botanique

Publié le 7 Août 2018

 

Lorsqu’une classe nature de gamins lectourois monte le chemin de Cardès, de l’autre côté du vallon, la haie masquant à notre regard la petite troupe joyeuse qui se dirige vers le plateau de Bacqué, il semble que le buisson piaille et l’on s’attend à ce qu’il se mette à courir.  Avec sa spontanéité, sa liberté, son exubérance, voilà un sauvage qui a trouvé sa place parmi les hommes sans se renier.

 

Pourtant vous y porterez attention à l’occasion de vos prochaines lectures, contrairement à la fleur ou à l’arbre, le buisson est souvent, peu ou pas décrit par les auteurs. Et lorsqu’il est qualifié, il se révèle méchant, petit, touffu, sombre, épineux bien sûr. Il arrive là, en plein milieu de l’histoire, sans crier gare, comme si sa présence dans le paysage était anormale ou sans intérêt. Un personnage de second plan, un petit rôle, un figurant. Mais à bien y regarder, finalement, ce végétal de rien du tout a souvent quelque chose à cacher, un danger, un secret, une petite merveille, une heureuse surprise. Il ne faut pas négliger le buisson. Surtout le Buisson ardent.

Moïse et le Buisson ardent de Domenico Zampieri. La révélation de l'existence de Dieu sous la forme d'un buisson qui brûle mais ne se consume pas. Dans nos jardins le buisson ardent est le nom commun donné au pyracantha.

 

Si vous faites une petite recherche sur les 200 millions de cybercarnets (vous me créditerez de cette résistance à l’emploi du franglais) publiés dans le monde, au mot fleur vous croulerez sous les résultats, et au mot arbre itou. Naturellement, car les premières nous éblouissent par leurs formes, leurs couleurs, leurs senteurs et leurs vertus et les seconds nous dominent de leur majestueuse ombre à laquelle, de tout temps, le genre humain a attribué une valeur tutélaire, symbolique, philosophique voire divine.

 

La rubrique botanique de ce Carnet d’alinéas avait choisi, jusque là, de suivre le mouvement en faisant juste un petit détour gourmand par les fruits sauvages. Mais il faut à présent corriger le discours dominant (ça, ça va plaire, c’est tendance) et dire tout le bien que nous  pensons du buisson, ce tout petit, ce modeste, cet humble hôte de la vallée de Foissin. L’idée de cette audacieuse incartade (!) nous est venue en installant un nouveau tronçon de chemin le long de la route de la Fontaine Saint-Michel, soustrayant pour cela quelques mètres à la terre soumise au labour depuis des décennies. Nous voulions végétaliser ce jeune sentier, pour l’esthétique, pour la faune et en urgence, pour limiter l’érosion, ce fléau de l'usine à céréale qu’est devenue le pays de Lomagne. Bien nous en a pris quand on voit les déluges qui se succèdent cette année avec les coulées de boue et les ravines qui s’en suivent. Mais quelques arbres, un tous les 10 mètres pour donner à chaque individu son espace vital lorsqu’il sera parvenu à l'âge adulte, ne pouvaient suffire à cet ambitieux projet de rhabillage du paysage car il faudra au moins 10 ans aux pins, chênes, érables, frênes, tilleuls et autres géants en devenir pour s’implanter, c’est bien le terme, dans cette terre gorgée d’eau en hiver et crevassée en été. S’ils y réussissent, ils trouveront dans ce sol profond et riche ce qu’il faut pour satisfaire leur grand appétit et jouer leur rôle stabilisateur. Mais en attendant…

 

Et puis miracle, on aurait pu s’en douter, néo-ruraux naïfs que nous sommes, les buissons sont apparus. Spontanément, très vite, comme s’ils étaient là, en réserve de la république, hors d’atteinte du soc de la charrue. La ronce, l’épine noire, le sureau bien sûr dont nous avons déjà dit du bien mais aussi tous les autres, le cornouiller en particulier, la clématite... Parmi toutes les variétés d’arbrisseaux* qui peuvent composer une haie sauvage, un grand nombre sont ignorées. Précisément, cet anonymat fait la force et l’intérêt du buisson, cet "individu végétal composite". Car le buisson est un collectif, une équipe, une armée où l’individu n’a de chance de s’en sortir qu’en serrant les rangs.

Le chevreuil, impitoyable brouteur de jeunes arbres.

Outre leurs qualités individuelles, les arbrisseaux ayant poussé entremêlés forment un ensemble qui permet la germination d’arbres indigènes, qui s’y trouvent ainsi protégés des herbivores de toutes engeances,  gastéropodes, insectes, rongeurs, canidés et chevreuils, et dont les jeunes tiges bénéficient d’humidité et de demi-ombre, de résistance au vent, c'est-à-dire les conditions parfaites pour réussir une enfance d’arbre.

Et puis, comme dans toute équipe, il y a les vedettes. Les buissons à fleur, odoriférants, à fruit comestible, les raretés, les précieux. Ceux là ont fait l’objet d’une sélection, d’un dressage, d’une domestication et se retrouvent empotés, alignés bêtement, topiérisés dans des jardins musées, dont certains splendides il faut l’admettre. Mais nous les préférons en liberté.

 

En fonction de sa disposition, le buisson verra son rôle varier : en ligne il formera une haie, adossé au bois il sera sa lisière, isolé au milieu du champ il servira de repère visuel, marquera un affleurement rocheux ou un dénivelé.

 

Autrefois aux lavoirs du ruisseau de Foissin, lous bartàs en gascon, les buissons servaient à étendre le linge. Victor Hugo, dont nous avons dit ailleurs le goût pour une jolie lavandière, en fait tout un poème.

 

Aux buissons que le vent soulève,
Que juin et mai, frais barbouilleurs,
Foulant la cuve de la sève,
Couvrent d'une écume de fleurs,

Aux sureaux pleins de mouches sombres,
Aux genêts du bord, tous divers
Aux joncs échevelant leurs ombres
Dans la lumière des flots verts,

Elle accrochait des loques blanches,
Je ne sais quels haillons charmants
Qui me jetaient, parmi les branches,
De profonds éblouissements.

 

Et pour les amoureux descendus d'en ville, bartasser consistait à profiter du rideau formé par la végétation pour... pour se dire des mots doux en toute intimité. En quelque sorte le pendant de l’école buissonnière après l’école.

 

Aujourd’hui, la haie du chemin de la Mouline de Belin lance ses tiges volubiles, signe d’une renaissance et promesse d’une aimable compagnie pour le randonneur, le jacquet et le promeneur lectourois.

 

                                                                                             ALINEAS

 

* Par simplicité, on s’affranchira des catégories définies par la science botanique. Le buisson est en principe composé d'arbrisseaux et sous-arbrisseaux mais ils doivent souvent composer avec les lianes et les arbustes énumérés et photographiés ici.

