litterature

Publié le 10 Mai 2018

Dans les années 1970, mademoiselle Karen K., jeune enseignante de lettres toute fraîche émoulue de l’université, débute sa carrière dans un lycée de la périphérie de New York. Comme il est de bon ton, elle est invitée par le club féminin de lecture de la ville. On pense ainsi, très civilement, permettre à la nouvelle arrivante de se présenter, de faire connaissance et de s’intégrer. Lors de chacune de ses réunions, le club demande à une des participantes de lire à voix haute l’extrait d’un ouvrage sélectionné par un comité de lecture rassemblant les plus cultivées de ces dames. Mademoiselle Karen est évidemment désignée. La règle du club veut que la lectrice du jour ne connaisse pas l’œuvre. L’auteur : James Salter, diplômé de l’académie militaire de West Point, pilote de chasse, héros de la guerre de Corée, a connu le succès en 1956 avec un premier roman The Hunters (Pour la gloire dans sa traduction en Français) qui sera porté à l'écran en 1958 avec en vedette Robert Mitchum. Les hommes, la guerre, l’héroïsme. Karen est en confiance.

James Salter, pilote de chasse pendant la guerre de Corée

 

Le titre du jour : A sport and a pastime.  

L’ambiance est feutrée. Le thé est servi. Quelques minutes s’écoulent où l’on échange amabilités et banalités. Puis Karen ouvre le livre et commence à lire, le plus posément et clairement possible, découvrant le sujet au fur et à mesure, comme la plupart des auditrices.

C’est l’histoire d’un jeune couple d’amoureux, lui américain aisé et dilettante, elle petite française provinciale. Le narrateur est un ami dont on ne sait s’il a vu ou entendu ce qu’il décrit ou bien s’il fantasme…

Chapitre 19. « Un après-midi, en visite aux sources de la Marne, ou peut-être est-ce à Azay-le-Rideau, rien n’est certain, ils se promènent en prenant le soleil et parlent des façons d’aimer, la douce variété […] Ils marchent lentement, les yeux au sol. De loin, on dirait des camarades de classe en train de discuter d’un examen. […] Ils sont arrivés à la voiture. Il lui ouvre la portière, puis fait le tour jusqu’à son côté ».

Karen se redresse et cherche du regard l’organisatrice de la rencontre. Celle-ci d’un sourire bienveillant valide cette introduction et d’un hochement de tête l’encourage à poursuivre.

« Et puis, dans cette fabuleuse voiture qui n’existe que dans mes rêves, comme le Hollandais volant, comme le cor de Roland, qui sillonne les routes désertes de France avec ses phares un peu ternis, son élégance un peu décatie : dans cette Delage bleue avec ses portières qui ouvrent dans le mauvais sens, les genoux l’un contre l’autre, bien calés dans les sièges, ils filent vers chez eux [...] Les villages s’estompent, les rivières deviennent noires. Elle le déboutonne et sort son sexe en érection ; pâle comme un héron au crépuscule,... »

Karen s’interrompt pensant à une erreur de typographie. Non, c’est bien ce qu’il y a écrit ! Un moment d’hésitation, une bouffée de chaleur l’envahit.

Notre jeune et innocente professeure piquera ce jour-là le fard de sa vie.

Cherchant de l’aide dans l’assistance, on lui fait signe de continuer. Elle s’éclaircit la voix d’un raclement de gorge et reprend avec à présent, elle le sent, un léger tremblement de la diction. Quel ton doit-on prendre quand on lit en public un tel texte ?!

« …tous deux regardant la route droit devant eux comme n’importe quel couple. Elle forme un cercle avec ses doigts qu’elle lui passe doucement autour, et puis qu’elle fait descendre. Ses doigts si frais, si fins […] Dean reste assis droit comme un chauffeur. Il respire à peine. […] La nuit est froide. Elle est silencieuse, d’une clarté perçante. Contre l’obscurité des toits, rapprochées les unes contre les autres, les flèches de la ville s’élèvent, illuminées, baignées de lumière terrestre ».

Le chapitre comporte une deuxième scène très érotique que nous tairons, non par pudeur, mais pour ne pas enflammer notre cybercarnet… Et il en va de même pour chaque chapitre.

Il faut tout de suite rendre à la vérité littéraire que ce roman n’est pas pornographique. Salter peint l’éternel et dramatique face à face du corps et de l’esprit. Il y a là aussi une belle description de la France des années soixante, la photo d’une époque révolue, entre Robert Doisneau pour le quotidien et Jeanloup Sieff pour la sophistication. Mais je me souviens avoir fait rire mes amis dubitatifs et peu réceptifs à mon romantisme naïf lorsque je disais mon admiration pour le film de Jean-Jacques Annaud mettant en image L’amant de Marguerite Duras, au motif qu’il comportait de magnifiques paysages d’Asie.

