Publié le 17 Avril 2026

Pierre Gardeil, philosophe, théologien, directeur du lycée Saint-Jean pendant près de 20 ans (67-86), mélomane, à l'origine des Feux de Saint-Jean et des Nuits musicales en Armagnac, égrène les souvenirs de sa jeunesse, la transformation du monde, ses questionnements et sa foi... De Lectoure à Astaffort, une saga familiale en Lomagne. Et la guerre.

 

bombardements alliés sud ouest de la france - guerre Brulhois Astaffort - guerre gascogne

 

Quel fut le jour de la vraie guerre ?

J'en ai plusieurs,

- Celui où un long bruit d'abeilles nous porta tous aux fenêtres de la classe, avec la bénédiction de l'instituteur ; on pouvait compter, points noirs si haut placés qu'ils avançaient à peine, deux cents forteresses volantes. Ces forteresses faisaient démarrer tout le ciel. Nous sentions que plus rien ne serait comme avant...

 

e souvenir d'écolier date du printemps 1944, où, à plusieurs reprises et jusqu'au débarquement en Normandie et en Provence, les installations militaires et aéroportuaires du sud de la France occupées par la Wehrmacht furent la cible de raids menés par les flottes de bombardiers alliées, décollant du sud de l'Angleterre et traversant le ciel de Gascogne*, ici celui du pays brulhois. Une période qui marque la charnière entre le temps d'avant, inscrit dans une antiquité pastorale, et le temps d'après, nos 20ième et 21ième siècles, mondialisés, mécanisés, accélérés et indifférents aux traditions, aux racines et aux émotions du petit Pierre.

campagne lot-et-garonnaise - pays du Brulhois
Astaffort autrefois, du côté de Martelle.

 

Pierre Gardeil est l'auteur d'un certain nombre d'ouvrages dans ses domaines d'autorité, la philosophie et la théologie, mais également, et ceci intéresse plus particulièrement notre blog, de témoignages sur son époque rapportés dans trois recueils autobiographiques**. Une trilogie qui ne fait pas un roman - il en aurait eu la matière - mais un tableau familier pour les boomers (je me plie à regret à cet anglicisme simplificateur) et qui nécessitera par contre une exégèse pour les plus jeunes tant les situations paraissent aujourd'hui étranges et le langage lui-même quasiment étranger, patois compris. Il y trace l'histoire de sa famille et, à travers elle, celle de son temps et de son pays, cette Gascogne plus garonnaise que pyrénéenne, avant-guerre plus bocagère et chevrière que céréalière et touristique. Une période de 70 ans, relativement brève au regard de l'Histoire mais, la mémoire familiale et la curiosité du penseur jouant, Histoire du pays de ses aïeux et en perspective celle de sa descendance, disons un peu plus d'un siècle au total qui marque, avec le recul, une véritable révolution civilisationnelle.

lectoure - rue constantin - rue dupouy - saint esprit

Pour l'avant bombardement de 1944, prenons le cas de la religion par exemple, puisqu'elle fait partie des paramètres les plus variables dans ce siècle. Pierre Gardeil n'ayant pas connu son grand-père, c'est son grand-oncle Antoine qui fait office d’aïeul dans ces souvenirs. D'abord biscuitier aux Galis, hameau au nord-est de Lectoure sur la route nationale 21, l'homme s'installera pâtissier rue du 14-Juillet puis dans la maison de Goulard, notre actuel établissement thermal, où le commerce donnait sur la rue Constantin, aujourd'hui rue de l'Abbé-Tournier.

La religion donc.

Figure locale, le grand-oncle n'a pas la langue dans sa poche : " Vous, disait-il aux bourgeois de Lectoure (notaires, banquiers, magistrats... les messieurs en costume, voltairiens se sachant gré de leurs lumières), vous pouvez bien ne pas croire, avec vos contentements d'ici-bas. Et que je m'empiffre, et que je ramasse, et que je disperse... mais nous qui n'avons rien et ne pouvons guère, il nous faut bien croire au bon Dieu ! Sinon quoi ?

Le père de Pierre lui, Jean, est meunier au moulin du château de Manlèche, à Pergain-Taillac, à la limite du Gers et du Lot-et-Garonne. Il épouse Yvonne Cabannes, la fille du boulanger d'Astaffort. Au siècle précédent, la grand-mère de Jean, Rose Bonnet, était la fille d'un épicier de Plieux qui fabriquait le tortillon, une pâtisserie traditionnelle des pèlerinages marials en pays agenais et en Lomagne, qu'il livrait sur les marchés environnants accrochée en gerbes au mât harnaché sur le bât d'un âne. L'art d'achalander.
 
Il manque au récit de Pierre Gardeil un tableau généalogique de la tribu pour mieux connaître cet ensemble d'alliances familiales entremêlées. Il y aurait là une saga romanesque. Comme les meuniers, les boulangers se marient dans le giron, au gré du charroi à dos d'âne et des fournées. On se " donne la main " professionnellement ; on se la donne amoureusement aussi car les filles sont belles. Et sentent bon le bon pain. De l'union de Jean et Yvonne naîtront quatre garçons et une fille, Pierre étant le troisième. Les premiers souvenirs que rapporte Pierre Gardeil sont donc astaffortais. 
 

Contrairement à la première, celle des tranchées si lointaines mais si gourmandes en vies d'hommes, la guerre de 39-45 est bien palpable en Gascogne, et pas seulement par le passage à plusieurs kilomètres d'altitude d'une armada de bombardiers. Astaffort sera le lieu d'un affrontement qui provoqua plus de soixante morts, résistants, miliciens et allemands confondus.

Pour la famille Gardeil le drame est intime. En 43, le frère ainé de Pierre, Jacques, préparant Saint-Cyr au lycée Pierre de Fermat à Toulouse et à l'institution Charles de Foucauld-Laperrine à Nice, est arrêté alors qu'il tentait de passer les Pyrénées. Déporté, il disparaîtra dans les fours crématoires nazis entre Buchenwald et sa succursale Dora. Après guerre, la fratrie fera le voyage sur place pour retrouver sa trace mais de ces morts-là on ne fait jamais tout à fait le deuil.

déportation lectoure gers gascogne
" A chacun son dû ". Sinistre sentence sur la porte d'entrée du camp de concentration de Buchenwald

 

Et ce n'est pas fini. En 44, Henri, l'oncle de Pierre, qui a pris la suite de la pâtisserie à Lectoure, est milicien. Il sera fusillé malgré une accusation discutable et après un jugement expéditif. L'épuration ne fait pas dans le détail. La famille faisant bloc imposera toutefois le retour du corps dans le caveau familial dans une ambiance hostile. " Ma grand-mère survivait, avec Marthe et Cécile, deux de ses filles qui avaient eu droit à quelques mois de camp, comme sœurs du Maudit, et à " l'indignité nationale ". Collégien à Lectoure, je logeais avec elles [...]. La pâtisserie familiale pillée en présence de ma grand-mère par les enfants du bourg et quelques traîne-savates, servait maintenant de local pour les " FFI - FTP " : ces lettres peintes sur l'enseigne disparurent d'elles-mêmes au bout de peu d'années, et laissèrent lire de nouveau "Pâtisserie Gardeil ". Les règlements de compte et le catalogage, le peu d'empathie chrétienne du clergé, la petitesse d'esprit ici comme partout ailleurs, ont terni les relations sociales de cette période. Et sommeillent encore aujourd'hui. La parentèle paie le prix des choix hasardeux d'un seul.

A la fin de la guerre, la boulangerie de son beau-père ne pouvant subvenir aux besoins de son foyer, Jean crée la biscuiterie Gardeil d'Astaffort. Dirigée jusqu'en 1989 par les deux frères de Pierre, André et François, avant d'entrer en bourse puis d'intégrer un groupe agro-alimentaire italien, l'entreprise était célèbre pour ses boudoirs et ses biscuits à la cuillère, plus tard appelés " Mousse d'or ". L'entreprise a employé jusqu'à 120 personnes. Le goût du travail artisanal, du travail tout court et de l'entreprise font partie de l'ADN de la famille Gardeil. Par ailleurs, le commerce local avait ici comme partout en France une vitalité qui pourrait surprendre, sauf la prosaïque nécessité de nourrir une maisonnée.

ligne ferroviaire auch agen - gare SNCF de lectoure
La Micheline pour "monter" de Lectoure à Agen.

