Publié le 7 Février 2026
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Lectoure occupe une place privilégiée dans l'histoire de la photographie: invention de la photographie en couleur par Ducos du Hauron, festival Eté photographique initié par François Saint-Pierre, Centre d'art et de photographie...
Photogénique, cheminant entre Antiquité, Renaissance et modernité, entre nature et urbanité, esthète sans trop d'affectation, éclectique, aimable mais fière parce que gasconne, noble et paysanne à la fois, depuis l'invention de l'instrument à capter le réel, la ville s'adonne spontanément à l'art photographique.
Voilà un portrait psychologique anthropomorphe de la cité que l'on pourrait tout aussi bien appliquer à l'un de ses enfants en particulier, Léo Barbé, disparu en 2013, photographe.
Photographe et beaucoup plus. Érudit, longtemps secrétaire de la Société Archéologique et Historique du Gers, Léo Barbé est l'auteur de dizaines de publications dans les domaines aussi variés que l'histoire locale, l'architecture, la géologie et la spéléologie, la paléontologie, la biologie, la numismatique, la symbolique des pierres funéraires, l'histoire de la pharmacie, la meunerie... Issu d'une ancienne famille de meuniers, fils de pharmacien, après avoir entamé des études d'agronomie, bien que tenté par la biologie qu'il pratiquera de fait au cours de ses recherches, il reprend, sans doute en 1946, le laboratoire photographique de Pascal Tartanac au n° 80 de la rue Nationale. Il participe aux fouilles de Pradoulin, à l'époque de l'installation du stade et de la coopérative agricole, travaux qui ont mis en lumière la Lactora gallo-romaine, et à celles menées par Elie Ducasse, un autre érudit Lectourois et son ami, sur le plateau de Navère où affleurent les vestiges d'un cimetière datant de l'époque des invasions barbares. On lui doit la salle de la Pharmacie ancienne, annexe du musée archéologique Eugène-Camoreyt, ainsi que le musée d'Art sacré de la cathédrale. Léo Barbé a fondé et longtemps animé le Spéléo-Club de Gascogne. Joignant à sa passion de la biologie ce qu'il faut considérer, au-delà du sens artistique ou sportif, comme deux techniques scientifiques, photographie et spéléologie, il a contribué à étudier les chiroptères (chauves-souris) et les crustacés des cavités de Gascogne dont certains portent désormais officiellement son nom, en tant qu'« auteur » selon la terminologie scientifique, c'est à dire découvreur.
La grande salle du plus grand réseau souterrain du Gers à Bazian, 1.435 mètres de galeries près de Vic-Fezensac, est baptisée salle Léo-Barbé. La liste des contributions scientifiques du personnage n'en finirait pas.
Racé, un brin dandy, plein d'humour, il était une figure de notre ville. Sorti des longues heures passées dans le noir de son laboratoire pour développer photos d'identité, de mariage et tous autres sujets prosaïquement imposés qui font le pain quotidien du commerçant, il enregistre pour le plaisir et avec un sens artistique sûr, la vie autour de lui, du paysage à la macrophotographie. Il nous laisse un reportage sur une époque lectouroise révolue, estampillée " noir et blanc ", intermède élégant et poétique dans une histoire de l'art soumise à la prégnance parfois tape-à-l’œil de la couleur. Amoureux de la nature et du vivant, il aménageait l'intérieur familial en studio de prise de vue pour mettre en scène, au grand amusement de ses enfants, et se demandera-t-on celui de son épouse, batraciens, insectes et autres sujets d'étude lucifuges, c'est à dire fuyant la lumière et qui seront soumis pour la cause au traumatisme du flash, prélevés dans les cavités de La Romieu ou de Tané. Primé pour une photo de sa mère prenant le soleil au dessus des toits, caractéristique de la vie lectouroise, épicurienne et bourgeoise à la fois, Léo gagne un voilier qui lui permettra de robinsonner en famille autour des îles d'Hyères, échappée idyllique outre Gascogne, pour entretenir dans le regard de l'artiste son ouverture d'esprit, sa curiosité et sa jeunesse.
Comme souvent les passionnés, Léo Barbé ne prenait pas le temps de rassembler les photographies qu'il confiait sans compter aux institutions auxquelles il collaborait et à ses relations. Plongé dans l'instantané, sans doute n'avait-il pas conscience de l'intérêt de la somme. Son œuvre étant hétérogène et dispersée par conséquent, sauf en matière de spéléologie qui a fait l'objet d'un ouvrage (Spéléologie en Gascogne - accessible ici), la signature de Léo Barbé apparaît toutefois toujours aujourd'hui au gré des recherches des amateurs et des chercheurs sur les bases de données scientifiques et historiques. Sa contribution à la mémoire de son époque et de son pays lectourois est précieuse et mérite a minima notre hommage et sur ce carnet le plaisir de vous la faire partager.
Alinéas
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GRANDE SALLE DU SINAÏ - LA ROMIEU. Qui peut imaginer en randonnant paisiblement sur nos chemins pèlerins ou villageois, ou bien l'agriculteur affairé en alignant sur le terreau de surface les semis de sa prochaine récolte, que notre sous-sol est truffé de vides où " la main de l'homme n'a jamais mis les pieds "? La formule est de Léo.