Jane March, jouant le rôle de Marguerite Duras dans l'Amant

 

Salter a souvent décrit son amour de la France. « Quand vous voyagez d'un pays à un autre, l'air sent différemment. Je ne veux pas parler seulement du parfum des villes, mais de la nature, de la texture de l'air qu'on y respire, des bruits qu'on y entend, ceux de la rue, du trafic... En France, même le téléphone sonne français. Les choses changent, naturellement. Je me souviens d'une France qui n'était pas si moderne, si intense. Une France des routes vides et des plages désertes, où, quand on roulait le long de la nationale 7, on pouvait entendre le bruit des arbres qui défilaient et qui faisaient "cha-cha-cha"... Cette France-là a disparu. Mais pourquoi être sentimental à ce sujet ? Les gens qui naissent aujourd'hui ne voient pas le changement. Paris, par exemple, est restée presque la même. Et elle défend très bien sa position dans le monde. Elle a l'affection des gens. »

C’est fini. Karen se laisse choir sur sa chaise, abasourdie. Quelques secondes de silence, puis la conversation reprend dans l’assistance, à propos de choses et d’autres et de l’air du temps, comme si de rien n’était. Pour conclure, l’organisatrice, dont on ne dit pas si elle savait ce qu’elle demandait de lire à Karen, annonce la date de la prochaine réunion.

Les années ayant passé, après cette lecture à voix haute-surprise qui est devenue pour elle une plaisanterie racontée à l’envi, Karen et son mari Edward, retraités, sont arrivés à Lectoure en 2013 après avoir traversé le Pays basque et les Landes. Ils choisissent leurs étapes sur les pas de Salter. Car en 1969, l’écrivain a parcouru le Sud-Ouest en tant que metteur en scène d’un film intitulé Three, inspiré de ce fameux roman, avec en particulier une toute jeune actrice nommée Charlotte Rampling. Mais sans aucune scène érotique. Et sans succès.

 

Il est question une fois de Lectoure dans l’œuvre de Salter, ce pourquoi nous lui donnons une place dans notre rubrique littérature bien qu’il ne s’agisse pas d’un roman mais d’une sorte d’almanach gourmand, Chaque jour est un festin, écrit en collaboration avec sa femme, Kay Salter. La date du 28 août est consacrée à l’Armagnac. Après avoir comparé notre belle aguardiente au cognac et vanté ses mérites, les auteurs racontent une anecdote qui leur paraît illustrer l'ambiance de la Gascogne.

« Comme nous passions ce mois d’août dans une grand ferme près de Lectoure, nous fûmes invités à quelques-uns de ces dîners par l’intermédiaire d’amis. Par une chaude soirée, à une tablée de 40 personnes, l’hôte leva son verre et proposa, en solide bon vivant du Sud-Ouest, que tout le monde se réunît dans le salon pour un concours de chant. Soudain à une table voisine, un homme poussa un cri et se mit debout ; quelques instants plus tard, une femme fit de même. Il fallut quelques minutes pour s’apercevoir que six mètres plus haut, cachées dans les moulures, des guêpes succombaient sous la montée de la chaleur et tombaient comme des billes de plomb sur les tables, piquant partout où elles atterrissaient.

Le concours de chant fut annulé, mais on refit passer une tournée d’armagnac comme antidote et consolation ».

Entre sport, passe-temps et festin, Salter ne choisit pas. Ses couples font l’amour, voyagent et mangent plutôt luxueusement. On s’interroge évidemment et puis souvent on se perd.  Rien que de très actuel.

Bien qu’elle ait été diffusée de façon relativement confidentielle, la première édition de Un sport et un passe-temps a fait scandale. La publicité qui se voulait humoristique énonçait qu’il ne s’agissait pas de baseball… Au total, cet écrivain rare aura publié seulement six romans. Aucun de ces ouvrages n’a connu de succès de librairie très important mais la critique élogieuse et un public de plus en plus nombreux et fidèle ont assuré sa notoriété. Son érotisme cru et sans lyrisme appartient à son époque. Les révoltes de la jeunesse du monde, la libération sexuelle, le festival de Woodstock. Et chez nous, Je t’aime, moi non plus de Gainsbourg et Le dernier tango à Paris de Bertolucci.

Guillaume Goubert dans La Croix dit de lui : "Sa prose ne repose pas sur des effets de vocabulaire ou des tournures complexes. L’enchantement tient aux imprévus de son cours. James Salter sait restituer le décousu de la vie, le tumulte des pensées qui, précisément, ne sont pas pensées, ces sentiments contre lesquels, a dit un jour Milan Kundera, on ne peut rien. La vie intérieure des personnages apparaît ainsi dans ce qu’elle peut avoir d’erratique, d’inconséquent, d’inavouable."

 

En littérature, Salter est à l’idée de couple, au paysage du quotidien, à la lumière et à l’ombre, fugaces et méditatives, ce que Edward Hopper est en peinture. Les histoires sont simples, banales, à la limite de l’ennui si l’on ne pressentait pas le détail, le mot qui surgira, bouleversant notre vision de l’instant et transformant cette banalité en un tableau à la portée universelle.  Son style est qualifié d’élégant, de lumineux. Lui-même disait dans une interview parue en 1993 dans la revue The Paris Revue «Je suis un frotteur, quelqu’un qui aime frotter chaque mot dans sa main, pour le faire tourner et le sentir, pour comprendre si c’est vraiment le meilleur mot possible. Est-ce que ce mot dans cette phrase a un potentiel électrique ? Est-ce qu’il est utile ? Trop d’électricité va faire dresser les cheveux du lecteur sur sa tête. C’est une question de rythme.»