 

Fleurs et fruits en cours de maturation de la clématite des haies, ou vigne blanche et encore herbe aux gueux. En hiver les arêtes plumeuses de ses fruits donnent aux haies une belle apparence cotoneuse.

 

La viorne. Un bonheur pour les oiseaux.

 

Cette année, sans doute en raison de la pluviométrie toute britannique, l'églantine a recouvert les haies de la vallée d'une foison de fleurs, et jusqu'à la cime de certains arbres, voisins du buisson, qu'elle prend d'assaut. C'est la jungle.

 

Devenu l'un des gardiens des jardinets de faubourg délimités au cordeau, en liberté le troène est gracieux. Son parfum suave séduit du beau monde.

 

Colonisant rapidement les espaces libérés et grâce à un enracinement dense, le cornouiller sanguin est considéré par les botanistes comme une espèce "pionnière". Son feuillage hivernal d'un beau rouge vermeil installe dans le brouillard, le givre et (rarement en Gascogne) la neige, de fantasques décors à légendes.

 

Magnifique aubépine. Un océan de nectar pour l'ouvrière du rucher de la Mouline de Belin.

 

Le fusain ou bonnet de curé. Sa tige carbonisée a été l'outil des artistes d'avant l'encre de chine, le bic et la souris. La forme particulière de son fruit faisait penser autrefois au couvre-chef des curés. Un accessoire qui ne se fait plus du tout, du tout... sauf à Lectoure, n'est-ce pas Monsieur l'Abbé ?

 

Le chèvrefeuille des haies fleurit moins abondamment que les variétés sélectionnées commercialisées en jardinerie. Mais sa rencontre impromptue, au détour du sentier, est un petit bonheur.

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PHOTOS: M. Salanié sauf

- Cornouiller: Arboretum gabrielis

- Fusain: Tyazz.over-blog.com

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Publié le 29 Mars 2018

Pas la peine de se le rabâcher, voilà un printemps pourri ! La végétation est en panne. Nous prions chaque jour le saint de l'almanach du jardinier afin qu'il protège la floraison des fruitiers. Sur le coteau de l'arradjade, haut perché à dessein, notre rucher abrite des colonies  d'abeilles qui tentent, par petits escadrons, une sortie à chaque minute de soleil miraculeusement introduite entre deux plafonds nuageux, lourds comme des serpillières trempées.

Alors que faire? Cherchez bien. Quelques végétaux éclaireurs annoncent les beaux jours. Petits, discrets, ils ne font pas encore un paysage. Mais en les observant de près, on s'extasie devant la perfection des formes et la profondeur des coloris.

"Laisse tomber ta cyber-plume Alinéas. La nature pousse ici son génie."

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Photos M. Salanié

Pour agrandir la photo: clic droit et [afficher l'image].

 

Il faut déjà préparer la saison 2019, en semant à tout vent les akènes de pissenlit.

 

Cohorte de fleurs de prêle préparant un lâcher de spores.

 

Atterrissage d'une abeille en mission sur une coronille encore trempée.

 

Il ne sent pas, mais quel bouquet ! Le laurier thym.

 

Compétition entre un bourgeon à feuille et une grappe florale sur un arbre de Judée. Celui-ci est né d'une graine prélevée à l'Alhambra de Grenade.

 

Rencontre au sommet sur l'aulne glutineux: infrutescences de l'été dernier, chatons de l'hiver et feuilles naissantes.

 

La ballote fétide: avec un mauve si classe il faudrait faire réviser ce nom là.

 

Le sédum palmeri fourbit sa hampe florale. Il paraît que les succulentes sont des plantes de milieu aride !....

 

A part son qualificatif qui lui trouve un air d'os, la stellaire holostée est la plus gracieuse des petites fleurs. Je préfère le nom langue d'oiseau.

 

Vous répèterez plusieurs fois sans vous tromper:  mousse et couches de champignons de souche.

 

Le mahonia, comme un mariage de mimosa et de houx.

 

Troglodyte mignon attendant pour pondre que le robinier faux-acacia veuille bien mettre son feuillage.

 

L'anémone des croisés n'est pas un héritage de notre templier de Naplouse mais un joli cadeau de Godelieve et Jean.

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Publié le 20 Janvier 2018

Sous le Manteau

 

de la Sainte Vierge,

 

le Pain de serpent !

 

 

Par ce petit temps froid et humide de janvier, le sous-bois d’Arrajacamp n’offre pas les visions quasi-exotiques qui font l’enchantement des promeneurs à la belle saison. Ténébreux et enchevêtrés, ces fourrés peuvent même susciter une certaine inquiétude.

 

Bien encapuchonnés, nous assurons notre pas sur les cailloux émergeant de la trace boueuse qui s’ouvre devant nous, le regard recherchant ce qui pourra rompre avec le monotone décor brun-vert. Ici quelques pelotes givrées de graines d’Herbe aux gueux, là une constellation de baies de Fragonnette joyeusement cerises.

 

 

Et voilà dans cette clairière, un tapis de feuilles d’arum, étonnement triangulées et vernissées au point d’inquiéter avant même d’énumérer toutes les menaces, réelles ou imaginaires, attribuées par nos aïeux à ce végétal que nous sommes nombreux à avoir connu lorsque nous étions enfants, sous le nom d'Herbe à serpents. Dans l’arum tout est beau et mystérieux. Beau, mystérieux et un brin compliqué. Alors, pour le découvrir ensemble, il faudra un peu de méthode. En suivant les saisons par exemple : la feuille en hiver puisque nous y sommes, la fleur au printemps et le fruit en été. Sans oublier la racine.

 

Auparavant, faisons son affaire à un intrus. L’arum de nos autels, du bouquet de la mariée, des coquets jardins de bonne femme, celui là n’est pas de chez nous ! Non, non. Celui que l’on dit aussi Arum des fleuristes, n’en est pas un : Zantedeschia aethiopica est originaire d’Afrique du sud. "N'es pas d’aquí".

 

Prenons également nos précautions dès le début : toutes les parties de la plante sont considérées comme hautement toxiques. On ne pourra pas nous le reprocher, il faut consulter ici.

 

Mais c’est vraiment une très esthétique et très curieuse espèce.

 

La feuille donc, tout d’abord. Dans nos sous-bois de Gascogne, et de toute l’Europe de l’Ouest pourvu que le terrain soit riche et humide, de magnifiques tapis de feuilles en forme de fer de lance, bordées d'un élégant galon, d’un vert saturé et brillant, veinées de blanc crémeux,  s’exposent au regard. Arum italicum. Arum maculatum lui, viendra au printemps. Du fait de sa ressemblance avec la feuille de figuier, on l’appelle parfois dans le midi, Figueiron. Et encore pour sa forme, Oreille d’âne, Pied de veau et chez nos amis anglais, avec plus de poésie, Adam and Eve ! L’équivalent de notre feuille de vigne, prude certes, mais avec ce petit temps bbrrr….