Après la libération et les restrictions des premiers mois, viennent les années joyeuses. Pierre est fana de sport, vélo, foot et, nécessairement en Gascogne, rugby. Fana au point de faire quelque chose de défendu. Comme " le mur ". Et pas juste à côté, pour le stade lectourois, mais pour Armandie, l'antre du Sporting Union Agenais. EN 45, le SUA est champion de France. Cela valait bien une montée à la métropole en Micheline ! Imagine-t-on aujourd'hui cette virée clandestine à 13 ans ? " Ce que je ne sais pas vraiment, c'est désobéir, du moins en matière grave. Or, voici matière grave : le dimanche à cinq heures sonneront les vêpres, à l'église du Saint-Esprit qui est la chapelle de mon collège. Puis étude jusqu'à sept heures. J'y suis tenu, bien que je sois cette année demi-pensionnaire.

- Alors Pierre, tu te décides ?

Pierre se décide, pour la plus radieuse après-midi de rugby qui soit restée en sa mémoire ".

La plus radieuse parce que resquillée ? On comprend que les programmes du dimanche après-midi, religieux et scolaire conjugués, aient pu provoquer la (relative) rébellion adolescente. L'auteur ne dit pas si son escapade a été repérée et, dans ce cas, si la correction a été à la hauteur de son plaisir sportique.

Plus tard, Pierre Gardeil partagera la passion du ballon ovale avec Michel Serres. Comme quoi on peut être intellectuel, penseur, philosophe ou théologien et aimer la castagne dans la gadoue du stade. En 2010, Michel Serres prononcera dans la cathédrale de Lectoure, l'adresse funèbre à son ami, qui résonne parfaitement avec ces souvenirs, une vision partagée de la charnière entre les deux temps du monde. Pierre, nous avons connu et subi, tous les deux, trois ou quatre guerres infernales, dont nous portons en nous la blessure encore ouverte, au cours d’une paix si longue que tout le monde en oublie les délices... ". (  voir ici un extrait plus long de cet hommage de Michel Serres à Pierre Gardeil et la très forte concordance de pensée entre les deux hommes ). Comme son ami, en livrant ses souvenirs, Pierre Gardeil a l'intelligence de ne pas jouer sur la fibre nostalgique. Un témoignage, tout simplement, qui pourrait être titré " Le temps de la Micheline ".

lycée saint jean lectoure - enseignement privé lectoure - enseignement catholique gers
Le dimanche au stade

 

Les trois ouvrages de souvenirs de Pierre Gardeil fourmillent d'anecdotes semblables, drôles ou dramatiques, de détails, d'impressions et de réflexion, qui font un tableau foisonnant de notre coin de France au 20ième siècle, rustique, besogneux, baroque et réjouissant, malgré et y compris, cela est souvent souligné par ceux qui l'ont vécu, pendant la guerre : les caractères, les évènements, la table, les vendanges, la pèche à la ligne, les fêtes votives, le cirque sur la place du village, la communale et le catéchisme, les aventures de Jo, Zette et Jocko, les thermes pyrénéens, les courses cyclistes, l'odeur du fournil, les premières amours... Toutes choses dont encore aujourd'hui on vante le goût un peu spécial chez nous mais qui n'est plus tout de même celui d'avant les escadrilles de bombardiers.

Pierre Gardeil n'est pas romancier. Il faut faire l'effort de retisser les liens chronologiques, de déchiffrer les allusions érudites, ou bien tout simplement se laisser porter par le récit d'un vieil homme qui flâne dans ses souvenirs, alternativement léger et profond. Témoin de son temps, fidèle et lucide, Pierre Gardeil est le seul auteur local contemporain de la galerie littéraire lectouroise de ce cybercarnet. Ainsi, à la suite de Pey de Garros et de Jean-François Bladé, également témoins d'époques charnières, de basculements culturels et sociologiques, son œuvre fait-elle partie désormais de notre patrimoine ancestral.

                                                                         Alinéas

 

PS. Je remercie Jean-François Gardeil qui a bien voulu me guider, avec simplicité, sincérité et patience, dans la mise en chronique, très, trop réductrice, de ces souvenirs, également dans quelques incursions périphériques par rapport au texte de son père, à Plieux, à Nice, et dans le détricotage, pour la clarté de l'exposé, des liens familiaux de la grande famille Gardeil.

M. Salanié.

 

*  Le 5 mars 44 en particulier, Chuck Yeager, pilote de guerre américain de 21 ans participant à l'un de ces raids aériens est abattu dans le ciel gascon. Après une chute de 4 000 mètres il en réchappe et sera exfiltré en Espagne par la Résistance. En 2019 il rencontrera, à Larressingle où il revient en pèlerinage, un jeune pilote de ligne italien en vacances à la Mouline de Belin. Le carnet d'alinéas a rapporté cette rencontre exceptionnelle. Chuck Yeager, héros américain de la seconde guerre mondiale abattu dans le ciel de Gascogne

 

** Ouvrages de Pierre Gardeil :

 - Le feu sans lieu, Ed. Kephas 2004

- Le levain de village, Ed. Kephas 2008

Mon grand-père aussi avait un grand-père, Ed. Dialogues 2010

 

PHOTOS

- Flotte de bombardiers. Document Marine américaine. Détail.

- Cartes postales d'Astaffort et Lectoure : collection particulière.

- Porte d'entrée du camp de Buchenwald : © Diogo P. Duarte sous licence CC BY SA 3.0

- Micheline : Bruno Schötz

- Portrait de Pierre Gardeil. Le dimanche au stade. Document Famille Gardeil.

 

 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Littérature

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Publié le 24 Mars 2026

robinier acacia - acacia haute futaie - acacia sauvage - acacia en fleur

 

 

train qui circulait autrefois entre Auch et Agen ne siffle plus dans la vallée du Gers. Certains lecteurs de ce carnet se souviendront avec nostalgie de cette double haie d'acacias, lumineuse, foisonnante et odorante qui longeait la voie ferrée au printemps, à une époque moins confinée que la nôtre où l'on pouvait baisser les vitres du compartiment pour profiter du parfum de sa floraison, faisant en même temps opportunément flotter la chevelure d'une jolie passagère. " Vous permettez mademoiselle ?... ".

En ville, sur le boulevard du Nord dont il stabilise les abords, l'arbre a provoqué récemment le mécontentement des habitants installés sur le rempart au motif qu'il leur masquait la vue sur le vallon de Foissin. Je ne voudrais pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, un peu tout de même mais du point de vue géographique opposé, c'était faire peu de cas de son rôle de contrefort du relief abrupt, de sa belle floraison et de son ombre gracieuse. Il semble que les critères pour conserver à Lectoure son label de ville fleurie ❀❀❀❀ ait empêché que la municipalité ne livre au bourreau ce bel alignement, certes quelque peu sauvageon, pour satisfaire lesdits plaignants. Avec le cancannement des oies, le braiment des ânes et la cloche de Saint-Gervais, il fait partie du paysage, une composition tout à la fois visuelle, sonore et olfactive, d'une ville à la campagne. Et comme il est de bonne politique en démocratie, un consensus a été trouvé entre les deux parties qui a consisté à élaguer raisonnablement nos robiniers qui ainsi, embaumeront encore longtemps les printemps de ce rempart naturel de la vieille citadelle gasconne.

Sur l'autre versant du vallon, dans le bois d'Arrajacan, un bouquet de vieux robiniers installé là par l'occupant d'une bicoque aujourd'hui sous les ronces, un ermite dit-on, résiste aux tempêtes, à l'ailanthe dont nous avons souligné le grand danger d'invasion, et au bambou, un autre envahisseur, sympathique celui-ci ; j'ai mes têtes... le Chêne, incontournable en Gascogne, l'Aulne glutineux, roi des ruisseaux, le Peuplier si élégant...

Bien que la littérature botanique insiste systématiquement sur ses défauts - qui n'en a pas ? -, nous élaguerons ce côté du Robinier faux-acacia pour donner de l'air à ses belles qualités qui ont fait que cet étranger à la Gascogne des origines a, depuis longtemps, été adopté à Lectoure.

Le Robinier faux-acacia a été importé en France en 1601, par Jean Robin, CQFD pour l'étymologie, le jardinier de notre bon roi Henri, roi que l'on disait vert mais sans lien avec la botanique. On peut encore aujourd'hui admirer au jardin des plantes à Paris, des robiniers plantés par Robin lui-même en 1636 ! Originaire des montagnes Appalaches aux États-Unis, l'apparence de l'arbre l'a fait rapprocher par erreur de la famille des acacias, c'est à dire des mimosas. Et c'est le nom erroné qui perdure dans le langage courant. Que nous adopterons pour la suite de cette chronique, par solidarité avec le bon peuple de France et de Navarre.

 

acacia épineux

L'Acacia pique, c'est vrai, et dur. Il faut être prudent pendant l'élagage. Les branches mortes ou celles tombées au sol pendant l'orage, car il est cassant, d'imposantes épines peuvent perforer les semelles inattentives et provoquer une blessure profonde d'autant plus douloureuse que l'arbre contient plusieurs toxines. C'est l'envers de la médaille. Mais son endroit est riche.