En exergue de son dernier roman, Et rien d’autre, on lit ce qui peut être considéré comme son testament littéraire : « Il arrive un moment où vous savez que tout n’est qu’un rêve, que seules les choses qu’a su préserver l’écriture ont des chances d’être vraies. »

 

                                                                          ALINEAS

 

En 1969 à Lectoure, pas de Delage pour les amoureux mais Dauphine, 4L et Deuche.

 

PS. Je ne choisis pas les auteurs de cette rubrique Littérature. Ce sont eux qui choisissent Lectoure. Victor Hugo ici et Alexandre Dumas ici, qui ont précédé Salter sur notre carnet, n’ont pas écrit de textes érotiques, leur époque ne le permettait pas. Etant de vrais ogres, dominateurs et insatiables, ils en auraient pourtant trouvé, à demeure, la "matière première". Leur créativité était-elle dépendante de leur caractère et de leur liberté de mœurs ? Paradoxalement, ces deux génies littéraires ne pourraient probablement pas vivre leur vie aujourd’hui comme ils ont pu le faire au 19ième siècle.

 

On trouve de nombreux articles de presse consacrés à l'œuvre et à la vie de J. Salter sur internet. Je recommanderais celui-ci, où l'on croise Gide, Duras et Nabokov, écrit à l'occasion de la parution de son dernier roman en 2014, Et rien d'autre, dont l'action se déroule dans le monde de l'édition:

http://next.liberation.fr/livres/2014/08/27/james-salter-en-pique-sur-le-monde-de-l-edition_1088178

 

ILLUSTRATIONS:

- Montage titre: M. Salanié

- Photos Salter, United Artists, JJ. Annaud

- Edward Hopper, Excursion into philosophy

- Carte postale Cim

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 4 Novembre 2017

LES PERDRIX DE LECTOURE 

Cette intrigue lectouroise c’est un peu « Tambouille et embrouille aux pieds des remparts ». Comme dans tout polar, il y a les bons et les méchants. Les bons : l’officier de service au château et une bonne fille qui défendra mordicus son père, accusé de crime, dont je ne vous dirai pas, pour maintenir l'intrigue en suspension aurait-on dit au Moyen Âge, dans quelle catégorie il se rangera. Et les méchants : un chanoine, qui dispense avant l’heure la justice céleste, et une cuisinière qui ne surveille pas son feu. Une belle broche de perdrix brûlée, c’est impardonnable il faut le dire.

Et bien sûr, au milieu de cette distribution des rôles aux habitants de notre bonne ville, un mort, assassiné de surcroit, aubergiste de son vivant, malheureusement ayant l’aiguillette nouée, cocu de ce fait et

finalement défenestré. Je vous rassure, il y a prescription car l’affaire se déroule en 1199. En outre la cuisine lectouroise n’est pas en cause. Nous avons interrogé l’auteur, qui est bien passé à Lectoure mais nous a confié n’y avoir pas mangé. Ouf ! Car le sujet est sensible aujourd’hui…

 

Jean d’Aillon – pseudonyme de Jean-Louis Roos – est un écrivain auteur de nombreux romans policiers historiques. Les perdrix de Lectoure est une courte nouvelle publiée initialement en accompagnement du roman Paris – 1199, puis réunie avec d’autres sous le titre L’évasion de Richard Cœur de Lion et autres aventures. Le héros, chargé de résoudre toutes ces énigmes ayant pour cadre le règne de Philippe le Bel, est Guilhem d’Ussel, chevalier troubadour, une sorte de Sherlock Holmes en cotte de mailles. Un gars vraiment sympathique ce Guilhem, allez disons-le, avec quelque chose de gascon: bonne chair, joyeux compagnon, aimant la castagne, plutôt rebelle et individualiste.

Pour le mettre en situation de résoudre ces énigmes à une époque tourmentée et brutale, Jean d’Aillon a tout d’abord fait subir à son héros un parcours qui lui permettra, avant la vièle et l'amour galant, d’apprendre au sein d’une compagnie de brigands de grands chemins, les fameux « écorcheurs », la ruse et le maniement de l'arbalète, de l'estoc et de la dague. Puis Guilhem passera du bon côté du gibet.

Très documenté, Jean d’Aillon nous fait découvrir, au fil de l’intrigue, un Moyen Âge vivant et sensuel. Le vêtement, la ville, l’art de la guerre et la cuisine y sont décrits avec forces couleurs, senteurs et sonorités. Il est très agréable d’avoir le sentiment d’apprendre l’Histoire en lisant une fiction.

 

La courte aventure lectouroise de Guilhem d’Ussel a pour scène principale nos chers remparts où l'auteur installe l’hôtellerie à l’enseigne de La Maison d’Elie dans laquelle vont griller les malheureuses perdrix – oui, c’est vrai, je ne m'y fais pas, ça me navre. A proximité bien sûr, la fontaine Hountélie, devenue Diane ultérieurement.

