Publié le 16 Août 2019

 

En vacances, c'est le moment de profiter des petits trésors de la nature. Et de partir à l'aventure... gustative. Découvrir des végétaux comestibles tellement modestes qu'on n'y pense plus, là, oui là, à portée de main, sur les chemins creux, en lisière de bois, à l'occasion d'une balade à la fraîche. Une manne ! Des goûts qu'on ne trouve certainement pas dans le commerce "moderne". Pas même sur le marché ou à l'épicerie du coin.

Alors, voici trois des desserts sauvages de l'été à la Mouline de Belin.

  • Clafoutis de Myrobolan
  • Sorbet de Menthe suave
  • Tarte aux baies de Sureau noir

 

Si vous voulez nous suivre, pour le myrobolan c'est un peu tard dans la saison, car il est l'un des premiers fruits sauvages à mûrir en juillet. Mais vous pourrez encore le remplacer par sa cousine Mirabelle, souvent persévérante dans quelque vestige de jardin, ou bien par la Prune de chien (voir ici notre "Petite galerie des fruits sauvages et indigènes"). La menthe elle, particulièrement rustique et répandue, se trouve sans difficulté. Mentha suaveolens est notre préférée mais une autre variété fera sans doute l'affaire. Enfin, le Sureau noir*, très commun, est en ce moment en pleine maturité (voir ici l'alinéa qui lui est consacré).

Bien sûr, il y faudra du sucre. Mais on fera bien attention à n'en mettre que la stricte quantité nécessaire, pour laisser au caractère propre de la plante sauvage la part belle.

Oh ! Il n'y a ici rien de mystérieux, pas de secret de chef. Ce sont des recettes connues, que chacun exécute à sa façon, avec les fruits de saison. Pour le détail des ingrédients, la manière et la cuisson on se reportera à son carnet de recettes maison habituel. Pas de toques ni d'étoiles, juste le partage de plaisirs simples. La recherche des ingrédients de la cuisine frugale de nos aïeux. La redécouverte jouissive de saveurs nature.

 

LE CLAFOUTIS DE MYROBOLAN

 

Il y a, dans cet alinéa, outre la gourmandise, le plaisir des yeux. Quand, au détour d'un taillis, sur notre chemin de hasard, s'offre au regard un arbuste chargé de fruits jaune paille ou rouge grenat, de petites prunes rondes dégringolant en cascade, petit miracle lumineux dans une nature somme toute monochrome, c'est déjà en soi un spectacle réjouissant. Le Myrobolan ou Prune-cerise.

Cueillir la quantité nécessaire (on ne les ramasse pas par terre bien sûr). Plutôt mûres, mais si vous les trouvez encore trop acidulées à votre goût c'est normal. Trop matures elles deviennent légèrement amères et le goût de prune disparaît. C'est un peu comme lorsque l'on concocte un clafoutis à la cerise guigne, ce n'est pas un bigarreau. La cuisson et le sucre feront leur œuvre. Acidulé et sucré, c'est le charme de ce dessert contrasté. Et les noyaux ? Impossible de les retirer, il ne resterait plus rien de la chair. D'ailleurs je trouve que la lente mastication du fruit pour isoler la graine fait partie du plaisir. En société, ce ne sera peut-être pas très chic. Il faudra éviter le bruitage et manier la petite cuillère avec distinction...

 

Tout le monde à sa recette de clafoutis perso ? Alors on passe.

 

LE SORBET DE MENTHE SUAVE

 

Idéal après le foie gras et l'alicot de volaille de grand-mère, pour un "trou gascon" à la blanche d'armagnac avant d'entamer un gigot de chevreuil... Plus raisonnablement, c'est un dessert léger à déguster à l'ombre d'une pergola, ou bien après la sieste.

La Menthe suave, c'est à dire douce, également qualifiée par la science botanique "odorante" ou "à feuilles rondes", dégage un parfum puissant. Elle est digestive et tonique. Il suffira de cinq ou six branches dans un demi-litre d'eau qui sera porté à ébullition. Laisser reposer quelques instants. Filtrer l'infusion encore chaude pour y dissoudre 180 grammes de sucre. A partir de là, chacun fera à sa façon: sorbetière ou congélateur et mixeur. Cependant, dans les deux cas nous vous proposons notre botte secrète, pour ne pas servir à vos convives un bête glaçon: lorsque la glace commence à prendre, vous intègrerez à la préparation deux blancs d'œuf montés en neige avant de remettre à glacer. De cette façon, le sorbet sera onctueux. Effet garanti.

Evidemment, jamais de sirop de menthe ajouté comme on peut le lire ici ou là. Scandale !  Notre nature n'a absolument pas besoin de cette mascarade, ni colorant, ni parfum artificiel. Nos desserts ne veulent rien devoir aux substances industrielles !

Auparavant, les ramequins auront été mis en attente au congélateur, pour qu'une fois disposé joliment, le sorbet ne fonde pas, le temps de le dire.

 

 

LA TARTE AUX BAIES DE SUREAU NOIR

 

Sambuco, en gascon. Notre arbuste fétiche. Tisane, limonade, vin nature, cocktail au champagne, beignets d'ombelles , confitures.... Dans le Sureau noir, tout est bon.

Vous récolterez les baies bien mûres, sauf quelques-unes encore rosées qui donneront ici et là, un peu de craquant sous la dent et d'acidité pour contraster avec l'appareil d’œufs, les blancs battus en neige, et de sucre. La maîtresse d'hôte conseille d'y ajouter une petite cuillerée de maïzena et une larme d'armagnac. Le goût de la baie de sureau est très fin. Trop fin pour certains ? Alors, comme pour la tarte à la myrtille, on pourra, pour le relever, l'associer à la pomme, au citron ou à l'amande...

Un verre à liqueur de vin de noix frappé accompagnera divinement ce dessert rustique, mais original et rare.

Le bonheur est au bord du chemin.

                                                                                                   ALINEAS

 

* ATTENTION ! Ne pas confondre le Sureau noir avec le Yèble ou Faux sureau, plante annuelle aux ombelles dressées, et non retombantes vers le sol, et qui donnera des baies ressemblantes mais un peu plus tard que notre arbuste, fin août, début septembre.  Les baies du Yèble sont réputées toxiques.

Le Sureau noir peut s'élever jusqu'à 7 mètres alors que le Yèble est une herbacée annuelle qui ne dépasse pas les deux mètres. Pour ne pas vous tromper il suffit donc de cueillir les baies sur des branches boisées, hautes et retombantes.

Il faut enfin préciser que celles de notre sureau, pour être parfaitement digestes, ne doivent toutefois pas être consommées crues mais uniquement cuites.

 

Illustration: William Bouguereau, La cueillette de noisettes 1883

Photos © Michel Salanié

Céramiques : Vitrine lectouroise de la Poterie du Don du Fel. Voir lien ci-contre.

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Cuisine

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Publié le 29 Juillet 2019

 

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vec son clocher cathédral, ses hôtels particuliers, ses people, Lectoure voudrait nous faire croire qu'elle est plus ville que campagne, plus spirituelle que naturelle.

Mais il suffit de faire le tour des remparts pour mesurer combien la citadelle est cernée par la ruralité. Chaque ruelle perpendiculaire à l'axe commerçant est une loge sur un théâtre rustique. Au pied de jardinets et de cimetières disposés en gradins, la scène est ouverte. Le programme est agreste, vivifiant et renouvelé au fil des quatre saisons.

Il faut rendre hommage à la troupe qui ne se lasse pas de redonner son répertoire, bien que le public soit souvent distrait et, parfois même, ingrat.

Si, heureusement, la mécanisation a facilité le travail de la terre, la pièce que nous joue l'agriculteur lectourois n'a rien de léger. Voici un tableau fabuleux et pourtant réaliste où la puissance du rôle est à l'égal de la beauté du décor.

Oui, un balcon sur la campagne gasconne, une grande scène, assurément.

                                                                                                                  Alinéas

 

PS. Les photos ont été prises depuis les rues de Lectoure, depuis le  bastion de l'hôpital, les marronniers, la croix rouge, les boulevards du Nord et du Midi, les cimetières du St Esprit et de St Gervais, le chemin de la Boère, Cardès (oui c'est vrai, c'est le théâtre d'en face, il y avait relâche à Lectoure). Et la dernière, prise sur les planches, depuis le hameau des Ruisseaux.

© Michel Salanié

 

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Et enfin, à l'inverse, la scène lectouroise vue par l'acteur, depuis "les planches", en regardant vers "le paradis".

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #La vie des gens d'ici

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Publié le 12 Juillet 2019

Avant-Propos. Depuis deux ans, nous vous racontons la chute des moines-soldats de l’ordre du Temple, vue depuis Lectoure.  Nos informations ne sont pas inédites mais elles se trouvaient dispersées dans de nombreux ouvrages et travaux d’historiens. Il fallait les rassembler pour faire apparaître la place de notre ville dans cette affaire mystérieuse et dramatique.