 

Un bouquet façon Bonne-Maman

 

La feuille d’arum participe à la composition de superbes bouquets champêtres, en évitant par précaution la collecte par de petites menottes...

 

Sur le plan médicinal, après différentes préparations qu’il serait top long et aventureux de décrire, la feuille est considérée cicatrisante en application sur les plaies, les polypes, les ulcères, ce que les vieux grimoires de médecine appellent noli me tangere, "ne me touche pas". Un site internet de santé par les plantes osant même, sans nuance, déclarer l’arum efficace dans le traitement des cancers du nez et du sein... Au 12ième siècle, Hildegarde de Bingen, célèbre nonne faite sainte, et référence de tous les naturopathes, le recommande pour traiter la goutte, la feuille étant pour cela mélangée avec du sel ou cuite dans du miel ! Toujours en application bien sûr !

 

Après la médication, et par goût des bonnes choses bien de chez nous tout de même, disons que la feuille d’Arum italicum est appréciée du cochon. Ici le fameux porc noir gascon, élevé en plein air comme il se doit, pris en flagrant délit de gourmandise précisément dans un parterre d'arum.

Pour le cochon traditionnellement engraissé à la ferme en vue de la consommation familiale, l'arum était ramassé en sous-bois par quelque vieille affectée à la tâche, puis servi à l'animal dans son auge, pour corser sa pâtée dit-on ! Comme quoi la toxicité est relative.

 

La fleur à présent. Surprenante. Un cornet vert pâle (la spathe) contenant une sorte d'appendice charnu, jaune chez italicum et violacé chez maculatum, comme une petite massue (le spadice). C’est cet ensemble, ce couple végétal étonnamment figuratif, qui a inspiré nombre de désignations : si le nom commun « gouet » semble remonter au latin gubia, la gouge, sans doute pour sa forme rappelant l'outil du menuisier, les appellations populaires Giraude de moine, Membre d'évêque, Vit de prêtre, Vit de chien ou encore Mata Madona annoncent clairement l’inspiration érotique. Dans la même veine, nous avons en gascon, Cocurot, la femelle du coucou.

 

 

Le mot gouet peut aussi être rapproché de l’occitan et du provençal "goge" qui désigne une fille non mariée, une servante, voire une prostituée.

 

Le mâle, le mal fait homme, se dresse donc ici insolemment, provoquant. Quant au reptile dont, enfants, nous pensions seulement et naïvement qu’il s’en nourrissait, il était en fait partie intégrante de la plante, et la plus remarquable. L’arum et son phallus doré, fièrement offert à l'adoration d'on ne sait quelle chapelle en plein air, l’Herbe à serpent, celui de la faute originelle. Le démon.

 

Légende et imagerie confondues donc, car dans la réalité, il n’a jamais été établi que le serpent loge à proximité de l’arum. La théorie des signatures, qui tire des enseignements des similitudes entre végétaux et humains et qui voudrait que son suc soigne les morsures de l’animal à sang froid, non plus. Son effet aphrodisiaque, pas mieux que l’on sache.

 

Toujours par la forme de cet appendice, relevons les appellations de Fuseau, Pilon, Chandelle…

 

Référence d’un registre éloigné en principe, nos anciens trouvaient également que le cornet triangulaire de la fleur ressemblait à une capuche, un manteau, d’où le nom de Manteau de la Sainte vierge, Bonnet de grand prêtre (Aaron en hébreu et en grec ancien, le frère de Moïse, étant le premier prêtre du Livre de l’Exode, d’où Arum), Religieuse, Capouchoun en gascon…

 

 

L’énumération n’en finit pas, signe d’un grand intérêt de la part de nos anciens, des botanistes, des érudits et des poètes.

 

Il serait trop long, et cela dépasserait largement nos compétences, de décrire en détail l’étonnant processus de pollinisation de l’arum. Un système très élaboré : les fleurs, mâles et femelles, cachées à la base du spadice émettent une forte odeur, fétide parait-il, mais attractive. Une fois entrés dans le compartiment, les insectes sont empêchés d’en ressortir par une barrière de filaments. Un piège... diabolique.

 

Le fruit. Pour qui, pourquoi la nature l’a-t-elle fait si visible ? Et attractif.

Pas d'amateurs à notre connaissance. Sauf le fameux serpent. Faux, semble t-il à nouveau bien que ceci ait pourtant donné l’appellation Raisin de serpent. Peut-être en forme d’avertissement. Car ce sont les enfants qui pourraient être piégés. Les baies vertes puis rouges, regroupées en épis serrés étant très toxiques, il convient d’être particulièrement attentif.

 

Enfin la racine. Les tenants de la théorie des signatures évoquée plus haut, trouvent que le rhizome de l’arum ressemble aux testicules de l’homme. Mouaiiis… Un peu tiré... par les cheveux. Il y a bien cet air de pruneau d’Agen fripé. Passons.

 

 

En temps de disette, et dieu sait si nos ancêtres ont eu à en souffrir, on tirait de cette racine de la farine. D’où un certain nombre d’appellations : Herbe à pain, Pain de crapaud, de lièvre ou de pourceau. La recette étant perdue et la réputation toxique de la plante établie, nous ne recommandons pas d’essayer, en tout cas si la faim ne vous dévore pas.

 

Toujours dans la boulange, le nom Pain de serpent lui, nous ramène au pistil de la fleur, une ressemblance plutôt du genre baguette parisienne.

 

La lavandière du bord du Saint Jourdain, dont nous tirerons le portrait

très bientôt, emploie l’amidon d’arum pour empeser cols et manchettes des bourgeois de Lectoure: d'où Racine amidonnière.

 

A toutes fins utiles, sachez qu’en magie (je vous rassure, magie blanche c'est-à-dire positive et préventive), le rhizome d’arum enveloppé dans une feuille de laurier favorisera à coup sûr vos entreprises juridiques. Je sens que ça va biner sec cet hiver dans le voisinage !

 

Plus détaché des contingences, pour les amateurs d’ikebana, pour les esthètes et en vue du printemps prochain, nous vous offrons ce magnifique bouquet du maître des fleurs, Henri Matisse : « Arum, Iris et Mimosa ».

 

Adishatz.