Jean d'Aillon, alias Jean-Louis Roos

En repérant les lieux, Jean-Louis Roos a dû remarquer la tannerie royale, totalement postérieure quant à elle à l’époque du récit, qui lui aura fait donner à un tanneur un rôle important et à un certain gant de cuir la fonction d’indice troublant. La cathédrale n’est pas loin bien sûr, et nous l’avons dit, le chanoine ne tient pas ici le beau rôle mais l’honneur de l'Eglise est sauf, monseigneur l’Evêque n’apparaîtra pas sur la scène. Enfin, le château à l’extrémité de la ville où l’on ira chercher l’autorité judiciaire lorsqu’il y aura mort d’homme.

Ici se situera notre seul petit correctif, l'auteur ne nous en voudra pas :

à cette époque, le château n’est pas celui du comte d’Armagnac, qui n’héritera de Lectoure qu’en 1325, mais celui du Vicomte de Lomagne. Une erreur historique – qui n’en fait pas ? – qui n’enlève rien à l’intérêt du récit.

 

Nous n’en dirons pas plus pour préserver intact le plaisir de la lecture de ces perdrix là.

 

Guilhem d’Ussel parcourt l’Europe médiévale en tout sens : Londres,

Blondel de Nesle, le luth et l'épée

Rome, Cluny, Marseille, Toulouse… Il y côtoie certains personnages ayant existé, ainsi Blondel de Nesle, seigneur et trouvère lui aussi, qui se fit reconnaître de Richard Cœur de lion en chantant une romance composée en duo avec le célèbre roi, au pied des murs de la forteresse où l’empereur Henri VI le retenait prisonnier, Trifels dans la forêt du Palatinat. Un exemple parmi d'autres des évènements et des sites historiques où Jean d'Aillon nous guide. Le sens de l'observation, l'intuition et la déduction de Guilhem d'Ussel nous captivent. Son courage et son adresse nous enchantent. Un héros donc, mais un homme qui peut également douter et avoir ses faiblesses. Sympathique, vraiment. Au cœur d'une époque où poésie et maniement des armes n'étaient pas antinomiques.

 

Il est dommage que nos remparts, et notre cuisine, n'aient pas su retenir l'auteur et le chevalier troubadour plus longtemps à Lectoure que le temps d’une nouvelle.

 

Enfin revenons à nos perdrix ! Cette histoire nous a donné envie d’en rôtir quelqu’une à la table d’hôte de la Mouline de Belin et je suis donc parti à la recherche d’une recette. Et devinez où Google m’a conduit : jusqu’au dictionnaire de cuisine d’Alexandre Dumas ! Me voilà revenu au précédent alinéa de la rubrique Littérature !!!

Après une introduction à vous faire baver… littéralement bien sûr, le grand écrivain, qui avait réussi tout de même le morceau d’anthologie de faire inviter Porthos et d’Artagnan à la table de Louis XIV*, passe en revue une brochette de recettes de perdrix dont la plupart sont attribuées aux ennemis de notre Gascogne : à l’anglaise, à la parisienne, à la Périgueux, à la bourguignonne, à l’italienne…

 

- Et pas de perdrix à l’armagnac ?!

- Morbleu ! Nous allons devoir remédier à cela.

 

                                                                          Alinéas

Les perdrix de Lectoure - 4ième chapitre du livre L’Évasion de Richard Cœur de Lion et autres nouvelles (Flammarion, 2015)

* Voir Le Vicomte de Bragelonne

Sources:

A propos de Jean d'Aillon et de son œuvre: https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_d%27Aillon

Blondel de Nesle, seigneur et trouvère: https://fr.wikipedia.org/wiki/Blondel_de_Nesle

Les perdrix du Grand dictionnaire de cuisine d'Alexandre Dumas: http://www.dumaspere.com/pages/bibliotheque/chapitrecuisine.php?lid=c1&cid=581

Illustrations:

- Les perdrix: Détail d'un vitrail au Musée national du Moyen Âge de Cluny

- Scènes médiévales, broche devant la cheminée et drame derrière les remparts: Le décaméron de Boccace, Gallica BnF

- Blondel de Nesle aux pieds du château de Trifels: J.M. Kronheim, Pictures of english history

- Scène de cuisine médiévale: Kuchenmaistrey, premier livre de cuisine allemand, Peter Wagner 1485.

 

 

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Rédigé par ALINEAS

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Publié le 21 Juillet 2017

GRAND VENT SUR

 

L’ANCIEN RÉGIME

 

L’histoire se déroule en 1779, à l’approche de la Révolution française. Le capitaine Paul est corsaire. Un pirate aux yeux de ses adversaires de marine régulière. Sa frégate, L’Indienne, armée par Louis XVI est engagée aux Amériques par les insurgés contre le royaume d’Angleterre. A l’occasion d’une escale à Lorient, le jeune comte d’Auray monte à bord et transmet au marin l’ordre ministériel de convoyer à Cayenne un certain Lusignan condamné à la déportation à perpétuité. Mais pendant la

Capitaine Paul par Lossing, US History Image Source

traversée vers l’Amérique du sud L’indienne est interceptée par un navire anglais, Le Drake. Lors de l’abordage, dont la frégate sous pavillon étoilé sortira victorieuse, Lusignan se comporte héroïquement, et Paul découvre les raisons injustes de l’exil de son prisonnier.