L'Acacia drageonne aussi, de nouvelles tiges se dressant sur les racines au fur et à mesure de leur progression au sol, ce qui fait de lui une espèce " colonisatrice ". Ce terme aujourd'hui politiquement honni auquel on pourra préférer celui de " pionnière ", signifie simplement que l'Acacia est capable d'investir un espace libre rapidement, sans l'intervention humaine. Ce qui est une qualité lorsqu'il faut stabiliser un terrain, éviter l'érosion ou réhabiliter une zone industrielle abandonnée. Si le phénomène n'est pas maîtrisé il pourra être considéré localement comme " invasif ". 

Dans un jardin de particulier exigu, il suffira de donner régulièrement quelques coups de pioche ou de sécateur au fur et à mesure de l'apparition des drageons. L'Acacia n'est pas un arbre sage et bien élevé, de ceux qui se soumettent à un ordonnancement de type magazine Ma maison - Mon jardin ( sans ostracisme voir ci-dessous ), un bête standard de jardinerie. Non, c'est une belle nature, avec laquelle on doit composer pour profiter de sa vigueur et de sa générosité.

 

coupe d'acacia - plantation acacia - foresterie acacia robinier

 

UN NATUREL CONTEMPORAIN

L'Acacia est le bois européen le plus durable. Il est considéré imputrescible. La durée de vie d'un piquet d'acacia est de l'ordre de 60 ans ! Si comme moi vous trouvez que cette durabilité est quelque peu superflue à partir d'un certain âge c'est au moins un critère de qualité du matériau. Outre les aménagements agricoles ou paysagers, il est employé pour la fabrication de mobilier d'extérieur en lieu et place des espèces exotiques surexploitées, coûteuses en transport et que l'on pense devoir protéger, envers et malgré les pays exportateurs. De ce fait l'exploitation forestière du Robinier se développe très rapidement dans les pays consommateurs. Adaptable sur tous les types de sol, demandant peu de soins, sa croissance étant rapide et bien que donnant un fût d'un diamètre relativement faible, le sujet se prête bien à la foresterie de rapport. Voir en PS les commentaires du site Waldwissen à ce sujet. 

Comme toutes les espèces de bois, son apparence convient aussi bien aux ambiances nature qu'à l'architecture contemporaine. Ici la ganivelle, dite aussi " barrière girondine ", également souvent proposée en bois de châtaignier.

ganivelle - barrière girondine acacia

 

Pour les aménagements urbains et touristiques, ou pour un jardinet domestique confortable et sans risque, il existe des variétés d'acacia sélectionnées sans épines. Et même sans fleurs (!). Au prix d'une légère taille annuelle, Robinia Umbraculifera gardera son port compact et bien sage. Qui eut convenu aux Lectourois du Boulevard du nord.

acacia jardin de ville

 

Mais que reste-t-il ici du géant ramené des Appalaches dans la cale de sa goélette de botaniste par le sieur Robin ? Alors revenons à notre sauvageon, à l'acacia de haute futaie. Qu'importe les épines et les drageons lorsque sa floraison nous offre deux délices gustatifs exceptionnels.

 

UN PARFUM DE PARADIS

Au petit vent de printemps, la fleur d'acacia se balance comme une guirlande de lampions ivoire, attirant une myriade d'insectes enivrés par sa fragrance. Un parfum indéfinissable. Essayons toutefois : une base d'agrume, une pointe de jasmin, un réglisse très discret. Suave et subtil à la fois. Comme cette grosse abeille rousse et la petite araignée verte que l'on distingue entre les deux grappes de fleurs, Micrommata virescens peut-être, toutes deux déjà parvenues au paradis des bestioles sur terre, nous sommes invités à la table des dieux...

fleur d'acacia

 

Beignets de fleurs d’acacia

Recette empruntée au site www.aufilduthym.fr (lien en pied de page)

Saison : Mi-avril à juin selon les régions

Matériel
  • Une vingtaine de grappes de fleurs d’acacia
  • 160 g de farine
  • 200 ml de lait
  • 1 cuillerée à café de levure chimique
  • 2 œufs
  • 40 g de sucre
  • 1 cuillerée à café d’huile
  • Huile de friture
Réalisation
  •  Lavez les fleurs d’acacia et égouttez soigneusement (cf. 1). Si jamais vous apercevez des locataires dans vos fleurs, n’hésitez pas à les passer dans une eau vinaigrée avant de laver / égoutter.
  • Dans un saladier, mélangez la farine, sucre, levure.
  • Ajoutez les œufs et mélangez.
  • Incorporez le lait, l’huile et fouettez jusqu’à bien délayer la pâte et obtenir une préparation homogène. Si jamais l’incorporation se passe mal (cela peut arriver avec des farines semi-complètes), n’hésitez pas à passer un coup de mixer).
  • Faites chauffer l’huile de friture
  • Plongez les fleurs d’acacia dans la pâte à beignet puis dans l’huile de friture. Retournez à mi-cuisson et laissez cuire jusqu’à ce qu’elles soient bien dorées. Disposez sur un papier absorbant après cuisson.
  • Opération à répéter jusqu’à épuisement de la pâte ou des fleurs.

Saupoudrez de sucre glace (ou pas) avant de servir.

À consommer dans la journée

(1) Il est important de bien égoutter, car s’il reste des gouttes d’eau dans les fleurs, la pâte ne pourra pas s’accrocher aux fleurs.

 

Cette recette de beignet est aussi utilisable avec des fleurs de sureau noir, arbre emblématique de la maison d'hôtes de la Mouline de Belin, dont nous avons si souvent parlé ici, à manger ici aussi, et à boire cette fois, cocktail sambuco de la Mouline de Belin ! 

 

beignets d'acacia - acacia cuisine - acacia gourmand

 

Enfin, toujours dans la catégorie " Gourmands et bons vivants ", l'acacia (on ne le qualifie jamais ici robinier) est l'un des miels les plus appréciés pour sa saveur délicate et sa texture liquide. Comme le miel de châtaignier, l'acacia reste longtemps liquide parce qu’il est moins sucré que ceux qui figent rapidement après récolte car le fructose y domine sur le glucose. Sa couleur or et sa limpidité sont remarquables, avec des reflets vert clair. Il dégage une odeur subtile mélangeant la vanille et des notes de fleurs blanches. Mais la miellée du robinier est rare en France. En effet, cet arbre fleurit habituellement début mai en pleine période des saints de glace où les températures peuvent être assez basses et la météo pluvieuse. Or, pour produire en quantité nécessaire du nectar dont est fait le miel, le Robinier a besoin de températures supérieures à 20°C. Et la pluie dégrade son pollen également récolté par l'abeille nourricière qui restera alors à l'abri en attendant des jours meilleurs et d'autres exhalaisons. La récolte de miel d'acacia est donc irrégulière en France.

Le paradis n'est jamais acquis définitivement.

                                                                    Alinéas

rucher acacia - rucher robinier - miel acacia
Petit rucher du Miel des Mutines, sous les acacias des rives de l'Ouvèze (Ardèche)

 

PS. Pour ceux que le sujet de la foresterie du Robinier intéresse voir les deux articles de la société suisse Waldwissen :

- Le Robinier fait débat voir ici

- Bois de chauffage ou bois de qualité voir ici

 

PHOTOS :

- Titre : Annabell Hormann, korina.info. Sous licence  CC-BY-SA-4.0

- Les feuilles de Robinier faux-acacia pennées et les stipules transformées en épines. Roger Prat. Sous licence CC BY-SA 3.0

- Empilement de troncs de robiniers. Copyright Société Nobylis, spécialiste dans la transformation du Robinier faux acacia. Nobylis. Très belle galerie photo et vidéo du travail de transformation du bois depuis la récolte jusqu'au conditionnement.

- Ganivelle à Saint Briac, chemin du Perron. Rundvald. Sous licence  CC BY-SA 4.0

- Ganivelle en robinier Clôture Adéquat

- Robinia umbracilifera Bauchery Pépinières Bauchery

- Fleurs d'acacia. Copyright Michel Salanié

- Beignets de fleurs d'acacia, recette et photo Au fil du Thym. Sous licence CC-BY-NC-SA

- Rucher. Copyright Le miel des Mutines.

 

 

 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Botanique

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Publié le 4 Mars 2026

fondation sauvergarde art français lectoure

Merci à toutes celles et tous ceux qui ont voté pour ce tableau qui sera donc rénové. Cette belle initiative, que le carnet d'alinéas a eu plaisir à relayer, a mobilisé largement à Lectoure, dans la région et au-delà et finalement a emporté les suffrages du public en région Occitanie.   