 

                                                             Alinéas

 

 

SOURCES:

https://fr.wikipedia.org/wiki/Arum_italicum

https://www.complements-alimentaires.co/arum/

https://jardinage.ooreka.fr/plante/voir/1961/arum-maculatum

http://www.persee.fr/doc/pharm_0035-2349_1955_num_43_147_11395_t1_0225_0000_2

http://aceras-photos.over-blog.com/article-2709296.html

https://www.fichier-pdf.fr/2012/11/09/lexique-francais-occitan-1/preview/page/95/

 

Nous vous recommandons en outre vivement le magnifique ouvrage, "Herbier érotique" de Bernard Bertrand aux Editions plume de carotte, illustré par le lectourois Jean-Claude Pertuzé, "Maître graveur es-coquineries" précise t-on.

 

PHOTOS:

Arum, Michel Salanié

Porc noir, Ferme de Beleslou à Cagnotte (Landes) http://www.ferme-beleslou.com/porc-gascon/

Tableau Matisse, Musée Pouchkine, Moscou

 

 

 

                                                    

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Publié le 18 Novembre 2017

 

Le vieil arbre

 

tordu au milieu

Il n'a pas trouvé mieux
Que son lopin de terre
Que son vieil arbre tordu au milieu
Trouvé mieux que la douce lumière du soir
Près du feu qui réchauffait son père
Et la troupe entière de ses aïeux
Le soleil sur les murs de poussière
Il n'a pas trouvé mieux

(air connu)

 

Si après tout ce temps, Francis Cabrel n’a pas encore choisi la variété d’arbre de son succès Les murs de poussière, la petite Aline, qui courait avec lui dans les ruelles d'Astaffort en sortant de la classe, lui propose le sureau noir, sambucus nigra.

 

Les plus avertis m’auront corrigé : le sureau n’est pas un arbre mais un arbuste. Exact, mais comme le chêne de Gascogne est réputé pour sa grande et droite futaye, il fallait trouver une autre variété indigène pour tenir le rôle du petit vieux tordu. Moins noble ? C’est à voir.

 

Revenant, nous aussi, en Gascogne au pays de nos aïeux, nous avons (re)découvert le sureau noir, commun mais bien mal aimé ; l'un disant « son bois ne vaut rien » et un autre ajoutant « ses fruits laissent des taches sur la terrasse». Il est vrai, en outre, que sa feuille froissée dégage une odeur désagréable, mais que diable va-t-on la froisser !

 

Alors on le maltraite, on le rabat n’importe comment, on le dessouche. Remplacé par les mimosas, les althéas et autres clones sortis pimpants d’hyper- jardineries, il est aujourd’hui très rarement mis en valeur autour de nos maisons. Heureusement réfugié dans le maquis des haies champêtres (quand celles-ci ne font pas à leur tour l’objet d’une persécution agricole), il se fait discret. Jusqu’à ce que le printemps fleurisse. C’est ainsi qu’il est entré dans notre maison par une belle journée du mois de mai lorsque notre mamie-des-jardins a déposé un instant son panier fraîchement rempli de corymbes, ces inflorescences en forme de pomme d’arrosoir rassemblant une myriade de petites fleurs blanches parfumées. Une odeur exquise a alors envahi la maison d’hôte. Un vrai bonheur. Pour peu que la floraison soit simultanée à celle du tilleul, c’est une symphonie de parfums.

 

Et tout au long du chemin de Saint-Jacques, de prés en bosquets, d’enclos en sous-bois, il enveloppe de sa fragrance les marcheurs qui le découvrent avec étonnement tellement il est devenu rare dans le cadre standardisé des jardins de banlieue.

 

Les pays méditerranéens, anglo-saxons – amérindiens compris – et scandinaves par contre, lui vouent une vénération toute particulière, pour ses vertus médicinales nous y viendrons, mais également parce qu’il occupe une place importante dans leurs univers de légendes et de traditions. En anglais il est l’elder tree, c'est-à-dire le vieil arbre, l’arbre de la sagesse.  Il est supposé protéger la maison ici, servir de refuge aux fées là, être un peu plus loin au contraire l’instrument des sorcières. Pour les celtes, nos ancêtres les gaulois, le sureau est l’arbre associé à la mort. Les italo-gascons de Lectoure s’amuseront à traduire cette comptine, magnifiquement illustrée, qui nous menace d’il diavolo in casa.

Harry Potter en a fait sa baguette magique. En Catalogne, s'endormir sous un sureau noir vous exposait à des rêves érotiques. Le diable, je vous dis…

 

Arbre aux fées, herbe à blaireau, vanille du pauvre, on l’appelle parfois Arbre de Judas. L’apôtre maudit se serait pendu de honte à ses branches mais on voit mal l’arbuste, au bois cassant, résister à cet exercice, douloureux pour la suspension autant que pour le suspendu. Gare à la chute.

 

Nous n’en finirions pas de ce florilège de sortilèges. Mais rien en Gascogne ? C'est vrai, je regrette de ne pas disposer d’un seul récit du folklore régional, offrant la place qui lui revient à ce vénérable végétal. Notre célèbre Lectourois Jean-François Bladé, rassembleur de contes populaires, n’évoque que le faux sureau, le yèble (sambucus ebulus), toxique… atenciou pitchoun, aco es un pousoun !

Alors à défaut, voici l’extrait inoffensif d’un conte d’Andersen qui fait le lien entre le fantastique et la médication : La fée du sureau.

 

Il y avait une fois un petit garçon enrhumé...

Sa mère le déshabilla, le mit au lit et apporta la bouilloire pour lui faire une bonne tasse de tisane de sureau cela réchauffe!...

Le petit garçon tourna les yeux vers la théière. Le couvercle se soulevait de plus en plus et des fleurs en jaillissaient, si fraîches et si blanches; de longues feuilles vertes sortaient même par le bec, cela devenait un ravissant buisson de sureau, tout un arbre bientôt qui envahissait le lit, en repoussant les rideaux. Que de fleurs, quel parfum ! et au milieu de l'arbre une charmante vieille dame était assise. Elle portait une drôle de robe toute verte parsemée de grandes fleurs blanches; on ne voyait pas tout de suite si cette robe était faite d'une étoffe ou de verdure et de fleurs vivantes...

C'est ainsi, dit la fée dans l'arbre, les uns m'appellent fée, les autres dryade, mais mon vrai nom est "Souvenir". Je suis assise dans l'arbre qui pousse et qui repousse et je me souviens et je raconte!...