Ce travail nous a conduit bien au-delà du domaine templier de Lectoure ; au cœur même de l'Histoire de France. L’enchaînement des évènements nous apparaît, aujourd’hui, clairement désigner le pape Clément comme l'initiateur du démantèlement du domaine templier. Les supplices infligés aux moines-soldats et la suppression de l’Ordre n'ont été que les conséquences ultimes de ce dépouillement en règle. Beaucoup d’auteurs considèrent Philippe le Bel comme le principal coupable et accordent à Clément V l’excuse de la faiblesse de caractère et celle du pouvoir spirituel. Les faits que nous rapportons tendent à prouver qu’il faut en réalité, inverser l’ordre des responsabilités de ces deux acteurs du drame, pour le moins sur le plan de la chronologie.

Il ne sera pas inutile, pour une bonne compréhension de ce dernier volet, de relire les précédents alinéas :

1. Les Templiers de Lectoure - 2. Le pape Clément V à Lectoure - 3. Les Templiers, le pape Clément et l'Evêché de Lectoure

 

 

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« …nous tiendrons table ouverte, et les plus grosses faims seront satisfaites. C’est encore la méthode la plus commode pour régner… » Eugène Rougon dans Les Rougon-Macquart – La curée. Emile Zola 1871.

 

 

A quoi pense-t-il, le cardinal Arnaud d’Aux de Lescout, alors que les flammes du bûcher des Templiers s’élèvent dans le ciel de Paris, ce 18 mars 1314 ? A ce qu’il va pouvoir dire au pape Clément V lorsqu’il retournera à Avignon pour rendre compte de sa mission ? Ou à sa chère collégiale de La Romieu dont la construction exige de gros moyens financiers ?

 

 

 

Arnaud d'Aux, le maître de La Romieu

Au service de son cousin Clément V depuis son accession au trône de Saint Pierre, Arnaud d'Aux était à ses côtés et prenait des notes, lorsque, sous le coup de l’arrestation des Templiers (13 octobre 1307) le pape interrogeait lui-même son camérier, le templier Giacomo da Montecucco, et le livrait à la police de Philippe le Bel, ce qui nous conduit à soupçonner déjà le pape et son entourage dès l'instant où l’affaire éclate au grand jour. Nommé cardinal, Arnaud d’Aux a également joué un rôle déterminant pendant le concile de Vienne (1311-1312) qui a supprimé l’ordre du Temple. Il est l’un de ceux qui depuis des années militent pour la fusion des deux ordres de moines-soldats, Templiers et Hospitaliers, et de facto, et surtout, pour la fin de leurs privilèges qui privaient le clergé séculier d’importants revenus. Il est soupçonné par certains d’avoir été le principal artisan de la chute du Temple.

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Après la mort de Clément, il tiendra les rênes de la papauté en tant que camerlingue, c’est-à-dire ministre des finances, pendant les deux longues années qu’il faudra aux cardinaux pour élire un successeur. Arnaud d’Aux espérait-il être celui-là ? Le conclave finira par se mettre d’accord sur le choix du cadurcien Jean Duèze, pape sous le nom de Jean XXII, écartant ainsi Arnaud d’Aux mais également Arnaud de Pellegrue, Béranger Frédol l’Ancien, Raymond-Guilhem de Fargues, et Bernard de Garves de Sainte-Livrade, tous parents de Clément V et papabiles

Cependant, couvert de bénéfices, d'Aux saura se rendre indispensable et restera au service de Jean XXII jusqu'à sa mort, à Avignon, en 1320 ou 1321. Il avait obtenu des moines bénédictins de Saint Victor à Marseille, établis là depuis le 12ième siècle, qu'ils abandonnent leur monastère de La Romieu, sa ville natale, et y construisit en un temps record semble t-il, la surprenante collégiale que l'on visite à quelques kilomètres à l'ouest de Lectoure, où il est enterré.

Mais restons encore un instant devant ce sinistre bûcher de l'île aux juifs. Le pape avait missionné son cousin cardinal auprès du tribunal parisien pour auditionner les dignitaires templiers, et les absoudre puisqu’ils avaient reconnu leurs fautes, sous la torture et les humiliations depuis sept longues années, il faut le rappeler, réduisant ces fiers personnages à de misérables loques. Or, la veille, comme les autres légats du pape, les juges et le public rassemblé sur le parvis de Notre-Dame, Arnaud d’Aux est abasourdi par le revirement de Jacques de Molay, le Grand Maître de l’Ordre, suivi en cela par Geoffroy de Charnay, son précepteur en Normandie, tous deux trouvant la force de défendre leur honneur et celui de l’Ordre, criant leur innocence et la pureté de la règle et de la cérémonie initiatique du Temple.

Philippe le Bel qui ne pouvait courir le risque de voir le procès reprendre, fit sur le champ, condamner les deux hommes du crime de relaps, c’est-à-dire de retour dans l’hérésie. Crime ultime, puni du supplice du bûcher. Sans que le cardinal d’Aux ne puisse, ou ne veuille s’opposer.

Le pape avait échoué dans son rôle de protecteur d’un ordre qui relevait de sa seule juridiction. Echoué ou trahi.

 

La fin du Temple 

L’odeur qui se dégageait du brasier et le craquement sinistre des bois consumés ramenèrent Arnaud d’Aux à l’évènement. C’en était fini de l’ordre du Temple. Deux cents ans d’une histoire hors du commun. Celle de l’Eglise en Occident allait pouvoir reprendre son cours glorieux. In excelsis deo et in terra pax. Les Templiers ne sont pas les premiers soldats, ni les derniers, qui auront payé, cher, les défaites des guerres provoquées par les princes eux-mêmes.

Pendant quatre ans, entre leur arrestation spectaculaire et le concile de Vienne qui les a jugés définitivement, l’immense domaine des chevaliers Templiers de France est passé sous le séquestre de Philippe le Bel, qui en a prélevé, sans vergogne, les bénéfices, agricoles et ecclésiastiques.

Mais depuis longtemps, avant même leur arrestation, le sort de l’ordre du Temple était réglé. La perte des Etats chrétiens d’Orient ne justifiait plus le maintien de deux ordres de moines-soldats. Si l’ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem, l'ordre de l’Hôpital, pouvait faire valoir l’intérêt de la poursuite de sa mission charitable, le Temple, lui, essentiellement combattant, avait trop d’ennemis. Philippe le Bel n’était que le plus puissant d’entre eux et serait le bras armé d’une conspiration de fait. Mais les chiens de la meute ont été nombreux à se jeter à la curée.

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A Vienne, en mai 1312, Clément décrétait donc la dissolution de l’ordre du Temple et le transfert de ses possessions, du moins ce qu'il en restait, aux Hospitaliers. C’est ce qui sera fait dans tout le royaume de France, à Lectoure également où nous essayons de retrouver les limites du domaine des Templiers, tombé jusque-là dans l’oubli.

Au printemps 1313, en route pour son refuge du Groseau, le pape se vit refuser l’hospitalité par la ville de Valence qui savait les frais que l’hébergement de sa nombreuse suite occasionnait. Une échauffourée éclata entre les habitants et l’escorte du pape. Un valentinois fut tué. La population en colère rechercha le garde gascon responsable dans les maisons bourgeoises réquisitionnées pour abriter les dignitaires. L’évêque de Lectoure, Guillaume de Bordes, membre de la cour de Clément, ne dut son salut qu’à une fuite précipitée par le toit. Voilà une scène à la Fellini, qui pourrait faire sourire si elle ne traduisait pas l’ambiance de fin de règne de cette période, tranchant avec la joie des foules qui avaient accueilli, en 1305, sur son trajet entre Bordeaux et Toulouse, le pape gascon fraîchement élu.

 

Le vicomte de Lomagne et ses cousins

Au mois de mars 1314, malade, Clément décide de quitter Avignon pour la Gascogne où il espère peut-être retrouver la santé, ou bien mourir pour être enseveli dans le fief familial. Mais il n’ira pas loin. A peine passé le Rhône, à Roquemaure, son état se dégrade et il rend l’âme le 20 avril. La suite ne sera pas glorieuse.

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En effet, au mois d’août, les trois neveux de Clément, Bertrand de Got, homonyme de son oncle, Vicomte de Lomagne et d’Auvillar, Raymond Guilhem de Budos, Recteur du Comtat Venaissin et Arnaud-Bernard de Preissac, furieux de voir les cardinaux italiens et français se liguer pour éviter l’élection d’un nouveau pape qui devait être évidemment, à leur sens, l’un de leurs parents, mettent le feu au palais de Carpentras où se tient le conclave et passent la ville à sac. Il semble qu’ils se soient également opposés les uns aux autres, chacun ayant son champion. Les cardinaux, effrayés par ce déchaînement de violence, se disperseront et il faudra deux ans pour les réunir à nouveau et pouvoir aboutir à l’élection du successeur de Clément, qui ne sera pas gascon.