La cathédrale de Lectoure qui dressait encore au 18ième siècle sa flèche jusqu'à 80 mètres dans le paysage, dans la perspective entre saint Gervais et saint Protais, restera le témoignage précieux de l'histoire de notre ville.

Pour plus de détails sur les résultats de cette compétition sur toute la France suivre le lien vers le site de la fondation de la Sauvegarde de l'Art Français :

Lectoure Lauréat pour la région Occitanie

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Beaux arts

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Publié le 18 Février 2026

flèche clocher église cathédrale lectoure

On nous pardonnera le sacrilège d'avoir recadré, et quelque peu retouché en informatique, ce tableau qui est conservé dans une chapelle de la cathédrale de Lectoure, en focalisant sur le premier plan et de fait en délaissant, flottant au-dessus des nuées célestes, la vierge Marie et l'enfant Jésus. Leur présence divine est évidente, éternelle et souveraine.

Car, bien que prosaïque, avec ce recadrage, notre intention est louable : mettre en évidence le détail qui apparaît à l'horizon, la flèche du clocher de Lectoure qui culminait au 18ième siècle à près de 80 mètres, l'une des plus hautes de France à l'époque.

L'association Orgues et Patrimoine de Lectoure participe, et ce carnet soutient cette action, à un concours organisé par la fondation Allianz et celle de la Sauvegarde de l'Art Français. En votant pour ce tableau jusqu'au 22 février - lien internet à suivre en fin de cette publication - vous permettrez à cette belle initiative d'obtenir la somme nécessaire à la rénovation d'une œuvre importante pour l'histoire de notre ville.

Qui sont donc ces personnages qui encadrent la perspective lectouroise ? Gervais et Protais, auxquels notre église cathédrale est consacrée, sont deux adolescents martyrs des débuts de l'ère chrétienne. Leur histoire relève essentiellement de l'ouvrage hagiographique, c'est-à-dire romanesque, de Jacques de Voragine, du 13ième siècle, La légende dorée de l'histoire de la Lombardie, qui relate la terrible persécution des premiers chrétiens vivant sous le joug romain puis celui des Ostrogoths occupant le nord de l'Italie au 6ième et 7ième siècles. Les père et mère des deux adolescents, qui chaperonnent et précèdent leur progéniture sur le tableau dans la relation avec les cieux, saint Vital de Ravenne et Sainte Valérie de Milan eux-mêmes ont été martyrisés au 1er siècle de notre ère, sous le règne du sinistre Néron. Sainte famille. A la suite de leurs parents, pour avoir refusé de sacrifier aux dieux païens, Gervais sera battu à mort et Protais décapité. L'iconographie de cette histoire, à laquelle participe le tableau lectourois, est particulièrement abondante. La légende étant imprécise sur ce point, et sans doute pour mettre en valeur la pleine conscience de leur foi ou éviter la représentation de l'horreur du crime envers de jeunes êtres, comme aujourd'hui le floutage des photos d'enfants sur les réseaux, les deux saints sont souvent représentés adultes.

martyrs chrétiens gers gascogne
Le martyr de Gervais et Protais par Alfredo Cifariello (1986)

 

Les deux martyrs sont très populaires au Moyen-Âge et à la Renaissance. Plus de soixante églises leur sont consacrées en France parmi lesquelles à titre d'exemple, celle situé dans le 4ième arrondissement de Paris, l'une des plus belles de la capitale dit-on, entre le Marais et Notre-Dame. Gervasio et Protasio sont également abondamment célébrés en Italie bien sûr, en Espagne et sur le nouveau continent, au Brésil, au Canada...

églises saint Gervais saint protais
San Trovaso (mot-valise du dialecte vénitien), située à côté d'un chantier de construction de gondoles à Venise

 

Le tableau dont nous vous proposons de soutenir la rénovation a été peint depuis l'Est de Lectoure, supposons à l'intersection de la RN 21 et du chemin de Compostelle. Il est la seule représentation d'époque de la flèche de Lectoure, rabattue avant la Révolution car elle menaçait de s'effondrer, la faute à un orage dit-on et plus sûrement à son poids sur un sous-sol instable. Pertuzé et Alinéas se sont également essayés à représenter cet exceptionnel monument par des montages photos. Le vallon de Foissin, autrefois de Saint-Jourdain, souvent évoqué sur ce carnet et cadre bucolique de la maison d'hôtes de la Mouline de Belin, est tout-à-fait bien positionné sur cette œuvre pieuse. Bien que modestement intégrée à la scène allégorique, cette vue paysagère est un exemple de l'importance de la géographie du site dans l'histoire et dans la communication de notre ville souvent évoquée sur ce blog ( voir Le profil de Lectoure dans la communication ).

ruisseau de Foissin, ruisseau de saint Jourdain Lectoure

Votre suffrage sera la contribution précieuse à la mémoire des lieux et nous vous en remercions chaleureusement.

Plus que quelques heures.

VOTEZ AVANT DIMANCHE MINUIT !

La procédure est très rapide et sans engagement. Suivez ce lien.

JE VOTE POUR LE TABLEAU DE LECTOURE

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Beaux arts

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Publié le 7 Février 2026

Lectoure occupe une place privilégiée dans l'histoire de la photographie: invention de la photographie en couleur par Ducos du Hauron, festival Eté photographique initié par François Saint-Pierre, Centre d'art et de photographie...

Photogénique, cheminant entre Antiquité, Renaissance et modernité, entre nature et urbanité, esthète sans trop d'affectation, éclectique, aimable mais fière parce que gasconne, noble et paysanne à la fois, depuis l'invention de l'instrument à capter le réel, la ville s'adonne spontanément à l'art photographique. 

Voilà un portrait psychologique anthropomorphe de la cité que l'on pourrait tout aussi bien appliquer à l'un de ses enfants en particulier, Léo Barbé, disparu en 2013, photographe.

 

Léo Barbé

Photographe et beaucoup plus. Érudit, longtemps secrétaire de la Société Archéologique et Historique du Gers, Léo Barbé est l'auteur de dizaines de publications dans les domaines aussi variés que l'histoire locale, l'architecture, la géologie et la spéléologie, la paléontologie, la biologie, la numismatique, la symbolique des pierres funéraires, l'histoire de la pharmacie, la meunerie... Issu d'une ancienne famille de meuniers, fils de pharmacien, après avoir entamé des études d'agronomie, bien que tenté par la biologie qu'il pratiquera de fait au cours de ses recherches, il reprend, sans doute en 1946, le laboratoire photographique de Pascal Tartanac au n° 80 de la rue Nationale. Il participe aux fouilles de Pradoulin, à l'époque de l'installation du stade et de la coopérative agricole, travaux qui ont mis en lumière la Lactora gallo-romaine, et à celles menées par Elie Ducasse, un autre érudit Lectourois et son ami, sur le plateau de Navère où affleurent les vestiges d'un cimetière datant de l'époque des invasions barbares. On lui doit la salle de la Pharmacie ancienne, annexe du musée archéologique Eugène-Camoreyt, ainsi que le musée d'Art sacré de la cathédrale. Léo Barbé a fondé et longtemps animé le Spéléo-Club de Gascogne. Joignant à sa passion de la biologie ce qu'il faut considérer, au-delà du sens artistique ou sportif, comme deux techniques scientifiques, photographie et spéléologie, il a contribué à étudier les chiroptères (chauves-souris) et les crustacés des cavités de Gascogne dont certains portent désormais officiellement son nom, en tant qu'« auteur » selon la terminologie scientifique, c'est à dire découvreur.

Niphargus vandeli Barbé, 1961. Une crevette des grottes ariégoises.

 

La grande salle du plus grand réseau souterrain du Gers à Bazian, 1.435 mètres de galeries près de Vic-Fezensac, est baptisée salle Léo-Barbé. La liste des contributions scientifiques du personnage n'en finirait pas.

Racé, un brin dandy, plein d'humour, il était une figure de notre ville. Sorti des longues heures passées dans le noir de son laboratoire pour développer photos d'identité, de mariage et tous autres sujets prosaïquement imposés qui font le pain quotidien du commerçant, il enregistre pour le plaisir et avec un sens artistique sûr, la vie autour de lui, du paysage à la macrophotographie. Il nous laisse un reportage sur une époque lectouroise révolue, estampillée " noir et blanc ", intermède élégant et poétique dans une histoire de l'art soumise à la prégnance parfois tape-à-l’œil de la couleur. Amoureux de la nature et du vivant, il aménageait l'intérieur familial en studio de prise de vue pour mettre en scène, au grand amusement de ses enfants, et se demandera-t-on celui de son épouse, batraciens, insectes et autres sujets d'étude lucifuges, c'est à dire fuyant la lumière et qui seront soumis pour la cause au traumatisme du flash, prélevés dans les cavités de La Romieu ou de Tané. Primé pour une photo de sa mère prenant le soleil au dessus des toits, caractéristique de la vie lectouroise, épicurienne et bourgeoise à la fois, Léo gagne un voilier qui lui permettra de robinsonner en famille autour des îles d'Hyères, échappée idyllique outre Gascogne, pour entretenir dans le regard de l'artiste son ouverture d'esprit, sa curiosité et sa jeunesse. 