La suite ici http://feeclochette.chez.com/Andersen/sureau.htm

Car, si vous ne croyez pas, à tort d’ailleurs, aux fées, aux sorcières et autres trolls, les vertus médicinales du sureau, elles, sont reconnues depuis la plus haute antiquité et là encore sur tous les continents. Voilà une fleur séchée divine pour lutter contre le rhume, la grippe, la sinusite, la bronchite. Et bien plus. Une deuxième énumération pourrait être fastidieuse s’il ne s’agissait pas de notre précieuse santé : je soigne l’artériosclérose, la cystite, le foie, l’hypertension. Je suis riche en acides organiques, provitamine A, vitamines B et C, tanins et cætera, et cætera. Bref, la panacée diront les sceptiques. Mais rien ne coûte d’essayer. Et pour l’utiliser tous les hivers à la Mouline de Belin, nous pouvons témoigner que, sauf attaque brutale et par traîtrise, son efficacité contre le rhume, si elle n'est pas absolue, est bien réelle. Vous n’en avez pas à portée de sécateur ? Vous trouverez le sureau dans le commerce sous différentes préparations, sirop, bonbons, concentré de baies, pharmacopée homéopathique et en tisane tout simplement.

Sur le plan culinaire, il est devenu l’un des sauvages-comestibles préférés de notre table : avec la fleur nous concoctons cocktail maison (macération de fleurs dans le vin de colombelle, l’un des cépages de l’armagnac), sirop*, limonade, et de merveilleux beignets. Le goût de ces produits à base de fleurs est très souvent comparé par nos hôtes à celui du litchi. Etonnant. Avec les fruits, tarte et confiture.

Les jeunes bourgeons peuvent être conservés dans le vinaigre comme les cornichons. Je viens de découvrir que les jeunes feuilles pouvaient agrémenter une salade et j’imagine que ma cuisinière testera la proposition… sur moi-même.

Pour compléter le registre des qualités de notre grand-petit-arbre, le sureau est utilisé en purin au jardin pour lutter contre le puceron et l’altise. Il est antifongique. Prétendu répulsif, pour lutter contre le campagnol, j’émets toutefois une sérieuse réserve sur ce point, la bestiole étant installée en famille très, très, très  nombreuse, sur un territoire étendu et dans des galeries creusées jusqu’à un mètre de profondeur ! On aura plus vite fait d'apprendre à vivre avec….

A la floraison puis à la fructification, le sureau est évidemment apprécié d’un grand nombre d’oiseaux, de papillons, de l’abeille. Et, son fruit mûr, du blaireau. Oui, d'accord, moins sympathique mais il fait partie du tableau.

Autrefois, les teinturiers utilisaient cette baie noire pour donner un beau bleu d’avant le bleu de Lectoure. Voir notre alinéa sur les fruits sauvages ici : http://www.carnetdalineas.com/2017/09/petite-galerie-commentee-des-fruits-sauvages-indigenes-et-naturalises-de-la-vallee-de-foissin-a-lectoure.html

Les jeunes branches du sureau peuvent être facilement évidées de leur moelle, tendre et blanche, permettant d’obtenir des conduits, des tuyaux dont l’usage n’est limité que par l’imagination humaine : canne-épée du pèlerin de Saint-Jacques pour le cas de mauvaise rencontre, loup, détrousseur et plus souvent chien de ferme, bouffadou pour attiser le feu de la cheminée, appeau à palombes, pistolet à patate ; j’en vois qui se marrent au fond de la classe !

Et la flute, enfin. La boucle est bouclée, tout commence et tout fini par des chansons. Le nom latin du sureau, repris pour la désignation botanique scientifique, sambucus nigra, se retrouve tout autour de la méditerranée, en italien, espagnol, provençal, catalan, gascon…. Il est le plus souvent admis qu’il faut remonter au grec sambuk qui désigne la flute champêtre du berger. Celui-ci, peint par Le Pérugin, n’est pas le premier pâtre venu. Il s’appelle Marsyas et serait, dans la mythologie grecque, rien moins que l’inventeur de la musique et le compositeur préféré de la déesse Cybèle, bien connue à Lectoure.                                    

                                                              ALINEAS

 

* « Many thanks ! » à Kate de Floressas dans le Lot pour la recette du sirop de sureau qui est devenu l'un des atouts "accueil" de notre maison d'hôte.

 

        _______________

 

Ça n'a rien à voir avec le sureau mais on peut écouter Les murs de poussière de Francis Cabrel ici:https://www.youtube.com/watch?v=rY8mfpdu304

 

DOCUMENTATION:

 

Les éditions de Terran, tout près de chez nous à Escalquens (31) ont publié deux ouvrages très bien documentés:

- L'un sur le sureau lui-même:http://www.terran.fr/le-compagnon-vegetal/11-sous-la-protection-du-sureau-vol2-9782913288621.html

- L'autre sur les purins de végétaux pour le jardin: ortie, sureau et autres:http://www.terran.fr/jardinage-respect-du-sol/64-purin-d-ortie-et-compagnie-4e-dition-mise-jour-9782359810226.html

 

Les sites consacrés au sureau sont innombrables. Celui-ci est assez complet: https://www.salamandre.net/dossier/les-pouvoirs-du-sureau/

 

Les qualités médicinales du sureau noir:http://www.doctissimo.fr/html/sante/phytotherapie/plante-medicinale/sureau.htm

 

Pour fabriquer une flute:https://blog.doitgarden.ch/fr/flute-en-bois-de-sureau/

 

Marsyas:https://fr.wikipedia.org/wiki/Marsyas

 

ILLUSTRATIONS:

- Photos Michel Salanié

- Fate, B. Froud et A. Lee, Rizzoli 1979.

- Illustration de la Fée du sureau:http://hans-christian-andersens.blogspot.fr/2012/05/elder-tree-mother.html

- Apollon et Marsyas, Le Pérugin 1483, Musée du Louvre

 

 

 

 

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Publié le 9 Septembre 2017

 

« La valeur des fruits sauvages ne tient pas à leur simple possession ou à leur consommation, mais plutôt à leur vision et à leur jouissance. Le sens premier du mot « fruit » le suggère. Il provient du latin « fructus », qui signifie « ce que l’on utilise ou ce dont on jouit ». Si ce n’était pas le cas, alors une cueillette de myrtilles dans la nature et faire son marché seraient des expériences pratiquement équivalentes.

Bien sûr, c’est l’esprit avec lequel vous faites une action qui la rend intéressante, qu’il s’agisse de balayer votre chambre ou d’arracher des navets.

 Les pêches sont sans aucun doute très belles et très goûteuses, mais les récolter pour les vendre à l’étal au marché  n’est pas du tout aussi intéressant pour l'esprit que la cueillette des myrtilles sauvages pour notre propre usage. »

 

H.D. THOREAU - Wild fruits

 

Le MYROBOLAN ou PRUNE-CERISE. Le premier fruit sauvage de l'été. Rouge ou jaune, délicieux en clafoutis, aubaine pour les compagnies d'oiseaux et de gamins en maraude.  L'arbuste est précieux comme porte-greffe pour le prunier et l'abricotier autour du Lectourois car il est particulièrement adapté aux terrains argilo-calcaires de Lomagne gorgés d'humidité l'hiver et crevassés pendant les étés trop secs. Par croisement avec la prune il a donné.... la mirabelle, qui ne veut pas dire "regardez-moi, je suis belle" mais remontant à la racine grecque, "myrrhe ou noix odorante". En perdant son Y, mirobolant adjective un caractère incroyable, extraordinaire. Pas mal pour une petite drupe sauvageonne.

