tapisserie des Gobelins, vandalisant la scène antique du triomphe d’Alexandre le Grand. Dans le décor de son enfance, le jour du mariage, dans le grand salon, comme Brigitte entrait, de son pas de reine, la petite porte s’ouvrit brusquement. Il semblait qu’elle avait été poussée par une main brutale. La jeune épousée s’arrêta, le regard fixe. Ses pupilles s’élargissaient. Cette tête coupée !... Cet homme debout, le col tranché !... Elle jeta un cri aigu et s’effondra, évanouie, sur le parquet.

"L'entrée d'Alexandre à Babylone", l'une des pièces de tapisserie de l'Histoire d'Alexandre le Grand tissée aux Gobelins sur modèles de Charles Le Brun.

 

Brigitte devenue folle, l'avenir du couple est anéanti et l’on entrevoit  la fin tragique du soldat reparti sur les champs de bataille napoléoniens. L’abbé dira en guise de morale définitive, suggérant la fin d'un Eden: " Une fois répandu dans le monde, le mal engendre infatigablement des malheurs nouveaux ".

Jeanne Alleman ne cache pas ses sentiments antirévolutionnaires.           " C’était le temps où les chapelles se transformaient en granges et en écuries ". Attachée aux traditions, « vieille France », pieuse, esthète, elle sera liée au mouvement du catholicisme social, le Sillon qui tenta au début du 20ième siècle, lui aussi, de réconcilier deux mondes.

On peut ici regretter que Jean Balde ait consacré trop peu de lignes à la vie de Lectoure et de sa campagne car elle excelle, à sa façon, dans cet exercice et c’eut été une pierre apportée à l’édifice de la mémoire des lieux. Imaginons que les amoureux aient participé aux vendanges à Vaucluse ou Clavette. Le tableau est extrait de La vigne et la maison (1922).

Tout ce monde coupe, mange et rit, s’enveloppe les jours de brouillard dans de vieux tricots, se régale le matin de raisins glacés et vide des cruches de piquette dans le soleil. Les vapeurs rouges du couchant éclairent le retour des lourdes charrettes. Une odeur de moût qui fermente s’échappe des cuves. Leur gouffre est plein d’un sourd grondement ; et dans le sang échauffé par le vin nouveau, la vie aussi tressaille plus forte, les mouvements de joie et d’humeur s’y succèdent par sautes brusques, du rire, des chants, puis des querelles qui éclatent en une minute.

François Mauriac écrivait très justement: " Pas plus qu'on ne peut séparer une plante de sa motte, il ne faut détacher les personnages de Jean Balde des pays où ils mènent leur vie passionnée."

On eut aimé encore en savoir plus sur le moulin bien sûr, et sur le petit pont où Jean Balde fait se rencontrer les deux amoureux. Elle évoque les chemins pavés de grosses pierres plates qui descendent entre des jardins en terrasses.

 

Mais un décor trop exubérant et l’intermède joyeux des travaux des champs lorsque la récolte est bonne eurent fardé le drame.

Le style de cette nouvelle, incisif, presque abrupt, les caractères, l'enchaînement des scènes, laissent penser que Jean Balde a initialement, voulu écrire une pièce de théâtre, genre qu'elle a d'ailleurs pratiqué.

Il faut faire abstraction du manichéisme d'une oeuvre qui nous paraît, aujourd'hui, romantique. Le thème de la nouvelle de Jean Balde a réellement été d’actualité, sur le plan politique et social, et particulièrement à Lectoure. Dans le secret des grandes maisons alignées côte à côte, de la cathédrale au château, où se sont succédé deux aristocraties, les vieilles familles lomagnoles et gasconnes qui avaient fait de la citadelle un écrin rustique puis la noblesse d’Empire née des exploits des généraux dont la ville bourgeoise s’enorgueillit encore d'avoir été une pépinière, la Révolution a certainement généré des traumatismes et des antagonismes profonds.

Nous n’avons pas essayé de rechercher si des faits réels et des personnages ayant existé ont pu inspirer Jean Balde. Sa connaissance de l’histoire de Lectoure et son imagination suffisaient pour tracer les contours de la fiction. Nous savons que Bernard Descamps, Conventionnel, député du Gers et Lectourois, a voté la mort de Louis XVI, mais nous ne trouvons aucune ressemblance avec Antoine Riscle, l’homme ayant commis la faute originelle du drame de La porte dérobée, tel que le portraiture l’auteure.

Au bord du ruisseau, tout est comme avant. La cascade du moulin murmure éternellement sa chanson légère, agitant les chandeliers mauves de la salicaire et le velours argenté de la menthe suave.

                                                                     ALINEAS

 

Le 21/09

Addendum. A propos de personnages réels ayant inspiré Jean Balde.

 

Jean-Claude Pertuzé, illustrateur réputé que nous vous recommandons en lien ci-contre, lectourois et fin connaisseur de l'Histoire de sa ville (et au delà) a lu La porte dérobée très, très attentivement et il a trouvé ceci:

Dans cette nouvelle, " Benjamin, le deuxième fils du baron de Montestruc, est passé en Espagne, de là aux Antilles, puis aux États-Unis. Il gagne sa vie grâce à son coup de pinceau : c’est exactement le parcours de Gustave de Galard (1779-1841), fils de Joseph de Galard, guillotiné en 1793, de L’Isle-Bouzon, [auteur du portrait du Général Subervie, exposé dans la salle des Illustres de l'Hôtel de Ville].
Je ne sais pas si Gustave de Galard s’est déguisé en fille pour passer en Espagne. Ce serait intéressant de savoir.
Les autres personnages : la tante Victoire fait penser à Marie de Lacaze, la grand-mère de Bladé, qui cachait des prêtres réfractaires. Et le père Riscle est un mélange de Dartigoeyte, originaire des Landes, et de Lantrac, médecin, les plus farouches révolutionnaires du Gers".
 
Dans Gustave de Galard, sa vie, son oeuvre, de Gustave Labat (Gallica) on apprend effectivement ceci :

 

 
Merci beaucoup à Pertuzé pour ce complément qui donne encore plus d'intérêt à l’œuvre de Jeanne Alleman. Une œuvre romantique évidemment mais impliquée dans les questions du temps. Car lorsqu'elle écrit, la révolution a à peine un peu plus de 100 ans. Un peu comme un roman d'aujourd'hui qui évoque, la bataille de Verdun, la période coloniale ou la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Romantique ?

 

 

SOURCES:

- Le pylône et la maison, La brochure rouge et La porte dérobée n'a pas été réédité et ne se trouve donc qu'en bibliothèques, chez les bouquinistes et sur internet.

- Trois ouvrages de Jean Balde ont été réédités et sont disponibles chez L'Horizon chimérique à Bordeaux:

  • La maison au bord du fleuve,  1990.
  • Le goéland, 1992.
  • La vigne et la maison, 1993.

 

- Une anthologie choisie et présentée par Denise Gellini, Ed. Le Jardin d'Essai 2011, Visages du Sud-Ouest dans l’œuvre de Jean Balde, offre de larges extraits des ouvrages de la romancière bordelaise. On y trouve un extrait de l'essai sur Jean-François Bladé, dont le passage que nous avons reproduit, mais La porte dérobée qui intéresserait les lecteurs lectourois ne fait pas partie des œuvres choisies.

Madame Gellini est intervenue en 2012 dans le cadre d'une réunion de la Société Archéologique et Historique du Gers pour présenter son ouvrage et évoquer le souvenir de Jean-François Bladé.

ILLUSTRATIONS:

Jean Balde conférencière : Photo Sud-Ouest.

Tapisserie : Manufacture des Gobelins.

Photos : Michel Salanié dont

  • portrait de Pierre Banel par Justin Maristou (1866), dans la Salle des Illustres de l'Hôtel de ville de Lectoure
  • carte postale "Promenade au bord du ruisseau", collection personnelle.

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Littérature

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Publié le 7 Août 2018

 

Lorsqu’une classe nature de gamins lectourois monte le chemin de Cardès, de l’autre côté du vallon, la haie masquant à notre regard la petite troupe joyeuse qui se dirige vers le plateau de Bacqué, il semble que le buisson piaille et l’on s’attend à ce qu’il se mette à courir.  Avec sa spontanéité, sa liberté, son exubérance, voilà un sauvage qui a trouvé sa place parmi les hommes sans se renier.