A la tête de ses troupes, Bertrand de Got prend alors la route de la Gascogne, escortant la dépouille de Clément et surtout son trésor, estimé à 800 000 florins. Le funèbre convoi mettra plusieurs semaines à parvenir à Uzeste, lieu choisi par Clément pour y être enseveli. Bertrand de Got, Vicomte de Lomagne et d’Auvillar, et donc seigneur de Lectoure, mais établi principalement à Duras, est en charge de l’exécution du testament du défunt pape. On estime qu’il aura respecté ses engagements, sauf celui de partir en croisade ce qui n’était pas la moindre des promesses, en distribuant à ses cousins la part du trésor qui leur revient. Cependant en 1322, sous la pression de Jean XXII et craignant surtout le jugement divin, le vicomte de Lomagne devra revenir à Avignon pour restituer 150 000 florins, la somme estimée appartenir à l’institution papale et non au trésor privé de Clément. Une répartition tout de même nettement en faveur des intérêts particuliers de sa famille. C’est cette fortune qui a contribué, dit-on, à la construction des châteaux du bordelais que l’on qualifie aujourd’hui de "clémentins" : Villandraut, Budos, Roquetaillade, Fargues.

 

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En Lomagne, le château de Manlèche, sur la commune de Pergain-Taillac, ayant appartenu à la famille de Got, revendique également la filiation de Clément, en tout cas pour la construction initiale, l'actuel bâtiment étant d'époque Renaissance. Par contre, on ne sait pas dire si le château de Lectoure a bénéficié des largesses posthumes du trésor du pape ou bien s’il était réduit à l’état de forteresse secondaire et abandonné aux corneilles avant qu’il n’entre dans la Maison d’Armagnac.

Car, Bertrand de Got meurt en 1324 et sa fille unique Régine, épouse Jean 1er, comte d’Armagnac, Fézensaguet et Rodez. Elle décède à son tour l’année suivante. La Maison de Got en Lomagne par la grâce de Philippe le Bel et Clément V, est éteinte*. Lectoure devient la capitale d’Armagnac, qui fera sa fortune, puis son malheur.

 

Le clan des de Bordes

On peut supposer que l’évêque de Lectoure, Guillaume de Bordes, n’ayant plus la protection de Clément, faisait partie du mouvement de repli des trois neveux depuis Avignon vers leurs fiefs en Gascogne, à moins qu’Arnaud d’Aux ne l’ait gardé à son service. Mais il ne semble pas réputé pour ses grandes qualités. C’est son frère, Bertrand, décédé en 1311, évêque d’Albi, puis cardinal, camérier en remplacement du Templier da Montecucco, qui avait les faveurs de Clément, et sans doute les justifiait-il car il obtint nombre de revenus ecclésiastiques, bénéfices, charges… Son nom apparaît dans pas moins de 80 bulles papales dispensant généreusement les avantages ! A son tour, il fait bénéficier de faveurs ses parents et ses relations. Grâce à lui, son frère, Guillaume, sera nommé évêque de Lectoure en 1307 ou 1308, alors qu’il n’en a pas l’âge requis par la règle canonique. Il se rattrapera en le restant jusqu’en 1330.

Nous ne savons pas si les de Bordes sont liés à Clément V par les liens du sang à quelque degré mais c'est probable. La famille de Bordes était installée à Astaffort, sur le Gers, à une quinzaine de kilomètres au nord de Lectoure. Les avantages qu'ils retirent de leur position à la cour papale au détriment des templiers sont la preuve que Clément avait initié le dépeçage de l'Ordre.

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En effet, un neveu, ou bien est-ce un troisième frère des deux ecclésiastiques, Pierre de Bordes**, laïc lui, bénéficie en juin 1307, d’une donation, par Bernard de Trèbes, commandeur du Temple d’Agen et Gimbrède, de la moitié du moulin de Roques, à Astaffort sur le Gers, l’autre moitié lui étant cédée par le prieur de Layrac. Pour bien faire, cette libéralité est confirmée par une bulle de Clément V, qui aurait pu éviter de se faire remarquer. Juin 1307 soit quatre mois avant l’arrestation des Templiers ! C’est-à-dire que le démembrement du domaine immobilier et agricole du Temple avait débuté avant même que Philippe le Bel ne décide d’intervenir. Et du fait même de l’entourage direct de Clément.

Pierre de Bordes aura en outre le droit de construire une chapelle à proximité de l’église Saint-Félix d’Astaffort***, pour sa sépulture car sa piété est grande dit-on, mais bénéficiant avant tout des aumônes du voisinage encouragées par les indulgences accordées par Clément. 17 mois de remise de pénitences, "ça vaut le coup"! Comment justifier de tels bénéfices : « Pour services rendus » dira la bulle, sans plus de précision.

L’exemple d’Astaffort n’est pas unique. Toujours en 1307, en juillet cette fois, Bernard de Laroque, dernier commandeur du Temple en Provence, témoigne sa gratitude des  « bons services », là encore, rendus à son Ordre par Bertrand de Bordes, en lui concédant les revenus de la commanderie templière de Golfech, de Moret (peut-être l'Hôpital) près Condom (Gers), de Bonnefont, limitrophe du Nomdieu (Lot-et-Garonne), de Lomiès, banlieue de Nérac, les agriers et les terrages que la maison de Gimbrède, diocèse de Lectoure, avait dans le lieu et le district de Roulhac et dans  les paroisses de Lieux et de Martissans, diocèse d'Agen, pour en jouir sa vie durant, sous le cens annuel de 20 sous arnaudins payables au commandeur de la maison d'Agen, à la fête de saint Michel****. Au total, et encore n'avons-nous pas engagé de recherche approfondie, voilà un exceptionnel tableau de chasse pour la famille de Bordes.

Sans vouloir avancer sans preuve une conspiration beaucoup plus coupable, si cela est possible, et chercher un sens à la formule « pour services rendus », il faut rappeler que les dénonciations qui ont provoqué l’arrestation décrétée par Philippe le Bel émanait d’anciens Templiers écartés pour mauvais comportement par leurs Maisons dans la région d’Agen précisément, Argentens semble t-il. Ce sera vraiment le point à creuser pour de futures investigations.


La curée était lancée. Clément et son entourage avaient donné le signal. Philippe le Bel ne ferait que prendre exemple, peut-être pour ne pas être en reste, mais plus systématiquement et violemment. Clément, les dignitaires de la cour papale à tous les niveaux, leurs parents, leurs proches, leurs hommes de main, étaient déjà occupés à se disputer la bête, avant que Philippe ne l’achève.

La logique, Guillaume étant évêque, était alors que l'on imagine également la mainmise du clan de Bordes sur le domaine templier de Lectoure. Qu'en a t-il été ?

 

Le domaine templier de Lectoure

Nous savons que les Hospitaliers prirent possession de ce domaine le 16 mai 1313. Pourquoi a-il échappé à la rapacité des frères de Bordes ou d'autres clients de la cour papale ? Choisirent-ils de rester "raisonnables" ou discrets ?

Ceci peut s'expliquer par le statut particulier de la ville. La répartition du pouvoir entre l’évêque de Lectoure, Guillaume, et le roi d’Angleterre, Edouard 1er, paréage respecté pendant une dizaine d’années encore, a peut-être protégé l’intégrité du domaine du Temple de Lectoure. En 1309 le Sénéchal de Gascogne s'était plaint de la mainmise du roi de France sur les domaines Templiers de l'Agenais. Le cardinal d'Aux lui, était l'obligé du roi d'Angleterre en tant que membre de son conseil d'Aquitaine et pensionné par l'évêque de Winchester. Il ne fallait pas rajouter une cause, douteuse qui plus est, à la longue liste des litiges entre les deux puissances qui se faisaient face en Gascogne.

Et de fait, les voisins du royaume de France ne commirent pas le crime auquel Philippe le Bel voulait les associer. Nombre de Templiers purent s’échapper, depuis la Gascogne en particulier, vers l’Aquitaine anglaise, puis jusqu'à la maison du Temple de Londres, et le plus grand nombre vers la péninsule ibérique. En Aragon, l’Ordre de Montesa reprit les biens et les hommes du Temple et mena la lutte contre les musulmans jusqu’à la chute définitive d’Al Andalous et du royaume nasride de Grenade, en 1492. Au Portugal ce fut l’Ordre du Christ qui succéda au Temple et qui, placé directement sous l’autorité du roi Henri II dit "Le navigateur", arbora la croix rouge pattée sur la voilure des caravelles de Christophe Colomb naviguant plein ouest pour découvrir un nouveau monde.