 

La MÛRE. C'est un peu notre myrtille à nous. Si l'été est trop chaud, elle finira " tot cramat". Mais cette année, il devrait y avoir quelques bonnes tartes sur la table de notre Mamie des jardins*. A l'opposé de sa mauvaise réputation, la ronce dotée de ses épines est le meilleur auxiliaire de la forêt naissante. Sans sa protection, les jeunes chênes, frênes, aulnes et autres fragiles géants des forêts de Gascogne ne verraient pas le soleil : à peine germés et dressant timidement leurs tendres tiges, ils seraient la proie des chevreuils.

 

La NOISETTE. Arbre vénérable, rescapé de l'ère secondaire, le noisetier accompagne le genre humain depuis 70 millions d'années ! Sait-il l'écureuil prévoyant que ce fruit, parfaitement conçu pour être conservé en vue de l'hiver, est un trésor en oméga 3 ? Le bois de cet arbre, souple et résistant, fournit une matière précieuse en vannerie, tonnellerie et pour la fabrication des manches d'outils agricoles. Plus qu'intéressante la coudre, au pied de la citadelle : indispensable.

 

La FIGUE. Notre ancêtre celte-ibère a dû faire une drôle de bobine quand le conquérant romain lui a offert sa première manne de figue. Car voilà le plus bel exemple d'un fruit (faux fruit pour les puristes), d'origine méditerranéenne, parfaitement acclimaté. Qui n'a pas le sien dans son jardin en Gascogne ? Nous en recensons au moins quatre variétés entre la source du ruisseau sur la crête de Foissin et le Gers, violettes, blanches et celle-ci, une salviotte sans doute, nichée au beau milieu d'un chaos légendaire. Confitures, tartes, fruits secs, un des rares fruits sauvages abondants et enfin, une eau de vie au parfum envoutant avant même d'y tremper les lèvres.

 

La PRUNA de CAN, PRUNE de CHIEN. Laissez-la mûrir le plus longtemps possible. Bien accrochée à sa branche elle deviendra un délice gorgé de sucre au petit goût de réglisse. L'arbuste, haut dressé tout au long du chemin qui grimpe vers les rochers de Cardès, est alors la scène d'un ballet fantasque où se chamaillent geais, merles et corneilles.

 

La CORME. En forme de petite poire ou de petite pomme, en grappe encore dans l'arbre je suis bien trop âpre. Il faudra repasser à l'automne et me disputer à terre, blette, au campagnol et au blaireau. D'un goût subtil, je suis particulièrement riche en vitamine C, très précieuse autrefois à l'entrée d'un long hiver frugal. Pour celui qui en aura la patience, ma confiture est incomparable. Le bois de mon arbre est plus dense que celui du chêne. Dans les moulins, les dents rapportées sur couronne en fonte de l'engrenage multiplicateur étaient faites en cormier.

 

Le SUREAU NOIR ou SAMBUCO. Tartes et confitures seront banales sauf à récolter les grappes de fruit avant totale maturité. Quelques grains encore roses et fermes donneront en effet un agréable petit goût acidulé. Le sureau noir était utilisé  dans les moulins du Saint Jourdain en teinturerie pour habiller élégamment la clientèle de Lectoure à forte proportion noble, bourgeoise et ecclésiastique,  Le sureau peut donner des teintures variant du violine au bleu jean (anachronisme assumé) en passant par un joli gris souris. Ces variantes sont déterminées par l'état de fermentation des baies récoltées ou de la décoction réalisée. Au printemps, la floraison du sureau noir embaume à concurrence de celle du tilleul. La limonade et le cocktail de la Mouline de Belin à base de ses gracieuses ombelles blanches ont leurs inconditionnels.

 

Le CYNORHODON. Le fruit (faux-fruit lui aussi) de l'églantier ou rosa canina (encore un chien!). Rosa canina est le porte-greffe à l'origine d'un grand nombre de rosiers améliorés par les pépiniéristes et les passionnés. Magnifiques ponctuations des haies au printemps, joyeuses lucioles orangées pendant les petits matins brumeux d'automne, voilà une fleur qui se dépense. Le fruit est très riche en vitamine C, 20 fois plus que les agrumes. Faut pas aller chercher dans les pays exotiques ! Il donne une confiture délicieusement onctueuse. Et quand nous étions garnements, matière à gratte-cul...

 

La NOIX. On ne s'imagine pas l'importance du noyer dans l'économie depuis l'antiquité. Aujourd'hui, son petit fruit au goût très particulier est simplement une gourmandise. Il est vrai que quelques cerneaux sur une tartine de confiture de figue, huummm... Mais autrefois, il était utilisé par plusieurs industries, tannerie, ébénisterie et huilerie. Des générations et des générations de nos ancêtres se sont éclairées à la flammèche du calel, petite lampe à l'huile, précieuse non pas magique, qui pourrait être le symbole d'une civilisation agreste pas si lointaine, Il y a trois générations à peine. Alors, le ruisseau de Saint Jourdain était bordé de noyers qui rejettent de souche encore dès que l'on arrête de broyer systématiquement la végétation poussant sur les berges.

 

La POMME. La graine qui a donné naissance à ce joli pommier abouti au bord du ruisseau à Lafon-chaude a probablement roulé-boulé d'un jardin de ville blotti contre les remparts. Malus sylvestris, la pomme originelle a définitivement disparu de Gascogne avec les futaies de l'immense forêt de Saint-Mamet qui couvrait sans discontinuer, au premier millénaire de notre ère, les coteaux nord de Lectoure jusqu'à Sainte-Mère, Castet-Arrouy et au delà. L'Orient et l'Empire romain ont imposé leurs riches sélections variétales. Si Eve a effectivement  craqué pour une pomme sauvage, vue l'antiquité de l'évènement, le fruit à l'origine de la "faute" était bien plus malingre que ces tentatrices rotondités.

 

L'ÉPINE NOIRE. Délicieux petit fruit à condition de laisser passer les premiers gels. Le buisson aux puissantes épines était reproduit et entretenu par les éleveurs lomagnols, avant l'invention du grillage métallique, pour clôturer les pacages. Si sa drupe, comme tous les fruits, peut donner une eau de vie, les vendéens, eux, préfèrent utiliser les jeunes pousses pour concocter la merveilleuse troussepinette**.