- Monsieur, lui dit-il, vous me raconterez ce soir votre histoire, n’est-ce pas ? Car il y a quelque lâche machination cachée là-dessous. On ne déporte à Cayenne que les infâmes, et vous ne pouvez être infâme étant si brave ! 

Du grand Dumas.

 

Seuls les trois premiers chapitres du roman se déroulent en mer. Il ne s’agit donc pas d’un récit d’aventure, de cape et d’épée ou de pirates. Mais puisque notre Carnet d’alinéas se limite volontairement, en principe, à un périmètre raisonnable autour de Lectoure, voilà l’occasion inespérée de prendre un peu le large. Bienvenue à bord de l’Indienne au moment de sa prise en chasse par Le Drake.

 

« Pendant ce temps le vaisseau que vingt minutes auparavant avait signalé la vigie, et qui était apparu d’abord comme un point blanc à l’horizon, était devenu peu à peu une pyramide de voile et d’agrès. Tous les yeux étaient fixés sur lui, et quoique aucun ordre n’eût été donné, chacun avait fait ses dispositions individuelles comme si le combat eût été décidé. Il régnait donc à bord de l’Indienne ce silence solennel et profond qui, sur un vaisseau de guerre, précède toujours les premiers ordres décisifs donnés par le capitaine. Enfin, lorsque le navire eut grandi encore pendant quelques minutes, la carène à son tour sembla sortir de l’eau comme avaient fait successivement ses voiles. On put voir alors que c’était un navire un peu plus fort de tonnage que l’Indienne et portant trente-six canons ».

 

 

Trois chapitres donc pour tracer le portrait du capitaine Paul, courageux, juste et lucide sur les hommes et le monde. Une sorte de mousquetaire des mers, sauf l’humour, absent du récit contrairement à la trilogie célèbre et qui a fait une part de son succès. Cette longue approche de l’intrigue permet au romancier de dessiner le caractère d'un homme qui va se trouver confronté aux rigidités de l’ancien régime.

 

En effet, revenu en Bretagne six mois plus tard, Paul apprend d’un vieux serviteur de son père décédé dans des conditions mystérieuses, qu’il est le fils illégitime de la Marquise d’Auray. Il est donc le demi-frère d’Emmanuel d’Auray, rencontré à Lorient. Et l’histoire se répète puisque la Marquise cache l’enfant illégitime que sa fille Marguerite a conçu hors mariage avec… Lusignan bien sûr, que l’on a voulu éloigner pour sauver l’honneur. Nombreux sont les bâtards chez Dumas. Drame familial compliqué donc, voire alambiqué à nos yeux aujourd’hui. 

Peinture sociale des mœurs aristocratiques de l’ancien régime où Dumas dénonce les conventions, les arrangements financiers et surtout l’autorité absolue des parents sur leurs enfants.

Dumas porte les idées de son temps. Mais, ses biographes l’ont souligné, petit fils d’une esclave haïtienne et d’un aristocrate, fils d’un général napoléonien, Alexandre Dumas travaillera sans cesse à faire l’amalgame d’origines qu’il ne renie pas, et de son engagement démocrate.

 

Paul s’interpose pour que l’on ne marie pas sa demi-sœur au baron de Lectoure. Voici donc notre « lectourois » entrant en scène.

 

L’homme est influent mais ruiné. De leur côté, pour retrouver leur ancien rang à la cour du roi, Emmanuel d’Auray et sa mère, la Marquise, sont prêts à toutes les compromissions avec le baron.

- Ne sommes-nous pas assez riches pour lui refaire une fortune, s’il nous refait une position ?

En effet, Lectoure lie amitié avec Emmanuel par intérêt, lui offrant le commandement d’un régiment de dragons et, sans même la rencontrer, proposant d’épouser Marguerite. Arrivé au château d’Auray, alors que celle-ci tente de l’éconduire, il lui donne sa vision du mariage, sans détour:

- On épouse, l’homme pour avoir une femme, la femme pour avoir un mari ; c’est une position, un arrangement social. Que voulez-vous, mademoiselle, que le sentiment et l’amour aient à faire dans tout cela? 

On l’aura compris, le baron de Lectoure n’a pas le beau rôle. N’est pas d’Artagnan qui veut. Malgré son nom, celui d’une ville chargée d’Histoire, le personnage ne bénéficie pas d’un seul des traits de caractère du gascon le plus célèbre, le mousquetaire intrépide et plein d’esprit, admiré dans le monde entier.