A Lectoure, la Vallée de la Bataille, le Saint Jourdain et les vestiges du domaine de Naplouse tomberont dans l'oubli. Reste la Croix-Rouge.

                                                                        ALINEAS

 

A suivre. Les possessions de l'ordre de Saint Jean de Jérusalem, ordre de Malte, à Lectoure.

 

 

PS. Le silence des historiens de la Gascogne sur l’affaire des templiers est étonnant. Parmi les plus illustres, l’abbé de Montlezun n’en dit que quelques mots. Par contre il est très sévère à l’encontre de Clément V, certes pour son favoritisme clanique mais plus encore pour avoir déserté la Ville éternelle et provoqué ainsi le grand schisme d’Occident. Jules Carsalade du Pont, lui, le premier président de la Société archéologique du Gers et également ecclésiastique, a brièvement rapporté en 1894 le passage de Clément V en Gascogne (1308), sans même mentionner l’arrestation des Templiers à la même période. Méconnaissance de l’affaire ou bien mur du silence ?

 

*En 1280, la branche aînée de la maison de Lomagne, issue de la maison de Gascogne, s'éteint avec Vezian III, et la Lomagne passe à sa dernière sœur, Philippa de Lomagne, mariée à Hélie VII, comte de Périgord. En novembre 1301, après la mort de son épouse, Hélie VII cède les vicomtés de Lomagne et d'Auvillar à Philippe IV le Bel, roi de France. Ce dernier en investit son second fils, qui y renonce en 1305 et Philippe le Bel les confie la même année à Arnaud-Garsie de Got, frère du pape Clément V. Source Wikipédia.

**Pierre de Bordes sera fait, en outre, seigneur de Launac, près de L'Isle-Jourdain, par Philippe le Bel en 1311.

***Cette chapelle existe toujours. Elle est adjacente à l’église Sainte-Geneviève, devenue, à la place de Saint-Félix, l’église paroissiale dont il est dit dans la documentation de la commune qu’elle fut construite sur les ruines du château de la famille de Bordes.

****http://www.templiers.net/hospitaliers-saint-jean/etudes/index.php?page=Commanderie-de-Gimbrede

 

SOURCES:

Pour l'essentiel elles ont déjà été citées à l'appui des alinéas précédents.

- Concernant la collégiale de La Romieu :

https://www.la-romieu.fr/ensemble-collegial.aspx

- Concernant la famille des Bordes:

http://www.templiers.net/hospitaliers-saint-jean/etudes/index.php?page=Commanderie-de-Gimbrede

https://en.wikipedia.org/wiki/Bertrand_des_Bordes

- Concernant la réaction du roi d'Angleterre à la mainmise de Philippe le Bel sur le domaine templier:

http://www.templiers.net/departements/index.php?page=47

 

ILLUSTRATIONS:

- Cardinal Arnaud d'Aux. Vitrail de la collégiale de La Romieu. M. Salanié

- Jacques de Molay sur le bûcher, copie d'écran Voyageurs du temps.

- La collégiale de La Romieu, wikipedia.org.

- Mise à sac d'une ville par les Grandes Compagnies. Chroniques de Jehan Froissart (1337-1405) BN. Le rapprochement entre les Grandes Compagnies et l'armée gasconne des neveux de Clément V est justifié. A la différence qu'il ne s'agit pas pour la seconde d'un chômage technique mais d'une véritable mise à la retraite anticipée. 

- Cartes postales Manlèche et Astaffort : collection particulière.

- Santa Maria de Colombo, Madère.

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Histoire

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Publié le 25 Juin 2019

 

 

a Poterie du Don est située sur la commune du Fel, à l’extrême nord du département de l’Aveyron. Lieu d'exception. Les volcans d’Auvergne en arrière-plan comme un héritage tutélaire,   un piédestal de lauze.

 

 

Pour cimaises à son art, Le Don jouit d'une vue à 180° sur la haute vallée du Lot qui garde la mémoire de ses gabares, sur le chemin pèlerinant vers Conques, sur les vignobles occitans, un lointain de nuées océanes...

 

Suzy et Nigel Atkins ont créé cette belle affaire artisanale dans les années soixante-dix dans une bergerie, au fin fond d’un canyon improbable, "Les Gorges du Don". En 2007, le succès ne se démentant pas et la perspective d’une heureuse succession ont conduit le couple à déplacer son entreprise sur un axe routier plus accessible, entre Rodez et Aurillac, dans un bâtiment à l’architecture audacieuse qui permet de développer aujourd’hui trois activités complémentaires : la production de poterie utilitaire du Don, d’une qualité et d’une originalité à la fois entretenues et renouvelées, le partage de l’espace commercial avec les meilleurs potiers de France et d’Europe, et enfin, comme un miracle dans ce paysage du bout du monde, la galerie qui accueille chaque année plusieurs expositions d’artistes de renommée internationale, attirant les collectionneurs avertis, fidèles de ce haut lieu de la création céramique.

Kélian Atkins, aujourd’hui en charge de la Poterie du Don, poursuit la belle aventure familiale en compagnie de Léonor Salanié, nous y voilà, potière également et mère de leurs deux enfants, Nathanaël et Héloïse, qu’ils laisseront, le moment venu, modeler leurs propres destins. Mais on peut espérer...

Tous deux habitués et amoureux de Lectoure, Kélian et Léonor ont décidé d’ouvrir une vitrine Rue Nationale. Les amis de la Mouline de Belin y retrouveront la vaisselle qui embellit sa table d’hôte de ses couleurs profondes, de ses éclats de lumière et de liserés mordorés, production complétée d'une sélection de pièces de céramique et de bijoux d'artisans invités.

                                                                                                         Alinéas

                                                                                    

 

La Vitrine du Don à Lectoure, au N° 39 Rue Nationale.

Site internet :
https://ledondufel.com/fr/

 

Sculpture Athena JAHANTIGH

Photos Poterie du Don, Michel Salanié.

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Beaux arts

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Publié le 17 Juin 2019

 

Mon grand-père Auguste habitait un moulin. Un autre moulin. Entre Quercy et Périgord. Il cultivait un très joli jardin. Bien mieux tenu que le mien, mais j’ai des excuses.

Oui, le lecteur fidèle aura remarqué que je fais souvent appel à la caution de nos anciens. Paroles de sages en héritage. Façon de patrimoine virtuel.

Donc, Auguste offrait souvent à ses visiteuses une rose de son jardin en précisant que c’était là le privilège de l’âge de pouvoir honorer la beauté d’une femme sans provoquer la jalousie de son cavalier ou l'intervention de son tuteur.

Avec lui, et devenu grand-père à mon tour, je vénère dans mon panthéon, les galants célèbres qui ont également, en mots joliment choisis et agencés, chanté la femme en la comparant à la reine des fleurs. Ronsard, Hugo, Apollinaire… Toutefois, depuis les remparts de la citadelle d'Armagnac, j’ai préféré interroger l’horizon de notre éden gascon, outre-neige, derrière la montagne-fontaine, au pays cousin où l’on jette les pétales de rose, comme des banderilles, aux pieds de Dulcinea, Carmen ou Concepción. Le grand poète espagnol Federico García Lorca inverse la métaphore et compare la rose aux charmes féminins.

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rosier  rose  poésie jardin lectoure

« Je vous salue, ô roses, étoiles solennelles. Roses, roses joyaux vivants de l’infini, bouches, seins, vagues âmes parfumées, larmes, baisers ! Grains et pollen de lune, ô doux lotus sur les étangs de l’âme, je vous salue, étoiles solennelles ».

        Federico García Lorca

__________

 

Facile un alinéa de photos ? Ce serait sans compter le temps de jardinage. Et celui à passer à badauder devant le résultat. Voici donc les roses de notre Mouline. Avec une prédilection pour les rosiers anciens. Encore l’héritage. Et le côté sauvage. Le nom de chaque sujet n’est pas toujours certain. Particulièrement lorsque nous les avons chinées dans les jardins voisins. Certains sont poétiques, d'autres démodés. Mais il faut bien rendre hommage à la patience de ces rosiéristes, geppettos sculptant leurs créatures dans les bois de Rugosa et Canina, alchimistes de la ronce, de véritables artistes, inventeurs de beauté, de surcroît renouvelée saison après saison.