 

Pourtant vous y porterez attention à l’occasion de vos prochaines lectures, contrairement à la fleur ou à l’arbre, le buisson est souvent, peu ou pas décrit par les auteurs. Et lorsqu’il est qualifié, il se révèle méchant, petit, touffu, sombre, épineux bien sûr. Il arrive là, en plein milieu de l’histoire, sans crier gare, comme si sa présence dans le paysage était anormale ou sans intérêt. Un personnage de second plan, un petit rôle, un figurant. Mais à bien y regarder, finalement, ce végétal de rien du tout a souvent quelque chose à cacher, un danger, un secret, une petite merveille, une heureuse surprise. Il ne faut pas négliger le buisson. Surtout le Buisson ardent.

Moïse et le Buisson ardent de Domenico Zampieri. La révélation de l'existence de Dieu sous la forme d'un buisson qui brûle mais ne se consume pas. Dans nos jardins le buisson ardent est le nom commun donné au pyracantha.

 

Si vous faites une petite recherche sur les 200 millions de cybercarnets (vous me créditerez de cette résistance à l’emploi du franglais) publiés dans le monde, au mot fleur vous croulerez sous les résultats, et au mot arbre itou. Naturellement, car les premières nous éblouissent par leurs formes, leurs couleurs, leurs senteurs et leurs vertus et les seconds nous dominent de leur majestueuse ombre à laquelle, de tout temps, le genre humain a attribué une valeur tutélaire, symbolique, philosophique voire divine.

 

La rubrique botanique de ce Carnet d’alinéas avait choisi, jusque là, de suivre le mouvement en faisant juste un petit détour gourmand par les fruits sauvages. Mais il faut à présent corriger le discours dominant (ça, ça va plaire, c’est tendance) et dire tout le bien que nous  pensons du buisson, ce tout petit, ce modeste, cet humble hôte de la vallée de Foissin. L’idée de cette audacieuse incartade (!) nous est venue en installant un nouveau tronçon de chemin le long de la route de la Fontaine Saint-Michel, soustrayant pour cela quelques mètres à la terre soumise au labour depuis des décennies. Nous voulions végétaliser ce jeune sentier, pour l’esthétique, pour la faune et en urgence, pour limiter l’érosion, ce fléau de l'usine à céréale qu’est devenue le pays de Lomagne. Bien nous en a pris quand on voit les déluges qui se succèdent cette année avec les coulées de boue et les ravines qui s’en suivent. Mais quelques arbres, un tous les 10 mètres pour donner à chaque individu son espace vital lorsqu’il sera parvenu à l'âge adulte, ne pouvaient suffire à cet ambitieux projet de rhabillage du paysage car il faudra au moins 10 ans aux pins, chênes, érables, frênes, tilleuls et autres géants en devenir pour s’implanter, c’est bien le terme, dans cette terre gorgée d’eau en hiver et crevassée en été. S’ils y réussissent, ils trouveront dans ce sol profond et riche ce qu’il faut pour satisfaire leur grand appétit et jouer leur rôle stabilisateur. Mais en attendant…

 

Et puis miracle, on aurait pu s’en douter, néo-ruraux naïfs que nous sommes, les buissons sont apparus. Spontanément, très vite, comme s’ils étaient là, en réserve de la république, hors d’atteinte du soc de la charrue. La ronce, l’épine noire, le sureau bien sûr dont nous avons déjà dit du bien mais aussi tous les autres, le cornouiller en particulier, la clématite... Parmi toutes les variétés d’arbrisseaux* qui peuvent composer une haie sauvage, un grand nombre sont ignorées. Précisément, cet anonymat fait la force et l’intérêt du buisson, cet "individu végétal composite". Car le buisson est un collectif, une équipe, une armée où l’individu n’a de chance de s’en sortir qu’en serrant les rangs.

Le chevreuil, impitoyable brouteur de jeunes arbres.

Outre leurs qualités individuelles, les arbrisseaux ayant poussé entremêlés forment un ensemble qui permet la germination d’arbres indigènes, qui s’y trouvent ainsi protégés des herbivores de toutes engeances,  gastéropodes, insectes, rongeurs, canidés et chevreuils, et dont les jeunes tiges bénéficient d’humidité et de demi-ombre, de résistance au vent, c'est-à-dire les conditions parfaites pour réussir une enfance d’arbre.

Et puis, comme dans toute équipe, il y a les vedettes. Les buissons à fleur, odoriférants, à fruit comestible, les raretés, les précieux. Ceux là ont fait l’objet d’une sélection, d’un dressage, d’une domestication et se retrouvent empotés, alignés bêtement, topiérisés dans des jardins musées, dont certains splendides il faut l’admettre. Mais nous les préférons en liberté.

 

En fonction de sa disposition, le buisson verra son rôle varier : en ligne il formera une haie, adossé au bois il sera sa lisière, isolé au milieu du champ il servira de repère visuel, marquera un affleurement rocheux ou un dénivelé.

 

Autrefois aux lavoirs du ruisseau de Foissin, lous bartàs en gascon, les buissons servaient à étendre le linge. Victor Hugo, dont nous avons dit ailleurs le goût pour une jolie lavandière, en fait tout un poème.

 

Aux buissons que le vent soulève,
Que juin et mai, frais barbouilleurs,
Foulant la cuve de la sève,
Couvrent d'une écume de fleurs,

Aux sureaux pleins de mouches sombres,
Aux genêts du bord, tous divers
Aux joncs échevelant leurs ombres
Dans la lumière des flots verts,

Elle accrochait des loques blanches,
Je ne sais quels haillons charmants
Qui me jetaient, parmi les branches,
De profonds éblouissements.

 

Et pour les amoureux descendus d'en ville, bartasser consistait à profiter du rideau formé par la végétation pour... pour se dire des mots doux en toute intimité. En quelque sorte le pendant de l’école buissonnière après l’école.

 

Aujourd’hui, la haie du chemin de la Mouline de Belin lance ses tiges volubiles, signe d’une renaissance et promesse d’une aimable compagnie pour le randonneur, le jacquet et le promeneur lectourois.

 

                                                                                             ALINEAS

 

* Par simplicité, on s’affranchira des catégories définies par la science botanique. Le buisson est en principe composé d'arbrisseaux et sous-arbrisseaux mais ils doivent souvent composer avec les lianes et les arbustes énumérés et photographiés ici.

 

Fleurs et fruits en cours de maturation de la clématite des haies, ou vigne blanche et encore herbe aux gueux. En hiver les arêtes plumeuses de ses fruits donnent aux haies une belle apparence cotoneuse.

 

La viorne. Un bonheur pour les oiseaux.

 

Cette année, sans doute en raison de la pluviométrie toute britannique, l'églantine a recouvert les haies de la vallée d'une foison de fleurs, et jusqu'à la cime de certains arbres, voisins du buisson, qu'elle prend d'assaut. C'est la jungle.

 

Devenu l'un des gardiens des jardinets de faubourg délimités au cordeau, en liberté le troène est gracieux. Son parfum suave séduit du beau monde.

 

Colonisant rapidement les espaces libérés et grâce à un enracinement dense, le cornouiller sanguin est considéré par les botanistes comme une espèce "pionnière". Son feuillage hivernal d'un beau rouge vermeil installe dans le brouillard, le givre et (rarement en Gascogne) la neige, de fantasques décors à légendes.

 

Magnifique aubépine. Un océan de nectar pour l'ouvrière du rucher de la Mouline de Belin.

 

Le fusain ou bonnet de curé. Sa tige carbonisée a été l'outil des artistes d'avant l'encre de chine, le bic et la souris. La forme particulière de son fruit faisait penser autrefois au couvre-chef des curés. Un accessoire qui ne se fait plus du tout, du tout... sauf à Lectoure, n'est-ce pas Monsieur l'Abbé ?

 

Le chèvrefeuille des haies fleurit moins abondamment que les variétés sélectionnées commercialisées en jardinerie. Mais sa rencontre impromptue, au détour du sentier, est un petit bonheur.

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PHOTOS: M. Salanié sauf

- Cornouiller: Arboretum gabrielis

- Fusain: Tyazz.over-blog.com

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 24 Juillet 2018

 

Intime imaginaire

 

Le travail de Marie Rigot n’est pas assez visible. Oui, je veux dire que j’aimerais voir la poésie, l’humour, la joie de vivre de cette artiste plus souvent accrochés aux cimaises et offerts aux regards. Mais faut-il être exposé pour justifier de son talent ? Certes non.

Il y a des raisons à cette discrétion. Marie est cinq fois maman ! Ça occupe. Et puis elle s’adonne à une passion, la gestalt-thérapie, une méthode thérapeutique psychologique douce, dont elle vit par ailleurs. Alors il faut saisir les rares occasions de rencontrer l’artiste.