Comme souvent les passionnés, Léo Barbé ne prenait pas le temps de rassembler les photographies qu'il confiait sans compter aux institutions auxquelles il collaborait et à ses relations. Plongé dans l'instantané, sans doute n'avait-il pas conscience de l'intérêt de la somme. Son œuvre étant hétérogène et dispersée par conséquent, sauf en matière de spéléologie qui a fait l'objet d'un ouvrage (Spéléologie en Gascogne - accessible ici), la signature de Léo Barbé apparaît toutefois toujours aujourd'hui au gré des recherches des amateurs et des chercheurs sur les bases de données scientifiques et historiques. Sa contribution à la mémoire de son époque et de son pays lectourois est précieuse et mérite a minima notre hommage et sur ce carnet le plaisir de vous la faire partager.

                                                                            Alinéas

 

GRANDE SALLE DU SINAÏ - LA ROMIEU. Qui peut imaginer en randonnant paisiblement sur nos chemins pèlerins ou villageois, ou bien l'agriculteur affairé en alignant sur le terreau de surface les semis de sa prochaine récolte, que notre sous-sol est truffé de vides où " la main de l'homme n'a jamais mis les pieds "? La formule est de Léo.

 

LECTOURE VUE DEPUIS SAINT-GÉNY. Angle de prise de vue classique. Mais se souvient-on que dans les années 50, la Lomagne n'est pas couverte de blés ou de tournesols à perte de vue ? L'élevage bovin domine. Les prairies et les haies bocagères rythment le paysage et la fenaison les saisons. Jusqu'aux portes de la ville.

 

BLAZIERT. En photographie, un espace vide a du sens; paradoxalement, alors que le photographe recule, l'à-plat grandit le sujet. Posé sur cette ligne d'horizon que les arbres définissent, le joli village de Blaziert se rassemble et s'élève. Un cadrage serré l'eut modéré, Léo l'exhausse. Les collines de Gascogne sont riches de ces envols.

 

FLAMARENS. De nombreuses photos de Léo Barbé documentent le patrimoine architectural régional. Ce cliché du château de Flamarens est à rapprocher des prises de vue récentes du bâtiment magnifiquement restauré et qui a retrouvé il y a peu, sur la tour maîtresse, son toit en poivrière. La ruine est romantique mais la fin de l'histoire n'est jamais sure.

 

LE DÉPART DES CONCURRENTS DU CONCOURS DE PÊCHE À LA LIGNE. Document amusant mais également d'un certain intérêt sociologique. La pêche à la ligne est un sport important après-guerre où les loisirs sont rares et où la maîtresse de maison ne dédaigne pas de varier les menus. Etant données les tenues relativement couvertes, on proposera de dater ce cliché de la foire de la saint Martin. Léo Barbé est sorti précipitamment de son commerce, que l'on distingue sur le trottoir de gauche sur la photo, pour saisir l'évènement sur le vif. La troupe descendra en bon ordre au Gers à pieds. Le retour se fera en ordre dispersé sans doute, en raison du dénivelé, et des résultats plus ou moins positifs de l'exercice...

 

AU STADE. L'après-guerre marque le développement des activités sportives et, avec lui, la libération du corps de la femme et son image. Lectoure s'est doté d'équipements répondant aux aspirations de sa jeunesse. On distingue le fronton de pelote basque en arrière-plan. Le geste sculptural est capté idéalement par un effet de contre-plongée.

 

VOLLEY DIVIN. Au vu du relief, peut-être s'agit-il des sœurs de La Providence, dans leur jardin conventuel du plateau de Lamarque, des religieuses aujourd'hui en costume civil. Cependant les circonstances de la prise de vue n'ont pas été mémorisées par Léo Barbé. Le "cliché", au sens figuré, des ordres monastiques rigides et tristes est remisé. Encore une photo typique de l'évolution des mœurs sur la deuxième moitié du 20ième siècle. Composition... céleste.

 

LA LISEUSE. Au cœur de la ville, dans la maison où elle est née, portrait de Germaine Ricau, mère de Léo, épouse du pharmacien Barbé dont l'officine est située en face de la halle, un commerce qui existait encore à cet emplacement il y a peu. Sans doute y a-t-il eu mise en scène. La composition est très étudiée et la maîtrise de la lumière parfaite. Une page du journal fait office de pare-soleil. Ce n'est peut-être pas une fantaisie mais un geste familier car le chapeau de paille pour le jardin ou la promenade doit être resté accroché dans le vestibule au rez-de-chaussée. Rue Nationale on vit à l'étage et côté cour.

 

CLAUDINE, FILLE DU PHOTOGRAPHE. Même pièce d'intérieur que précédemment, sous la pluie cette fois. Prise de vue rapprochée et légèrement décalée à gauche, ce qui permet d'intégrer la silhouette du clocher de l'église du Saint-Esprit. Ambiance intimiste. Et toujours un beau contrejour.

 

JACQUES, LE FILS. Fauteuil art déco, lampe années 50. Prise de vue en contre-plongée pour accentuer la position d'équilibre et le geste d'effort. L'apprenti lecteur fera t-il le bon choix dans cette bibliothèque richement étagée ?

 

QUEL DÉLAOUATZ ! ( Quel déluge ! en argot local ). "La pluie fait des claquettes sur le trottoir à minuit" chantait Claude Nougaro. La photo de Léo Barbé prise rue Nationale aurait fait une jolie pochette de 45 tours yéyé (comprenne qui pourra). On imagine le photographe à l'abri de son pas-de-porte commerçant, encourageant le modèle, Louise son épouse, à prendre malgré tout la pose...

 

UNE FILLE DANS LE VENT. Autre opportunité pour l'artiste, autre instantané, la nature, gasconne ou peut-être méditerranéenne ici pour le couple photographe-modèle en goguette, se prête bien à la photo d'ambiance ou de charme. Voilà une composition originale où un rideau de prudes graminées opalines et un mâle cyprès rivalisent d'empressement autour du sujet qui les ignore, tout à son mentor.

________________________

Photos : © Succession Léo Barbé

Je remercie Jacques, Sylvie et Claudine, ses enfants, de m'avoir autorisé à publier ces photos qui restent leur propriété exclusive ainsi que pour m'avoir communiqué les détails de sa biographie et les anecdotes qui mettent en valeur le caractère original de Léo Barbé.

Photo de Niphargus vandeli Barbé : www.insecte.org

 

 

 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Beaux arts

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Publié le 9 Janvier 2026

"CE SOIR, ON FINIT LES RESTES !"

 

Scène d'après festivités. Il peut se trouver une petite nature déjà pâle à l'idée de devoir se lever demain lundi pour aller au boulot et qui sollicitera une tisane. Et encore... Mais les plus vaillants, les jeunes et puis ceux qui sont allés faire un tour dehors après midi, écrêter le surplus de calories sur un chemin impromptu, chantant et se bousculant dans le désordre et le fou-rire, ceux-là rentreront à la nuit tombante en ayant faim à nouveau. Et parmi eux, celui-ci un brin provocateur qui lance :

- Qu'est-ce qu'on mange ce soir Mamie ? 

- Va me chercher quelques pommes de terre.

pomme de terre en gascon -Trufa, Turra, Mandòrra, Tomata, Patana, Patata, Pataca ou encore Poma de tèrra.

 

A voir la mine des convives, des survivants s'entend, finir les restes sera plutôt et encore une réjouissance.

Car manger les excédents du repas qui a marqué Noël, la Saint-Sylvestre ou encore quelque anniversaire, un repas de famille ou de retrouvailles entre copains, ce n'est pas jeûner, ni faire pénitence. Ce sera un vrai plaisir parce que c'était bon et qu'on en reprendrait bien une lichée, parce que de cette façon on restera encore un peu ensemble. Et puis il faut faire honneur à la cuisinière. Qui, en l'occurrence, se fait elle, un plaisir d'accommoder les dits reliquats avec science et tradition. Enfin parce qu'après avoir été prodigue on se doit d'être économe. Et figurez-vous qu'on va devoir y mettre les doigts. Zou ! Il y a du Pantagruel derrière tout ça.