                                                              ALINEAS

 

PHOTOS:

- Roses de La Mouline de Belin © Michel Salanié

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Lady of Shalot
Lady of Shalot. Un bout de légende de La Table ronde.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Moschata
Moschata. Musquée et très généreuse pour les abeilles du rucher d'Arrajacamp.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Lli Marleen
Peut être Lili Marleen. Une voix dans la nuit du port de Hambourg.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Rugosa
Rugosa.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Centifolia - Tour de Malakoff
Une centifolia, mais laquelle ? Tour de Malakoff ? Au parfum envoutant.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Ghislaine de Féligonde
Ghislaine de Féligonde.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Iceberg
Iceberg.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Félicité et Perpétue
Félicité et Perpétue, du nom de deux enfants martyrs de l'Afrique du nord romaine, aux premiers siècles chrétiens. Grimpées sur la pergola par centaines, ces roses pompons saluent le clocher cathédral Saint Gervais et Saint Protais, également enfants martyrs, en Italie ceux-là.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin -Ambridge
Ambridge.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Opélia
Opélia s'apprêtant à traverser le ruisseau.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Queen Elisabeth
Concours de rose : Queen Elisabeth versus valériane.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Albéric Barbier
Albéric Barbier. Montait sur le toit d'une maison garde-barrière en Vendée. La voie ferrée, la barrière et le rosier-mère ont disparu. Se plait bien en Gascogne.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Madame Alfred Carrière
Madame Alfred Carrière. Prélevée à la gare, dans une maison "de famille".

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Jacques Cartier
Jacques Cartier. "...si t'avais navigué à l'envers de l'hiver..."

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Rimosa
Sans doute l'un des vieux murs les plus photographiés entre Le Puy-en-Velay et Saint-Jacques de Compostelle. Rimosa.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Pierre de Ronsard
" Quand je vois dans un jardin / Au matin / S'esclore une fleur nouvelle / J'accompare le bouton / Au téton / De son beau sein qui pommelle. " Pierre de Ronsard.

 

Rose - Rosier - Roseraie - Gascogne - Mouline de Belin - Mermaid
Ma préférée: Mermaid. Chinée à La Fontaine aux Bretons, à Pornic, pendant un séminaire de Direction...

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Botanique

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Publié le 30 Mai 2019

De DÉTROİT à BANGKOK

...en passant par la Rue Nationale.

 

Autrefois le carnet intime restait discrètement glissé dans le tiroir de l’écritoire, avant de passer, avec le temps, dans une malle au grenier, au mieux remontant à la lumière quelques années plus tard, à l’occasion d’un grand ménage, d’un héritage ou de travaux de rénovation de la toiture. Carnet de dessin des jeunes aristocrates du Grand Tour au 18ème, journal de jeune fille timide ou calepin de vieux soldat fatigué de ses batailles, parfois glorieuses, souvent inutiles, livre de main du commerçant, souvenirs, pensées, poèmes et autres tentatives littéraires. Des quantités de carnets ont ainsi été tenus avec minutie et passion. Nombreux sont ceux restés inachevés. Beaucoup ont finalement disparu. Quelques-uns ont fait le bonheur d’un descendant ou d’un chineur. Les plus précieux sont édités ou muséifiés : les aquarelles de Delacroix au Maroc, le journal d’Anne Franck, Ceux de 14 de Maurice Genevois…

 

Aujourd’hui, le carnet se tient sur internet. Évidemment vous me direz : « Bonjour l’intimité ! ».  Mais chacun fait comme il veut. Rien n’interdit de rester déconnecté. Et, fin du fin, pour le plaisir de l’écriture « à la main », on pourra préférer, même à l’ère cybernétique, le chic d’un Moleskine logé dans la poche du veston, compagnon discret des moments de réflexion sur soi-même.

J’ai cependant choisi de vous présenter, sur ce Carnet d’alinéas précisément, trois de ces journaux d’aujourd’hui, visibles sur la toile, à l’autre bout de la planète, instantanément, par la magie de ce nouveau sésame qu’est le moteur de recherche. C’est au hasard de la rédaction de mes chroniques tous azimuts dans les domaines aussi variés que l’histoire, la botanique ou les beaux-arts, que j’ai découvert ces trois blogs (je concède exceptionnellement l’emploi du terme puisque mes consœurs françaises, deux blogueuses sur trois, ne répugnent pas à l’emploi de cet horrible substantif anglais) aux noms très personnels : Gersicotti-Gersicotta, Donohuecompostelle et EloditHello.

 

Gersicotti-Gersicotta - un nom bien zébuloné - existe depuis plus de dix ans. En soi, c’est déjà remarquable dans un monde où la persévérance n’est pas la principale qualité. Sylvie Legrand, gersoise d’adoption, publie ses photos, au gré de ses balades, accompagnées de quelques récits, informations et commentaires. Lectoure y a sa place. Il faut fouiller ;

Vue depuis Terraube, Lectoure coiffée des platanes de la RN 21 aux Gallis. La colorisation un brin "impressioniste" ne nuit pas à l'exceptionnelle profondeur de champ de l'image.

 

il y a des clichés très intéressants et, visiblement, Sylvie a fait des progrès depuis ses débuts. Je trouve qu’elle pourrait être plus sélective et travailler le texte. Près de 1500 amis sur facebook tout de même ! Ah oui, il faut le préciser, un blog qui n’a pas sa page sur facebook (c’est encore mon cas, je fais mon discret) n’atteindra pas le public le plus large. Et c’est une des caractéristiques du carnet sur internet : vouloir être vu précisément ; liké (aimé), partagé (communiqué à d’autres), buzzé (faisant parler)… Fini, le secret de l’écritoire. Autres temps, autres mœurs.

Je veux féliciter cette grande blogueuse, pour sa capacité d’autodérision. Sylvie reproduit par exemple intégralement, bien aimablement je trouve, une critique, par une certaine revue J’aime pas et j'critique tout, de ses sujets sur les champs de tournesols, il est vrai relativement récurrents : « Encore des articles sur les tournesols ? Il est temps que madame Gersicotta se renouvelle… Que nenni, elle s’obstine malgré tout prétextant égoïstement qu'ici elle fait ce qu'elle veut comme elle veut et que si elle a envie de poster 200 articles sur les tournesols alors elle le fera au nom de sa liberté d'expression artistique ». Même pas vexée Sylvie. Allez, tiens, à titre de soutien, voilà ma contribution à la folie des tournesols, profil lectourois en prime, que mon cyber-carnet avait pourtant jusqu’ici évitée. « Tiens bon, Sylvie ».

 

Donohuecompostelle lui, comme son nom l'indique, est un blog pèlerin. Ellen et son amie Molly, américaines de Détroit, état du Michigan, ont marché du Puy-en-Velay à Saint-Jean-Pied-de-Port de 2013 à 2018. Je ne suis pas sûr qu’elles aient été particulièrement motivées spirituellement mais… il faut de tout pour faire un grand chemin. Saint Jacques leur pardonne.

Ellen et Molly sont donc passées à Lectoure en octobre 2014.

 

Nous ne commenterons pas les compliments adressés à la Mouline de Belin. Merci, c’est gentil. Plus drôle est le récit de leur circuit dans notre bonne ville. Arrivées assez tôt à la maison d’hôtes, avec 33 kilomètres dans les sabots tout de même, nos deux copines sont allées faire un petit tour Rue Nationale. Enchaînant deux bistrots, dont le célèbre café des Sports (strange eighties European discoteque decor). Et donc deux bières chacune...

Menu pèlerin à Estaing.

Revenues à la maison, comme elles ne nous ont pas avertis : menu pèlerin comme d’habitude, et donc apéro et vin compris… Nous les trouvions un peu bizarres. La conversation était un peu débridée. Nous avons pensé, naïfs que nous sommes, que la faute en revenait à notre mauvaise expression en anglais. En fait, l’explication nous est apparue, quelques semaines plus tard. Confession sur internet. « So four drinks total, but I guess these days that’s a lot for me. I remember laughing really hard about something, but I can’t think of what it was right now. It’s making me cringe a little to remember it, though, because we were the only  two people there and the owners were hovering nearby, serving us dinner and making convo, and there I was obviously on a hard buzz. I kept running up to the bathroom in my room and Molly complemented my good kidney function ».

 

- Allez les filles, merci, nice to welcome you in Lectoure et hips....ultreia !

 

Enfin, le troisième de ces blogs, EloditHello, a ma préférence. Et pourtant il n’y est pas question de Lectoure ! Oui, mais il est rédigé par une lectouroise, Elodie Chapelle, ingénieure packaging, expatriée depuis 2014 en Thaïlande. J’ai découvert ce blog par hasard via Google car, il y a quelques mois encore, il portait le nom de Lectoure-Bangkok. Essayez, vous verrez, la recherche aboutit toujours. Alors pourquoi changer de nom ? Eh bien, se justifie notre blogueuse, parce que le thaïlandais moyen ne situait pas très bien…

- Franchement, Elodie, c’est pas sympa. Si vous autres dans les postes avancés, vous mettez votre drapeau gascon dans la poche, comment on fait nous, dans la citadelle ? Oui, je sais, tu as quand même parlé du melon. C'est bien le minimum.

Elodie, entre ses deux dauphines. La fille aux cheveux courts. Un style quelque peu commenté en pays thaï, nous dit-elle...