 

Nous n’en dirons pas plus car on lit Le capitaine Paul avec intérêt. Une galerie de portraits à la charnière de l’ancien régime et de la société née de la Révolution, ou des révolutions puisque Paul est un héros de la guerre d’indépendance des Etats-Unis. Un contexte de bouleversements politiques choisi par Dumas pour donner à cette affaire de famille romantique, voire à nos yeux mélodramatique, un fond tout-à-fait réaliste et construit à dessein. Roman social donc et non point d’aventure. Les historiens qui étudient l’évolution des mœurs dans le cadre familial situent effectivement au 18ème siècle les grandes mutations sociologiques.

 

Comme a son habitude Dumas part de faits réels pour construire son scénario. On le sait, pour son chef-d’œuvre, Les Trois Mousquetaires paru en 1844, il s’est largement inspiré des mémoires apocryphes de d’Artagnan rédigés par Gatien de Courtilz de Sandras en 1700.

Le capitaine Paul a également réellement existé. Mais il était écossais et non pas breton comme Dumas a choisi de le faire naître pour servir son scénario. Passé effectivement au service des insurgés américains, il est considéré comme héros de la guerre d'indépendance et fait l'objet d'une abondante littérature et iconographie.

John Paul Jones vers 1781, par Charles Willson Peale

Il est connu notamment pour avoir remporté la bataille de Flamborough head sur les côtes britanniques, sa frégate le Bonhomme

Richard ayant sombré après que Paul soit passé à l’abordage sur le HMS Serapis.

Bataille de Flamborough head (1779) par le lieutenant de marine William Elliot

On lui prête la formule pleine de panache, alors que son adversaire lui demandait de se rendre : « I have not yet begun to fight ! » (« Je n’ai pas encore commencé à me battre »). Si Dumas en avait eu connaissance, aurait-il résisté à exploiter cette merveilleuse passe d’armes orale lancée d’un bordage à l’autre ?

 

Mais revenons au baron de Lectoure puisque notre thématique nous discipline. Comment Dumas a-t-il choisi ce nom ?  Voici quelques pistes.

Notre amie Marie-Claude Péres à laquelle nous devons le bonheur d’avoir découvert ce roman quelque peu oublié, suggère qu’Aurélie Soubiran dite Princesse Ghika, connue à Lectoure pour y avoir fini sa vie, fréquentait Dumas père dans le salon littéraire du dessinateur Gavarni durant les années 1840. La genèse du capitaine Paul dans les projets du romancier date plutôt du milieu des années 30, mais cela demanderait à être fouillé.

Le comte de Bastard par Perronneau (1747).

Nous connaissons par ailleurs au moins trois barons nés à Lectoure, voire quatre en tenant compte de la transmission du titre par filiation, que Dumas a pu croiser. Ils tiennent leur titre cependant, non pas de l’Ancien Régime, mais de l’Empire ou de la Restauration. Ce sont Jean-Baptiste de Bastard (1769-1833) et son fils Dominique-Gabriel-Edouard (1797-1868), Jacques-Gervais Subervie (1772-1836) et Jean-Baptiste Dupin (1772-1863).

Si l’on imagine que Dumas a choisi son baron de Lectoure parmi la vieille  noblesse à fin de dénonciation des travers de cette société, les membres de la famille de Bastard sont les plus susceptibles de l’avoir inspiré. Le comte de Bastard dont le musée du Louvre conserve le portrait reproduit ici est d'une génération ayant précédée nos deux lectourois et dont nous n'avons pas recherché le lien parmi une très abondante parenté. Plus âgé que le personnage de Dumas, il nous a semblé cependant bien dans le ton.

 

Disons enfin que, pour retenir le nom de Lectoure, le romancier a pu être tout simplement séduit par une sonorité, un vague souvenir, une information fortuite. Quelqu’un sait-il ?

 

En tout cas, ce rôle romanesque peu glorieux ne pouvait pas servir la réputation de notre ville. Heureusement, pourrait-on dire paradoxalement, malgré son intérêt historique et sociologique, Le capitaine Paul est tombé dans l’oubli littéraire, occulté définitivement par Le chevalier d’Harmental, Le Comte de Monte-Cristo, La reine Margot et bien sûr les romans fleuves autour des mousquetaires de la Reine qui suivirent et assurèrent la célébrité planétaire de Dumas.

 

Et pourtant  Le capitaine Paul, d’abord joué au théâtre en 1836, fut un succès considérable à sa parution sous forme de roman en 1838.

En effet, à la fin des années trente pendant lesquelles Dumas devint célèbre en tant qu’auteur dramatique, les scandales à répétition, trafics de billets, et autres embauches de claqueurs (rémunérés pour applaudir) qui éclatent sur la scène parisienne ternissent le genre.

Dumas par Devéria en 1832 soit 4 ans avant la pièce de théâtre Capitaine Paul

Sur le plan de la morale, la critique et la justice visent les nombreuses situations d’adultère, d’inceste, de prostitution, de meurtre et de viol que les auteurs dévoilent sans pudeur pour attirer un public friand. La censure dramatique est rétablie en 1835 et, comme Victor Hugo, Dumas va devoir adopter un nouveau moyen d’expression. Ce sera la presse à bon marché, qui pour réduire son prix de vente développera la publicité et devra en même temps attirer les quantités de lecteurs qu’exigent les annonceurs. La publication de romans (le terme feuilleton date précisément de cette époque) servira d’accroche. Le journal Le siècle gagnera 5 à 10 000 lecteurs en quelques numéros avec la publication du Capitaine Paul ! Que dirions-nous si Lectoure était affublé aujourd’hui d’une telle image négative dans une série télévisée diffusée à une heure de grande écoute sur une chaîne grand public ? Manifester ? Boycotter ?