On accommode les restes partout en France - je vous invite à me dire ci-dessous en commentaires quel est votre reste préféré - mais ceci nous donne l'occasion de présenter sur ce blog totalement tendancieux et prosélyte, quelques spécialités gasconnes. La pomme de terre ayant pour fonction annexe, d'assurer la quantité mais aussi parce que derrière son côté rustique, elle est le légume qui accompagne aisément et avec succès le goût de préparations riches et relevées en en modérant l'intensité.

 

La soupe de fanes de radis noir

 

fanes de radis - radis noir - cuisine gasconne - maison d'hôte Mouline de belin - soupe paysanne

Voilà une des recettes fétiches de la maison d'hôtes de la Mouline de Belin. Le radis noir y pousse avec succès dans la terre riche et grasse au bord du ruisseau. Les fanes s'entassent habituellement sur le compost, mais ce soir elle vont nous permettre de composer une entrée goûteuse et revigorante. Les plus avertis savent que le radis noir a des vertus détoxifiantes et hépato-protectrices. Il nettoie l'organisme, aide le foie à éliminer les toxines. Il est riche en vitamine C. Ça tombe bien non ? A défaut de jardin, il est tout à fait possible de réaliser cette recette avec les fanes du radis de printemps qui arrive bientôt chez votre primeur.

INGREDIENTS pour 4 : une grosse poignée de fanes, 1 oignon moyen, 2 ou 3 pommes de terres, un bouillon cube de volaille, 1,5 litre d'eau, une CS de graisse de canard (beurre ou huile pour les étrangers), 4 cc de crème fraîche. Sel et poivre. 
 
METHODE.

- Laver soigneusement les fanes. Eplucher les pommes de terre.

- Peler et émincer l'oignon. 

- Préparer le bouillon à la quantité voulue.

- Dans une cocotte, faire fondre la graisse de canard. Y faire revenir l'oignon émincé sans le colorer. Ajouter les pommes de terre coupées en gros morceaux et les fanes de radis hachées grossièrement. Faire revenir l'ensemble 5 mn.
 
- Ajouter l'eau et le cube de bouillon. Laisser cuire 20 mn à couvert.
 
- Mixer, saler et poivrer au goût.
 
- Si les fanes ne sont pas assez tendres, il peut se faire que des fibres subsistent. Il est alors préférable de passer la soupe au tamis.
 
- Ajouter la crème fraîche au moment de servir.
 
 
 
 
L'alicuit ou alicot en gascon
 
 
alicot - alicuit - restes de volaille - plat typique gers

Qui n'a rien à voir avec l'aligot cantalo-aveyronnais. L'alicuit est un classique de la cuisine familiale de la campagne gersoise. Le mot vient du gascon alas et cot, aile et cou et par contraction alicot. Vous avez servi une belle grosse volaille à la table de fête dont vous aviez retiré les ailes, le cou, le gésier. Opportunément quelques restes attendaient au frigidaire. On peut mélanger poule, dinde, chapon, pintade... un morceau de confit de canard ou une saucisse de Toulouse. Cet assemblage sans façon fera de cette sorte de ragout un bouquet de saveurs.

INGREDIENTS.

2 ou 3 morceaux de volaille par personne (oui, il n’y a pas énormément de viande sur ces morceaux de second choix et les promeneurs du dimanche sont revenus avec grand faim, 1 pomme de terre par personne que l'on peut remplacer par des grosses pâtes de type pennoni, une bonne sauce tomate, 2 oignons, 4 ou 5 gousses d’ail (on est en Gascogne mordiou !), 4 à 5 carottes, 2 à 3 CS de graisse de canard, 1 cube de bouillon de volaille, 1 grosse CS de farine, sel et poivre.

METHODE.

- Pelez les carottes et les oignons. Coupez les carottes en rondelles de 1 cm d’épaisseur maximum et hachez les oignons au couteau. Lavez les pommes de terre et coupez-les en deux ou 4 selon leur taille. Pelez et hachez les gousses d’ail.

- Dans une grande cocotte, faites dorer quelques minutes les morceaux de viande dans un fond d'huile d'olive.

- Ajoutez les oignons, et les carottes. Laissez dorer 10 minutes à feu vif en remuant souvent. Ajoutez la graisse de canard.

- Ajoutez l'eau, l’ail, la sauce tomate, le cube de bouillon.

- Salez et poivrez. Couvrez en laissant passer un peu d’air et laissez mijoter jusqu’à ce que la viande se détache des os. Ajoutez la farine en milieu de cuisson pour épaissir seulement si la sauce paraît trop liquide.

- Les pâtes et les pommes de terre auront été préalablement cuites à part, les premières al dente et les secondes fondantes, et ajoutées au ragout quelques minutes en fin de cuisson afin qu'elles ne s'écrasent pas 

Les convives pourront y mettre les doigts (si, si). Il ne devrait plus rester cette fois que les os.

 

 

Les demoiselles de canard gras

 

canard gras - demoiselle carcasse - spécialité gasconne

Voilà un reste emblématique de la Gascogne. Il n'y a pas énormément à gratter... mais c'est le meilleur! Je vous la présente prête à enfourner, parce qu'après on ne distingue plus très bien. Alors pourquoi appelle-t-on chez nous " demoiselle " ce qui n'est après tout qu'une simple carcasse ? Peut-être pour son aspect léger, pas un poil de graisse, de la dentelle... La bête elle, grassouillette à point, a été dépecée et servie précédemment. Une étymologie qui pourrait donc donner lieu à plaisanteries scabreuses et risquées en ces temps de pudibonderie. Passons prudemment.

Certes, vous ne la trouverez pas au rayon boucherie de votre hyper habituel. Mais chez un volailler et souvent sur commande uniquement. Sur internet également si le colis ne reste pas bloqué 15 jours au fin fond de la plateforme logistique de quelque géant de la distribution mondialisée. Le mieux étant de copiner avec un éleveur gascon, ce qui n'est pas toujours facile quand on habite dans le 17ième ou à Bruxelles j'en conviens.

INGREDIENTS. 1 demoiselle par personne. De préférence avec encore le gras sur le dos, le manchon, le croupion et idéalement les abats. Celui ou celle qui a procédé à la découpe des parties dites "nobles" aura peut être laissé un peu d'épaisseur, en pensant généreusement à la seconde mi-temps. La demoiselle est alors plaisamment un peu "fermière". Pour l'accompagnement de pommes de terre sautées, rissolées, frites, en robe des champs ou sarladaises je ne vous fais pas de dessin, à chacun sa patate préférée. Ail, huile d'olive, sel et poivre.

METHODE.

Attention ! Ce n'est pas parce qu'on a affaire à un reste, qu'il faut brûler les étapes. La demoiselle est sensible. Il convient d'y mettre les manières et de ne pas négliger les préliminaires.

Donc, enduisez généreusement la carcasse d'huile, d'ail écrasé, salez, poivrez. Introduisez la carcasse au four préchauffé à 220°, position grill, sur un lèchefrite qui récupèrera le gras fondu et dans lequel vous pouvez disposer quelques gousses d'ail, un oignon émincé, un demi-verre de bouillon de volaille. Temps de cuisson 7 à 10 mn, à surveiller. La viande doit rester rosée, légèrement grillée en surface. A mi-cuisson, la carcasse peut être retournée et arrosée de son jus.

___________________

Voilà. Il y a de nombreuses recettes gasconnes qui valorisent les restes de la veille, les épluchures et les bas-morceaux. Mais nous gardons nos petits secrets pour le cas où vous nous rendriez visite.

Pour le vin, là aussi chacun sa préférence, ou sa cave de derrière les fagots. En tout cas il n'y a pas de raison de finir les restes viniques du repas de fête précédent. D'ailleurs il n'y en en avait pas. Tout rincé... Il faudra donc ouvrir une bonne bouteille. On choisira plutôt léger, frais et fruité. Je vais prendre le risque de sortir de Gascogne, outre Garonne, à un vol de volatile de Lectoure : je vous propose un rouge de Marcillac, Sang del Païs, 100% Ferservadou.

                                                                       Alinéas

Tchin ! Tchin ! A la bòste !

 

table d'hôte Lectoure - maison d''hôte Lectoure - gîte Lectoure

 

Illustrations:

- Joyeux repas de famille, Musée du Louvre, Jan Havicksz Steen 1674.

- Nature morte aux pommes de terre, Musée Boijmans Van Beuningen, Vincent Van Gogh 1885.

- Photos Soupe de fanes de radis noir et Alicuit, Michel Salanié.

- Demoiselle, Les champs de lagarrière, https://lagarriere.fr/ et pommes de terre https://www.sarlat-tourisme.com.