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LECTOURE VUE DEPUIS SAINT-GÉNY. Angle de prise de vue classique. Mais se souvient-on que dans les années 50, la Lomagne n'est pas couverte de blés ou de tournesols à perte de vue ? L'élevage bovin domine. Les prairies et les haies bocagères rythment le paysage et la fenaison les saisons. Jusqu'aux portes de la ville.
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BLAZIERT. En photographie, un espace vide a du sens; paradoxalement, alors que le photographe recule, l'à-plat grandit le sujet. Posé sur cette ligne d'horizon que les arbres définissent, le joli village de Blaziert se rassemble et s'élève. Un cadrage serré l'eut modéré, Léo l'exhausse. Les collines de Gascogne sont riches de ces envols.
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FLAMARENS. De nombreuses photos de Léo Barbé documentent le patrimoine architectural régional. Ce cliché du château de Flamarens est à rapprocher des prises de vue récentes du bâtiment magnifiquement restauré et qui a retrouvé il y a peu, sur la tour maîtresse, son toit en poivrière. La ruine est romantique mais la fin de l'histoire n'est jamais sure.
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LE DÉPART DES CONCURRENTS DU CONCOURS DE PÊCHE À LA LIGNE. Document amusant mais également d'un certain intérêt sociologique. La pêche à la ligne est un sport important après-guerre où les loisirs sont rares et où la maîtresse de maison ne dédaigne pas de varier les menus. Etant données les tenues relativement couvertes, on proposera de dater ce cliché de la foire de la saint Martin. Léo Barbé est sorti précipitamment de son commerce, que l'on distingue sur le trottoir de gauche sur la photo, pour saisir l'évènement sur le vif. La troupe descendra en bon ordre au Gers à pieds. Le retour se fera en ordre dispersé sans doute, en raison du dénivelé, et des résultats plus ou moins positifs de l'exercice...
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AU STADE. L'après-guerre marque le développement des activités sportives et, avec lui, la libération du corps de la femme et son image. Lectoure s'est doté d'équipements répondant aux aspirations de sa jeunesse. On distingue le fronton de pelote basque en arrière-plan. Le geste sculptural est capté idéalement par un effet de contre-plongée.
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VOLLEY DIVIN. Au vu du relief, peut-être s'agit-il des sœurs de La Providence, dans leur jardin conventuel du plateau de Lamarque, des religieuses aujourd'hui en costume civil. Cependant les circonstances de la prise de vue n'ont pas été mémorisées par Léo Barbé. Le "cliché", au sens figuré, des ordres monastiques rigides et tristes est remisé. Encore une photo typique de l'évolution des mœurs sur la deuxième moitié du 20ième siècle. Composition... céleste.
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LA LISEUSE. Au cœur de la ville, dans la maison où elle est née, portrait de Germaine Ricau, mère de Léo, épouse du pharmacien Barbé dont l'officine est située en face de la halle, un commerce qui existait encore à cet emplacement il y a peu. Sans doute y a-t-il eu mise en scène. La composition est très étudiée et la maîtrise de la lumière parfaite. Une page du journal fait office de pare-soleil. Ce n'est peut-être pas une fantaisie mais un geste familier car le chapeau de paille pour le jardin ou la promenade doit être resté accroché dans le vestibule au rez-de-chaussée. Rue Nationale on vit à l'étage et côté cour.
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CLAUDINE, FILLE DU PHOTOGRAPHE. Même pièce d'intérieur que précédemment, sous la pluie cette fois. Prise de vue rapprochée et légèrement décalée à gauche, ce qui permet d'intégrer la silhouette du clocher de l'église du Saint-Esprit. Ambiance intimiste. Et toujours un beau contrejour.
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JACQUES, LE FILS. Fauteuil art déco, lampe années 50. Prise de vue en contre-plongée pour accentuer la position d'équilibre et le geste d'effort. L'apprenti lecteur fera t-il le bon choix dans cette bibliothèque richement étagée ?
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QUEL DÉLAOUATZ ! ( Quel déluge ! en argot local ). "La pluie fait des claquettes sur le trottoir à minuit" chantait Claude Nougaro. La photo de Léo Barbé prise rue Nationale aurait fait une jolie pochette de 45 tours yéyé (comprenne qui pourra). On imagine le photographe à l'abri de son pas-de-porte commerçant, encourageant le modèle, Louise son épouse, à prendre malgré tout la pose...
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UNE FILLE DANS LE VENT. Autre opportunité pour l'artiste, autre instantané, la nature, gasconne ou peut-être méditerranéenne ici pour le couple photographe-modèle en goguette, se prête bien à la photo d'ambiance ou de charme. Voilà une composition originale où un rideau de prudes graminées opalines et un mâle cyprès rivalisent d'empressement autour du sujet qui les ignore, tout à son mentor.
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Photos : © Succession Léo Barbé
Je remercie Jacques, Sylvie et Claudine, ses enfants, de m'avoir autorisé à publier ces photos qui restent leur propriété exclusive ainsi que pour m'avoir communiqué les détails de sa biographie et les anecdotes qui mettent en valeur le caractère original de Léo Barbé.
Photo de Niphargus vandeli Barbé : www.insecte.org
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