Nous avons découvert son travail lorsque ses géantes hautes de trois mètres étaient accrochées dans l’atelier du Bleu de Lectoure, à l’époque au bord du Gers. Descendues de leur mur, ces demoiselles ont fait un petit tour par la Mouline de Belin et nous aurions pu, avec mon compère, à l’occasion de leur manipulation, être pris sur le fait en train de danser un slow gargantuesque, comme les déménageurs que Doisneau avait photographiés, un cliché devenu célèbre, transportant, les mains posées sur ses seins de bronze, une statue d'Aristide Maillol installée devant le Louvre.

Nous avons confié à Marie la création de notre logo, un travail qui exige qu’artiste et sujet apprennent à se connaître et depuis, de loin en loin, nous aimons à dire qu’elle est un peu une amie, ce qui donne pour nous encore plus de sens à son art.

Marie exploite le rendu de tous les matériaux, papier journal, tissu, carton et métal.

Elle n’aime pas le terme et il n'est pas nécessairement besoin de coller des étiquettes mais tout de même, son style conduit à la classer dans la catégorie "maniériste" au sens italien de maniera (façon) en donnant bien sûr au qualificatif un sens renouvelé depuis cette révolution artistique de la Renaissance, un style unique, j'oserais un "figuratisme réaliste".

Chez Marie Rigot, l’expression, la posture des personnages donne fondamentalement une signification à la scène, comme un langage qui exalte le dessin, un jeu de scène captivant et engageant. Plus profond que descriptif, plus attachant que cherchant à convaincre.

Petite-fille de Cranach, de Chagall et de Picasso, Marie nous entraîne dans un monde onirique et tendre. Au-delà de leur jeu de scène, convenu ou joyeusement libéré, ses personnages ont une vie intérieure qu’il faut deviner, voire inventer, au sens de "l’invention" d’un trésor, de son excitante révélation au grand jour. Des sujets qui dépassent les limites du support, du cadre de leur existence, de fait réduits, pour investir un espace de liberté que nous partageons, ne sachant pas en l’occurrence qui, de la fiction ou du spectateur, fera mouvement pour rejoindre l’autre. Une présence à la fois imaginaire et si intime.

Invitation à la découverte d’une joyeuse et poétique création.

                                                                      ALINEAS

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 8 Juillet 2018

AU CENTRE DU MONDE,

QUELQUES JOURS.

 

Dans les derniers jours du mois de novembre 1308, depuis le pont-levis du château jusque dans l’enchevêtrement insalubre des carrelots de la citadelle, une rumeur se propage à Lectoure. Gents d’armes, artisans, moines, nones et petit peuple, sans plus tenir compte des profondes différences qui les séparent habituellement, se lancent et commentent avec force invention de détails la grande nouvelle : « Le Pape arrive !»

Le 29 novembre, un cavalier en livrée rouge et or, les couleurs des armoiries du pontife, aperçu chevauchant au triple galop sur la route de Nérac, est annoncé au son de la trompe depuis le chemin de ronde du château vicomtal. L’homme a traversé le Gers et, descendu de sa monture couverte d’écume, a escaladé à pied la côte de Pébéret. Franchissant la porte ouverte dans le rempart du nord et immédiatement introduit dans le château, le coursier a transmis son message au vicomte : « Clément est à Lavardac. Il sera ici demain. »

L’évènement est extraordinaire certes, mais on s’y attendait. Car le pape de toute la chrétienté, Bertrand de Got, qui a choisi pour nom de règne Clément, a pour frère ainé Arnaud-Garcie de Got, Vicomte de Lomagne et d’Auvillar, établi à Lectoure depuis un an. Déjà en 1305, lorsque Bertrand, alors archevêque de Bordeaux, né à Villandraut près de Bazas, dans l’actuel département de la Gironde, est élu, à Pérouse en Italie, au siège de Saint Pierre par un conclave partagé entre cardinaux pro-français et pro-italiens incapables de désigner un des leurs, c’est un évènement considérable en Guyenne et en Gascogne.

Le retour de Clément vers Avignon

Bien que vassale du royaume de France, la région de Guyenne, toute proche de Lectoure, est possession anglaise par le fait du remariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri II Plantagenêt et sera au cœur de la guerre de cent ans qui débutera quelques années après l’histoire que nous vous racontons aujourd’hui. Tirée par les échanges maritimes avec Londres, par le commerce du vin en particulier, Bordeaux est riche et son archevêque également de ce fait, car à cette époque les hautes fonctions d’église sont très rémunératrices. S’il n’est pas cardinal, l’Archevêque Bertrand de Got est reconnu comme juriste émérite, fin diplomate, sollicité par les deux royaumes, de France et d’Angleterre, pour régler pacifiquement leurs différends. Il y a là probablement une des explications à son élection. Depuis plusieurs années, la papauté est sous la pression des souverains d’Europe qui s’opposent à la toute-puissance de l’Eglise. Philippe le Bel en particulier, pour des raisons financières essentiellement, affrontera Boniface VIII, jusqu’à envoyer son ministre et homme de main Guillaume de Nogaret défier le vieux pontife dans sa retraite d’Anagni qui mourra peu après cet affront. Après un pape éphémère, Benoît XI, le dernier conclave a pensé trouver en Bertrand de Got un pape neutre et compétent, mais Philippe qui a validé ce choix tentera de mettre le nouvel occupant du siège pontifical sous sa coupe.

Rome et l’Italie étant dans une situation politique et sociale particulièrement instable, Clément est sacré à Lyon puis élit domicile à Avignon, où le siège de la papauté restera 70 ans (sans compter le grand schisme d’Occident), sur ses terres certes mais à portée de main du roi de fer. On reprochera à Clément V cette proximité qui ressemble à de la soumission mais que pouvait faire ce souverain sans capitaines et sans armes ? Son frère Arnaud-Garcie doit d’ailleurs sa récente accession à la vicomté de Lomagne et d’Auvillar à Philippe le Bel. Si Clément n’est pas dépendant, la maison de Got est pour le moins vassale.

  

Mais à Lectoure et dans toute la Gascogne, on est loin de ces manœuvres entre grands de ce monde. Sur le chemin de notre pape, c’est du délire. On se bouscule, on veut voir ce demi dieu, le vicaire du Christ sur terre. Dans ces temps de misère, de guerre quasi permanente, de pauvreté et de maladie, il faut bien comprendre l’importance, dans toutes les couches sociales, de la croyance profonde en un au-delà meilleur. Les sacrements, la parole biblique, les décrets du Saint Père et de ses évêques dictent les moindres agissements de la vie quotidienne des individus, des familles, des villes et des campagnes. Ce jour-là, chaque Lectourois pense approcher les portes du paradis.

Clément parcourt les quarante kilomètres qui séparent Lavardac de Lectoure dans la journée, ce qui, sur les chemins de l’époque, est une performance. Le pape n’est donc pas monté sur une mule, ni allongé paresseusement dans un chariot tiré par une paire de bœufs, mais certainement à cheval, accompagné de quelques gardes du corps, bon cavalier comme un seigneur doit l’être à cette époque pour faire avancer ses affaires. L’histoire ne dit pas si les Lectourois ont attendu le pape toute la journée du vendredi 30 (jour de marché ?), mais probablement le lendemain et, à coup sûr, le dimanche 2 décembre Lectoure fut envahie par la foule venue des environs, mêlée aux habitants de la ville, tous se bousculant pour s’approcher du château et de l’église cathédrale où le pontife célébrera la messe devant l’assemblée de la noblesse de Lomagne, ban et arrière-ban, des consuls de la ville et des syndics des corporations, dans leurs plus beaux atours et sous une forêt de bannières chamarrées.

Mais ce n’est pas tout. Dans les heures qui suivirent son arrivée en petit équipage, la cour du pape au grand complet était entrée en un long défilé à sa suite dans la citadelle. Et ce fut là un ballet fantastique pour l’installation de tout ce monde, nobles et clercs dans les bâtiments religieux et bourgeois réquisitionnés, soldats et intendance partout où subsistait quelque espace disponible, sans contestation possible bien sûr. Imaginez, plus de 400 personnes, chevaliers, damoiseaux, sergents et cavaliers dits « gascons », chapelains, clercs, notaires, secrétaires, valets, cuisiniers, bouteillers, porteurs d’eau, palefreniers, blanchisseurs… Dans une ville surpeuplée à l’époque. Et dans la vallée, les chevaux, les bœufs et les porcs appartenant à cette capitale de la Chrétienté en marche, parqués sous la surveillance de petits pâtres. Les poissonniers qui font partie de l’effectif pour assurer l’approvisionnement du pape et de ses proches en poisson frais sont probablement restés au bord du Gers bien sûr où ils auront chassé de leurs postes attitrés les pêcheurs à la ligne indigènes…

La seule illustration de Lectoure d'époque. Qui pourrait représenter le passage de Clément V ?