- La cuisinière de la Mouline de Belin, Michel Salanié.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Cuisine

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Publié le 1 Janvier 2026

Cher lecteur, sur notre chemin lectourois et partout ailleurs sur la planète, nous vous souhaitons une année nature, inspirante et sereine.

Cordialement.

Alinéas

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Alinéas

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Publié le 20 Décembre 2025

Rédigé par ALINEAS

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Publié le 2 Décembre 2025

Décembre est le mois du conte sur ce carnet. Bladé, Durrieux, Pertuzé y ont contribué de leur imaginaire. Et Alinéas lui-même.

Cette année, fi des princesses belles comme le jour, des mules qui raisonnent et des poules qui pondent des œufs d'or. Ici les protagonistes sont les Lectourois eux-mêmes, les gens du cru. Qui ne sont pas à leur avantage dans cette fantaisie littéraire. Mentalité d'assiégés, déformation des bruits de trottoirs, paranoïa ambiante, méconnaissance par le bourgeois de son environnement rural immédiat... Évidemment, toute ressemblance avec notre charmante ville de nos jours serait tout à fait fortuite. Il faut considérer que ce texte date de l'époque dramatique des guerres de religion où la douce Lomagne était disputée violemment par les deux camps, sujets du pape de Rome d'un côté, huguenots partisans de Jeanne et Henri de Navarre de l'autre.

Ce texte est connu des vieux Lectourois (à leur intention, ci-dessous accès à l'original en gascon), mais il faut bien affranchir les jeunes. Et les néos... Les pèlerins de Saint-Jacques eux-mêmes qui reçoivent ce carnet feront le rapprochement avec leur cheminement lent et douloureux sur la côte du cimetière Saint-Gervais, leur coquille sur le dos, parfois sous l'averse qui, pour cette espèce en transit, n'est pas une manne céleste. Passée la Croix-Rouge, sont-ils accueillis plus chaleureusement derrière les remparts ?

La Guerre des escargots est attribuée à Jean-Géraud Dastros, dont nous ferons le portrait bientôt, ou bien à un certain Darquier, le doute persiste, tous deux curés de Saint-Clar à la fin du 16ième siècle, Lectoure ayant toujours provoqué chez ses voisins quelque moquerie jalouse. La meilleure réponse sera d'en rire nous-mêmes. 

                                                              Alinéas

Petit glossaire : escargot se dit " limac " en gascon lectourois. Graphie maintenue pour la rime dans ce texte originellement en gascon et traduit par Alcée Durrieux, en français et en vers. Très belle double gymnastique linguistique en l'occurrence.

 

limacs - escargot gascon - jean gerault dastros - darquier - saint clar

 

Le Jeudi saint passé, à dix heures du soir,

Lorsque les Lectourois éteignaient leur bougeoir,

On entendit soudain dans la ville fermée

Retentir des cloches la voix sombre, alarmée :

Et chacun se hâta de quitter sa maison,

Chargé de pistolets et d'armes à foison,

Comme Preux décidés à terrifier la terre,

En déclarant encore aux Huguenots la guerre.

Qui vive ! Qui va là ! Où sont les ennemis ?

Tuons-les tous d'abord, pour commencer : amis,

Courage, défendons notre vaillante ville,

Tuons, tuons encor, fussent-ils trente-mille !

Avides de nos biens, ces Huguenots affreux

Veulent les prendre, et puis les partager entre eux ;

Que chacun s'organise en ordre de bataille,

Et courons écraser cette vile canaille.

Où se cachent-ils donc !!! où sont ces gredins ?

Cherchons un peu partout, jusques dans nos jardins.

Tous couraient, l’œil au guet, dans un trouble indicible :

Pourquoi me direz-vous ? C'était vraiment risible.

Les magistrats d'abord, puis bourgeois et marchands

Venaient, suivis d'un tas de braves artisans,

Armés de pied en cap, de couteaux, de serpettes,

De fléaux, de bâtons, et d'autres amusettes.

Les femmes portaient lampe, et cendre en leur sabots

Pour aveugler d'un coup ces chines de Huguenots.

 

L'un d'eux osa pourtant parler avec sagesse :

Essayant de calmer cerveaux en détresse,

Il dit : Pourquoi ces peurs ? en fous nous agissons;

Je ne vois que des gens cherchant des limaçons ?

 

Un Jacobin troussé comme un valet de pique,

Une bêche en sa main pour tenir lieu de pique,

A demi fou, franchit la porte du couvent,

Demandant les motifs d'un pareil mouvement.

Quand il entend parler de Huguenauderie,

Son zèle est excité, plus encor sa furie.

Il rentre en son couvent aussi prompt que l'éclair,

Et hurlant comme un loup, il appelle son clerc :

Lève-toi promptement, alerte, alerte, alerte!!!

Nous sommes menacés, prévenons notre perte!...

Le premier qui ouit sa formidable voix,

S'empara vivement du manche de la croix;

Le frère Cuisinier, garçon de bonne mine,

Se saisit tout d'abord d'un couteau de cuisine,

Et l'un des marmitons pour être arrivé tard

Ne trouva, pour s'armer, qu'un méchant tranche-lard.

Le Sous-Prieur perché sur sa vieille cavale

Saisit une marmite en guise de timbale.

Le Prieur défaillant, ce soir, couchait ailleurs.

Car en paix comme en guerre il était des meilleurs.

Ainsi, bien équipés, ils vont grossir les mille

Qui s'étaient assemblés en dehors de la ville,

Indignés, et pestant contre ceux du dedans

Qui, les fermant dehors, leur semblaient trop prudents.

 

D'aucuns portaient des faux à rebours emmanchées

Mais propres, ainsi que belles endimanchées.

L'aubergiste agitait son terrible hachoir

Sa femme un fouet de chiens, sa fille un dévidoir.

Le clair de lune aidant, ils étaient bien en vue.

Ainsi pour ces héros s'utilisa la nuit;

Et nul n'osa broncher pour s'aller mettre au lit.

Pour aromatiser ces différentes sauces

Les plus braves d'entre eux ch.... dans leurs chausses.

Certes ces malheureux avaient perdu le sens,

Apeurés par chercheurs de limacs innocents.

Ceux de la Cathédrale, abrités sous ses portes

N'eurent que les malheurs de coliques trop fortes.

Les braves Huguenots si vaillamment cherchés,

Ni dans trous ni dans creux ne furent dénichés;

C'est à croire vraiment que la Gent lectouroise

Perdit le sens commun dans sa grotesque noise.

Quand de telles frayeurs un peuple est convaincu

Il suffirait d'un pois pour lui boucher le c...

Les prudent Huguenots s'étant tapis sous terre,

Purent se dérober aux fureurs de la guerre.

Prisonniers par malheur, on les auraient changés

en chair à saucisses, et peut-être mangés,

Car ce noble pays compte parmi ses gloires

De ses fiers habitants les terribles mâchoires.


Le groupe féminin du quartier Marcadieu

S'avance, en vrai martyr de la cause de Dieu,

Bâtons, fuseaux, chenets, chaudrons, alènes, broches,

S'agitaient dans les mains, ou débordaient des poches.

On eut cru se trouver en temps de carnaval,

Avec masques ornés pour gambader au bal.

Les chignons de travers comme paquets d'étoupes,

Le désordre absolu confondait tous les groupes;

Les propos et les cris tonnaient comme au marché,

Jamais chasse aux limacs n'avait si bien marché.

Vers la porte du nord était en sentinelle

Un malin embusqué comme porte-nouvelle.

Immobile, attentif, son œil au moindre bruit

Brillait comme œil de chat au milieu de la nuit,

Qui sans avoir rien vu que des ombres

Aux rayons de la lune éclairant des lieux sombres,

Prenant pour Huguenots les branches d'un bosquet,

Se détourne essoufflé, tire un coup de mousquet.

Au seul bruit de son feu, palissant, il voit double,

Ses genoux sont tremblants, et son cerveau se trouble;

En tombant il risqua de se rompre le cou;

Des ennemis absents il crut sentir le coup.

Par malheur il glissa  dans de larges latrines,

Réservoir trop pourvu d'excédents de cuisines.

 

Quand la troupe entendit l'éclat inattendu,

Elle crut son veilleur déconfit, pourfendu.

Oh! mon Dieu, quel malheur ! Ils éclatent en plaintes

Et d'une mort prochaine ils sentent les atteintes;

Il faut nous préparer, disent-ils, au combat

Sans doute, avec l'ardeur du soldat qui se bat ?

Non, mais à mériter le salut de leur âme !!!

Ils s'inclinent, pleurant, aux pieds de Notre-Dame :

Dans leur frayeur ils voient les ennemis en tas

Au lieu de braves gens ramassant des limacs !!!

Je n'en finirai pas si je voulais tout dire,

C'est à se tordre d'aise, à suffoquer de rire !