 

Allez, on ne t’en veut pas. Il est vraiment très chouette ce blog.

Je vous invite à aller y faire un tour. Vous verrez, Elodie fait des balades fantastiques, dans des pays merveilleux, Chine, Inde, Népal, Iran… Les photos sont bluffantes. Sportive, joyeuse, curieuse. C’est une jeunesse qui fait vraiment plaisir à voir.

- Adishatz Elodie. Reviens-nous, quand même !

______________________________

 

- Alors, qu'en pensez-vous ? Sympa le blog, hein ? Et il aurait fallu le laisser à l’ombre ? Dans le secret de l’écritoire ?

                                                                                ALINEAS

 

http://www.gersicottigersicotta.fr/

https://donohuecompostelle.wordpress.com/tag/lectoure/

https://elodithello.com/

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #La vie des gens d'ici

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Publié le 14 Mai 2019

prêle dévonien balade botanique jardin biologique phytothérapie

 

 

Notre Mamie-des-jardins nous avait dit : « Méfiez-vous : c’est une garce ! Elle se faufile partout. » Effectivement, il a fallu déplacer rapidement le potager, heureusement embryonnaire, vers une zone indemne. On ne voyait plus les salades, ni les fèves.

La Prêle des champs est absolument indestructible. Elle a malheureusement été combattue par des doses de désherbants importantes, en pure perte. Car ses rhizomes plongent à un mètre de profondeur, dans d’anciennes poches humides où s’est amassé le sable, transporté là pendant des siècles par l’érosion. De l’eau et de la silice, voilà son substrat. Alors, la Mouline de Belin est son royaume.

 

prêle dévonien balade botanique jardin biologique phytothérapie

 

Les innombrables sites internet consacrés au jardinage, à la nature en général et évidemment aux plantes médicinales décrivent abondamment la Prêle des champs, et ses cousines des marais et des prés, ou encore la Prêle d’hiver, sans rameaux, en vogue dans les jardins japonais. On ne va pas vous le refaire.

Si ? Allez, rapide alors. Avant de partir en balade.

Appelée Asprela en vieux français, pour sa grande âpreté, puis communément, Queue de cheval, de rat ou de renard, Coda de vop, Vopelh en gascon, voire Écouvillon, la prêle est originale tant par sa nature que par ses usages.

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A gauche, la pousse fertile. A droite, de jeunes pousses stériles.

Elle pousse en deux temps : la tige fertile d’abord qui ressemble à un champignon et qui disparaît rapidement après avoir lâché ses milliers de spores. Puis la tige stérile qui attire, rassemblée en massif, l’attention du promeneur.

Oui, c’est un drôle de végétal, rêche comme de la paille de fer. Pas étonnant, elle contient 10% de minéraux, potassium et silicium. 70% dans ses cendres ! C’est-à-dire du sable d’une certaine façon. Au point d’avoir servi autrefois de matière à polir. Le fin du fin d’avant le papier de verre, "dont les ouvriers imagers, peigners, et autres faisans choses délicates, se servent pour polir

leur ouvrage l’en frottant" écrivait Olivier de Serres en 1600. Et certains artisans perpétuant le savoir-faire ancestral, ébénistes et luthiers, y auraient encore recours pour bouchonner leur belle facture.

Encore la silice : à côté de l’ortie et du bambou, dans les médecines naturelles, la prêle est réputée pour son action protectrice et réparatrice sur les os, les muscles, les tendons et le cartilage. Nous, nous la récoltons à la pleine lune avec une serpette en argent, mais pour faire simple, vous la trouverez en gélule, sachet, gouttes chez votre pharmacien ou votre magasin bio, et même en vrac au marché. La tige fertile cueillie jeune est comestible mais, repus ou prudents, nous n’avons pas essayé.

 

prêle dévonien balade botanique jardin biologique phytothérapie

 

Toujours la silice : au jardin, le purin de prêle est réputé pour lutter contre les maladies cryptogamiques, éloigner les pucerons et les acariens et de façon générale, pour renforcer les plantes. Vous affinerez les utilisations en préférant l’extrait fermenté, la décoction, l’infusion, la macération. Oui je reconnais, là, ça devient technique.

Après le sureau (voir ici) nous avons donc encore affaire à une panacée.

 

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Il ne lui manque que le parfum. Mais la prêle compense ce déficit de distinction par son esthétique originale. Ce port élancé, géométrique et mystérieux, sans pareil dans les herbages et les prairies. Un design quasiment industriel. Métallique si ce n’était ce vert tendre. La tige à étage, comme un Lego, et des brindilles fil de fer. Mais cette rigidité cache une structure cassante et fragile. Les ikebanistes savent que le sujet doit être soigné pour espérer le maintenir dressé jusqu’à la mise en scène. Il faut emporter avec soi le récipient d’eau où tremper la tige prélevée sans délai. Et encore ! Sans doute en fonction d’un métabolisme hydrique très sensible, nous avons vu certains bouquets courber misérablement l’échine, instantanément après la séparation d’avec la terre nourricière.

 

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"Les marcheuses". Oeuvre de Jeanine Biasolo. Impression végétale sur tissu, réalisée par la technique du tataki zome (marteler teindre).

 

- Bon, ça va Alinéas ! On la fait cette balade ?

 

- Oui, oui. Tenez-vous bien. On remonte le temps. Et pas qu’un peu.

 

La prêle était déjà présente sur terre au Dévonien, c’est-à-dire entre 400 et 360 millions d’années.

Pas un pèlerin en vue donc. Côté faune, des mygales géantes et des escargots gros comme des oies. Et les premiers vertébrés amniotes, dont l’embryon est protégé par un œuf à coquille: les dinosaures ne sont donc pas encore apparus. Dépêchons-nous.

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Fossile d'équisétacée, à Malpasset (83)

Notre prêle antédiluvienne mesure de 10 à 20 mètres, mais certains sujets ont pu culminer à 40 mètres ! Rassemblée en groupes denses, elle côtoie les fougères arborescentes et les ancêtres de nos conifères dont les résidus ligneux formeront le charbon à l’époque du Carbonifère qui suivra. Je résume un peu…

Nous sommes au cœur d’une forêt fantastique. Le groupe des Calamites, aujourd’hui disparu, est le plus étonnant. Les troncs sont cannelés, brillants et articulés. Les feuilles ont une forme d’assiette, protégeant les feuilles sporangifères en dessous et installant une pénombre profonde, alors que la prêle, elle, offre une frondaison lumineuse. L’envol des spores crée, par nuées effilochées, une atmosphère colorée et épaisse. Au centre de la terre, Jules Verne était sur le bon chemin.

Par une suite d'évolutions adaptatives et par sa capacité à se reproduire et à plonger en profondeur dans le sol, la famille des Equisétacées résistera à toutes les phases de glaciation et de hausse des températures qui suivront, provoquant des extinctions de masse, tant chez les végétaux que chez les animaux, la dernière étant, dit-on, peut-être en cours.

Notre frêle prêle des champs n’est donc pas une garce, ni un intrus, ni un danger. Elle est un survivant, hautement respectable pour cette raison, un patrimoine botanique précieux dont l’esthétique et les nombreuses utilisations nous ravissent, année après année. Elle est abondante, vous pouvez la cueillir en chemin. Mais pensez bien à faire à ce vénérable végétal, au passage, votre respectueuse révérence.

                                                                                         ALINEAS

 

prêle dévonien balade botanique jardin biologique phytothérapie jules verne

SOURCES

- Sur la Prêle des champs :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%AAle_des_champs

- Sur l'ère du Dévonien : https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9vonien

- Sur les vertus de la prêle : https://www.plantes-et-sante.fr/articles/plantes-medicinales/1884-la-prele-pour-un-bien-etre-articulaire-et-vasculaire

- Le purin de prêle : https://www.aujardin.info/fiches/purin-prele.php

 

ILLUSTRATIONS

- Montage-titre et photos : Michel Salanié

- Apprenti luthier: nos remerciements à la Lutherie Boyer, Paris.

- Fossile de Malpasset: nos remerciements à CADE 83, photo Bérangère Rivière.

- Jules Verne, Voyage au centre de la terre.

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Botanique

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Publié le 30 Avril 2019

Portant son trait d'esprit au-delà de nos remparts comme d'autres livrent sur les marchés de France la rondeur parfumée de notre fruit fétiche ou le bleu de notre ciel, il ne met jamais sa ville natale dans sa poche, pas plus que son béret par dessus. Il est le Lactorate* illustrateur : Pertuzé de Lectoure.