 

En effet en ces temps, la papauté est constamment itinérante car il faut, pour être aimé et obéi, appréhender les problèmes, se montrer au peuple, contrôler le fonctionnement des diocèses et des abbayes, prélever son dû. Le trajet des papes nous est connu par l’étude de leurs bulles, c’est-à-dire de leurs décrets, sur lesquelles le lieu de publication est mentionné. On mesure la charge matérielle et financière supportée par les villes, les seigneuries et les abbayes d’avoir à loger et surtout nourrir tout ce monde. Au point que certains actes de rébellion auront conduit à l’excommunication de prieurs remplissant sérieusement leur fonction de gestionnaires et donc imprudemment économes ! Mettons-nous à la place du moine cellérier, sur le pas de porte du réfectoire, en voyant arriver la troupe de ces « hôtes » !

Cet important effectif que l’on ne déplace pas aisément est probablement resté à Lectoure jusqu’au 15 décembre.

Le moulin de Sainte-Rose, sur l'Arratz.

Clément lui, s’échappera le 4 décembre pour se rendre en petit comité et sous escorte, sans doute pour s’isoler et se recueillir, au prieuré de Sainte-Rose, à Miradoux, discrète exploitation agricole, une grange dit-on alors, et un moulin, sur le bord de l’Arrats, propriété de l’abbaye de Deffès située à Bon-Encontre, près d’Agen, où jeune clerc il a été formé, dans les années 1280, par les moines de Grandmont, un ordre auquel il reste profondément attaché. Il reviendra à Lectoure les 6 et 7 puis retournera à Sainte Rose, passera également à Agen et Auvillar, avant de quitter le 16 décembre et définitivement la Gascogne pour se diriger, à regret dit-on, vers Avignon, via l’abbaye de Grandselve, Toulouse et Saint-Bertrand-de-Comminges.

Pendant ces deux semaines passées dans notre ville et en Lomagne, outre la famille, la gestion de son riche patrimoine, les souvenirs de jeunesse, le repos et la prière, Clément V aura rempli les tâches de son métier de pape. Car il est le plus grand prince d’Occident. Entouré, à Lectoure comme tout au long de ses déplacements, de cardinaux, de prélats de tous ordres et congrégations, de juristes, de financiers, il règne et légifère tant au plan matériel que spirituel. Dans la troupe de ses suivants, chacun ayant sa fonction bien définie, les nombreux coursiers, triés sur le volet et dotés des chevaux les plus endurants, partent chaque jour dans toutes les directions porter les ordres de sa Sainteté en Europe et au-delà.

La cour papale itinérante de Clément: un défilé de solliciteurs...

Clément V par exemple, en excommuniant cette année même l’un des prétendants au trône d’Ecosse, soutient le roi d’Angleterre qui impose difficilement sa suzeraineté sur les Îles Britanniques. Quelques jours à peine avant son arrivée à Lectoure, Henri de Luxembourg est élu Roi des Romains avec le soutien secret de Clément qui veut faire barrage au frère de Philippe le Bel, Charles de Valois, candidat au titre d’Empereur romain germanique. En Espagne et au Portugal Clément promeut l’alliance entre les royaumes chrétiens pour mener la reconquête de la péninsule ibérique. Les musulmans seront repoussés vers Grenade, dernier réduit d’Al Andalous. Les ambassades de Clément atteindront même l’Extrême-Orient.

Oui, pendant ces deux semaines du mois de décembre 1308, Lectoure est bien au centre du monde.

Enfin, il y a le procès fait à l’Ordre des Templiers. Durant l’été qui a précédé la venue du pape à Lectoure, Clément V et Philippe le Bel ont négocié le sort à réserver aux moines-soldats que le roi de France a fait emprisonner le 13 octobre 1307. Clément a pu auditionner lui-même quelques frères et, convaincu de leur innocence des crimes dont l’Inquisition manipulée par Philippe les accuse, il exige que leur jugement revienne aux tribunaux d’église. Sans succès. Dans cette affaire, le face à face entre le pape et le roi de France durera plusieurs années encore et empoisonnera la vie de Clément V et la mémoire de son pontificat.

 

En décembre 1308 à Lectoure, que restait-t-il du domaine templier de Naplouse que nous avons révélé ici ? Depuis le promontoire rocheux que les Lectourois appellent aujourd’hui la Croix Rouge, Clément a certainement posé le regard sur le ruisseau de Saint Jourdain et sur la Vallée de la Bataille.

(A suivre)

                                                                 ALINEAS

 

 

SOURCES:

. Clément V, le pape gascon et les Templiers, Monique Dollin du Fresnel, Ed. Sud Ouest 2014.

. Itinéraire de Clément V en Gascogne, Jules Carsalade du Pont, Revue de Gascogne 1894, p. 210-212.

. Le personnel de la cour de Clément V, Bernard Guillemain, Mélanges de l'école française de Rome 1951, p. 139-181, disponible sur Persée.

 

ILLUSTRATIONS:

. Armoiries de Clément V : Echando una mano, Wikipédia.

. Portrait de Clément V par Henri Serrur (1794-1865), Collection Palais des Papes Avignon.

. Carte et photo de la Croix rouge, M. Salanié.

. Photo Moulin de Sainte-Rose, MM Geoffroy.

. Les deux gravures sur Lectoure (Reprod. Morburre) et la cour itinérante de Clément V sont disponibles sur Wikipédia.

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Publié le 22 Juin 2018

UNE GASCOGNE

 

 

SUCRÉE SALÉE

 

Mes aïeux qui me regardent je le sais, doivent se demander ce qui me prend de mettre du miel et une poudre à la réputation coquine dans mon fricot de canard. Qu’ils se rassurent, je garde fort ancré le souvenir simple, côté Lauragais, des patates frites à la graisse d'oie de Bonne-Maman et, côté Quercy, des tendres haricots persillade du jardin de Grand-Père du moulin, oui « du moulin », ça ne s’invente pas.

Mais tout de même, pour s’être longtemps eux-mêmes aventurés outre-mer, ils sont quelque peu responsables de mon appétence pour les saveurs de la cuisine orientale.

La maîtresse d’hôtes qui fouille les vieux grimoires à la recherche des recettes médiévales, me raconte d’ailleurs que les épices venus d’Orient étaient très appréciés autrefois chez nous, en tout cas dans la cuisine noble et en pharmacopée. Profitons du fait qu’aujourd’hui leur coût relatif soit devenu tout à fait raisonnable.

 

Venons-en aux opérations.

 

Le confit de canard gras se marie particulièrement bien avec les fruits. Tous les fruits de chez nous, à  condition qu’ils soient goûteux. Vous ferez votre choix en fonction de vos préférences, de la saison, de votre jardin ou du marché : abricots, pruneaux, pommes, poires, coings, figues, raisin… Et notre préféré : cerises.

 

 

Cependant, le secret de la réussite de ce ragoût est ailleurs : eh oui, paradoxalement, elle réside dans the légume, c’est à dire l’oignon. Au moins un gros oignon par personne, émincé menu et réduit en compote à feu doux jusqu’à ce qu’on ne reconnaisse plus le légume. Cette compote sera la base d’une sauce onctueuse qui fera le lien entre les ingrédients, épices, viande et fruits. Vous verrez, vos invités sauceront soigneusement, avec le pain, leurs assiettes (oui, je sais, ça ne fait pas) et vous n’aurez pas besoin de leur demander s’ils ont aimé.

 

Si la compote d’oignons exige soin et patience, cette recette est toutefois facile à exécuter. Evidemment, on considère que le confit est prêt à l’avance, le plus souvent acheté en conserve. Il ne demandera pas de cuisson. On le fera mijoter quelques minutes seulement dans la sauce aux épices. Puis il sera ressorti pour introduire les fruits à leur tour dans la sauce (voir les différences en fonction du fruit choisi) et réintroduit juste avant de servir. En effet, tant la viande que les fruits sont fragiles et il ne faudra ni les cuire trop longtemps et trop fort, ni les manipuler brutalement. Une recette orientale on vous dit : tout en subtilité.

 

Miel, gingembre (en poudre et confit) et paprika doux sont mélangés à feu, doux aussi. Ce sont eux qui donnent sa saveur étrange à ce plat original et qui s’accordent merveilleusement bien, à la fois au canard et aux fruits.