Après mille ans et plus cet exploit sans pareil

Tiendra joyeusement les rieurs en éveil.

Onc ne vit-on Château qui, de nuit, prend les armes,

Et subit, affolé, les plus chaudes alarmes,

Pour quelques ramasseurs de limaçons juchés,

Cherchant avec flambeaux sur bâtons attachés.

 

Ainsi se dénoua l'horrible tragédie

Qui semblera toujours une pure folie;

Encor si limaçons paraissent aux marchés,

Bientôt les Lectourois sont aux remparts perchés.

Qu'en parfaite santé le bon Dieu nous conserve,

Et de telles terreurs à jamais nous préserve.

Ainsi soit-il.

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Illustration de Pertuzé. Notre Lactorate illustrateur avait prévu de raconter à sa façon cet épisode burlesque de l'histoire vrai de vrai de sa ville. Il n'en a pas eu le temps. Sur son site, encore accessible sur internet, l'illustration prévue à cet effet vient à l'appui d'une autre fable, de son cru celle-ci, intitulée " L'escargot présomptueux ", que les amateurs trouveront ici.

 

Et pour les locuteurs gascons, voir ici la version originale de La guèrra deus limacs.

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Contes

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Publié le 7 Novembre 2025

 

souvenir français lectoure - entretien cimetières morts pour la france lomagne gers gascogne

 

Ils sont précieux les hommes et les femmes qui se consacrent à la collectivité avec une grande expérience, sans ambition personnelle, sans arrière-pensée, mettant toute leur énergie et leur intelligence au service de valeurs nobles. Précieux et rares. Eric Boss était de ceux-là.

Officier issu de Saint Cyr, Eric Boss fera toute sa carrière dans l'Arme Blindée Cavalerie, en Allemagne et en France. Chef de corps du 12ième régiment de Cuirassiers à Mülheim (Land de Bade-Wurtemberg) en 1988, il sera affecté à la coopération militaire à Doha, au Qatar, de 1992 à 1996. Il est officier de la Légion d'honneur, officier dans l'ordre national du Mérite et promu Général de brigade en 2000.

Installé au Castéra-Lectourois à la retraite - mais un soldat l'est-il jamais vraiment tout à fait ? - il prend en charge le Souvenir français de Lomagne qu'il développera, le portant en 25 ans à plus de deux cents adhérents. Avec la confiance des collectivités locales du canton et le partenariat des associations d'anciens combattants, il donne une prestance nouvelle aux manifestations patriotiques, outre les anniversaires des grandes guerres, les hommages aux Sénégalais, à la Résistance, aux morts en Indochine, aux harkis algériens. Il crée l'espace de mémoire, le mur du souvenir et la tombe de regroupement annexés au cimetière des Sénégalais.

Doté d'une force de conviction et d'un naturel avenant, celui-ci relativement inhabituel chez un soldat de métier, il recrute, pour la quête annuelle du Souvenir français, un grand nombre d'enfants et d'adolescents qui donnent à cet évènement un caractère joyeux et optimiste. De même, il initie un certain nombre de contacts et d'actions de communication avec les établissements d'enseignement du primaire et du secondaire qui apprécient ses efforts et ses qualités pédagogiques.

patriotisme etablissements scolaires lectoure
Eric Boss préside la plantation d'un genévrier du souvenir par les élèves du groupe scolaire Castaing.

 

En 2007, Eric Boss est sollicité par l'association Mémoire du maréchal Lannes et la municipalité pour faire partie de l'équipe organisatrice du bicentenaire de la mort du maréchal d'Empire né à Lectoure, mort sur le champ de bataille en 1809. Il prend en charge plus particulièrement deux manifestations, celles qui mettent en œuvre une logistique lourde et exigent une organisation rigoureuse : le concert de musique classique à la cathédrale et le déploiement dans la ville de cent reconstitueurs en costume d'époque. La canonnade sur le Bastion, le bivouac sous les marronniers, le défilé des troupes chamarrées, la simulation d'une bataille à l'assaut de la citadelle seront de beaux évènements populaires qui raviront les Lectourois et le public venu de plus loin. Stockée dans un lieu tenu secret et sous haute surveillance (...), pour la première fois depuis les guerres de religion, la poudre parlera sur le Bastion et rue Nationale, mais à blanc. Amateur d'Histoire de France, évidemment compétent et intéressé par les faits d'arme historiques, Eric Boss met son sens de l'organisation au service de Lectoure qui sait se souvenir de ses enfants ayant eu un destin exceptionnel. Sans esprit partisan. Pour l'Histoire.

lannes lectoure - grande armée - essling - duc de montebello
Affiche du Bicentenaire Lannes 2009

 

Lectoure a la responsabilité d'entretenir un cimetière militaire où sont enterrés 73 tirailleurs Sénégalais morts en 1918. Eric Boss connait bien l'armée d'Afrique. Il est né au Maroc où son père était officier des goums, de ces tirailleurs marocains qui ont enlevé le Monte Cassino aux Allemands en 1943, dans un combat terrible qui fera dire à l’état-major allié, américain, que seules ces unités de l'armée d'Afrique française pouvaient "success the job". Tirailleurs nord-africains qui intégreront la première armée du général de Lattre, remonteront le Rhône, passeront le Rhin et poursuivront les nazis jusqu'en Autriche. Quant aux Sénégalais, on ne peut pas considérer comme nous l'avons entendu dire malheureusement officiellement récemment à Lectoure, qu'ils ont été "arrachés" à leur pays. Ils étaient fiers de combattre sous le drapeau français. Pour Pierre Vermeren, Professeur d'histoire contemporaine à l'université Paris-1 Panthéon-Sorbonne, "les Africains avaient quelque chose de chevaleresque, ils se battaient sans discuter, obéissant aveuglément à leurs chefs. Il n’y a eu aucune reculade. Ils faisaient l’admiration du commandement français, c’est pour cette raison qu’ils ont été couverts de médailles. C’étaient les meilleurs soldats qui soient". Ceci inclue bien sûr l'encadrement européen, officiers et sous-officiers. Sur les cimetières qui essaiment tout au long du chemin de l'armée venue des colonies, les croix chrétiennes et les étoiles de David juives côtoient dans une fraternité éternelle les croissants musulmans. Eric Boss était bien placé pour savoir ce que la France doit à l'armée d'Afrique, depuis Verdun jusqu'au delta du Mékong.

armée d'afrique lectoure - tirailleurs sénégalais lectoure
Affiche de l'Hommage aux Sénégalais 2023

 

Enfin, et ce ne sont que trois exemples des nombreuses implications d'Eric Boss, sous sa présidence le Souvenir français a œuvré à la mémoire des Lectourois morts pour la France plus récemment, en particulier trois d'entre eux pendant le dernier grand conflit en Indochine. Eric Boss a mis toute son énergie dans la balance pour faire inscrire le nom de Maurice Lalague sur notre monument aux morts alors qu'il en était absent pour des raisons de défauts de communication internes à l'administration militaire. La famille de ce légionnaire l'ayant sollicité, il fallait à la fois la connaissance des arcanes de la "grande muette" et l'obstination forte du désintéressement d'Eric Boss pour obtenir gain de cause et honorer enfin, après 70 ans, ce Lectourois disparu dans la jungle indochinoise.

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Les 3 Lectourois morts en Indochine : Maurice Lalague, Pierre Dugros et Maurice Toquebens.

 

Créée en 1887 dans le contexte de la perte de l'Alsace-Lorraine à la suite de la défaite de 1870, association reconnue d’utilité publique forte de ses 90 000 adhérents au plan national, la mission du Souvenir Français est d'entretenir les tombes des soldats morts pour la France, toutes confessions et toutes circonstances politiques et historiques comprises. Ce n'est pas un rôle abstrait ou funèbre. Le souvenir est vivant. Outre la nation reconnaissante, il est celui des familles, des veuves, des enfants... Longtemps après la disparition, l'absence laisse des traces et des blessures dans les cœurs. Eric Boss avait le sens de la relation humaine qui donne à l'action du Souvenir français toute sa profondeur, l'amour du pays et celui des femmes et des hommes qui y vivent.

Ainsi Eric Boss aura marqué profondément l'action mémorielle de Lectoure et de la Lomagne. Il faut espérer que l'élan perdure. Il n'est pas facile de remplacer les grands chênes.

Ayant rejoint ses illustres anciens, il appartient désormais à la terre gasconne.

Mes respects mon Général. Adishatz Eric.

Michel Salanié

 

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Eric Boss, Colonel, du temps de son commandement au 12ième Cuirassiers de Mülheim

 

Crédit photo. © Annik Boss, Souvenir français de Lomagne, Michel Salanié. 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #La vie des gens d'ici

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