Bon, je vais faire attention à ne pas tomber dans la flagornerie. Ayant quelques indices sur la composition du personnage, je crois qu'il n'apprécierait pas. Mais tout de même. Depuis 40 ans il est connu des fanas de BD, de beaux livres, des amateurs de coquineries et galipettes, des collectionneurs d'affiches, des lecteurs de la presse, (presque...) toutes opinions confondues, de directeurs de la communication et de publicitaires à la recherche de médias suscitant à la fois attention et sympathie, de formateurs fignolant leur boite à outils pédagogique... "Illustrateur en tous sens", c'est sa devise.

- Illustrateur, c'est un métier ça ?

Ce cher Wikipédia, que nous avons avec Pertuzé en parent commun, nous explique : "Une illustration est une représentation visuelle de nature graphique ou picturale  dont la fonction essentielle sert à amplifier, compléter, décrire ou prolonger un texte".

- Eh bé !!! On connaît des textes qui auraient mieux fait d'être des dessins tout de suite.

Enluminures, lettrines, gravures puis, de nos jours, profusion de photographie et de quadrichromie, de tout temps l'écriture a recherché le soutien de l'illustration. Qui parfois se révèle être plus puissante et emporte l'adhésion mieux que la phraséologie. Jusqu'à ce que certaines BD en perdent la bulle. Alors l'image se veut suffire et laisse toute latitude à l'imagination, y compris celle de se tromper sur l'intention de l'illustrateur.

Mais Pertuzé, lui, ne nous laisse pas trop gamberger sur le sens de ses dessins. Non seulement il sert efficacement le texte, mais de surcroît, lui-même écrit avec verve. Il faut lire sur son site, ses portraits de Lactorates(re*). Un régal de trouvailles, d'érudition et d'humour. Ce n'est pas une sanction, mais l'auteur-dessinateur y laisse suspendus à leurs cimaises les Illustres trop officiels de l'Hôtel de Ville, pour nous raconter la petite et la grande Histoire de ceux qui ont vraiment vécu à Lectoure.

jean françois Bladé ; pertuzé, contes de gascogne, gargantua

Auparavant, et c'est une de ses grandes œuvres, Pertuzé a illustré les Contes de Gascogne collectés par un autre lectourois célèbre, Jean-François Bladé, au 19ème siècle, in extremis avant qu'ils ne se perdent définitivement dans la nuit des temps rustiques.

Que seraient-ils devenus pour le grand public, sans la vista de notre illustrateur, ces récits de veillées et de "despouilladés", décorticages de maïs rassemblant tout le voisinage ? Seuls quelques gasconisants, les spécialistes de la culture populaire et les étudiants en sociologie et linguistique y trouveraient matière à recherche savante. Pertuzé a réalisé là, comme Bladé avant lui, non seulement un sauvetage de patrimoine culturel en danger, mais une belle œuvre graphique d'aventure fantastique. Si, comme le dit James Salter, "seul ce qui est écrit a réellement existé", seul ce qui est dessiné est vraiment toujours vivant.

Respectant le principe fondateur de ce cyber-carnet, nous avons sélectionné exclusivement des illustrations où Lectoure apparaît dans le décor, voire même dispute la vedette au scénario.

jean-claude pertuzé; béret

Pour le reste, il faudra arpenter les rayonnages des libraires et surtout ceux des bouquinistes, des Pyrénées à Garonne, sur les marchés aux livres toulousains de saint Pierre, saint Aubin, ou ceux de saint internet, car il se fait rare l'artiste. Sous son béret, il observe la planète s'exciter à tort et même à travers. Qu'en dessinera t-il ? Tous ses aficionados scrutent l'horizon pertuzéen. On vous préviendra.

Alinéas                                                

* " Les Lactorates étaient le peuple aquitain (proto-basque) dont la capitale était Lactora, l'actuelle ville de Lectoure". Encore Wiki.

PS. La flèche de la cathédrale qui pointe derrière Gargantua est parfaitement conforme à l'Histoire. Pertuzé a corrigé mon photomontage mal renseigné, sur cet alinéa-là:  On a retrouvé la flèche de la cathédrale !

 

 

 

pertuzé lectoure gide orage gascogne

Plein Ouest, vu depuis la route de Condom. Château, clocher du Saint Esprit, Cathédrale. Jolie perspective aux pieds de la ville, encadrée de peupliers. Pour l'ambiance: orage gascon en formation.

 

 

pertuzé, dastros, saint Clar, lucifer, cathedrale lectoure, lectourois

Lectourois qui vous montez le cou, trop fiers de votre ville : « Votre ville, dites-vous, est antique et jolie, cela ne nous surprend pas, Lucifer l’a bâtie » dit Dastros, curé de Saint-Clar.

 

 

 

pertuzé, lectoure, andré gide, fontaine diane

1907. André Gide et ses deux amis, sous le charme de Diane. Comme quoi...

 

 

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Aux pieds des remparts, l'évasion rocambolesque d'Henri de Montmorency, gouverneur du Languedoc en disgrâce. Au 17ème siècle, le château, s'il n'est plus comtal, est une place encore suffisamment forte pour faire office de geôle royale. Mais c'était compter sans la volonté d'une mystérieuse et dévouée marquise dont Pertuzé traque l'identité sur son site Lactorate.

 

 

 

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Pertuzé, Maître graveur es-coquineries. Mais, me direz-vous: "Nous ne voyons pas Lectoure ici !". Si, si, la grange est bien de chez nous. Et nous connaissons toujours d'aussi belles girondes.

Illustration de La chouette, une nouvelle d'Alcée Durrieux, avocat, érudit, auteur en langue gasconne et autre figure locale, tout ce qu'il y a de plus respectable si vous en doutiez.

 

 

pertuzé, bladé, contes de gascogne, sabbat, lectoure

Beau panorama. Vu du Nord-Est. Vous pouvez vérifier, Pertuzé respecte la réalité historique. Sur votre carte IGN, tracez une ligne droite entre le clocher cathédral et la ferme du Bustet où se tient habituellement le sabbat. Ces deux innocentes, touchées par un malin sort, ont bien survolé la vallée du Saint Jourdain à cet endroit précis, entre les rochers de Cardés et la Mouline de Belin.

 

 

pertuzé, bladé, contes de gascogne, sorcière, curé, soutane, sabbat

Bladé l'avait rêvé, Pertuzé l'a dessiné.  Nous on l'a vu passer, l'abbé. Mais en Deuche. Et pas plus de 80 km/h !

 

pertuzé, bladé, contes de gascogne, lectoure, clarisses, carmel

Une très belle composition. Avec la rue Montebello perpendiculairement, je dirais: rue Soulès. Plus près du Carmel que des Clarisses. Mais on ne va pas ergoter, à un ponceau près.

 

 

pertuzé, bladé, lectoure, tour du bourreau

Et pour finir, la tour du Bourreau. Pertuzé a retrouvé le sinistre lactorate. Qui, à sa décharge, n'est qu'un exécuteur de sentence. Un second couteau, si j'ose dire...

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ILLUSTRATIONS : © Jean-Claude PERTUZE

Je remercie Jean-Claude Pertuzé pour son aimable autorisation.

Quatre illustrations reproduites sur cet alinéa sont extraites des "Contes de Gascogne", Pertuzé/Bladé aux Éditions Les Humanoïdes Associés.

Les autres se trouvent sur les sites pertuzéens dont nous vous recommandons la visite en tous sens:

http://www.pertuze.com/

http://www.pertuze.com/Lactorate.html

http://pertuze.tumblr.com/

Et pour le béret, il faut absolument parcourir cette incroyable mine de documents, d'humour, d'anecdotes à propos de notre couvre-chef gascon. In english please, as the author is from New-Zealand. Si nous faisions autant de bonne pub à ce joli et sympathique pays que ce blog en fait à la Gascogne, les all-black n'oseraient plus nous mettre la pâtée. En outre le béret du Lactorate illustrateur y figure. Alors...

http://beretandboina.blogspot.com/

 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Beaux arts

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Publié le 16 Avril 2019

DES TOURS DE NOTRE DAME AUX REMPARTS DU CHÂTEAU DES COMTES D'ARMAGNAC

 

C'est avec une profonde tristesse que nous publions à nouveau cet alinéa paru en 2017.

 

 

C’est une des plus belles pages de la littérature française.

 

Il se fit un silence de terreur parmi les truands, pendant lequel on n’entendit que les cris d’alarme des chanoines enfermés dans leur cloître et plus inquiets que des chevaux dans une écurie qui brûle, le bruit furtif des fenêtres vite ouvertes et plus vite fermées, le remue-ménage intérieur des maisons et de l’Hôtel-Dieu, le vent dans la flamme, le dernier râle des mourants, et le pétillement continu de la pluie de plomb sur le pavé.

Cependant les principaux truands s'étaient retirés sous le porche du logis Gondelaurier, et tenaient conseil. Le duc d'Égypte, assis sur une borne, contemplait avec une crainte religieuse le bûcher fantasmagorique resplendissant à deux cents pieds en l'air. Clopin Trouillefou se mordait ses gros poings avec rage.