 

Ou se battre.

 

Justement, revenons au drame de Dumas et à sa chute. In extremis, le baron de Lectoure retrouve les lois du code de l’honneur en demandant réparation pour avoir été écarté de l’alliance convenue entre les deux maisons nobles. Le duel - il en fallait un -  tournera court car, contre toute attente venant d’un pirate ayant pourfendu ses ennemis lors de maints combats singuliers, Paul qui a pris l’avantage, renonce.

Les deux jeunes gens firent un pas à la rencontre l’un de l’autre. Les lames se touchèrent ; à la troisième passe, l’arme de Lectoure sauta à vingt pas de lui.

- Avant de mettre l’épée à la main, dit Paul au baron, je vous avais offert une explication ; maintenant, monsieur, je serais heureux que vous voulussiez* bien agréer mes excuses.  

Humain et grand seigneur jusqu’au bout, le capitaine sait bien que le dépit d’un homme est lourd à porter.

 

Alors, le baron de Lectoure s’en retournera à la cour de la maison de France, dont, par la voix de la marquise d’Auray, Alexandre Dumas a laissé présager la fin prochaine et tragique.

 

 

 

                                                                     ALINEAS

 

 

* In extremis, il fallait bien que, dans cet alinéa consacré à l’une de plus belles plumes de la littérature française, je vous offrisse ce superbe imparfait du subjonctif.

 

 

Sources :

Il existe plusieurs éditions du roman, certaines à dénicher d’occasion joliment patinées. Mais je me suis au contraire utilement servi de l’édition opportunément parue chez Folio classique (février 2017) qui a l’avantage d’offrir une préface très documentée et savante d’Anne-Marie Callet-Bianco, Maître de conférences à l’Université d’Angers ainsi que la préface de 1858 d’Alexandre Dumas lui-même.

 

Concernant Alexandre Dumas, sa vie, son œuvre, le site qui lui est dédié est une mine : www.dumaspere.com

 

Enfin, pour les amateurs de corsairerie, le vrai capitaine Paul est ici :

https://fr.wikipedia.org/wiki/John_Paul_Jones_(marin)

 

Illustrations:

- La marine à voile: L'étoile du Roy, Etoile Marine Croisières.

- La famille de l'Ancien Régime: Madame la Marquise de Pons et al., par Philippoteaux

- Le duel: Barry Lyndon, de Stanley Kubrick

- La Révolution: La prise du palais des Tuileries par Jacques Bertaud

 

 

 

 

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Rédigé par ALINEAS

Publié dans #Littérature

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Publié le 11 Février 2017

De Notre-Dame de Paris aux remparts du château des Comtes d’Armagnac

 

C’est une des plus belles pages de la littérature française.

 

Il se fit un silence de terreur parmi les truands, pendant lequel on n’entendit que les cris d’alarme des chanoines enfermés dans leur cloître et plus inquiets que des chevaux dans une écurie qui brûle, le bruit furtif des fenêtres vite ouvertes et plus vite fermées, le remue-ménage intérieur des maisons et de l’Hôtel-Dieu, le vent dans la flamme, le dernier râle des mourants, et le pétillement continu de la pluie de plomb sur le pavé.

Cependant les principaux truands s'étaient retirés sous le porche du logis Gondelaurier, et tenaient conseil. Le duc d'Égypte, assis sur une borne, contemplait avec une crainte religieuse le bûcher fantasmagorique resplendissant à deux cents pieds en l'air. Clopin Trouillefou se mordait ses gros poings avec rage.

- Impossible d'entrer! murmurait-il dans ses dents.

- Une vieille église fée! grommelait le vieux bohémien Mathias Hungadi Spicali.

- Par les moustaches du pape! reprenait un narquois grisonnant qui avait servi, voilà des gouttières d'églises qui vous crachent du plomb fondu mieux que les mâchicoulis de Lectoure.

 

- Voyez-vous ce démon qui passe et repasse devant le feu? s'écriait le duc d'Égypte.

- Pardieu, dit Clopin, c'est le damné sonneur, c'est Quasimodo.

 

Le Notre Dame de Paris de Victor Hugo a été adapté maintes fois et souvent magnifiquement, au cinéma, au théâtre, en comédie musicale, en bande dessinée. Une aventure baroque, passionnante, profonde et populaire à la fois. L’un des romans de langue française les plus connus. Ne vient-on pas du monde entier visiter la cathédrale de Paris en pensant autant sinon plus à l’enlèvement d’Esméralda par le bossu qu’au mariage du futur Henri IV ou qu’au sacre de Napoléon, des évènements quant à eux et parmi tant d’autres qui s’y sont réellement déroulés. Victor Hugo a donné au lieu où se déroule l’action de son invention une sorte de personnalité, une vie, un caractère au sens littéraire du terme, qui dépasse le monument gothique en tant que tel et qui en est aujourd’hui devenu le qualificatif indissociable dans notre esprit.