 

La petite touche finale qui n’est pas que décorative : des amandes effilées grillées à point et la coriandre finement ciselée à laquelle je tiens personnellement beaucoup.

 

Pour le vin, je proposerais un côte de Gascogne : dans les rouges plutôt Merlot et Cabernet, léger et sur les fruits rouges, ou un rosé, ils ont chez nous une petite pointe acidulée, sur les agrumes disent les connaisseurs, ce sera parfait pour souligner la complexion de saveurs de notre plat.

 

 

Faites l’expérience. Ce confit de canard aux fruits et aux épices est un voyage varié et réjouissant à l’image de nos traditions gasconnes : nos toits, nos rues, nos marchés entre Méditerranée et Atlantique, nos paysages entre Auvergne et Espagne, notre histoire disputée, nos cadets conquérants mais toujours fidèles au foyer ancestral, nos voyageurs au long cours, aujourd’hui enfin la qualité d’accueil qui nous est souvent reconnue mais que nous savons devoir être entretenue… Le canard est la plus célèbre des estocades de la gastronomie gasconne. Sa finesse, son goût inimitable, ce salé poivré vif et provoquant. Aujourd’hui avec la recette de la Mouline de Belin, cette façon de marier les contraires donnera à notre volaille régionale une seconde jeunesse qui ne reniera pas ses origines. Un parfum d’aventure sur la table de nos aïeux.

 

                                                                        ALINEAS

 

 

PS. Restons modestes, bien sûr il existe de nombreuses recettes de ce type. Celle-ci est éprouvée à la table d'hôte de la Mouline de Belin depuis bientôt 10 ans. Nous l'offrons dans la pièce jointe ci-dessous avec plaisir à tous ceux qui l'ont appréciée et à ceux qui suivent ce carnet. On peut l'essayer, la modifier, emprunter ailleurs quelque ingrédient ou façon de procéder, le tout étant de se faire plaisir.

Photos: M Salanié

Illustration: ici un canard rôti et non pas confit pour cette magnifique nature morte de Jan Albert Rootius (1615-1674), Nature morte au canard rôti, coupes de fruits et verre façon de Venise, photo Gros & Delettrez.

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 13 Juin 2018

 

On a écrit, en miniatures, l’Histoire des grandes batailles, celle des cathédrales et celle des châteaux. Il fallait raconter celle des moulins qui sont au cœur de l’aventure de l'humanité.

 

Roue de carrier

 

A Luzech dans le département du Lot, à 15 km à l’ouest de Cahors, se trouve ce qui se fait de mieux en matière de communication sur les moulins. Ils y sont tous : à eau, à vent, mus par la force humaine ou animale, du monde entier, de Hollande jusqu’en Grèce, de Bretagne jusqu’au Vietnam, une incroyable collection de très belles reproductions miniatures animées pour comprendre, admirer, toucher et expérimenter les outils, les principes physiques de la force et du mouvement, du travail mécanique, des énergies propres et durables, tout cela conçu et exposé de façon très claire, pédagogique et ludique. Un travail considérable à la mémoire du génie et du labeur humain dans tous les domaines: agriculture, production alimentaire, bâtiment, artisanat et industrie...

 

Ce lieu est né de la passion d’un homme, Jean Rogier, et de son talent pour miniaturiser les techniques de captage de l'énergie des éléments, eau et vent, sa concentration et sa transformation en instruments de travail au service de l’homme. Il est une sorte d’Hergé qui ne s’arrêterait pas au dessin mais fabriquerait le décor de ses histoires. Il est un formidable passeur de patrimoine et de savoir.

 

Moulin d'irrigation - Pays-Bas


Aujourd’hui toute une équipe de bénévoles s'affaire à développer la thématique, accueillir le public, animer des ateliers pédagogiques dans ce musée souvent remarqué dans les médias et auquel la petite ville de Luzech a su offrir un espace adapté dans ce beau décor de la basse vallée du Lot. Un des musées les plus originaux et prometteurs de notre région.

 

Un peu de travail perso devant un moulin portugais orientable au vent

 

Pour les parents, les grands-parents, les enseignants, la Planète des Moulins sera une occasion idéale de balade.

 

Devant un moulin à nef, "parlons technique un peu tous les deux!"

 

Mais attention les enfants, surveillez-les de près ; les adultes risquent bien de se laisser très vite captiver par cette aventure…

                                                                      ALINEAS

 

* Des limites d’âge qui peuvent être évidemment repoussées…

 

La Planète des Moulins
144 Quai Émile Gironde
46140 LUZECH
 
Tél. 06 80 83 24 24
      05 65 31 22 59
 
laplanetedesmoulins@orange.fr
 
 
Photos:
- ©  La Planète des Moulins
- Michel Salanié
 
Vidéo:
Média46.TV
 
 
 
 

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Publié le 26 Mai 2018

UN CLOCHER

DU TONNERRE !

 

Nous avons maintes fois raconté à nos hôtes comment, pour ce que nous en savons, notre cathédrale Saint-Gervais-Saint-Protais a perdu sa flèche: un orage comme on les mitonne chez nous au point que la foudre brisa en même temps dans les caves de l'évêché plusieurs milliers de bouteilles de vin - ah misère ! -, suivi d'un devis de travaux de rénovation à engager aussi impressionnant que cette sacrée (!) fissure dans l'appareillage de pierre. " Alors ? " . " On rase ! ".

Et dans la foulée de ce guillotinage du patrimoine - les faits se sont déroulés peu de temps avant la Révolution, sans lien de cause à effet - sur le papier cette fois, le siège de notre évêché millénaire fut rayé de la carte d’une simple biffure napoléonienne... Toute une histoire lectouroise.

A quoi pouvait bien ressembler cette fameuse flèche ? Car si l'enchaînement des évènements est à peu près connu, peut-on se figurer la beauté de cette construction audacieuse, à la gloire du bon dieu de Gascogne comme, n'hésitons pas à oser le rapprochement, à Chartres, Salisbury, au Mont-Saint-Michel, à la Sagrada Familia… ? J’en oublie et des plus fines.

88 mètres, soit près du double de notre clocher résiduel, et le ciel pour manteau d’un bleu… de Lectoure, un lever de soleil sur fond de Pyrénées pour décor fantastique, avec les étoiles du grand chemin pour guirlandes... Quel regret d'avoir loupé ça !

Alors, vous en avez rêvé, Alinéas l’a fait.

Avant nous, Pertuzé l’avait dessinée. Mais franchement, il n'y va pas avec le dos de la cuillère à gasconnade le pourvoyeur de contes populaires, le vieux Cazaux. 7 fois le clocher, Gargantua ! soit 560 mètres ! Alors évidemment la perspective privilégie le gabarit du géant blado-rabelaisien au détriment du monument historique reconstitué à l'arrière-plan par notre BDéiste, fin connaisseur, illustrateur et raconteur de l'histoire de sa ville au demeurant.

Bon d’accord, mes truquages* eux, ne sont pas terribles, terribles. Faits à bisto de nas et en deux ou trois coups de mulot. Alors à vous, à vos photoshop ! Je m’engage à publier les meilleurs.

 

Et à l’heure de l’image de synthèse, je suggère même une animation en 3D, panoramique, plongée, contre-plongée, zoom avant dans la rue Nationale façon drone… Pour un étudiant en infographie, il y aura là un sujet en or… De cet or qui veine le calcaire de Lectoure et chante au soleil sur les murs de la ville.

 

Si, sous les coups de boutoir du vent de l'Histoire, ce clocher a certainement perdu, avec sa flèche, de sa grâce, il dresse tout de même aujourd'hui, à la ronde, toujours un beau caractère.

 

                                                                             

                                                                        ALINEAS

 

29.05.2018

CORRECTIF - PLUS POINTU !

Pertuzé n'a pas fait que la dessiner. Sur ce photomontage il a intégré les détails suivants connus par des écrits: balustrade gothique, dernier étage de la tour plus haut et petit pyramidon au sommet de la tourelle de l'escalier. Superbe. Merci à lui.

Photomontage Pertuzé sur une photo Wikimédia Commons

 

* Il est difficile aujourd'hui d'éviter le terme "fake" aussi désagréable, à une oreille française s'entend, que celui de "blog". Dans les domaines historique ou architectural nous avons à notre disposition les termes " reconstitution "," restitution ", "montage". J'avais un faible pour " vue d'artiste " usité en publicité, mais je ne me permettrais pas.

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Le détail de la planche de Jean-Claude Pertuzé est extrait de son album Contes de Gascogne de Bladé aux éditions Les Humanoïdes Associés.