- Impossible d'entrer! murmurait-il dans ses dents.

- Une vieille église fée! grommelait le vieux bohémien Mathias Hungadi Spicali.

- Par les moustaches du pape! reprenait un narquois grisonnant qui avait servi, voilà des gouttières d'églises qui vous crachent du plomb fondu mieux que les mâchicoulis de Lectoure.

 

- Voyez-vous ce démon qui passe et repasse devant le feu? s'écriait le duc d'Égypte.

- Pardieu, dit Clopin, c'est le damné sonneur, c'est Quasimodo.

 

 

Le Notre Dame de Paris de Victor Hugo a été adapté maintes fois et souvent magnifiquement, au cinéma, au théâtre, en comédie musicale, en bande dessinée. Une aventure baroque, passionnante, profonde et populaire à la fois. L’un des romans de langue française les plus connus. Ne vient-on pas du monde entier visiter la cathédrale de Paris en pensant autant sinon plus à l’enlèvement d’Esméralda par le bossu qu’au mariage du futur Henri IV ou qu’au sacre de Napoléon, des évènements quant à eux et parmi tant d’autres qui s’y sont réellement déroulés. Victor Hugo a donné au lieu où se déroule l’action de son invention une sorte de personnalité, une vie, un caractère au sens littéraire du terme, qui dépasse le monument gothique en tant que tel et qui en est aujourd’hui devenu le qualificatif indissociable dans notre esprit.

Et Lectoure est donc évoquée dans ce passage du roman qui raconte l’assaut de la cathédrale par les truands venus libérer la bohémienne.

Lectoure citée par la voix d’un «grisonnant qui avait servi», autrement dit un vieux soldat. L’homme se serait-il battu à Lectoure ? Le titre exact du Roman est «Notre-Dame de Paris. 1482». Soit neuf ans après la prise de la capitale des Comtes d’Armagnac par les armées de Louis XI. Le roi dont les Lectourois parlent encore aujourd’hui avec acrimonie, peut-être injustement nous y reviendrons, tient une place dans le roman. Hugo se documentait de façon très approfondie avant d’écrire et devait connaître, peu ou prou, cet évènement tragique de l’histoire de notre ville.

Mais Victor Hugo est-il passé à Lectoure ? Oui, certainement. Cependant, pas avant d’écrire Notre-Dame de Paris, qui est paru en 1831, mais douze ans plus tard, en 1843. D’où l’ordre des éléments du titre de cet alinéa respectant la chronologie de la vie de l'écrivain.

En effet, dès 1825 Hugo voyage en France et en Europe. Faisant partie de ces précurseurs des voyages d’agrément, intellectuels aisés et relativement aventureux, il découvre la France qui sera celle des Misérables, des Travailleurs de la mer ou de la Légende des siècles. Il est accompagné de sa femme puis de Juliette Drouet, sa maîtresse qui annotent, classent et complètent l’incroyable somme documentaire que le grand homme constitue. Curieux de tout, il enregistre nombre d’anecdotes et de traits de caractères que l’on retrouve dans sa prose comme dans sa poésie. Il y a autant d’humour que d’analyse psychologique et de tendresse dans ses portraits, de véritables instantanés avant l’avènement de la photo de tourisme : cochers, cafetiers, servantes, paysans, bourgeois et officiers croisés sur la route et à l’étape.

Hugo est également un fantastique dessinateur, explorant avec facilité les techniques les plus originales. Théophile Gautier a dit de lui « S’il n’était pas poète, Victor Hugo serait un peintre de premier ordre ». Au 20ème siècle, les surréalistes le considéreront comme un précurseur. Il dessine en particulier les paysages tourmentés, les ruines, les châteaux, les formes de l’architecture gothique qui peuplent son imaginaire romantique.

Nous savons avec certitude qu'il est parti d'Auch ce 4 septembre 1843,  après la visite de la cathédrale, les stalles de son chœur et ses vitraux observés et mémorisés avec grande érudition. Et l'on se plait à deviner, dans l’après-midi, la diligence arriver à Lectoure, passer le pont de Saint Gény et gravir lourdement la vieille côte, pour enfin s'arrêter sur le bastion où il faudrait procéder au changement des chevaux. L'étape est encore longue, aura-t-on patienté en prenant une collation dans un estaminet ? Hugo y aura alors observé avec gourmandise la belle servante, amusé par les effets de voix de quelque pilier de comptoir à l’accent rocailleux. «Encore endormi en arrivant à Agen, j’ai cru voir la mer. C’était la Garonne qui me faisait cette gasconnade».

Puis, sous un ciel menaçant magnifiquement, alors que la diligence descendait de la haute ville vers le pont de piles  pour reprendre la voie romaine, Hugo aura jeté un coup d’œil au vieux château de la Maison d’Armagnac, ruiné depuis 1473.

Peut être a-t-il croqué la citadelle d’un trait de fusain, regrettant cependant qu’elle ait perdu de sa superbe. La superbe des souvenirs du vieux soldat de Louis XI mêlé à la populace en colère, aux pieds des tours de Notre-Dame.

                                                                                  ALINEAS

 

 

CREDIT:

- Paris Notre-Dame vue du quai de la tournelle 1852 Jongkind/Taveneaux

- Le château de Vianden dessiné par V. Hugo 1871

- En vignette: Notre Dame par Alfred-Alexandre Delauney

SOURCES:

https://fr.wikisource.org/wiki/En_voyage,_tome_II_(Hugo,_%C3%A9d._1910)/Alpes_et_Pyr%C3%A9n%C3%A9es/C/21

http://www.lacritiqueparisienne.fr/68/hugo.pdf

http://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Littérature

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Publié le 1 Avril 2019

 

Voici dix petites choses sans importance. Mais faut-il que tout ait de l’importance ? Petits bonheurs visuels, impromptus, des riens-du-tout qui ne veulent pas passer inaperçus pour autant.

Ça me rappelle le frichti de ma grand-mère. Impossible de savoir ce qu’il y avait dedans, des restes, du réchauffé, pour ne rien perdre, mais bon sang que c’était bon !

Et puis il y a ces discussions entre amis, sans queue ni tête, à la terrasse d’un café, au premier rayon de soleil. Le visage d'un passant, furtif, et qui pourtant resurgit à intervalle dans le souvenir, aussi clairement que s'il s'était agi d'un parent.

Parfois même, voilà qu’un de ces riens prend toute la place. Parce que la vie n’est pas faite uniquement de gens importants, ou de grandes décisions. Ce serait bien trop triste.

N'ayez pas d'inquiétude, ce n'est pas un inventaire !  Je sais que vous n'avez pas beaucoup de temps. Et puis, pour faire un inventaire, il faut être poète.

Non, en faisant mon rangement de printemps, j’ai simplement retrouvé ces instants, futiles comme je les aime. Je vous les offre. Sans manière. Pour le plaisir de bavarder.

                                                                                    Alinéas

 

confiture - maison d'hôte - cuisine - lectoure - mouline de belin - gîte

Sorcellerie ? Non, dernière confiture de la saison : pastèque gingérine. Récoltée avant les gelées chez la voisine, mûrie à l'ombre en hiver. Cuisson à surveiller. Ça caramélise sans prévenir. Mais quand c'est bon, c'est très bon.

 

pèlerin - Saint Jacques de compostelle - randonneur - GR65 - chemin de grande randonnée - lectoure

Pèlerine du genre parachutiste/Adidas en train de régler son walkman sur le chemin de saint Jacques. Autour, c'est le printemps.

 

avion - départ - vacances - voyage

En ouvrant les volets ce matin, invitation au voyage. S'envoler oui, mais vers où ?

 

chat - roux - roux et vert

C'est vrai que le vert sied aux roux.

 

village de broc - lectoure - Michel Ange - brocante - antiquités

- Oh, mon dieu ! Cachez ce sexe michelangelesque..

Le village des brocanteurs de Lectoure n'est franchement pas fréquentable.

 

écureuil - animaux sauvages - photo animalière

Celui-ci m'a fait gâcher de la pellicule (encore une expression à ranger au musée des vieilleries) en virevoltant de bas en haut du grand chêne. Et puis là, il a consenti à prendre la pose. Oui, vu le tapis de mousse, c'était tentant.

 

bouquet - ikebana - plantes sauvages et comestibles

Panier de "sauvages comestibles". Le bouquet ne se mange pas.

 

voiture de luxe - lectoure - Bentley

J'ai rêvé que je changeais de voiture. Bentley Mulsanne.

 

cygne - bord de gers - photo animalière - lectoure

- Bloup bloup bloup ?

- Bloup.

 

promeneurs - promenade - randonnée - lectoure

- Le bonheur  ?

- C'est simple, c'est tout droit.

 

Photos : © Michel Salanié

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Alinéas

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