 

Et Lectoure est donc évoquée dans ce passage du roman qui raconte l’assaut de la cathédrale par les truands venus libérer la bohémienne.

 

Lectoure citée par la voix d’un «grisonnant qui avait servi», autrement dit un vieux soldat. L’homme se serait-il battu à Lectoure ? Le titre exact du Roman est «Notre-Dame de Paris. 1482». Soit neuf ans après la prise de la capitale des Comtes d’Armagnac par les armées de Louis XI. Le roi dont les Lectourois parlent encore aujourd’hui avec acrimonie, peut-être injustement nous y reviendrons, tient une place dans le roman. Hugo se documentait de façon très approfondie avant d’écrire et devait connaître, peu ou prou, cet évènement tragique de l’histoire de notre ville.

 

Mais Victor Hugo est-il passé à Lectoure ? Oui, certainement. Cependant, pas avant d’écrire Notre-Dame de Paris, qui est paru en 1831, mais douze ans plus tard, en 1843. D’où l’ordre des éléments du titre de cet alinéa respectant la chronologie de la vie de l'écrivain.

 

En effet, dès 1825 Hugo voyage en France et en Europe. Faisant partie de ces précurseurs des voyages d’agrément, intellectuels aisés et relativement aventureux, il découvre la France qui sera celle des Misérables, des Travailleurs de la mer ou de la Légende des siècles. Il est accompagné de sa femme puis de Juliette Drouet, sa maîtresse qui annotent, classent et complètent l’incroyable somme documentaire que le grand homme constitue. Curieux de tout, il enregistre nombre d’anecdotes et de traits de caractères que l’on retrouve dans sa prose comme dans sa poésie. Il y a autant d’humour que d’analyse psychologique et de tendresse dans ses portraits, de véritables instantanés avant l’avènement de la photo de tourisme : cochers, cafetiers, servantes, paysans, bourgeois et officiers croisés sur la route et à l’étape.

 

Hugo est également un fantastique dessinateur, explorant avec facilité les techniques les plus originales. Théophile Gautier a dit de lui « S’il n’était pas poète, Victor Hugo serait un peintre de premier ordre ». Au 20ème siècle, les surréalistes le considéreront comme un précurseur. Il dessine en particulier les paysages tourmentés, les ruines, les châteaux, les formes de l’architecture gothique qui peuplent son imaginaire romantique.

 

Nous savons avec certitude qu'il est parti d'Auch ce 4 septembre 1843,  après la visite de la cathédrale, les stalles de son chœur et ses vitraux observés et mémorisés avec grande érudition. Et l'on se plait à deviner, dans l’après-midi, la diligence arriver à Lectoure, passer le pont de Saint Gény et gravir lourdement la vieille côte*, pour enfin s'arrêter sur le bastion où il faudrait procéder au changement des chevaux. L'étape est encore longue, aura-t-on patienté en prenant une collation dans un estaminet ? Hugo y aura alors observé avec gourmandise la belle servante, amusé par les effets de voix de quelque pilier de comptoir à l’accent rocailleux. «Encore endormi en arrivant à Agen, j’ai cru voir la mer. C’était la Garonne qui me faisait cette gasconnade».

Puis, sous un ciel menaçant magnifiquement, alors que la diligence descendait de la haute ville vers le pont de piles  pour reprendre la voie romaine, Hugo aura jeté un coup d’œil au vieux château de la Maison d’Armagnac, ruiné depuis 1473.

Peut être a-t-il croqué la citadelle d’un trait de fusain, regrettant cependant qu’elle ait perdu de sa superbe. La superbe des souvenirs du vieux soldat de Louis XI mêlé à la populace en colère, aux pieds des tours de Notre-Dame.

 

 

* En fait à l'époque, plus sûrement, la diligence ne monte pas en ville, ce qui représente un effort énorme pour les bêtes. On peut penser que les chevaux ont été remplacés dans le relais de poste de l'actuelle avenue de la Gare (maison Martine Cantérac-Vetter). Corr. 20/04/23.

PS. Je dédie cette première note de ce Carnet d’alinéas à mon Esméralda...

PS' Si quelque spécialiste ayant procédé à une recherche dans l'un des fonds documentaires consacrés à Hugo venait à contredire mon hypothèse je m'empresserais de publier un correctif. D'abord par respect pour la vérité, ensuite pour le plaisir de revenir sur les magnifiques écrits et la vie exceptionnelle du grand homme.

CREDIT:

- Paris Notre-Dame vue du quai de la tournelle 1852 Jongkind/Taveneaux

- Le château de Vianden dessiné par V. Hugo 1871

SOURCES:

https://fr.wikisource.org/wiki/En_voyage,_tome_II_(Hugo,_%C3%A9d._1910)/Alpes_et_Pyr%C3%A9n%C3%A9es/C/21

http://www.lacritiqueparisienne.fr/68/hugo.pdf

http://www.maisonsvictorhugo.paris.fr/

 

 

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