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Vue aérienne : Mongolfières de Gascogne https://www.montgolfieres-gascogne.fr/lectoure2.html

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La flèche qui nous a servi à bricoler ces vues est celle de l'église de Plieux dont on dit qu'elle est cousine de la nôtre.

 

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 10 Mai 2018

Dans les années 1970, mademoiselle Karen K., jeune enseignante de lettres toute fraîche émoulue de l’université, débute sa carrière dans un lycée de la périphérie de New York. Comme il est de bon ton, elle est invitée par le club féminin de lecture de la ville. On pense ainsi, très civilement, permettre à la nouvelle arrivante de se présenter, de faire connaissance et de s’intégrer. Lors de chacune de ses réunions, le club demande à une des participantes de lire à voix haute l’extrait d’un ouvrage sélectionné par un comité de lecture rassemblant les plus cultivées de ces dames. Mademoiselle Karen est évidemment désignée. La règle du club veut que la lectrice du jour ne connaisse pas l’œuvre. L’auteur : James Salter, diplômé de l’académie militaire de West Point, pilote de chasse, héros de la guerre de Corée, a connu le succès en 1956 avec un premier roman The Hunters (Pour la gloire dans sa traduction en Français) qui sera porté à l'écran en 1958 avec en vedette Robert Mitchum. Les hommes, la guerre, l’héroïsme. Karen est en confiance.

James Salter, pilote de chasse pendant la guerre de Corée

 

Le titre du jour : A sport and a pastime.  

L’ambiance est feutrée. Le thé est servi. Quelques minutes s’écoulent où l’on échange amabilités et banalités. Puis Karen ouvre le livre et commence à lire, le plus posément et clairement possible, découvrant le sujet au fur et à mesure, comme la plupart des auditrices.

C’est l’histoire d’un jeune couple d’amoureux, lui américain aisé et dilettante, elle petite française provinciale. Le narrateur est un ami dont on ne sait s’il a vu ou entendu ce qu’il décrit ou bien s’il fantasme…

Chapitre 19. « Un après-midi, en visite aux sources de la Marne, ou peut-être est-ce à Azay-le-Rideau, rien n’est certain, ils se promènent en prenant le soleil et parlent des façons d’aimer, la douce variété […] Ils marchent lentement, les yeux au sol. De loin, on dirait des camarades de classe en train de discuter d’un examen. […] Ils sont arrivés à la voiture. Il lui ouvre la portière, puis fait le tour jusqu’à son côté ».

Karen se redresse et cherche du regard l’organisatrice de la rencontre. Celle-ci d’un sourire bienveillant valide cette introduction et d’un hochement de tête l’encourage à poursuivre.

« Et puis, dans cette fabuleuse voiture qui n’existe que dans mes rêves, comme le Hollandais volant, comme le cor de Roland, qui sillonne les routes désertes de France avec ses phares un peu ternis, son élégance un peu décatie : dans cette Delage bleue avec ses portières qui ouvrent dans le mauvais sens, les genoux l’un contre l’autre, bien calés dans les sièges, ils filent vers chez eux [...] Les villages s’estompent, les rivières deviennent noires. Elle le déboutonne et sort son sexe en érection ; pâle comme un héron au crépuscule,... »

Karen s’interrompt pensant à une erreur de typographie. Non, c’est bien ce qu’il y a écrit ! Un moment d’hésitation, une bouffée de chaleur l’envahit.

Notre jeune et innocente professeure piquera ce jour-là le fard de sa vie.

Cherchant de l’aide dans l’assistance, on lui fait signe de continuer. Elle s’éclaircit la voix d’un raclement de gorge et reprend avec à présent, elle le sent, un léger tremblement de la diction. Quel ton doit-on prendre quand on lit en public un tel texte ?!

« …tous deux regardant la route droit devant eux comme n’importe quel couple. Elle forme un cercle avec ses doigts qu’elle lui passe doucement autour, et puis qu’elle fait descendre. Ses doigts si frais, si fins […] Dean reste assis droit comme un chauffeur. Il respire à peine. […] La nuit est froide. Elle est silencieuse, d’une clarté perçante. Contre l’obscurité des toits, rapprochées les unes contre les autres, les flèches de la ville s’élèvent, illuminées, baignées de lumière terrestre ».

Le chapitre comporte une deuxième scène très érotique que nous tairons, non par pudeur, mais pour ne pas enflammer notre cybercarnet… Et il en va de même pour chaque chapitre.

Il faut tout de suite rendre à la vérité littéraire que ce roman n’est pas pornographique. Salter peint l’éternel et dramatique face à face du corps et de l’esprit. Il y a là aussi une belle description de la France des années soixante, la photo d’une époque révolue, entre Robert Doisneau pour le quotidien et Jeanloup Sieff pour la sophistication. Mais je me souviens avoir fait rire mes amis dubitatifs et peu réceptifs à mon romantisme naïf lorsque je disais mon admiration pour le film de Jean-Jacques Annaud mettant en image L’amant de Marguerite Duras, au motif qu’il comportait de magnifiques paysages d’Asie.

Jane March, jouant le rôle de Marguerite Duras dans l'Amant

 

Salter a souvent décrit son amour de la France. « Quand vous voyagez d'un pays à un autre, l'air sent différemment. Je ne veux pas parler seulement du parfum des villes, mais de la nature, de la texture de l'air qu'on y respire, des bruits qu'on y entend, ceux de la rue, du trafic... En France, même le téléphone sonne français. Les choses changent, naturellement. Je me souviens d'une France qui n'était pas si moderne, si intense. Une France des routes vides et des plages désertes, où, quand on roulait le long de la nationale 7, on pouvait entendre le bruit des arbres qui défilaient et qui faisaient "cha-cha-cha"... Cette France-là a disparu. Mais pourquoi être sentimental à ce sujet ? Les gens qui naissent aujourd'hui ne voient pas le changement. Paris, par exemple, est restée presque la même. Et elle défend très bien sa position dans le monde. Elle a l'affection des gens. »

C’est fini. Karen se laisse choir sur sa chaise, abasourdie. Quelques secondes de silence, puis la conversation reprend dans l’assistance, à propos de choses et d’autres et de l’air du temps, comme si de rien n’était. Pour conclure, l’organisatrice, dont on ne dit pas si elle savait ce qu’elle demandait de lire à Karen, annonce la date de la prochaine réunion.

Les années ayant passé, après cette lecture à voix haute-surprise qui est devenue pour elle une plaisanterie racontée à l’envi, Karen et son mari Edward, retraités, sont arrivés à Lectoure en 2013 après avoir traversé le Pays basque et les Landes. Ils choisissent leurs étapes sur les pas de Salter. Car en 1969, l’écrivain a parcouru le Sud-Ouest en tant que metteur en scène d’un film intitulé Three, inspiré de ce fameux roman, avec en particulier une toute jeune actrice nommée Charlotte Rampling. Mais sans aucune scène érotique. Et sans succès.

 

Il est question une fois de Lectoure dans l’œuvre de Salter, ce pourquoi nous lui donnons une place dans notre rubrique littérature bien qu’il ne s’agisse pas d’un roman mais d’une sorte d’almanach gourmand, Chaque jour est un festin, écrit en collaboration avec sa femme, Kay Salter. La date du 28 août est consacrée à l’Armagnac. Après avoir comparé notre belle aguardiente au cognac et vanté ses mérites, les auteurs racontent une anecdote qui leur paraît illustrer l'ambiance de la Gascogne.

« Comme nous passions ce mois d’août dans une grand ferme près de Lectoure, nous fûmes invités à quelques-uns de ces dîners par l’intermédiaire d’amis. Par une chaude soirée, à une tablée de 40 personnes, l’hôte leva son verre et proposa, en solide bon vivant du Sud-Ouest, que tout le monde se réunît dans le salon pour un concours de chant. Soudain à une table voisine, un homme poussa un cri et se mit debout ; quelques instants plus tard, une femme fit de même. Il fallut quelques minutes pour s’apercevoir que six mètres plus haut, cachées dans les moulures, des guêpes succombaient sous la montée de la chaleur et tombaient comme des billes de plomb sur les tables, piquant partout où elles atterrissaient.

Le concours de chant fut annulé, mais on refit passer une tournée d’armagnac comme antidote et consolation ».

Entre sport, passe-temps et festin, Salter ne choisit pas. Ses couples font l’amour, voyagent et mangent plutôt luxueusement. On s’interroge évidemment et puis souvent on se perd.  Rien que de très actuel.