 

Le COING. Un cognassier aux quatre coins de mon pré. Ce n'est pas un jeu de mots facile mais une pratique ancestrale. L'arbre, lui aussi introduit par les romains, a la particularité de ne pas drageonner et donc de rester à la même place au fil des années. Le parfait bornage. Prêtez-y attention au cours de vos balades, vous verrez. Les coings sauvages, si le temps est clément, et si on ne me les chipe pas nuitamment ..., donnent la gelée la plus savoureuse. Enfin, le coing est certainement la pomme d'or d'avant la pomme, le fruit de la discorde offert par le berger Pâris à Aphrodite, la prémisse de la guerre de Troie. Il fallait que ça arrive!

________________

Voilà cher lecteur, sans être exhaustif, voilà un début de recensement des fruits de la vallée de Foissin. Respectons-les. Au delà du plaisir de la cueillette, aidons les habitants, les jardiniers, les équipes municipales, aidez-nous à protéger et à perpétuer ces petits trésors de la nature, ces témoins vivants de l'histoire de nos anciens.

                                                                                     ALINEAS

 

* A l'heure de mettre sous presse comme on disait à l'époque de la gazette, vérification faite, le vent d'Espagne a soufflé et la récolte de mûres espérée a séché sur pied.

** Voilà l'occasion de saluer nos amis vendéens avec lesquels nous avons partagé pendant plus de vingt ans, balades, cueillettes et confitures. Les chemins creux du pays chouan résistent toujours et, à l'ombre des haies bocagères qui quadrillent ce "pays de géants et de genêts en fleurs", germent de beaux caractères, arbres et gens.

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Publié le 26 Mai 2017

SAUVAGES

et

 

TENDRES

 

À LA FOIS

A un nuage de pollen de Lectoure en direction de la Garonne, Berrac organisait le 28 avril sa deuxième balade botanique. Un rassemblement que n’auraient pas renié les druides officiant au cœur de la forêt de grands chênes avant que ce pays ne s’appelle Gascogne. Y trouvait-on déjà à l’époque la courroie de Saint Jean et l’herbe aux femmes battues? Et quelle paëlla antique en mijotaient-elles nos ancêtres mamies celtes-ibères?

Les trois icônes de la balade: lamier, ortie et respounchous

 

 

Par un petit matin frisquet mais lumineux donc, à l’initiative de l’association « Berrac Village Gersois », une trentaine de cueilleurs s’étaient réunis devant l'enceinte du village pour une messe verte, certains totalement novices et d’autres adeptes de religions sœurs, restauration, culture du safran et même hydroponie (ce sera l’occasion pour nous tous de découvrir cette magie - voir ci-dessous). Aline, officiante de cette assemblée recueillie, était appelée à transmettre sa pratique des plantes sauvages mais comestibles.

 

« Mais pourquoi ce mais? » me direz-vous?

 

Parce que dans notre esprit très (trop) formaté d’enfants d’un siècle dit paradoxalement « postindustriel », un légume s’achète au poids, débarrassé de toute glèbe, étiqueté, filmé et certifié. Alors que pendant des millénaires, nos ancêtres se sont nourris, soignés, régalés des fruits de la terre. Et qu’il faut enfin retrouver ces gestes simples, comme il faut réapprendre à scruter un horizon, écouter le silence ou marcher dans la nuit.

L’un des plaisirs de ce retour à nos racines étant de joindre l’agréable à l’utile et de savoir accommoder avec gourmandise ces saveurs et ces textures subtiles, sans expédier coupablement trois messes basses, après avoir rempli leurs paniers de plantain, alliaire, ortie, tilleul, moutarde, rumex, menthe suave et autres pâquerettes, les participants passaient à la cuisine. Pour ma part, retenu dans notre moulin par les tâches très domestiques d’un potager de printemps (il en faut aussi), j’ai tout de même entendu d’ici sonner les cloches d’une ambiance bon enfant que seules la table et l’amitié peuvent agiter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le festin partagé: tourte au lierre terrestre, fleurs de lamier sur fromage de chèvre, canapés radis et pâquerettes

 

 

Enfin le rite initiatique devait être complété ce jour là par les recommandations sinon pour cultiver, du moins pour protéger ce jardin grand ouvert des agressions de notre mode de vie invasif. La balade botanique a donc trois fonctions -ne suis-je pas trop sentencieux ?-: outre la (re)connaissance et la cueillette des plantes, elle permet de repérer les lieux, de se réapproprier, de se réintroduire soit même dans l’espace naturel et aussi de prendre conscience des besoins de protection des espèces menacées, comestibles ou non d’ailleurs car la nature est un tout.

 

La flore est pacifique, et comme nous sommes ici, nous humains, comme toujours dans un rapport de force, si nous ne maîtrisons pas nos instincts, si nous ne choisissons pas de préserver ce jardin primaire et bien il ne résistera pas à la progression et à l’emprise de nos marges macadamisées, stéréotypées, stérilisées.

 

Cette nature sauvage et tendre sous la dent mérite d’être protégée et dégustée avec respect. A Berrac on vous dit « Bonne balade, bonne nature et bon ap’ ! ».

 

ALINEAS

 

PS. Il y a de ces coïncidences! Le 12 mai, je publiais un alinéa sur les Templiers de Lectoure et je découvre aujourd'hui, à l'occasion de cette rubrique botanique, que dans l'organisation financière de l'Ordre des moines-soldats, le respounchous, la jeune pousse de tamier, était le nom donné à la cotisation des maisons templières de France et d'Occident aux finances, centralisées par région puis au sommet pour contribuer à l'effort de guerre en Orient. L'image du prélèvement annuel limité à sa partie supérieure et qui ne perturbe pas le développement de la plante est particulièrement parlant.

Une vidéo sur cette balade à Berrac a été mise en ligne par Marion et Nicolas Sarlé, hydroponistes https://www.youtube.com/watch?v=e5gBK8ifv3Q

Il faut également visiter leur site pour découvrir la magie de l'hydroponie, culture hors sol mais très respectueuse de l'environnement, et tellement bien mise en image et en texte par ce couple sympathique. http://www.lessourciers.com

Photos Ysabel de la Serve, Michel Salanié

 

 

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Publié le 21 Avril 2017

LE PARADOXE DE

L’ARBRE À MANNE

 

Je voulais vous parler des plantes qui ont nourri ou servi nos ancêtres, l'ortie, le pissenlit, le tamier, le sureau noir, la courroie de Saint Jean, la ronce, le chêne, l'aulne glutineux, de ces variétés dont on se dit qu'elles ont toujours été là, autour du moulin.... Et voilà qu'un intrus se mêle de ma rubrique botanique à peine baptisée pour contrecarrer ce projet testimonial, cette ode à la nature généreuse d’un pays de cocagne.