Bien qu’elle ait été diffusée de façon relativement confidentielle, la première édition de Un sport et un passe-temps a fait scandale. La publicité qui se voulait humoristique énonçait qu’il ne s’agissait pas de baseball… Au total, cet écrivain rare aura publié seulement six romans. Aucun de ces ouvrages n’a connu de succès de librairie très important mais la critique élogieuse et un public de plus en plus nombreux et fidèle ont assuré sa notoriété. Son érotisme cru et sans lyrisme appartient à son époque. Les révoltes de la jeunesse du monde, la libération sexuelle, le festival de Woodstock. Et chez nous, Je t’aime, moi non plus de Gainsbourg et Le dernier tango à Paris de Bertolucci.

Guillaume Goubert dans La Croix dit de lui : "Sa prose ne repose pas sur des effets de vocabulaire ou des tournures complexes. L’enchantement tient aux imprévus de son cours. James Salter sait restituer le décousu de la vie, le tumulte des pensées qui, précisément, ne sont pas pensées, ces sentiments contre lesquels, a dit un jour Milan Kundera, on ne peut rien. La vie intérieure des personnages apparaît ainsi dans ce qu’elle peut avoir d’erratique, d’inconséquent, d’inavouable."

 

En littérature, Salter est à l’idée de couple, au paysage du quotidien, à la lumière et à l’ombre, fugaces et méditatives, ce que Edward Hopper est en peinture. Les histoires sont simples, banales, à la limite de l’ennui si l’on ne pressentait pas le détail, le mot qui surgira, bouleversant notre vision de l’instant et transformant cette banalité en un tableau à la portée universelle.  Son style est qualifié d’élégant, de lumineux. Lui-même disait dans une interview parue en 1993 dans la revue The Paris Revue «Je suis un frotteur, quelqu’un qui aime frotter chaque mot dans sa main, pour le faire tourner et le sentir, pour comprendre si c’est vraiment le meilleur mot possible. Est-ce que ce mot dans cette phrase a un potentiel électrique ? Est-ce qu’il est utile ? Trop d’électricité va faire dresser les cheveux du lecteur sur sa tête. C’est une question de rythme.»

En exergue de son dernier roman, Et rien d’autre, on lit ce qui peut être considéré comme son testament littéraire : « Il arrive un moment où vous savez que tout n’est qu’un rêve, que seules les choses qu’a su préserver l’écriture ont des chances d’être vraies. »

 

                                                                          ALINEAS

 

En 1969 à Lectoure, pas de Delage pour les amoureux mais Dauphine, 4L et Deuche.

 

PS. Je ne choisis pas les auteurs de cette rubrique Littérature. Ce sont eux qui choisissent Lectoure. Victor Hugo ici et Alexandre Dumas ici, qui ont précédé Salter sur notre carnet, n’ont pas écrit de textes érotiques, leur époque ne le permettait pas. Etant de vrais ogres, dominateurs et insatiables, ils en auraient pourtant trouvé, à demeure, la "matière première". Leur créativité était-elle dépendante de leur caractère et de leur liberté de mœurs ? Paradoxalement, ces deux génies littéraires ne pourraient probablement pas vivre leur vie aujourd’hui comme ils ont pu le faire au 19ième siècle.

 

On trouve de nombreux articles de presse consacrés à l'œuvre et à la vie de J. Salter sur internet. Je recommanderais celui-ci, où l'on croise Gide, Duras et Nabokov, écrit à l'occasion de la parution de son dernier roman en 2014, Et rien d'autre, dont l'action se déroule dans le monde de l'édition:

http://next.liberation.fr/livres/2014/08/27/james-salter-en-pique-sur-le-monde-de-l-edition_1088178

 

ILLUSTRATIONS:

- Montage titre: M. Salanié

- Photos Salter, United Artists, JJ. Annaud

- Edward Hopper, Excursion into philosophy

- Carte postale Cim

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Littérature

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Publié le 29 Avril 2018

GODILLOTS, VIOLON

&

PATRIMOINE JACQUAIRE

 

Venez fêter à Lectoure les vingt ans du classement du grand chemin au "Patrimoine mondial de l'UNESCO".

Une animation originale de l'Office de Tourisme. Pour ceux qui préfèrent amener le pique-nique tiré du sac, le tarif est de 8 euros seulement.

 

Elle est chouette l'affiche de l'Office de Tourisme. Mais je ne résiste pas : il faut toujours que j'en rajoute... en restant dans le thème toutefois. De gauche à droite, "La Mouline de Belin, avant la grimpette", "A l'ombre des grands arbres du parc du Couloumé", et enfin au pied de notre cathédrale, une sorte d'itinéraire bis du grand chemin pour les lectourois,  "Le sentier de la tour du bourreau", qui monte dru comme une pénitence.

E ultreïa, e suseïa, Deus adiuva nos.  

                                                                  ALINEAS

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Chemins

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Publié le 13 Avril 2018

La France est parcourue par un fantastique réseau de 525 000 kilomètres de cours d’eau, fleuves, rivières et torrents. Soit plus de 13 fois le tour de la planète ! On estime qu’à l’apogée de l’industrie meunière, plus de 100 000 moulins exploitaient la force motrice de cette gigantesque réserve d’énergie. Soit 800 à 1200 par département. Le record de concentration est attribué à la Bonnette, une rivière affluente de l’Aveyron, du côté de Caylus en Quercy, où ont été installés jusqu’à 32 moulins sur 26 kilomètres ! La documentation ne nous dit pas si celui qui a arpenté le réseau hydraulique national pour dresser ce tableau a pris en compte les ruisseaux secondaires parmi lesquels ceux de Lectoure qui nous intéressent au premier chef, les Balines, Bournaca, Foissin. Sur le dernier par exemple, nous recensons 4 moulins sur 3,7 kilomètres. La capitale de la vicomté de Lomagne, devenue place forte de la maison d’Armagnac, évêché de surcroît, avec ses 5 000 habitants à nourrir au Moyen Âge, exigeait une dizaine de meules meunières à portée de remparts, et aussi des moulins à huile, des foulons à tissu… A cette époque, la zone industrielle, c’est ici, au bord du Saint Jourdain.

Mais si le moulin est réputé pour avoir libéré l’homme (et la femme, oui bien sûr !) de tâches lourdes et répétitives, son installation a nécessité un effort à la mesure des éléments. Car le relief est par nature pentu, les berges sont gorgées d’eau et mouvantes, la végétation exubérante.

Nous avons déjà posé comme base [ici] l’intérêt de disposer, à proximité du projet de construction, de la matière première, de la bonne pierre et du bois de charpente, dont la bâtisse sera gourmande.

L’eau, quant à elle, serait une évidence ? Et la meule une affaire qui tournera ensuite toute seule, par la magie de l’hydraulique ? Que nenni. L’énergie restituée n’est jamais gratuite. La tâche sera immense.

 

Le moulin de Roques à Astaffort, et son barrage sur le Gers.

Sur un cours d’eau important, comme un fleuve ou une rivière, l’adduction d’eau sera obtenue par la construction d’un barrage ou d’un canal d’amenée, d’un bief, un ouvrage sur lequel le moulin accrochera ses fondations et s’avancera prudemment, en saillie. Ici, l’art de l’ingénieur consistera à diviser le flux généreusement offert par la nature pour le dimensionner à la capacité du bâtiment projeté qu’il faut en outre protéger, par un enchaînement de dérivations, d’écluses et de déversoirs.

Mais sur les timides petits ruisseaux adjacents, il en va différemment. Particulièrement en Gascogne où la pluviométrie est très irrégulière. Ici le problème du moulin ne sera pas le trop-plein d’eau mais au contraire sa rareté et donc sa collecte et sa concentration. Le système féodal, par recherche d’autarcie, a conduit à la multiplication de moulins de taille réduite. Une fois le bâtiment posé là, au cœur du domaine agricole, le travail consistera à aller chercher la ressource, parfois très loin. L’effort sera dans ce domaine infini et admirable. Il faudra successivement faciliter le surgissement de l’eau, la conduire, la stocker, l’élever au niveau requis, la lâcher avec mesure et précision, enfin l’évacuer. Amener de l’eau à un moulin. À la Mouline de Belin par exemple.