Un intrus? Oui, ce végétal insolent était caché là, au milieu de l'abondante broussaille qui masquait il y a encore peu de temps notre ruine médiévale au regard du passant. Mais trahi par sa floraison précoce, gracieuse, embaumée, d'un blanc mousseux. On le dégage donc précautionneusement. Renseignement pris, il s'agit d'une variété de frêne: Fraxinus ornus, Frêne à fleurs, Frêne des jardins ou encore Orne. Excusez du peu, il s'agit de l'arbre à manne de la Bible. Petit rappel, utile sans doute: Chapitre 16. Livre de l'Exode. Les Hébreux sont dans le désert après avoir quitté l'Egypte. "Alors le Seigneur dit à Moïse: «Je vais faire pleuvoir pour vous du pain depuis le ciel. Le peuple sortira pour en recueillir chaque jour la quantité nécessaire; ainsi je le mettrai à l'épreuve pour voir s'il suit ou non ma loi»". Saine règle de vie et de modération des instincts.

La raccolta della manna - Bacchiacca (détail - 16ième)

Une manne. Ça alors, c'est providentiel ! Nous qui tirons le diable par la queue pour faire avancer notre chantier (oui, je sais, rapprochement stylistique osé). Finalement, faute de manne, pas plus comestible que financière, nous devrons nous contenter d'avoir là un sujet décoratif peu ordinaire. Mais que fait cet étranger, loin de ses bases, dans notre fraîche vallée de Gascogne? Autour de la Méditerranée d'où il est originaire et particulièrement en Sicile, le Frêne à fleurs est exploité, un peu à la façon du pin des Landes, pour en extraire une sève, un suc extrêmement précieux, utilisé dans différents domaines, phytothérapie et cosmétique en particulier. A t-il été introduit chez nous pour son parfum par une lavandière du ruisseau de Saint Jourdain? Pour des vertus secrètes et inavouables par quelque rebouteux? Ou bien par un menuisier innovant appréciant la souplesse de son bois? Voilà un cheminement botanique qui restera à jamais inexpliqué. Il faut bien laisser un peu de place au mystère.

Il n'y a pas à hésiter, c'est une manie chez nous: vite reproduire le sujet isolé, en faire l'étalon d'une nouvelle génération. La graine est collectée, mise à germer avec réussite. Les jeunes plants sont disposés en terre et, dès l'année suivante, l'heureuse découverte a donné naissance à une allée, disons prudemment un espoir d'allée, dont la perspective enchantera nos vieux jours, et plus sûrement le promeneur qui passera par là dans vingt ans. On disait au Maréchal Lyautey que faire pousser des arbres pour limiter la progression de zones désertiques prendrait beaucoup temps. La réponse fut limpide: "Raison de plus pour se dépêcher".

A ce stade, je me suis demandé ce que serait notre paysage gascon sans le cèdre, le cyprès, le palmier, l'arbre de Judée, le platane, la rose ! Et au jardin potager, sans la tomate, ni le melon... dans la basse-cour, sans le maïs. Boun Diou ! Sur l’ensemble des végétaux présents en Europe aujourd'hui on évalue à 50% le nombre de variétés exogènes, originaires d'autres régions du monde. Formidable. Maintenant, qui nous dit que la Gaule chevelue comme la nommaient les romains -adjectif au sens discuté d’ailleurs- n'était pas plus belle dans sa végétale virginité?

 

"Que seraient nos paysages de Lomagne sans le cèdre, le cyprès, le palmier, l'arbre de Judée..."

 

 

 

 

Parallèlement certaines variétés disparaissent. L'Orme évidemment, qui a donné son nom à notre pays de Lomagne ("Olmo", Orme en gascon). Le Buis, lui, est en grand danger et cela ne concerne pas que les parcs à la française; chez nos voisins Quercynois, ce sont de véritables forêts antiques, sombres, impénétrables et odorantes, qui sont grignotées sur pied en deux temps et trois saisons par une cohorte de chenilles, elles aussi importées d’ailleurs. Le Frêne d'Europe, oui notre frêne commun, Fraxinus excelsior, est touché doublement, par un champignon et par un insecte. Les botanistes cherchent la parade, la course contre la montre est lancée. Ici, précisément dans le Gers, l'impact de la disparition de ce bel arbre serait considérable.

A côté de cela, pour compliquer un peu plus le bilan des échanges botaniques internationaux, certains végétaux importés sont invasifs. C'était le cas par exemple de l'Acacia (Robinier-faux acacia) venu d'Amérique, avant qu'on ne lui trouve des qualités, en particulier celle de fournir un bois pouvant remplacer celui des espèces tropicales, menacées elles aussi mais par la surexploitation cette fois, à l'autre bout de notre petite planète. Acacia à son tour concurrencé par l'Ailante venu d'Asie, envahisseur « inarrêtable » dont le bilan avantages/inconvénients ne semble pas positif à ce jour.

Ainsi va le monde.

Puisqu'elle s'impose à nous, profitons de cette manne végétale, certaine ramenée d’outre-mer comme butin par une France conquérante pendant un millénaire, une autre au gré des vols d'oiseaux migrateurs, des cheminements de l'humanité, et aujourd'hui, certes de façon accélérée et prosaïquement, au rythme de l’industrie et du commerce international des végétaux de jardinerie.

Alors le paradoxe de ce premier alinéa de la rubrique botanique serait de laisser penser qu'on ne s'intéressera qu'à l’extraordinaire, au nouveau, au lointain, au rare. Non, nous voudrons ici et malgré tout, nous consacrer à des espèces à priori indigènes, ou acclimatées depuis longtemps, et claironner fièrement la défense de notre patrimoine végétal gallo-gascon... Une manne à cueillir sur le bord de nos chemins. Redécouvrir et protéger, tout près de chez nous, les arbres, les fleurs et les légumes, auxiliaires de nos laborieux anciens: menuisier, laboureur, teinturier, herboriste, marmiton... Tout simplement parler des plantes connues de notre Mamie à tous, une de ces grands-mères qui ont fait les "jardins de bonne-femme".

Une rubrique pour égrainer les trouvailles et bouturer les possibilités.    

ALINEAS

 

 

Sur la récolte de la manne, deux petits films de 1936 et 2013:

 

Publicité gratuite pour une entreprise bien connue:

 

Sur l'origine du nom manne dans les textes sacrés:

http://biblique.blogspirit.com/archive/2011/10/07/la-manne-c-est-quoi.html

 

https://fr.wikipedia.org/wiki/Fraxinus_ornus

Photos Salanié, Grandmont, Kohler.

 

 

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