 

Pendant cinq siècles, par tout temps, ce bonhomme besogneux, trempé dans ses misérables chausses, moine ou serf à l'origine, puis au fil des siècles, pauvre journalier, tenancier honorant sa corvée, ou garçon meunier enfin, pour assurer une circulation de l’eau, rapide, régulière, sans perte, devra curer inlassablement les fossés et les canaux, défricher les berges, relever les talus, rebâtir les murs de soutènement. Un travail de fourmi, exténuant, toujours à recommencer. Le père-abbé, le seigneur, le maître-meunier y veillent certes, mais avec eux et pour eux, des générations de travailleurs obscurs ont assuré l’approvisionnement du moulin en eau. Sans cela, on le constate aujourd’hui, après quelques années d’abandon, les lieux se couvrent de taillis, les abords deviennent marécageux, les retenues et les canaux disparaissent sous les sédiments déposés par les crues. Ici plus qu’ailleurs la nature libérée reprend ses droits.

Tout d’abord, voyons d’où vient notre eau. La Mouline de Belin n’est pas arrivée sur ce minuscule petit ruisseau et précisément à cet endroit sans raison. Cinq sources relativement abondantes et régulières alimentent le cours d’eau. Le plan que voici est parlant.

Pour visualiser en grand, clic droit sur le plan et [afficher l'image]

A l’origine, il est probable que ces sources devaient appartenir au même domaine. S’il s’agit des Templiers, ce que nous croyons, la règle de Saint Benoît précisait que le monastère devait être construit de manière à ce que l’eau, le moulin, le jardin soient dans l’enceinte pour que les moines ne soient pas forcés de se répandre à l’extérieur, ce qui ne convient nullement à leur âme… (ut non sit necessitas monachis vagandi foris, quia omnino non expedit animabus eorum).

Pour que l’eau sourde le plus librement possible, l’endroit est dégagé, les arbres écartés et la pente soigneusement tracée et entretenue. Progressivement, les sources seront bâties, couvertes et deviendront les fontaines que les lectourois connaissent, certaine, Saint Michel en l’occurrence, étant considérée encore aujourd’hui offrir une eau salutaire, ce qui devait laisser le meunier de marbre. Lorsque le domaine sera démembré, autour du 15ième siècle, la perte de la maîtrise des sources sera sans doute l’une des causes de la désaffectation du moulin.

La fontaine de Charron

Sur le cours d’eau, aux endroits où le terrain est en surplomb et risque de glisser par l’effet des crues, des murs de soutènement particulièrement forts seront dressés : fondations profondes, moellons de très grosse dimension, drains… Un travail titanesque réalisé à mains nues par des équipes de manœuvres sous la direction de maîtres bâtisseurs. Ce que l’on appelle aujourd’hui en travaux publics des « ouvrages cyclopéens », qui seraient à présent réalisés sans peine ou presque, à coups de pelles mécaniques, de bulldozers et de camions-toupie béton.

Vestige d'un mur de soutènement en aval de la Mouline de Belin

L’entretien des fossés d’écoulement depuis les sources et du lit du ruisseau lui-même sera prioritaire. Au vu de la longueur du réseau, on peut estimer que deux ouvriers sont affectés en permanence à cette tâche sisyphéenne. Houe, panier et serpette à la main.

Il faudra également lutter contre l’érosion. A titre d’illustration, au 16ième siècle, lorsque l'église et la noblesse cèderont l’exploitation des moulins à des artisans, meuniers de métier, les contrats de location feront obligation aux preneurs de remonter le limon, à chaque printemps, de l’aval vers l’amont, l'unité de mesure étant la charrette (!), à la fois pour maintenir le niveau des terres autour du site et pour ne pas gêner le fonctionnement des moulins situés en contrebas car de nombreux procès de voisinage sont intentés.

Enfin autour du moulin. Puisque le débit naturel du ruisseau ne permet pas à lui seul de faire tourner la meule, en profitant de la disposition naturelle du terrain, il faudra aménager une retenue (encore un joli chantier !) qui emmagasinera le potentiel suffisant pour actionner le mécanisme meunier pendant… un certain temps. Quelques sacs seulement de céréales passeront entre les deux pierres. Et puis on s’arrêtera en attendant que la réserve d’eau se reconstitue. Foin des 3X8 heures ! Encore une explication à l’obsolescence de ces petits moulins au bénéfice des « usines » installées sur le Gers et capables de tourner sans discontinuer,  au rythme du défilé des mulets du pays.

La retenue est implantée au niveau nécessaire pour donner la puissance voulue ; ce sont des calculs savants que maîtrisent parfaitement les ingénieurs des congrégations monastiques. S'il y a surplus d’eau affluant dans la retenue en cas de crue, celle-ci sera évacuée dans le lit du ruisseau par un déversoir, contournant ainsi le moulin. L’eau nécessaire au mécanisme sera conduite dans un puits disposé devant l'arche d'entrée du flux dans le moulin.

L'unique vestige du système hydraulique sur le bâti de la mouline de Belin: l'arche d'entrée de l'eau dans laquelle a malheureusement été insérée une porte lorsque la salle du rouet a été transformée en étable.

Dans ce puits est installé un conduit, le canon à eau, qui projettera le flux puissant sur la roue en bois, appelée rouet, elle-même reliée à la meule, mais ceci sera une autre histoire*.

Après avoir fait tourner le rouet, l’eau ressort du moulin par une arche dite de défuite et regagne le ruisseau en contrebas.

A la Mouline de Belin, moulin défensif [voir ici], une douve passe au pied de la porte d’accès équipée d’une passerelle, escamotable en cas de danger. Le moulin est donc entièrement entouré d’eau. Comme elle n’est pas très abondante, en cas d’attaque les écluses du déversoir et de la douve seront grandes ouvertes et la base de la bâtisse sera ainsi entièrement inondée. On espère que les assaillants se laisseront impressionner par ce dispositif. En tout cas cela donnera le temps de sonner l’alerte et d’attendre de l’aide de la citadelle voisine.

On le voit donc bien, un travail considérable incombe au maître des lieux et à ses servants pour « amener de l’eau à son moulin ». Aujourd’hui, en français, cette expression commune signifie, de façon imagée, que l’on apporte un argument à quelqu’un dans un dialogue, à l’occasion d’une controverse, au cours d’un exposé, pour étayer une thèse. Les dictionnaires assurent évidemment que cela remonte à ce temps que nous décrivons où l’eau qui parvenait au moulin représentait un « avantage » pour le meunier. Certes, mais à présent que nous avons fait ce rapide tour des moyens considérables à mettre en œuvre, il nous apparaît que l’origine de l’expression est plus complexe et plus signifiante. Le moulin nécessite en amont un gros travail, une conjugaison d’efforts et d’énergie. On pourrait dire également que les petites sources font les gros ruisseaux et faire remarquer que l’on amène souvent de l’eau au moulin d’un interlocuteur par un argument de dernière minute, que l’on présente comme un apport déterminant. Au bon endroit, au bon moment.

Alors, actionnant la trappe qui commande le canon à eau, le maître-meunier libère le flux rugissant et met en branle la lourde et bruyante mécanique de ses meules. Les eaux rassemblées patiemment en amont s’engouffrent dans la gueule du moulin, sombre et gourmande, grande ouverte comme celle de Gargantua naissant tout habillé du ventre de sa mère et réclamant « A boire, donnez-moi à boire ! ».

                                                                    ALINEAS

 

* Effectivement, dans le midi de la France, la quasi-totalité des moulins hydrauliques sont équipés de rouets disposés à plat, à l'intérieur du bâtiment et non pas d’aubes, verticales et extérieures comme on pourrait le croire parce que les illustrateurs ont trouvé plus explicite de les représenter ainsi.  Nous y reviendrons.

ILLUSTRATIONS:

- Ci-dessus, la "gueule" du moulin de Gô dans la Mayenne. Bel exemple d'une rénovation par une association de passionnés. http://www.moulindego.com/

- Photos et schémas: M. Salanié

La cascade de la photo-titre est celle de la mouline de Roque, en aval de la mouline de Belin.

- Vue satellitaire du moulin de Roques à Astaffort (47): Google Maps

- Plan des 5 sources sur la base d'un plan Google Maps

- Mois de janvier du calendrier du Rustican, 1306. Pietro de Crescenzi. On a supposé qu'il s'agissait d'une représentation d'extraction de l'argile. Mais il peut aussi s'agir de l'entretien des berges du ruisseau. Et Alinéas veut y voir évidemment Lectoure en fond de décor.

DOCUMENTATION:

Pour les amateurs de vulgarisation technique illustrée, un magnifique ouvrage: Du moulin à l'usine textile, David Macaulay, Bibliothèque de l'école des loisirs, 1977.

En particulier, voir ici l'illustration de la technique de creusement du bief:

https://leconschoses.blogspot.fr/2013/12/du-moulin-eau-lusine-textile-david.html

 

 

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